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 Nuit de noces

Scipio Sempronia
Scipio Sempronia
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MessageSujet: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeSam 06 Juil 2019, 01:06
► █ Date : 19/07/2204 RP Tout public
Scipio Sempronia & Audrey Bayard
Nuit de noces


Il tirait nerveusement sur les manches de son costume. Est ce qu’il avait rétréci à cause du pressing ? Ça n’était vraiment pas le soir pour ça. S’il y avait bien une soirée où il devait être sur son trente-et-un, c’était celle ci ! Le portier le lorgnait d’un air exaspéré, s’impatientant de ne pas savoir s’il finirait ou non par rentrer.

« Elle va arriver d’un moment à l’autre. Je vous le jure ! Elle n’aurait pas pu me faire faux bond... »

Se dandinant d’un pied sur l’autre, Scipio se répétait également ces mots à lui même. Elle allait bien venir, n’est ce pas ? Ç’aurait été particulièrement cruel de se désister au dernier moment. Surtout pour quelque chose d’aussi important ! Lorsqu’il avait fait sa demande, celle ci avait été un peu hasardeuse, mais elle avait accepté. C’était presque surprenant, à vrai dire. Oh ! Le bruit d’un moteur, c’était probablement son taxi. Non, un autre couple, qui salua poliment le cuisinier tiré à quatre épingles. Le portier les annonça.

« Scipio ? »

Il sursauta, surpris. La voilà. Elle grimpait d’un pas léger les marches recouvertes de velour rouge, faisant se retourner plusieurs des invités restés à l’extérieur pour fumer. Ils lui accordèrent des salutations dignes et affables, dont Scipio lui même se trouva incapable d’articuler. S’il ne se considérait pas particulièrement bel homme, il jugeait qu’il avait atteint un certain niveau d’élégance pour cette soirée. Là, il réévaluait très sérieusement la valeur du mot élégance. Où avait-elle trouvé pareil robe ? Et pourquoi celle ci lui allait si bien ? Battant des yeux comme un enfant découvrant la mer, il la laissa prendre son bras, et la guida vers l’intérieur.

« Scipio Sempronia et sa compagne, annonça le portier.
- Ce n’est… hésitait Scipio. Elle s’appelle Audrey. Audrey, heu… Bayard.
- Tu devrais le savoir enfin, s’amusa l’intéressée. C’est quand même écrit sur ta sonnette. »


***


Le lundi précédent.

Le carrelage cliqueta doucement sous ses pieds alors qu’il passait du placard à côté du frigidaire à la table de la cuisine. Il s’installa plus par habitude que par nécessité, ayant déjà à moitié fini sa biscotte. Il mangeait toujours vite le matin, même lorsque ça n’était pas nécessaire. Après tout, seule Callastre tenait la boutique le lundi. Il glissa une tasse* d’un simple thé noir de l’autre côté de la table, disposa le pot de miel non loin, et ramena quelques feuillets vers lui. Rapidement, le griffonnement de son stylo fut le seul bruit qui anima la petite cuisine. La senteur de la préparation, elle, se mélangeait à l’arôme de ses plantes, qui trônait à la fenêtre, dans son dos.

De la paperasse, comme tous les lundis. C’était un peu ennuyeux, mais au moins, ça n’était pas fatiguant. Il signa une énième autorisation pour son commerce sur Tuchanka, puis passa à une liste des propriétaires terriens de Kelphie. Il fallait qu’il détermine qui… Oh, la voilà. Elle s’assit en face de lui, et plongea machinalement une cuillère de miel dans son thé. Il avait assez rapidement appris son rythme matinal, et elle avait fini par accepter que le lundi, elle n’aurait plus à préparer son petit déjeuner elle même. Ce jour là en particulier, cela semblait être une nouvelle particulièrement bonne, car elle avait le regard hagard de celle que l’on avait réveillé au cœur de la nuit. « Désolé », se dit intérieurement Scipio.

Ils restèrent silencieux quelques temps encore, elle profitant de son breuvage, lui griffonnant les pages avec une attention encore un peu assoupie. Par dessus son épaule (que le t-shirt pyjama ne recouvrait que lâchement), il pouvait apercevoir la porte d’entrée. A ses pieds trônaient leurs deux paires de baskets. Elle se moquerait probablement de lui une nouvelle fois, mais peu importe, leur petit rituel sportif lui plaisaient. C’était agréable de ne plus faire ça seul. Comme bien d’autres choses.

« Tu as beaucoup bougé cette nuit, non ? fit Audrey. Plus que d’habitude.
- Oui, j’espère que ça ne t’as pas trop dérangé.
- Ça m’a réveillé, expliqua-t-elle sur un ton qui relevait plus de l’explication que du reproche.
- Désolé. J’espérais que non, mais c’est vrai qu’avec la proximité... »

Elle haussa les épaules, avant de conclure :

« T’en fais pas va. Et merci pour le thé. »

Il acquiesça en guise de réponse, et ils retournèrent à leur silence. Ils possédaient encore cette tendre inquiétude de ne pas gêner l’autre, semblable à celle d’un couple n’ayant pas encore appris à se détester. Une fois la question Krogan écartée, Scipio passa à une liasse de feuillets à la bordure verte. Après le boulot, le médical, comme d’habitude. La lassitude commençait à le gagner, si bien qu’il survolait de plus en plus vite les documents. Audrey ne le dérangeait pas, les deux prenant grand confort dans le calme matinal qu’ils avaient instauré. Parfois, un soupir apaisé ou un bâillement ensommeillé troublait la quiétude, n’invoquant qu’un sourire à demi indifférent de la part de l’autre.

« Oh, au fait, énonça calmement le Turien. J’avais quelque chose à te demander. »

La jeune femme cligna des yeux, ceux ci quittant le fond de sa tasse pour se poser sur son interlocuteur.

« J’ai été invité à un mariage par une connaissance. C’est sa fille, qui se marie. Je l’ai croisé plusieurs fois elle même, mais je connais surtout son père. L’invitation ne parlait pas de la cérémonie à l’église, mais apparemment ils aimeraient me voir à table lors du repas, dans la soirée. Ce sont des gens… Ils ne manquent pas d’argent, on va dire. Je me disais que ça pourrait te changer les idées de tes rendez vous à cit’emploi. Si tu veux bien m’accompagner. Bien sûr.
- Un mariage ? Et tu m’annonces ça le matin même ? »

Il laissa glisser un air étonné, avant d’expliquer :

« C’est pas aujourd’hui. »

Il marqua une pause, puis ajouta ce qui lui semblait de rigueur :

« Patate.
- Hé, du calme le maître des nouilles. C’est pas parce que tu dors ici que tu peux tout te permettre ici, rétorqua le tubercule sur le ton de la plaisanterie.
- Je ne fais pas que dormir ici.
- Du coup, c’est quand ton mariage chez les richards ?
- Hum, jeudi soir, je crois.
- Et tu crois que j’ai le standing pour tes amis aux cuillières d’argent ?
- Je n’ai jamais vraiment saisi cette expression, fit Scipio en s’illustrant par un haussement d’épaules. Je ne vois pas qui d’autre que toi pourrait remplir aussi bien ce rôle, puisqu’Arcadia est occupée ce jour là. »

Le ton était si moqueur qu’il aurait été perçu par un sourd, mais se jeter des piques était un jeu fréquent entre eux, et Audrey y répondait sans hésiter :

« Oh, me voilà flattée, je suis le bouche-trou de service parce qu’il n’y avait plus personne de disponible. Rappelle moi par quel tour de force tu as réussi à partager mon petit déj tous les matins depuis plus d'une semaine, déjà ?
- J’ai usé de mes charmes ravageurs et de ma cuisine convaincante. Comme pour tout.
- Bah tu devrais sans doute en user un peu plus en ce moment.
- Touché. J’ai pensé que ça te ferait plaisir, de voir un peu de monde. On pourra se moquer à voix basse des costumes trop serrés et des chapeaux ridicules, un verre de champagne à la main. Ça ne sonne pas trop mal, non ?
- Hum… Je dois admettre que c’est plutôt vendeur, admit-elle avant de faire mine d’y réfléchir quelques secondes. C’est d’accord, je viens. Mais j’attrape pas le bouquet. Je te vois venir. »

Un léger silence s’installa, avant que Scipio ne demande :

« Je rougis là, non ? »

Vraisemblablement d’une meilleure humeur qu’à son réveil, Audrey sourit à la blague, et il acheva la conversation en se levant :

« Merci Aud’. On devrait bien s’amuser. J’vais me changer et on va courir ? »




*Veuillez noter qu’il s’agit bien là d’une tasse, dans le sens commun du terme, c’est à dire un récipient à une anse dont la base est plus étroite que le sommet. Celle ci est en porcelaine, mais cette caractéristique n’est pas déterminante de sa qualité de tasse. Audrey possède bien d’autres tasses, mais Scipio n’a trouvé aucun mug chez elle. Cela n’implique pas nécessairement une totale absence de mug, peut être simplement qu’un rangement lui aurait échappé.


Nuit de noces 1514826365-nouveau-3

Les couleurs de nos héros, le Jaune Midas #ff9900 et le Bleu Sempronia #0099ff


Dernière édition par Scipio Sempronia le Mar 09 Juil 2019, 21:53, édité 1 fois
Audrey Bayard

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Audrey Bayard
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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeSam 06 Juil 2019, 14:40
Audrey jeta un énième coup d'œil nerveux sur sa montre. Elle était en retard. Pas de beaucoup, moins d'un quart d'heure, mais tout de même. Si seulement ce taxi pouvait aller plus vite. La jeune femme regardait par les fenêtres toutes les cinq secondes, dans l'espoir de voir subitement apparaître sa destination. Cela ne servait à rien, le tableau de bord indiquait bien qu'il restait plusieurs minutes de trajet. Mais bon, c'était un comportement humain d'espérer que la machine se trompe lorsqu'on se savait en retard.

Consciente de son agitation, elle chercha son miroir dans sa pochette. Le trouvant rapidement, elle put constater que son chignon semblait tenir pour l'instant. Voilà un sacré bout de temps qu'elle n'avait plus arboré une telle coiffure. C'était d'ailleurs la principale raison de ses déboires. L'art de la coiffure s'oubliait plus vite que la moto visiblement. Mais la châtain n'aurait pas pu simplement se pointer à cette soirée avec sa traditionnelle queue de cheval ou sa crinière détachée. Cela aurait fait tâche. Non seulement vis à vis des invités, mais également avec sa robe.

Voilà un moment que la française n'avait plus enfilé ce vêtement non plus cela dit. Tellement qu'elle n'avait pas réussi à remettre la main sur la broche censée "tenir" le tout. Enfin plus exactement masquer les plis à l'endroit où le tout était maintenu, sur son épaule gauche. Les rabats du tissus étaient donc visible, mais il faudrait faire avec. Et puis cela ne semblait pas si choquant. Mais l'humaine n'était pas forcément la plus fiable en matière d'élégance et de standard de la haute…

La voiture atteignit enfin sa destination, le signalant d'une voix monocorde et sans émotion. La portière s'ouvrit, actionnée par un homme en costume et une main fut tendue à la terrienne. Ses doigts gantés de blanc se posèrent dans ceux du valet, et celui-ci aida la demoiselle à s'extraire de son véhicule. Cette dernière remercia le domestique et avança de quelques pas en direction du lieu de la soirée. Scipio n'avait pas menti. Ces gens ne devaient pas trop souffrir de problème d'argent…

Une gigantesque demeure se dressait devant l'ancienne flic, s'élevant sur un minimum de deux étages et affichant une surface au sol au moins trois fois supérieure à celle de la maison de la famille Bayard. Et le tout sur la Citadelle s'il vous plaît, soit les terrains les plus chers de la galaxie. La note n'étant visiblement toujours pas assez salée, les matériaux choisis valaient eux aussi leur petite somme. Un escalier massif en marbre menait à la porte principale, de laquelle s'échappaient lumières et musiques.

Audrey ne se sentait pas à sa place. Ce monde semblait si éloigné du sien. Le propriétaire de ce château devait gagner plus en une journée qu'elle ne toucherait jamais dans toute sa vie (surtout avec son salaire actuel). Ce devait être le genre à prendre son café dans une tasse en porcelaine issue d'un service qu'il tenait de son arrière grand-mère, pas dans un bête mug acheté pour 10 crédits avec une quelconque référence à la pop culture imprimé dessus. Il y avait de quoi se sentir perdue…

Heureusement, au sommet des marches couvertes de velours pourpre, la française put apercevoir une silhouette familière. Une bouée de sauvetage dans cet océan d'appréhension. Un pilier fiable sur lequel s'appuyer face à ce flot d'incertitude. Celui là même qui l'avait attirée en ce lieu ironiquement.

- Scipio ? le héla-t-elle doucement en commençant l'ascension du perron.

Le concerné se retourna et parut surpris. Stupéfait en fait. Il est vrai qu'il ne l'avait encore jamais vu en pareille tenue. L'humaine grimpa lentement les marches, tâchant de ne pas s'empêtrer dans sa robe. Elle n'avait plus trop l'habitude de marcher avec une étoffe descendant si bas sur ses jambes sans en épouser les formes. Sans parler des chaussures à talon. Ils n'étaient certes pas bien haut, mais cela faisait plus de 10 ans que la terrienne avait des semelles plates de baskets ou de bottes militaires. Mais elle s'en sortit remarquablement bien de son point de vue, parvenant à gravir l'escalier sans trébucher et sans se rétamer lamentablement.

- Comment tu me trouves ? Demanda la châtain à son partenaire avec un petit sourire.

Le turien ne réussit qu'à émettre des bafouillements. La jeune femme supposa que c'était bon signe, car il était rare qu'il tombe à court de mots quand il s'agissait de la charrier. Un petit rire amusé s'échappa de la gorge de cette dernière, ce qui sembla tirer le cuistot de sa paralysie. Il tendit instinctivement un bras auquel son amie s'accrocha sans hésiter. Il semblait être temps de pénétrer dans ce palais.

Le portier les annonça, alors que le couple passait les montants de l'entrée monumentale. L'intérieur semblait encore plus faste que l'extérieur. Tout y respirait l'argent et le luxe, mais avec un certain goût, il fallait bien le reconnaitre. Les murs n'était pas surchargés de dorures inutiles ou autres fantaisies extravagantes hors de prix. Les propriétaires étaient visiblement restés assez "simples" dans leur décoration. Ils avaient juste employé des matériaux bien trop cher.

Dans le grand hall, une foule commençait à se rassembler en petits groupes épars, discutant des choses et d'autres et d'autres choses. Sans surprise, des sauterelles s'étaient déjà abattues sur le buffet. Comme quoi, le fait de se jeter sur de la nourriture gratuite n'avait rien à voir avec le statut social et la taille du portefeuille... Une légère musique à peine perceptible servait de fond sonore aux nombreuses conversations et trois lustres monumentaux semblant perler de cristal offraient à cette pièce une luminosité digne des journées les plus ensoleillées.

Audrey déglutit.

- Monsieur Sempronia ? Ravi de vous savoir enfin parmi nous. Monsieur vous fait savoir qu'il vous recevra un peu plus tard dans la soirée. Il a beaucoup à faire. Il vous invite à profiter de la réception en attendant.

Le domestique qui s'était approché jeta un œil à la châtain.

- Madame Sempronia, vous êtes ravissante. Je suis sûr que mon maitre sera ravi de vous avoir tous les deux à sa table.

Le valet s'éclipsa, ayant vraisemblablement d'autres messages à délivrer et d'autres invités à accueillir. La française se tourna alors vers son compagnon.

- Madame Sempronia ? demanda-t-elle avec un petit sourire amusé.


*****


- Du coup, c'est qui ces amis plein aux as ? C'est pas vraiment le niveau fiscal que t'as l'habitude de fréquenter de ce que j'en sais. Tu les connais d'où ?

Audrey et Scipio étaient partis courir juste après le petit-déjeuner. La première avait pour habitude de faire ça tous les matins et son compagnon l'accompagnait les jours où il ne travaillait pas. Ils n'avaient pas vraiment le même niveau dans cette discipline et la jeune femme était contrainte de ralentir le rythme pour se caler sur celui du turien. Il arrivait même parfois qu'elle trotte à reculon. À l'origine, elle avait fait ça pour le titiller, mais il s'avérait que cela pouvait également avoir un aspect pratique pour discuter.

Bayard avait plus l'habitude de courir seule avec sa musique dans les oreilles, mais elle s'était accommodée de son partenaire du lundi avec une facilité déconcertante. Cela avait quelque chose de très plaisant de partager ce genre de moment avec lui, et ce, même s'il avait parfois du mal à suivre. En fait, contre toute attente, la vie avec le natif de Palaven de façon générale était très agréable. Il était très attentionné et savait se rendre aussi discret qu'indispensable.

- En fait, un jour le type m'appelle, en pensant avoir trouvé le numéro de mon cousin. J'essaye de lui expliquer, mais il ne comprenait pas bien. Au final, il a l'air d'avoir besoin d'un service en urgence, alors je me suis dit que ça ne coûtait rien de l'aider. Du coup je suis allé chercher sa fille et je l'ai amené quelque part... Oui bon, j'ai un peu fait le taxi gratos, mais quand il m'a vu, il a compris le problème et s'est confondu en excuse. Depuis, nous sommes restés en bon terme. C'est une vieille histoire, j'arrivais à peine sur la Citadelle.
- Y a vraiment qu'à toi qu'il arrive des trucs pareils. lança l'humaine, amusée. Alors comme ça t'as un cousin chauffeur ? reprit-elle après une petite pause dans leur échange pour faciliter la respiration.
- Non, pas vraiment. Ses activités sont plus, heu... Discutables. C'est celui auquel tu demandes pas s'il a passé de bonnes vacances aux repas de famille.
- C'est lui qui t'a donné le goût des criminels ? demanda la sportive sur le ton de la blague.
- Haha, pas vraiment non. On ne s'entend pas très bien, c'est plutôt un sale fils de pute. Avec tout le respect que je dois à ma tante, bien entendu. Une femme incroyable. Je comprends ses idées, mais je n'approuve pas ses méthodes.
- Quel langage monsieur Sempronia ! Ne vous avisez pas de répéter pareilles obscénités sous mon toit ! Vous risqueriez de passer la nuit sur le paillasson. Mais du coup, pourquoi ton riche ami voulait-il absolument qu'un sale type conduise la voiture de sa fille ? C'est pas un baron de la drogue au moins. Remarque, ça expliquerait pourquoi ton sucre donne autant la pêche...
- Oh non non non ! Ne t'en fais pas ! C'est juste un entrepreneur qui a su faire de bons placements. Moi dans quelques années en somme. Mon cousin aime bien s'entourer de gens riches. Comme il n'a jamais été inculpé et que c'est un type plutôt charismatique, c'est facile pour lui. D'ailleurs, je l'accuse je l'accuse, mais rien ne prouve qu'il ait fait quoi que ce soit. C'est juste grandement étonnant qu'à chaque attaque éco-terroriste il soit dans le coin...
- Les coïncidences... déclara la terrienne en mimant un haussement d'épaule exagérément ridicule. Tu veux qu'on ralentisse un peu le pas peut-être ? ajouta-t-elle, voyant son compagnon haleter de plus en plus.
- Pourquoi, ha, tu fatigues, ha ?
- Je n'arrive plus à te suivre, tu vas trop vite pour moi. Va falloir que je me mette à courir si ça continue.
- Ah bah oui, ça...

Le turien s'arrêta finalement pour s'appuyer contre un mur et reprendre son souffle. L'humaine s'arrêta à son niveau et continua à courir sur place face à lui.

- On reconnaît bien, ha... La différence entre ceux qui font un service militaire généralisé et les autres... C'est toi qui a la bouteille d'eau ?
- C'était pas à toi de la prendre ?
- Moi ? En tout cas je l'ai pas... Bon, je vais mourir ici alors.
- Je peux regarder dans mon sac si j'ai de quoi te sauver mais... Oh bah ça alors ! Qu'est ce que c'est que ça ? La bouteille que tu oublies tous les lundis. Comment elle a bien pu se retrouver là ? Et... de plus en plus surprenant. Y a même une barre énergétique dextro.
- J'ai du mal à choisir là, je dois me réjouir ou m'agacer ? répondit l'assoiffé en souriant. Donne moi ça mauvaise langue. C'est facile d'oublier tous les lundis après seulement deux lundis.
- Parce que tu y pensais avant qu'on court ensemble ? répliqua la sportive moqueuse. Ce serait donc moi qui te ferais perdre tous tes moyens ?
- Je, tu... Bon. Je m'avoue vaincu. Tu penses à tout et tu es incroyable. Voilà, t'es contente ?
- Plutôt. lança-t-elle goguenarde. Mais un simple merci m'aurait suffit tu sais. ajouta-t-elle avec un sourire. Ca va mieux ou tu veux encore 5 minutes pour ramasser tes poumons ?

Scipio renversa le fond de sa bouteille sur son visage.

- Ça ira, c'était surtout pour toi. Histoire que tu puisses tenir le rythme.
- Trop aimable. conclut Audrey avant de se remettre en route, rapidement imité par son compagnon.



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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeSam 06 Juil 2019, 21:21
« Ce n’est pas, enfin... soupira-t-il. Oui, désolé, c’est une longue histoire. »

Il jeta un regard circulaire, faisant mine d’observer la pièce pour échapper à l’inquisition de madame Sempronia. Celle ci étant accrochée à lui, il lui était difficile de faire semblant longtemps.

« Monsieur Besora insistait pour que le faire-part soit envoyé par courrier, il aime faire les choses à l’ancienne, du coup je lui ai transmis ton adresse. Quand il a vu qu’il fallait adresser la lettre à une certaine Audrey Bayard, il s’est mis en tête que nous étions mari et femme. Il sait pertinemment que je préférerai me voir nommé Scipio Bayard que te savoir Audrey Sempronia, par conséquent il prend un malin plaisir à faire l’inverse. Il aime bien me contrarier. Je te rassure, il sait que nous ne sommes pas mariés, il s’amuse juste à se borner du contraire. Oh ! Madame Labruyère !
- Sempronia, quel bonheur de vous voir ici ! »

Afin d’esquiver les éventuels reproches de sa partenaire, Scipio se réfugia temporairement dans la mondanité. Hors, à cet effet, madame Eugénie de Labruyère tombait à point nommé. C’était une femme qui portait avec fierté et charme un âge qui doublait probablement celui du Turien, ses traits moyen-orientaux embellis par le temps, et probablement plusieurs heures de maquillage.

« Audrey, je te présente Eugénie de Labruyère. Madame, voici mon amie et cavalière pour ce soir, Audrey B-
- Audrey Sempronia, oui, Besora m’a parlé de vous deux, interrompit-elle.
- Enchantée, madame.
- Et cessez de m’appeler madame par pitié. Je vieillis en vous écoutant. Appelez moi Eugénie. Je suis ravie de vous rencontrer, Audrey. Il était temps qu’une femme mette votre voyou de compagnon sur le droit chemin. Avec une française à la maison, j’espère qu’il abandonnera enfin ses idioties pour se lancer dans une cuisine plus ambitieuse. »

Ce que son visage ne trahissait pas, son nom et son accent impeccable ne savait le dissimuler. Les traducteurs automatique des deux femmes ne s’enclenchaient pas lorsqu’elles parlaient l’une à l’autre, laissant s’écouler les paroles qui révélaient à chacune la nationalité de l’autre.

« Hum, il y a sans doute une légère méprise mad… Eugénie. Je ne suis pas la femme de Scipio. Nous vivons juste ensemble. Et je ne pense pas être la plus… Désignée, pour le remettre dans le droit chemin.
- Concubinage, fiançailles, mariage, peu me chaut. Vous êtes jeunes, vous avez encore tout le temps qu’il vous faut pour rendre les choses officielles et regretter après. Croyez moi, mieux vaut ne pas trop vous précipiter. Mais, est ce que c’est monsieur Ferio, là bas ? grommelait-elle soudainement. Ce saligaud a refusé l’offre de mon fils, qu’il ose se montrer à la même réception que moi, je vais lui apprendre…
- Oui, heu, bonne soirée madame Labruyère. »

Celle ci était déjà bien loin lorsqu’il eut finit sa phrase, fusant vers ce qui lui semblait être quelque rival en affaire. Scipio chercha à expliquer la situation :

« Labruyère est… Enfin, tu dois connaître ce nom, c’est l’une des familles militaires française les plus renommées, ils sont derrière le développement naval de l’Alliance depuis un bout de temps. Si tu trouves cet endroit luxueux, imagine qu’il s’agit de l’équivalent de leur chambre d’ami sur Bekenstein. »

Réalisant bien que cette affirmation soulevait plus de questions que de réponses, le Turien a l’air gêné s’avança un peu plus dans ce grand hall, et reprit la conversation :

« Désolé de, heu… Je sais que ça n’est pas vraiment ton monde. Ni le mien, d’ailleurs. Je ne m’attendais pas à ce que l’on me reconnaisse dès notre entrée. Ni que monsieur Besora ait raconté à tout le monde que nous étions… Oh, tiens, voilà de quoi me faire pardonner. »

Il attrapa une coupe qui passait en vitesse à côté de lui, sur un plateau d’argent finement ciselé, porté par un Volus à la combinaison d’un noir impeccable. Audrey accepta l’offrande de bonne grâce, et Scipio l’observa quelques instants alors qu’elle en goûtait le contenu du bout des lèvres. Elle avait mis quelque chose sur ses lèvres, non ? Ç’aurait été la raison de son retard ? Enfin, ça n’avait pas eu énormément d’importance car le discours de Besora, que Scipio ne voulait surtout pas rater, n’était apparemment pas prévu pour tout de suite. Les joues d’Audrey se couvraient désormais d’une légère teinte rose, et ses yeux fuyaient ceux de son cavalier qui, par conséquent, eut bien entendu l’impression d’avoir commis une faute grave. Oh non ! Non, non ! Était-ce malpoli chez les Humains, de regarder les lèvres des gens ? Comment aurait-il pu le savoir ? Il n’avait même pas de lèvres ! Il chercha une excuse, mais n’en trouva pas. Cependant, sa langue s’actionna malgré lui :

« Ça te va bien, heu… Tout.
- Merci. Tu n’es pas vilain non plus dans ton costume. »

Puisqu’il n’avait pas réfléchi à sa phrase, il n’avait pas non plus prévu de suite, et se retrouvait pris de cours par le compliment qui lui était renvoyé. Il se retrouva à barboter dans ses mots une nouvelle fois, et Audrey sembla s’amuser de le voir se noyer ainsi.

« Tu ne m’as pas vraiment habitué à ça, tu es vraiment très belle ce soir. Bonsoir, monsieur Ferio, lança-t-il à un Humain bedonnant à l’air agacé qui passait près d’eux. Enfin, je ne dis pas que tu ne l’es pas d’habitude. C’est juste… D’une autre manière. Disons que je ne savais pas que tu pouvais être aussi… Classe, on va dire. »

Définitivement enterré par ses propres propos, seul l’instinct de survie de Scipio le faisait continuer :

« Je n’en doutais pas, non non ! Je n’y avais jamais pensé, c’est tout. Je ne m’attendais pas à être aussi… Surpris, voilà, c’est pas mal ça comme mot, non ? Dans le bon sens du terme ! Celui qui coupe le souffle et te fais parler avec précipitation. »

Un sourire contrit animait son visage, désespéré de ne trouver de mot pour rattraper ses maladresses. L’expression de l’ex-flicette, elle, était bien plus espiègle :

« Tu es plutôt mignon quand tu es mal à l’aise. »

Un léger sifflement grésilla entre les dents du Turien, marquant son dédain amusé pour la pique. C’est bien ! Si elle pouvait encore se moquer de lui, c’est que tout allait à merveille. Le duo continua d’évoluer dans les convives, récupérant un second verre pour Scipio, trempant à l’occasion quelques amuses-gueules dans de petits bols* blancs aux sauces variées et exotiques. Faste était le mot d’ordre de ce mariage. L’on y mangeait bien, l’on s’y vêtait de parures luxueuses, l’on y observait l’architecture pompeuse des lieux. L’apparat relevait d’une science rigoureuse ici, et se sentir amoindri par une telle débauche de goût était aisé pour le duo. Heureusement pour Audrey, son partenaire se mouvait avec aisance d’une personne à l’autre, saluant poliment un Galarien ici, baisant la main d’une jeune Asari là, introduisant sa cavalière à un Volus là bas.

« Votre robe vous va à ravir, Pauline !
- Vous me faîtes regretter mon mariage avec ce sourire Scipio.
- Ha ha ha ! Ne dîtes pas ça, je ne souhaite pas avoir d’ennui avec votre époux.
- Sempronia, quel bon vent vous amène ? Vous auriez enfin décider d’accepter la proposition de Don ?
- Monsieur Besora est bien trop généreux, je ne peux pas vraiment… Et puis, il faudrait que j’en parle à mon associée.
- Est-elle ici ? J’ai cru vous voir au bras d’une jeune femme à votre arrivée.
- Heu, oui, juste là monsieur Urdnot. Un peu plus bas. Mais non, il ne s’agit pas de mon associée, Audrey est ma…
- Scipio ! Scipio, te serais-tu enfin trouver quelqu’un ? jeta une Asari qui se suspendit immédiatement au bras du cuistot. Moi qui pensais que tu finirai seul !
- Vous devriez vraiment réfléchir à son offre.
- Je peux vous prendre en photo ? Vous êtes adorables tous les deux !
- Merci, mais je ne sais pas si Aud…
- Moi aussi j’étais hésitant au début, mais Don Besora est un homme de parole, il ne vous fera pas défaut.
- Tout à fait, j’en suis certain, c’est vraiment quelqu’un de bien.
- Vous viendriez prendre le thé chez moi à deux, un jour ou l’autre ?
- Bien entendu Pauline, mais je dois bientôt retourner sur Tuchanka et Audrey a sûrement pas mal de choses à faire, il faudra que je vérifie mes disp…
- Tu l’emmènes sur ce caillou ? Tu finira donc bel et bien seul. Tu me rassures. J’ai misé une sacré somme sur ton célibat, tu sais !
- Tu m’en vois ravi, mais je t’ai déjà dit que je trouvais sordide d’utiliser ta longévité pour parier sur la vie entière d’autres personnes, Cordelia.
- Et moi, je t’ai dit qu’il était grand temps que tu changes de tailleur si tu souhaitais un jour arriver à un certain standing, mais il faut croire que nous ne nous écoutons pas beaucoup, n’est ce pas ?
- Au début, toutes ses promesses semblent un peu farfelues, mais il les tient réellement.
- Oui, oui, monsieur Urdnot. Et mon tailleur est très…
- Ah la la ! Il est trop serré, ton costume, non ? Au moins, ta partenaire, elle, sait s’habiller. Enchantée, moi c’est Cordelia, je suis la meilleure des ex de Scipio. Je plaisante, pff ! Quelles têtes vous tirez, tous les deux !
- Cette blague n’était déjà pas ta meilleure la première fois, Coco…
- Sempronia, Urdnot, vous êtes en pleine affaire à ce que je vois ? Je vous cherchais justement parce que…
- Oh, vraiment Audrey ? lança alors Scipio pour se créer une excuse. Très bien, je te suis. J’en suis désolé mes amis, mais je vais m’éclipser quelques instants.
- C’est ça, accorde un peu de temps à ta dame, mais rappelle toi que tu ne fais pas grand effort pour la mériter ! »

En s’excusant par des sourires avenants et en minaudant quelques derniers mots de sympathie, il passa une main à la taille d’Audrey afin de la guider vers un balcon, plus calme et certainement moins noir de monde.

« Ouf ! J’ai cru que l’on ne s’en sortirait jamais. »


***


« Eh beh ! J’ai cru que l’on n’en reviendrait jamais ! Tu as essayé de me tuer aujourd’hui ? »

La porte se verrouilla dans son dos, et il ôta ses baskets prestement, les pieds endoloris par tout cet exercice.

« J’ai pas l’impression d’avoir couru plus vite que d’habitude. Ce serait même plutôt l’inverse.
- Ce serait même plutôt l’inverse gneugneugneu, grima le Turien en singeant d’être vexé. Si ton but c’est d’avoir ma peau, vivre avec toi sera déjà suffisant tu sais.
- Si je voulais te tuer, je ne prendrai pas ton goûter quand tu l’oublies mon chéri.
- Mon chéri ? »

Comment faisait-il pour toujours se faire avoir par le ton ironique d’Audrey alors qu’il le subissait si fréquemment ? Il soupira alors que celle ci se dirigeait déjà vers leur salle de bain.

« Eh, j’t’ai pris du saumon pour ce soir, et de quoi faire une salade pour ce midi. Je sais pas ce que vous avez vous les Humains avec le saumon, c’est si bon que ça ? Parce qu’en tout cas ça coûte un bras et les gens continuent d’en acheter. »

Le son de l’eau ruisselante filtra à travers les murs, et le réserviste en déduit qu’il n’aurait pas sa réponse. Il pris place à côté de ses plantes, remerciant la chaise pour le délicieux soulagement qu’elle procurait à ses jambes. Il attrapa une bouteille pour remplir le réservoir de ses pots, puis sourit. Vraisemblablement, quelqu’un d’autre s’en était déjà chargé. Il posa sa tête sur son bras, observant son plant d’orinon. Les bourgeons avaient fini par éclore, et une jolie fleur argentée couvrait d’une fine ombre le visage de Scipio. Fixant les iridescences pourpres en son cœur et bercé par le bruit de la douche, il ne lui fallut que quelques secondes pour s’assoupir.



*Il ne s’agit pas là d’un vulgaire bol rondouillard destiné à garder vos céréales le matin, mais bien de ces petits récipients à oreillettes réservés, la plupart du temps, au cadre de l’apéritif. Vous l’aurez compris, mieux vaut ne pas y boire votre thé, votre café ou votre chocolat chaud, un mug sera bien plus approprié à ces utilisations.


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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeDim 07 Juil 2019, 12:31
- Ouf ! J’ai cru que l’on ne s’en sortirait jamais.

Scipio venait d'entrainer "madame Sempronia" à l'écart sur un balcon. Et ce n'était pas pour lui déplaire. La discussion devenait réellement malaisante et Audrey avait de plus en plus de mal à le cacher. Ces personnes étaient-elles vraiment des amis du turien ? L'asari une de ses ex ? Non, ça ne pouvait pas être possible. Son cuisinier favori ne pouvait pas être... Mais, et si c'était le cas ? Si elle s'était trompé sur lui depuis le début ? Cette perspective était terrifiante, et la française n'avait aucune idée de comment elle y réagirait si jamais elle venait à s'avérer. Cependant, elle devait en avoir le cœur net. Il ne s'agissait peut-être que d'un terrible malentendu. En tout cas, l'ancienne flic l'espérait sincèrement...

- Tout va bien ?

Le natif de Palaven demanda cela d'un ton un peu inquiet. Il semblait avoir perçu la nervosité de sa compagne, ce qui n'était probablement pas très difficile. Elle s'enfermait dans son mutisme depuis déjà plusieurs minutes et son langage corporel transpirait la tension.

- Scipio... D'où est ce que tu connais tous ces gens ? demanda la châtain du ton le plus calme et posé qu'elle put adopter.
- Oh, à droite, à gauche, c'est monsieur Besora qui m'en a fait rencontrer la plupart, lors de réceptions du même genre. Enfin, ne tire pas une tête pareille, ils ne vont pas te mordre. A part Cordelia peut être, mais je t'assure, elle est moins méchante qu'elle n'en a l'air. Je crois. Si... Si quelque chose ne va pas, on pourra s'éclipser après le repas. Il faut juste que l'on reste pour le discours, que je trouve le temps de parler à Besora et sa fille, et que l'on fasse un peu bonne figure à table. Ensuite, si tout ce monde te gêne, on pourra s'en aller.

Le turien marqua une petite pause pour s'accouder au balcon et regarder vers l'extérieur, sa coupe de champagne à la main.

- Je ne pensais pas que cette réception te préoccuperait autant. Je voulais juste te faire plaisir, j'm'étais dit que ça te changerait les idées...

Il semblait sincère. Peut-être ne savait-il juste pas. Peut-être n'était-ce qu'une énième Scipionnerie dont il avait le secret.

- Est ce que tu as la moindre idée de qui ils sont ? insista l'humaine, en tâchant de se montrer la moins agressive possible.
- Bien sûr ! Des rentiers, des traders, des banquiers, des grosses huiles... Mais je comprends, ne t'en fais pas. Je sais qu'ils vivent un peu dans leur bulle, ça peut être déstabilisant, voir inquiétant des fois... Ils ne se rendent pas du tout compte des problèmes que les gens plus simples comme nous peuvent avoir, surtout toi, alors qu'encore récemment tu risquais ta vie pour protéger leur cocons... Je suis sincèrement désolé Aud, je ne pensais pas que tu le vivrais si mal.

Il fuyait son regard, faisant tout son possible pour fixer le jardin sur lequel donnait le balcon. Mais cela ne ressemblait pas au comportement d'un affabulateur. Scipio savait-il seulement mentir ? En tout cas, son attitude faisait plus penser à celle d'un enfant qui se fait gronder. Un gamin prenant conscience qu'il a fait une bêtise, mais ne comprenant pas à quel moment.

Le cuistot releva subitement les yeux pour les plonger dans ceux de sa partenaire. Elle comprit alors qu'il était honnête. Et qu'elle allait devoir lui annoncer...

- Il y a quelque chose que je peux faire pour me racheter ? Je peux essayer accélérer les choses avec Don Besora pour que l'on parte plus vite si c'est ce que tu souhaites. Si j'accepte son offre, il se moquera bien que l'on parte avant d'avoir mangé.
- Scipio, ce sont...

La jeune femme s'arrêta net dans sa phrase et jeta des coups d'oeil furtifs aux alentours. Ils semblaient relativement seuls, mais mieux valait rester prudent. Elle choisit donc de reprendre à voix basse, en se penchant légèrement vers lui.

- Ce sont des criminels. Ton asari a des entrepôts qui servent de plaque tournante pour tous les trafics entre Illium et la Citadelle. Quant à ton Urdnot, c'est un trafiquant d'arme. On est presque sûr qu'il a massivement armé Gorx pendant la guerre civile krogane.
- Quoi ? Mais, enfin ! Tu plaisantes !

Le turien sembla réfléchir un instant avant de reprendre.

- Non sérieusement, Gorx c'est beaucoup trop ridicule, un Krogan ne peut pas vraiment s'appeler Gorx.
- Arrête de te foutre de moi ! éructa-t-elle pour accompagner son coup de poing. La guerre civile de 2200 sur Tutchanka. Toutes les chaines d'infos ne parlaient que de ça !
- Que... Arrête !

Scipio attrapa l'humaine par le bras et la rapprocha de lui. Elle était presque dans ses bras maintenant, bien qu'elle ne se sente pas vraiment d'humeur à lui faire un câlin. Et pourtant, force était de reconnaitre qu'il ne manquait pas de talent dans ce domaine.

- J'ai compris. T'as l'air sérieuse. Je m'excuse. Je pensais que tu me faisais encore une blague. Je t'écoute maintenant. Reprends depuis le début. Selon toi, qui sont exactement Cordelia et Urdnot Dorn ?
- Cordelia c'est une des bêtes noires du SSC. Tout le monde sait qu'elle magouille, mais personne n'a jamais réussi à avoir quoi que ce soit contre elle. Dorn c'est un trafiquant d'arme. J'en sais pas beaucoup plus sur lui, à part qu'on le soupçonne d'armer à peu près toutes les révolutions et autres guerres civiles à travers la galaxie.
- D'accord. Je vois... Je ne les aurais jamais soupçonné de... Enfin, le Krogan peut être, mais Cordelia a toujours été assez bienveillante envers moi. Il faut que j'en parle à monsieur Besora, il faut le mettre au courant qu'il est en danger si ces deux personnes profitent de sa générosité.

Audrey s'apprêtait à répondre à son imbécile de compagnon d'un ton acerbe, quand elle vit l'étincelle de l'intelligence naitre dans son regard. Il comprenait enfin. Ils se trouvaient tous deux au milieu du rendez-vous annuel de la pègre galactique. Et leur hôte devait très certainement lui aussi tremper dans des affaires louches.

- Quel genre de proposition t'a fait ce Besora.
- Il souhaiterait fournir plusieurs de mes produits, mais pour ça il faudrait que je rompe mes contrats avec des producteurs terriens qui travaillent avec moi depuis que je suis installé. Ce n'est pas vraiment une décision que je peux prendre à la légère. Ses prix sont très généreux et il est prêt à me céder un terrain pour installer un petit restaurant sur Bekenstein, mais...
- Ca ressemble à une combine pour faire passer des marchandises en douce. Quoi qu'il arrive, n'accepte pas sa proposition. Il ne faut pas qu'on reste ici trop longt...
- Monsieur Sempronia ? les interrompit soudain un domestique. Veuillez m'excuser. Don Besora serait honoré de vous accueillir à sa table avec votre compagne.

Le couple échangea un regard. Scipio semblait ne plus trop savoir quoi faire. S'il hésitait trop longtemps, cela risquait de devenir suspect. Et si les deux s'ennfuyaient, ça le serait encore plus. Il n'y avait donc plus 36 solutions, même si cela ne réjouissait guère l'ancienne du SSC...

- Allons-y mon chéri. Tu ne voudrais pas faire attendre ton ami tout de même.

La française s'accrocha au bras de son "mari" en déclarant ses paroles sur un ton anormalement mielleux. Elle avait toujours été très mauvaise en théâtre, mais jouer les épouses dociles et un peu cruches devrait être dans ses cordes. Dire qu'elle était venue pour accompagner son turien préféré à une soirée mondaine, et qu'elle se retrouvait à devoir le protéger au milieu d'un banc de requins...


*****


Deux semaines plus tôt.

- J'ai une proposition pour un poste de garde du corps. Tu me vois en garde du corps ? Lunettes noires, tailleur ajusté, toujours à tirer la tronche.

Audrey est Scipio étaient assis à la table de la cuisine. La première consultait les offres d'emploi qui lui étaient remontées en accord avec son profil, et le second s'occupait de ses papiers administratifs. La soirée était calme et reposante, mais peut-être un poil trop silencieuse. C'est pourquoi l'humaine avait pris l'initiative d'engager une petite causette.

- Pas du tout, tu es incapable de rester sérieuse trop longtemps, et les lunettes ne te vont pas.
- Sans compter que la dernière fois que j'ai dû veiller sur des gens, ça a mal fini, ajouta la concerné sur le ton de la conversation. Qu'est ce qu'on a d'autre... employée dans une agence de sécurité. Ca veut tout et rien dire ça.
- Employée à quel rôle aussi ? J'te vois mal faire la compta des Soleils Bleus. Et je m'y connais.
- En compta ou en soleil bleu ?
- Tu penses sincèrement que je puisse tenir une compta ?
- Parce que tu crois que t'es plus crédible en mercenaire des terminus ?
- Il y a bien des choses que tu ne sais pas sur moi poupée !

Pour la première fois depuis le début de cet échange, la jeune femme leva les yeux de son datapad pour les diriger vers son interlocuteur. Son regard était extrêmement dubitatif et tout son visage semblait dire "j'ai mal entendu ?", même si l'observateur avisé pouvait apercevoir les prémices d'un sourire au coin des lèvres de la française.

- Hey ! Je ne suis pas né le mois dernier. On a tous notre lot de choses dont on est pas forcément fiers. Au moins, ce que je faisais ne causait de mal à personne, et c'était parfaitement légal. Je me suis arrêté quand c'était devenu trop louche pour moi.
- "Poupée" ? lâcha la châtain, sans tenir compte de ce que son compagnon venait d'expliquer.
- Ah ! C'était ça, le problème... Tu préfères princesse, peut être ? Ou bien...

Le turien se recula un peu sur sachaise et leva les yeux au plafond pour réfléchir. Son langage corporel semblait également indiquer qu'il était plus sur la défensive. La terrienne découvrait encore le natif de Palaven sur bien des points, mais il lui semblait avoir appris à déceler certains de ses comportements avec clarté à force de le fréquenter quotidiennement.

- Ma grande ? Choupette ? Trésor ? Chaton ? Ma poule ? Vous avez un truc pour les petits animaux vous les Humains, non ?
- Pas choupette, je ne suis pas un caniche. Ni trésor. Et je te déconseille vivement le "Ma poule" si tu veux pouvoir continuer à manger tes biscottes le matin. Chaton si tu veux, mais n'en abuse pas.

Scipio ouvrit de grands yeux étonnés, ce qui fit sourire Audrey. Elle aimait toujours autant voir ce visage surpris.

- J'admets que je n'm'y attendais pas. Ce déménagement m'emmène de surprise en surprise... Généralement bonnes, ceci dit. Mais c'est quoi, un caniche ?
- Une espèce de répugnante saucisse sur patte recouverte de laine qui passe son temps à japper. La bestiole favorite des vieilles mégères.
- Ca a l'air comestible, dit comme ça. C'est un peu une espèce de long mouton c'est ça ?
- Plus petit, plus laid et plus bruyant. Et accessoirement, c'est censé être un chien.
- Okay, tu m'as coupé l'appétit. Les animaux ont l'air dégueu dans ton bled.
- Tous ne sont pas aussi hideux. Je t'ai déjà montré mon chat ?
- Non, fais voir !

La jeune femme rapprocha sa chaise de celle de son interlocuteur, toute guillerette, afin de se placer à côté de lui. Elle ouvrit ensuite le dossier Images de son datapad et commença à faire défiler celles qui concernaient son animal.

- Tiens regarde. Elle s'appelle Nala. Là c'est dans le jardin. Dans son panier. Sur mon lit. Là c'est quand elle se battait avec ma bibliothèque. Et là quand cette grosse feignasse s'était endormie sur ma moto.
- Wah ! C'est trop cool ! Elle a l'air toute douce ! Il est grand ton jardin... C'est quoi cet oreiller ridicule là ! Tu m'diras c'est assorti à ton pyjama.
- Hé ! lança la châtain en donnant une petite tape sur l'épaule de son compagnon. Il est très bien mon pyjama !
- J'suis d'accord, je suis juste pas certain qu'il soit de ton âge. Et puis tu flottes dedans. Haaan, regarde moi ses toutes petites oreilles ! Elle est adorable...
- C'est pour être à l'aise pour dormir crétin. Et en parlant de ça, je vais y aller moi, il se fait tard, déclara l'humaine en se levant. Essaie de pas trop tarder, tu fais toujours un remue-ménage pas possible quand tu te couches. Ca m'a réveillé cette nuit.
- Je ferais attention... Chaton.

La française s'arrêta et se retourna pour jeter un regard malicieux au turien. Elle sentait qu'elle n'allait pas tarder à regretter de lui avoir autorisé ce sobriquet ridicule...



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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeDim 07 Juil 2019, 15:20
On lui aurait donc caché la vérité. C’était difficile à avaler. Pourtant, lui et Coco avaient… Quelle saleté ! La pilule passait mal, mais quelque chose en Scipio savait que n’importe quel mot d’Audrey valait bien plus que mille promesses issues de toute cette débauche bourgeoise. Et la flicette accordait clairement une importance à ses déclarations.

Par les Esprits ! Il s’était fait leurré. C’était évident désormais. Une partie de lui même semblait avoir omis tous ces détails, tous ces accords passés à mi mots, toutes ces enveloppes discrètement glissées sous la table… Il ne pouvait se le cacher plus longtemps : il avait été idiot. Encore. Et voilà que désormais, ils devaient jouer les idiots par sa faute. Pressant sa cavalière contre lui alors qu’ils rejoignaient la foule, il lui souffla à voix basse :

« Faisons profil bas. Pour le moment, je suis encore dans les bons papiers de Don Besora, et il doit être persuadé que nous ne savons rien. Ou bien il pense que je sais, et que je m’en fiche. Cependant, si nous sommes trop sur la défensive, il se doutera de quelques choses. Il faut donc faire comme si nous n’étions au courant d’aucunes de leurs activités... »

Audrey semblait avoir déjà pris ça pour acquis, ayant bien plus d’expertise que lui dans ce domaine, mais elle avait l’air de se demander où il souhaitait en venir. Il lui décocha un sourire amical, espérant lui rappeler qu’il restait l’idiot avec lequel elle vivait :

« Moquons nous des costumes trop serrés et des chapeaux ridicules. Viens, la table de Besora est là bas. »

Nuit de noces 1562505576-don

Il aurait de toute manière était difficile de la rater, car elle était surélevée au centre de la pièce, sous un lustre de cristal et d’acier orange (Oh ! Mais c’est du Morano ! Scipio reconnaîtrait le travail du sculpteur de Palaven entre mille). L’effervescence de la salle se calmait lorsque l’on approchait de cet îlot, où trônait un homme comme un roi en sa cour. Son costume était presque simple en comparaison de certains convives, mais Scipio ne rassemblerait probablement jamais assez d’argent pour pouvoir s’en payer les boutons de manchette. Sa crinière d’albâtre trahissait un âge qu’il portait fièrement, bien que ses traits n’aient que peu subi les ravages du temps. L’apanage des fortuné, après tout. Son visage arborait le sourire avenant d’un requin blanc, et il adressait celui ci à Scipio et Audrey. Il fixait cette dernière lorsque le Turien les introduisit :

« Bonsoir, monsieur Besora. Vous avez fait fort pour cette soirée. Il y a tellement d’invités que nous avons eu du mal à vous trouver.
- Rien n’est de trop lorsque ma fille se marie, enfin. Mais dîtes moi Sempronia, lorsque vous m’avez parlé de mademoiselle Bayard, n’auriez vous pas oublié de me préciser quelque chose ? »

Le sang du Turien ne fit qu’un tour, et il réalisa d’un coup qu’ils avaient toutes les raisons de paniquer. Si ces gens là étaient connus du SSC… L’inverse pouvait être vrai également ! Besora s’était déjà levé pour faire le tour de la table et aller à leur rencontre. Il prit l’une des mains d’Audrey dans la sienne avec une grande délicatesse, avant d’y apposer ses lèvres.

« Ce n’est pas très fair-play de voiler à mon regard l’existence d’une personne si charmante.
- Ha ! Heu, oui… Que voulez vous. Vous m’avez dit de m’entourer de gens moins intéressants que moi pour me mettre en avant… Audrey est meilleure à ça que moi ! Audrey, je te présente Emmanuel don Besora, notre hôte. Monsieur Besora, hésita Scipio. Audrey Bayard, bientôt Sempronia si la chance me sourit.
- Enchantée monsieur. Mon Scipio m’a dit beaucoup de bien de vous. Et toutes mes félicitations pour le mariage de votre fille. »

Le regard du père de famille donnait l’impression d’un vautour fatigué d’attendre que sa proie se fatigue, et Scipio ne put se retenir d’imaginer toutes les personnes auxquelles il avait du causer du tort aujourd’hui sans qu’il ne le soupçonnât une seule fois.

« Merci beaucoup. Vous m’honorez, Scipio ! Vous parlez donc de moi à votre entourage. Moi qui croyait que vous méprisiez les personnes comme moi.
- Voyons monsieur Besora, je ne cautionne pas la débauche, mais je sais reconnaître un homme qui souhaite faire plaisir aux autres et a assez d’argent pour ça.
- Haha, s’amusait l’Humain avec l’air d’un vieux chat qui triture une pelote de laine. Continuez de tourner autour des problèmes, ça vous a réussi jusque là. Mais appelez moi Emmanuel, ou au moins juste Don Besora, gardez vos « monsieurs » pour les quelques ancêtres qui marchent encore parmi nous. Vous êtes comme un gendre pour moi Scipio, et si vous étiez né homme, je me serai assuré que ma Manuella trouve meilleur parti que son nigaud actuel.
- Quelque soit la couleur de mon sang, Don Besora, mon cœur est déjà pris, et lui ne souhaite pas éviter ce problème. »

Pour illustrer son propos, il passa un bras autour de la taille d’Audrey, qui ne devait pas s’en sentir parfaitement à ses aises, car ses joues rosirent quand elle lui fit remarquer :

« Voyons Scipio, pas devant tes amis.
- Vous avez bien raison, mademoiselle Bayard ! Notre chère Scipio aime d’habitude se faire discret, mais il ne sait se contenir lorsqu’il s’agit de vous, n’est ce pas ? Je vais vous laisser à vos tourterelleries, je ne souhaiterais pas vous gêner plus longtemps. Profitez bien de la soirée, nous aurons probablement l’occasion de nous reparler plus tard. Vous êtes assis là bas, à côté de mademoiselle Cordelia. Oh ! Et j’espère que vous avez réfléchir à ma proposition.
- Bien entendu, Don Besora. »

Et en intimant à Audrey d’une simple pression sur les hanches de le suivre, Scipio s’en alla à reculons. Tourner le dos au Don était contre l’étiquette en cours chez lui, et cela, le Turien l’avait appris très vite. Quand il eut lui même reporté son attention sur d’autres invités, ils prirent place à table, et Scipio souffla quelques mots à sa partenaire :

« Désolé, j’y vais peut être un peu fort. Mais tu es impeccable, je t’assure. Si tu continues comme ça, ils n’y verront que du f… Oh ! Encore toi, Coco ! »

Et l’Asari annoncée était bel et bien là, s’installant à leur gauche. Le Turien se retrouvait coincé entre celle qui endossait le rôle de sa future épouse, et celle qui se pausait comme une ex jalouse. Il n’aurait pu rêver mieux, à part peut être nager dans un volcan ou danser nu en pleine tempête nucléaire sur Tuchanka. Le cliquettement d’un couvert sur une flûte à champagne attira leur attention, alors que les mariés prenaient place à la table. La robe nacrée de la mariée enveloppait toute sa chaise, et son visage fin et jeune éclipsait sans aucune difficulté son époux qui, s’il était beau garçon, ne portait pas sa noblesse. Mais l’origine de l’appel était bien entendu le Don, qui s’éclaircit la gorge avant d’entamer :

« Mes amis, ce soir, nous célébrons le troisième des plus beaux jours de ma vie. Le premier fut mon propre mariage, et le second fut le jour de ta naissance, Manuella. Aujourd’hui, c’est à ton tour de t’unir, et je suis un père fier de savoir que sa fille vole désormais de ses propres ailes. Tu changera de nom, et portera – je l’espère – des enfants à ton tour, comme ta mère avant toi, et tu sera changée par ses expériences. Mais aux yeux de ton papa, tu restera la petite Manuella don Besora que je serrai contre moi à la maternité et... »

Le reste du discours fut avalé par les mots à demi-étouffés de Cordelia, qui cherchait à se faire discrète autant qu’à se faire entendre :

« Eh alors, vous c’est pour quand les marmots dans le tiroir ? A moins que tu ne sois aussi qu’une passade, Audrey ? »


***


Un mois plus tôt.

Elle déposa la canette sur la table basse et reprit sa place, blottie contre lui et à moitié allongée dans le canapé. Le holo qu’ils regardaient berçait la pièce d’une lumière grisonnante, faible et confortable. Il avait son bras contre elle, si bien qu’elle ressentait sa tension lorsque le film versait dans l’horrifique. C’était un classique qu’Audrey avait ramené, qui ne faisait plus peur à personne depuis longtemps, bien plus nanard qu’autre chose. Il semblait pourtant encore faire de l’effet à Scipio. Bien sûr, quand elle s’en moquait, il inventait un prétexte idiot pour son sursaut, avant d’ajouter quelques bêtises que le film soulevait. Ils se laissaient aller à cette mauvaise foi avec une bonne humeur teintée d’alcool et de paresse.

L’appartement de Scipio était petit mais largement assez vaste pour leur duo, qui se capitonnait de couvertures sur le canapé. Parfois, l’un bougeait, faisant craqueler le vieux cuir et soulevant les draps en houles aléatoires. Souvent, ils se retrouvaient un peu plus blottis suite à ça, et ponctuaient l’acte d’un soupir apaisé.

« Tu pourrais… Tu pourrais rester ici, si tu veux, lâcha Scipio avec hésitation. Quelques jours. Un petit mois. Le temps que tu retrouves du travail.
- Pardon ? lança-t-elle d’un air particulièrement étonné, relevant la tête vers lui.
- Heu, je me disais juste… bredouillait-il. Vu que tu risques d’avoir un peu de problèmes d’argent… Si tu ne peux plus assurer ton loyer sur la Citadelle, tu pourrais… Enfin… Ce serait juste temporaire bien sûr… Je ne te demande pas de... »

Audrey se redressa un peu, toujours emmitouflée dans les couvertures mais récupérant un peu de contenance. Le cuistot eut l’impression d’avoir gâché quelque chose :

« Je ne voudrais pas t’embêter plus que je ne le fais déjà avec mes problèmes. Et puis, pour l’instant j’ai encore quelques économies.
- Bien sûr, je sais que tu es capable de te débrouiller. J’aimerais juste t’y aider. Je te fais déjà à manger tous les midis. Le soir en bonus, ça ne changera pas grand-chose pour moi.
- Ce n’est pas très grand ici, lâcha la fliquette en observant leur environnement drapé de pénombre. Il n’y aura jamais la place pour mes bibliothèques. »

Ils se sourirent, jaugèrent encore un peu le pour et le contre, puis, d’un accord tacite, acceptèrent qu’il s’agissait d’une mauvaise idée, et continuèrent de regarder le film. Scipio récupéra sa bière et la sirota en silence. La soirée continua de les abreuver en légers sursauts pour lui, en piques adroites pour elle, et bientôt les crédits roulèrent sur l’écran. Audrey poussa un soupire entendu et s’étira, à moitié bloquée par les couvertures qui avaient fini par s’accumuler de plus en plus. Il déposa son regard sur elle, et souffla sans trop y penser :

« Sinon, ca peut être moi qui vient chez toi. »


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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeDim 07 Juil 2019, 19:06
- Eh alors, vous c’est pour quand les marmots dans le tiroir ? A moins que tu ne sois aussi qu’une passade, Audrey ?

La française faillit recracher le contenu de son verre, choquée tant par la question que par sa formulation. Des enfants ? Ce n'était pas du tout à l'ordre du jour. Et quand bien même. Y avait-il une manière plus vulgaire de le demander ? La châtain tâcha de reprendre contenance avant de répondre.

- Je... on n'y pense pas encore pour le moment.
- Ouais, vous profitez quoi. Enfin, si tant est qu'on puisse vraiment profiter avec Scipio.
- On pourrait peut-être parler d'autre chose non ?
- Allez, fais pas ta timide. Je suis sûre qu'au lit t'es du genre dominatrix. Avec les menottes et tout. Comme toutes les saintes nitouches de façade. Remarque, si t'attends que Scip prenne les devants, tu risque d'attendre longtemps, alors autant y aller franco.
- Ecoutez... Cordellia ? Si vous tenez vraiment à le savoir, je n'ai absolument pas à me plaindre de mon compagnon dans quelque domaine que ce soit. Mais je n'ai pas pour habitude d'exposer mon intimité à la vue de tous. J'apprécierais donc si nous pouvions parler d'autre chose que de... nos ébats.
- Très bien madame Sempronia. répondit l'autre un poil plus sèchement. Restons en à des questions plus banales. Comment vous êtes vous rencontrés ?
- Oh euh... et bien à sa guitoune simplement. J'étais venu chercher à manger, rien de très original.
- Mais de ce que j'en sais, Scipio ne couche pas avec toutes ses clientes. A moins qu'on m'ait caché l'existence d'un menu spécial. Du coup, qu'est ce qui vous a fait sortir du lot ?
- Et bien, il faudrait le lui demander j'imagine...
- Scip' ? Qu'est ce que tu lui as trouvé quand vous vous êtes rencontrés ?
- Ca n'se pose pas comme question ça, Coco... Mais j'imagine que tu t'en fiches. Aud' est honnête, droite, et je découvre aujourd'hui qu'elle sait également se coiffer avec beaucoup de goût. Tu m'diras, mis de côté ce dernier point, c'est un peu nécessaire quand t'es au SSC.

En entendant ça, l'humaine écrasa violemment le pied de son compagnon avec son talon. Est ce qu'il le faisait exprès ou est ce qu'il était vraiment aussi stupide ? Pouvait-on réellement être abruti au point de balancer à un repas de criminel qu'il y avait une flic à la table ?

La surprise et la douleur du turien furent clairement apparente, mais il camoufla remarquablement bien la chose par sa tirade suivante. A moins qu'il n'ait réellement pas compris le problème ? Après tout, Scipio n'était-il pas incapable de mentir ?

- Et elle est très jolie ! Oui, vraiment ! Et super intéressante. Je peux passer des heures à l'écouter !
- Alors comme ça, vous bossez au SSC ? interrogea l'asari, soudainement beaucoup plus intéressée par la compagne du turien.
- Non. Enfin j'y ai travaillé. Plus exactement, j'y ai donné des conférences.

Les réponses avaient été un peu précipitées, ce qui ne sembla rien arranger à la suspicion de la trafiquante.

- Oh vraiment ? Des conférences sur quoi ?
- Epidémiologie. Mon exposé s'intitulait "Contrôle de la population en cas de pandémie. Éviter la contamination et endiguer sa propagation". C'était en janvier de l'année dernière. Nous formions les agents du SSC à contenir une éventuelle infection de l'énergie noire.

Ca paraissait crédible. Elle avait réussi à s'expliquer sur un ton bien plus neutre. Ca pouvait passer...

- Vous êtes donc docteur ?
- Epidémiologiste. C'est un peu différent. Je ne donne pas de consultation si vous en espériez une. Je suis beaucoup plus dans le théorique.

Cordellia fixa son interlocutrice pendant encore quelques longues secondes, comme si elle cherchait à percevoir le mensonge dans ses propos. Finalement, elle afficha un sourire dont Bayard ne réussit pas à percevoir le sens exact.

- Au moins vous ne risquez pas de vous chopper une MST en faisant crac-crac si c'est votre domaine d'étude !

Est ce qu'il arrivait à cette tête de poulpe de penser à autre chose que le sexe ?

- Oui. Enfin, c'est un peu différent tout de même. Mais si vous voulez bien m'excuser... Je vais fumer mon chéri, tu m'accompagnes ? déclara Audrey en se levant.
- Tu f... Oh, j'ai pris ton briquet. Tu l'avais oublié sur la table.

La jeune femme s'éloigna d'un pas rapide, suivie de son compagnon. Cela manquait certainement de discrétion, mais elle avait une mise au point à faire avec le natif de Palaven. Arrivée sur le perron, Audrey soupira bruyamment. Scipio ne la rejoignit qu'un instant après, ayant toujours un peu de mal à la suivre quand elle passait la seconde. La visage baissée, elle appuyait son front sur le bout de l'index et du pouce de sa main droite et avait la respiration nerveuse.

- Euh... oups ?

Ce fut la goutte d'eau qui mit le feu aux poudres. L'étincelle qui fit déborder le vase. Bref ! C'en était trop. La naïveté avait ses limites. La française pouvait lui pardonner beaucoup de choses, mais là, il jouait avec ses nerfs. Et sa vie. LEUR vies. La gifle partit, presque instinctivement, et résonna dans toute la cours. Fort heureusement, ils y étaient seuls. Un doigt accusateur apparut ensuite devant le visage du turien.

- Espèce de... Je ne sais pas ce qui me retient de... Ca ne t'est pas venu à l'esprit qu'annoncer qu'il y avait une flic à table au beau milieu d'une réunion de criminels était une mauvaise idée ? Et tout ce que tu as à dire pour ta défense c'est "oups" !

La châtain faisait tout son possible pour ne pas exploser et ameuter des curieux, ce qui leur serait probablement encore plus préjudiciable. Mais dans la situation actuelle, elle n'était simplement pas capable de l'engueuler à voix basse, bien qu'elle essaye de toutes ses forces de ne pas trop élever la voix.


*****


- Sinon, ca peut être moi qui vient chez toi.


Audrey se redressa et plongea ses yeux dans ceux de son compagnon. Y avait-il pensé pendant tout le reste du film ? Tenait-il à ce point là à ce qu'ils emménagent ensemble ? En soi, c'était envisageable compte tenu de leur relation mais... de manière si précipité ? Le partage du lieu de vie n'était pas le genre de décision que l'on prenait à la légère. Supporter une personne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 pouvait mettre à mal même les couples les plus solides. Et eux n'étaient réellement proches que depuis un peu plus d'une semaine...

- Comment ça ?

Scipio détourna le regard, cherchant visiblement à fuir celui de son interlocutrice.

- Je commence à faire rentrer un peu plus d'argent dans les caisses, je peux me permettre quelque chose de plus grand que ce taudis. Si on fait une collocation tu auras moins de problèmes d'argent toi même, et je continuerai de faire des économies. Je me dis juste que l'on s'entend bien, que tu n'es pas difficile à vivre...

Il lança un sourire taquin avant de continuer.

- Je pourrais m'y habituer. Avec mes allers retours vers Tuchanka et Palaven, tu n'aurais pas à me supporter tout le temps non plus.

C'était un peu... bizarre. Il semblait vraiment avoir envie de s'installer avec elle. D'un autre côté, le turien avait aussi pour habitude de tanner la châtain sur le fait qu'elle ne lui avait jamais montré l'endroit où elle vivait. Peut-être s'agissait-il là d'une tactique fourbe et détourner pour enfin pouvoir visiter son appartement.

- Dis donc toi, tu serais pas en train de chercher à t'inviter chez moi par hasard ? Ne me dis pas que tu te sens seul le soir dans ton grand appartement vide quand je suis partie. le charria-t-elle avec un ton ouvertement moqueur et parodique.
- Et si c'était le cas ? lui rétorqua-t-il avec le plus grand sérieux du monde.

Le visage de la française se décomposa littéralement. Elle ne s'attendait clairement pas à cette réponse. Cependant, avant qu'elle ne puisse dire ou même penser quoi que ce soit, son camarade lui décocha son plus grand sourire, qu'il assortit d'un coup de coude dans les côtes (ou plutôt dans les couettes).

- Eh beh, quelle tête tu tires ! On peut être deux à jouer à ce jeu !
- T'es trop con, soupira-t-elle. Préviens la prochaine fois, ajouta-t-elle avec un sourire amusé.
- J'te retourne le compliment. répondit-il sur le même ton. Mais j'y réfléchissais sérieusement. Depuis plusieurs jours, en fait. Dans tous les cas je ne compte pas rester ici, mes plantes n'ont pas assez de lumière. Je pensais juste qu'on pouvait peut être faire d'une coloc' deux coups. Accordes-y au moins une pensée, si t'en es capable.
- Hé ! lança-t-elle en lui donnant un coup de couette. Je te proute monsieur le faiseur de nouille.
- Mais quelle saleté ! Tu t'en prends au maître de maison là ! Foutue terrienne ! rétorqua-t-il en lui lançant un oreiller en pleine figure.
- Oh toi tu vas voir !

A ces mots, l'humaine se jeta sur l'extraterrestre et la plaqua sur le dos contre le canapé. Toujours emmitouflée dans ses quatre couvertures, elle ne parvint pas à libérer ses bras assez rapidement pour maintenir sa suprématie. Le turien profita de ce délai pour réaliser une manœuvre hardie. Il pivota sur lui même, faisant rouler les deux gamins sur le sol. Les couettes amortirent la chute avant que le pugilat ne reprenne de plus belle.



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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeDim 07 Juil 2019, 22:00
Scipio ne se voyait pas comme un idiot. Il se savait naïf et parfois un peu simple, mais il pensait en toute sincérité que s’il réfléchissait, il était capable de trouver des solutions. Preuve en était son rôle dans le génie, et le fait qu’il ait su monter une entreprise qui aujourd’hui rayonnait jusque dans la DMZ krogane. Bon. Il allait devoir réfléchir très vite.

Son profil lui brûlait, si bien qu’il en oublia son pied endolori. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il avait enchaîné les conneries. Et il ne pouvait plus non plus se contenter de s’excuser platement : il fallait qu’il les sorte de là. Elle avait bien fait de les ramener à l’entrée, le plus loin possible. Il chercha à composer un air le plus sérieux possible, ce qui n’était pas très difficile car il n’était pas vraiment d’humeur à rire. Les ricanements de Cordelia résonnaient encore dans ses oreilles, et ça n’était pas pour lui plaire non plus.

« Tu as géré, Aud. Elle sait que je connais une médecin, mais je n’ai jamais du dire son nom. Elle a pu faire le lien. Et si elle essaye de te poser une colle, je sais que tu sera capable d’y répondre. Si je ne répète plus mon erreur, je pense que la question de son côté sera réglée. Il faut juste que nous nous assurions auprès des autres convives qui auraient pu m’entendre désormais.
- Si tu ne répètes plus ton erreur ?! Je t’assure que si tu me refais une bourde de cette ampleur, je te plante ma fourchette ! Et je ne plaisante pas.
- Je. Sais. »

Il l’avait attrapé par les deux bras, un peu plus fort que ce qu’il n’aurait aimé, et il relâcha rapidement son emprise. Une lueur sauvage animait ses yeux clairs, et Audrey aurait presque pu prendre peur de ses marquages faciaux pourtant devenus si familiers, s’ils n’avaient pas appartenu à son ami. Parfois, il arrivait que Scipio se rappelle qu’il appartenait à une espèce de chasseur. Et parfois, cela ressortait un peu.

« Tu ne plaisantes pas, et je ne me commettrai plus ce genre d’erreurs. On est d’accord là dessus ? »

Il était tendu, mais pas uniquement. Il était en chasse. C’était un animal qui remettait en cause le milieu dans lequel il évoluait, et qui ne possédait qu’un seul point de repère pour le moment. Pour mener sa chasse à bien et en sortir en vie, il ne pouvait pas se permettre que sa seule alliée se retourne également contre lui. En vérité, c’était bien là ce qu’il voulait : qu’elle soit contre lui. Qu’ils retournent sous leurs couches de couverture, un mois auparavant, et qu’il ne prenne pas la décision de venir à ce mariage. Il voulait récupérer son morceau de sérénité, et il avait besoin d’elle pour ça. Elle faisait parti de sa sérénité, désormais. Et il protégerait ce qui lui apparten… Non. Il protégerait ce qui lui était importait.

« On est d’accord, soupira Audrey. Désolée pour la gifle…
- C’était mérité, et la trace rendra la dispute de couple plus crédible. »

La tension retenue dans les épaules de Scipio se lâcha quelque peu, et il réfléchit à la marche à suivre. Comme souvent, ce fut elle qui l’amena :

« On ferait mieux d’y retourner avant que la table ne se pose trop de questions. Ou que ton ex ne s’imagine des choses.
- Ce n’est pas mon... »

Il fut interrompu par un son en contrebas, qui les poussa à se stopper tous les deux. Plus loin dans l’allée, il y eut un claquement de portière, puis quelques maugréments. Un coup d’œil discret permis au duo d’apercevoir un véhicule dont la seconde portière arrière était encore à demi-ouverte. Et un certain Urdnot.

« Ça ferme mal…
- Dépêche toi. Il faut qu’on retourne en haut. Ils mangent encore mais ils finiront bien par revenir sur le balcon.
- T’es marrant, ça ferme pas, ça ferme pas ! Je peux pas y faire grand-chose.
- Tu va voir si on peut pas y faire grand-chose...»

Audrey voulu retourner à l’intérieur, conformément à son plan, mais Scipio la retint.

« Personne ne fume aussi vite. »

Son argument se tenait, mais le Krogan allait finir par les voir. Pas particulièrement pressés par l’envie de les prendre en flagrant délit de quoi que ce soit, mais plutôt mus par la survie, ils longèrent le bâtiment dans la direction opposée. La malchance plaça après à peine quelques pas le grillage du jardin face à leur nez, si bien qu’ils ne virent comme solution que de fuser dans l’autre sens. Ils s’accordèrent là dessus d’un regard muet et entendu, mais à peine eurent-ils entamer de rebrousser chemin qu’ils aperçurent Urdnot Dorn revenir. Se faufiler en douce aurait été encore pire. Et il les avait vu, désormais. Il leur fallait donc trouver une excuse, prétendre n’avoir rien vu ni entendu, et déguerpir, le tout en un éclair. Parfaitement incapable de tout ça, Scipio joua une toute autre carte.

« Qu’est c’que tu ?! »

Les mots étouffés d’Audrey traduisirent tout à fait sa surprise, et celle ci était légitime. Mais avec un peu de chance, le trafiquant n’oserait les déranger ainsi.

« Eh beh, c’est beau la jeunesse », lâcha celui ci en les dépassant.

Quand Scipio cessa d’embrasser une Audrey décontenancée et qu’il tenait fermement dans ses bras par la taille et dos au grillage, il ferma les yeux. Il s’apprêtait à encaisser la gifle suivante.


***


Deux jours après cette fameuse soirée films.

« Callastre, va servir le couple qui s’est installé près du lac, s’il te plaît. »

L’Asari acquiesça et attrapa les deux boîtes de nouilles. Elle passa à côté d’Audrey, qui était comme à son habitude assise non loin de la caisse, papotant avec Scipio tandis que celui ci servait les clients. Les vrais. Le chef, observant le nombre de personnes qu’il restait dans la file, réévalua la quantité de pattes dont il aurait besoin. Il glissa un feuillet taché de gras à son amie, en expliquant :

« Regarde, j’ai trouvé ces apparts là. Ils sont pas mal ensoleillés, mes plantes vont aimer. Callastre me dit que je me fais arnaquer, mais avec la Citadelle qui bouge les prix changent tous les jours, c’est difficile de se décider…
- Hum… Ça va faire cher non ? Je sais bien que tu m’as dit que tu rentrais de l’argent en ce moment mais là…
- C’est vrai, surtout le deuxième, mais je me dis que je peux sous-louer pendant mes virées sur Tuchanka.
- J’imagine que ce serait une solution… Mais t’es sûr que le proprio acceptera ?
- Quoi, il faut lui demander ? »

Le rire de la jeune femme se mélangea au crépitement d’un gros oignon rouge, qui s’en alla rejoindre une boite que le cuistot mélangea prestement, avant de la tendre à un petit Galarien tout sourire.

« Oui Scipio ! Il faut faire des démarches pour ce genre de choses. Comme pour prendre un colocataire d’ailleurs !
- Encore des démarches ? Mais je passe déjà tout mon temps à remplir des papiers !
- C’est parce que tu refuses de prendre un secrétaire, lança la cuisinière Asari qui récupérait sa place.
- Je préfère faire le travail moi même.
- Oh… Du coup, j’imagine que ça ne t’intéressera pas si je te dis que j’ai fait des démarches de mon côté pour savoir si mon proprio accepterait que j’ai un coloc ?
- Ça reste du papier, du papier, toujours plus de papiers à signer à de formulaires à remplir…
- Ugh! Patron, réfléchis deux secondes. Par putain de pitié. »

Scipio servit à un client un plat, et à une amie un air surpris qu’elle aurait le loisir de revoir bien des fois. Audrey accueillit sa réaction avec un franc rire.

« Merci Callastre, fit-elle, toute sourire, avant de se tourner de nouveau vers Scipio. J’ai réfléchis à ta proposition de l’autre soir. Je pense que je suis prêt à prendre le risque. Mais pas question que ça devienne le bordel que c’est chez toi par contre. Si j’accepte de te prendre chez moi, tu ranges ton fourbi. Je veux pas retrouver tes caleçons dans le frigo !
- Calla, tu peux t'occuper des commandes quelques instants, je dois aller prendre quelqu’un dans mes bras. »

L’Asari souffla du nez, et lui détacha son tablier et retira ses gants de cuisine. Il sortit du bouiboui en sautant directement par dessus le comptoir, ce qui lui valut quelques regards étonnés de la part des clients. Puis il attrapa Audrey en la soulevant du sol.

« Merci, merci, merci ! T’es la meilleure ! Je suis sûre que ça se passera super bien ! Pour le rangement, aucun problème ! Pour les caleçons, ce sera compliqué de retourner aux sous vêtements tièdes mais je veux bien faire cet effort.
- Oh, je t’en prie. Je peux bien faire ça pour toi. Après tout ce que tu as fait pour moi, c’est la moindre des choses. »

Scipio ne savait pas bien ce qu’il avait pu faire pour elle, mais il était parfaitement conscience, en revanche, de son allégresse. Il espérait juste qu’elle ne fasse pas ça uniquement parce qu’elle se sentait redevable, et que c’était bien là ce qu’elle voulait aussi. Mais il n’osait pas lui demander, de peur qu’elle revienne sur sa décision.

« Tu me rappelles un truc ! J’avais amené quelque chose pour toi. Calla, tu peux me donner l’écrin à côté du bac à lard ? Merci. Tiens, Aud’, c’est ton, heu… Ton cadeau de chômage. Non, je sais ! Ça n’a qu’à être ton cadeau de collocation, du coup ! »

La boîte de bois qu’il lui tendait était simple mais clairement usée par le temps. Elle n’eut pas vraiment le loisir de refuser, car il l’avait dors et déjà enfournée dans ses mains. Le petit boîtier, une fois son loquet coulissé, révélait son contenu.

« C’est un vieil ouvrage, expliqua-t-il. Je sais que tu aimes lire, alors je me suis dit que ça pouvait peut être te faire plaisir de découvrir de la littérature turienne. C’est assez ancien… C’est un peu une pièce de collection, mais bon, vu la tronche qu’elle tire je suis pas sûr qu’on en veuille pour sa valeur historique. Ça me vient du clan de ma mère. »

Le livre était vraisemblablement destiné à être transporté étant donné la chaîne que l’écrin comportait, sa légèreté et sa taille réduite. Scipio ne mentait pas, il était amoché : certaines pages commençaient à se détacher, on pouvait deviner des griffonnages sur d’autres, trahissant de précédents propriétaires, et un vilain cercle sombre sur la couverture laissait deviner que quelqu’un avait laissé traîner sa tasse au mauvais endroit. Il sentait la viande salée, et le cordon utilisé pour marquer la page avait été arraché. Il était plié, corné, donc en tout point extrêmement charmant et plein de vie. Mais si l’on omettait ce que le temps et l’usage avait administré à l’objet, force était d’admettre qu’il avait du être symbole d’un certain luxe, en son temps. En premier lieu, tous les livres ne venaient pas dans des boîtes en bois, ou en tout cas c’était le cas aux yeux d’Audrey, qui ne savait bien entendu pas qu’il s’agissait d’une norme en Kavin-Serro. Et en second lieux, sa couverture était faite d’une sorte de cuir oscillant entre le marron et le gris, en fonction de la lumière. Au toucher, on aurait pu croire à l’épiderme costaud et souple d’un Turien.

« Ça s’appelle les Grains de Kavin, c’est un ensemble de légendes de mon peuple. Je t’avoue que je ne sais pas exactement ce que tu lis, et je m’y connais pas des masses en bouquin, du coup… Je me suis juste dit que ça pouvait te plaire. Mon frère et moi, on l’appréciait beaucoup quand on était gamins. »


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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeLun 08 Juil 2019, 13:16
Scipio venait de reculer son visage. Audrey ne s'attendait pas à ça. Et ne savait pas vraiment comment y réagir. Elle était perdue. La soirée avait été riche en émois jusqu'à présent et pourtant, en cet instant, c'est comme si toute la tension accumulée s'était soudainement évaporée. Ce simple geste (déplacé ?) du turien avait rendu sa partenaire totalement amorphe et apathique.

- Et bien c'était... inattendu... Je ne t'avais pas demandé de te tenir devant tes amis ?

Elle avait prononcé ces mots d'une voix totalement monocorde, dénuée de la moindre émotion. Fixant droit devant elle, elle était incapable de remettre de l'ordre dans ses idées. Il n'y avait plus que deux choses dont elle était certaine. Scipio la tenait toujours par le bras et il venait de rouvrir les yeux prudemment, l'un après l'autre.

- C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour ne pas paraître suspect, sur le coup. tenta-t-il de se justifier.
- J'imagine qu'on aurait pu trouver autre chose, mais au moins c'était crédible... répondit l'humaine, toujours sur le même ton déshumanisé.

Le natif de Palaven la prit dans ses bras, mais il dû avoir la sensation d'attraper une espèce de poupée désarticulée. La terrienne semblait tout aussi incapable de réagir que d’exprimer le moindre sentiment en ce moment. Cependant, elle perçut néanmoins que son ami semblait moins tendu. Elle retrouva dans ses gestes et les paroles qui suivirent une partie de la tendresse à laquelle il l'avait habituée.

- On va s'en sortir. Je regrette de t'avoir embarqué dans cette histoire.
- Ce n'est pas grave... On devrait vraiment y retourner je pense...

La châtain sentait comme une énergie envahir peu à peu son corps. Comme si tout son organisme était en train de redémarrer. Elle cligna plusieurs fois des yeux, prenant conscience de tout ce qu'il venait de se passer. Scipio l'avait embrassé, l'Urdnot les avait surpris et... la jeune femme se trouvait à présent dans les bras de son "mari". Elle s'en dégagea doucement, et tenta d'éliminer quelques plis de sa robe, avant de relever les yeux vers le cuistot.

- J'ai l'air de quoi ?
- On dirait que tu es sortie pour m'engueuler et que j'ai menacé de mort ton chat pour t'en empêcher. Tu... Tu vas bien ?
- Ca va. Je crois. Compte tenu des circonstances...

Un peu mal à l'aise lui même, le réserviste tenta de rassurer son amie d'un sourire un peu maladroit. La jeune femme tenta de le lui rendre, mais elle ne fut pas sûre que son visage parvienne à afficher autre chose qu'une grimace. Puis, le couple se remit doucement en route vers la réception.

À peu de chose près, on aurait pu croire qu'Audrey avait fait un malaise ou quelque chose du genre, car le turien l'aidait à marcher et semblait la soutenir à chaque pas. La française ne serait pas spécialement étonnée si elle venait à croiser son reflet dans un miroir et que celui ci était d'une anormale pâleur. En se rasseyant à la table du Don, elle était encore un peu hagarde. Fort heureusement, Corellia eut l'extrême obligeance de la tirer de son état second à l'aide d'une phrase à la délicatesse folle dont elle avait le secret.

- Alors ? On a tenté de faire un chiard sur la pelouse du jardin ?

L'humaine leva les yeux au ciel devant tant de classe et de savoir vivre. Comment Scipio avait-il pu supporter cette espèce de… Enfin qu'importe. Il suffisait de prendre sur soi et d'espérer qu'il n'y ait plus d'autre incident. La jeune femme, probablement encore un peu sous le choc, attrapa le verre de rouge encore presque plein devant elle et le siffla d'une traite, sous les regards interloqués du reste des convives et inquiet de Scipio.

Constatant qu'elle se tapait l'affiche en reposant le contenant, elle rosit légèrement et se racla la gorge.

- Et bien… quelle soif ! tenta-t-elle. C'est un Saint-Emilion non ? Quarante… sept ?
- Quarante six. corrigea le propriétaire des lieux.
- Un excellent cru. C'est un miracle que vous ayez réussi à sauver autant de bouteille de la dernière guerre.
- Vos paroles m'honorent mademoiselle Bayard. Compteriez-vous l’œnologie parmi vos qualités déjà nombreuses ?
- À un niveau amateur tout au plus. Quand on grandit dans une famille qui apprécie les grands cépages, il y a un minimum vital à acquérir, parvint-elle à plaisanter, tandis que sa tension semblait redescendre. Mais je n’ai guère le temps de m’intéresser à la chose autant que je le souhaiterais.

Cette dernière affirmation était globalement fausse, son émettrice n’ayant jamais réellement compté l’étude des vins parmi ses passions, mais cela permettrait sans doute de reprendre la conversation comme si de rien n’était. Finalement, ce n’était pas si dur de discuter avec des nantis, il suffisait de dire l’inverse de ce que l’on pensait.

La suite du dîner se passa plutôt bien si l'on fait abstraction des quelques allusions salaces de l'asari. La fille de Besora se révéla être une personne charmante, tout comme son père d'ailleurs, bien qu'un peu fille à papa sur les bords. Néanmoins, elle avait de la conversation. Bien plus que son mari en tout cas. En un sens, Bayard comprit pourquoi le mafieux ne semblait pas très satisfait par le choix de son enfant. Mais bon, sans doute avait-il d'autres qualités…

Quoi qu'il en soit, peu avant le dessert, le maître des lieux invita Scipio à le suivre dans "le petit salon". Une affaire d'homme dont ils devaient discuter selon ses dires. La terrienne espéra que son compagnon se souviendrait de ce qu'elle lui avait dit. Mais elle ne pourrait pas s'en assurer malheureusement...


*****


Quelques jours après l’emménagement.

- Bonsoir mon chéri. Comment était ta journée aujourd'hui ? Pas trop durs les clients ?


Audrey put entendre le turien se figer en plein mouvement, vraisemblablement décontenancé par ce qu'il venait d'entendre. Un sourire narquois orna les lèvres de la jeune femme assise sur le canapé. Elle se délectait toujours autant du malaise qui envahissait son compagnon quand elle jouait les épouses un peu cruche. Elle n’avait même plus besoin de se retourner pour voir son visage. Elle savait exactement quelle mine déconfite le turien devait afficher.

- Et bien ma, heu... Ma chère et tendre, Mika a encore essayé de me gratter un supplément. sembla se ressaisir Scipio en commençant à poser ses petites affaires. Et il a réussi. Comme toujours. J'ai reçu un message d'Ante sur le chemin du retour, il va falloir que je regarde ça. J'espère que ça n'est pas un soucis, j'en ai assez.

La française sentit les bras du natif de Palaven s’enrouler autour de sa taille, du moins autant que c’était possible en passant par l’arrière du canapé, tandis qu’il posait son menton sur son épaule.

- Et toi, ta journée s'est-elle bien passé, ma... Ma douce ? lui susurra-t-il à l’oreille.
- Super. J'ai dévoré ton bouquin. Les légendes turiennes sont absolument fascinantes. Et certaines sont très amusantes aussi. Tu as faim ?
- Oh, je me rappelle de celle là ! déclara-t-il en apercevant le dit livre encore ouvert sur les genoux de l’humaine. C'est le, heu... Le Roitelet de Midi, c'est ça ? Sur la bestiole qui ne sait pas faire de lumière ? Regarde, juste en bas de la page d'après ! Là, c'est moi qui ai dessiné ça. C'était censé être mon roitelet de nuit, Boulette. Mon frère n'était pas content que j'ai gribouillé sur son livre, alors qu'il passait son temps à écrire dedans. Enfin, il écrivait sûrement des choses plus intéressantes que mes dessins tout pourris.
- Moi je le trouve très bien ce dessin. Enfin pour un enfant de 5 ans.
- Merci personne. répondit-il d’un ton pince sans rire, avec un large sourire.

La terrienne posa le manuscrit sur un côté du canapé et se leva toute sourire, avant de se diriger vers la cuisine.

- Tu as faim du coup ?
- Heu, non, pas trop. Je ne comptais... pas spécialement manger ce soir. Pourquoi, t'as faim toi ?
- On ne saute pas de repas sous mon toit. déclara-t-elle après s’être retournée pour lui lancer un regard accusateur. Jeûner c'est pêcher. Alors voyons ce qu'on a pour nourrir un turien... commença-t-elle en ouvrant son réfrigérateur. Viande ou poisson ?
- On a de la viande dextro ? Qu'est ce qu'on fout avec ça ?
- Bah je suis allé faire des courses gros nigaud. J'allais quand même pas t'empoisonner avec ma bouffe. Viande du coup ?
- Oui, disons viande. Mais pas trop ! Et désolé de faire mon difficile, mais je ne mange pas d'oiseaux ni de chiens.
- Je ne crois pas en avoir acheté. répondit-elle en s’écartant du frigo.

Sentant la présence d’un curieux dans son dos et d’un regard par dessus son épaule, la châtain en profita pour l’interroger sur le dosage.

- Ca ça te va ? Tu veux quoi avec ?
- Je, heu, oui, ça a l'air pas mal, répondit-il en décalant un peu sa main pour réduire la part. Et je ne sais pas trop, je n'ai... pas l'habitude de faire à manger ? lâcha-t-il sans grand conviction avec un large sourire.
- C'est sûr. C'est pas comme si ton boulot consistait à faire à manger toute la journée pour nourrir le quartier.
- Tu ne saisis pas ? C'est un peu comme être un super héros qui se fait voler son portefeuille. Un médecin qui ne se médicamente pas. Un... ouvrier de chantier à la rue.
- Je comprends rien à ce que tu me racontes. Bon, purée ça te va ?
- Heu... Ok. On verra bien ce que ça donne.
- Allez, va donc te poser et regarder tes messages de Tutchanka. Je t'appelle quand c'est prêt.
- Me poser ? Je peux essayer ça.

Le turien quitta la pièce, avant de se raviser et de repasser sa figure par l’embrasure de la porte, avec un sourire sur le visage.

- Je veux dire, je peux essayer ça, ma chérie.
- Du vent ! lui répondit-elle amusée, en lui lançant un torchon au visage. Sale gosse… ajouta-t-elle une fois l’importun disparu.

La française commença alors son affaire. C’était moins évident qu’il n’y paraissait de cuisiner de la nourriture pour une autre espèce. Surtout quand, comme Audrey, on avait l’habitude de mitoner ses plats au jugé. Pour sa première tentative, elle avait choisi de partir sur quelque chose de simple : steak purée. Et rien que ce plat basique lui paraissait infiniment plus complexe que l’équivalent avec ses propres aliments. Mais peut-être n’était-ce que psychologique…

La viande finissant tranquillement de cuire, la cuisinière en herbe alla quérir son goûteur, lui indiquant que le repas serait prêt incessamment. Il ne tarda pas à la gagner la cuisine, mais sembla plus mut par la curiosité que la faim, pénétrant dans la pièce presque prudemment. La jeune femme posa les deux assiettes pleines sur la table et s’installa face à son cobaye.

- J'espère que ce sera bon. C'est la première fois que je cuisine du dextro... Tu t'es fait voler ton portefeuille ? demanda-t-elle après s’être servi un verre.
- Non pourquoi ?
- Je sais pas, tu parlais de super-héros qui s'est fait voler son portefeuille tout à l'heure.
- Quel rapport avec moi ?
- Tu sais bien que tu es mon super-héros à moi. Celui qui illumine mon cœur et réchauffe mes nuits, surjoua l’ancienne flic. A moins que ce ne soit l'inverse, ajouta-t-telle en mimant sa perplexité.



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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeLun 08 Juil 2019, 23:40
Le pastiche de couple allait de Charydbe en Scylla. Audrey semblait avoir perdu tout espoir depuis qu’ils étaient rentré, restant sur la défensive, ne lançant que des regards vides à Scipio. Il l’avait vu dans bien des états, sa petite Aud’, mais rarement dans une telle perdition. A table, elle parvint plusieurs fois à se défaire des autres convives, sortant son épingle du jeu bien mieux que ce que le Turien ne pouvait lui même prétendre. Elle était une inconnue qui arrivait à se fondre dans la masse, là où lui était une tête connue qui perdait son sang-froid. Il espérait juste qu’elle ne se saoulerait pas au point de perdre le contrôle.

Même s’il savait qu’il n’aurait pas pu lui en vouloir.

Un geste du Don enclencha une chaîne de réaction, plusieurs personnes quittant la table pour rejoindre une salle adjacente au hall, et son regard entendu fit comprendre à Scipio qu’il était désormais l’heure de leur petit entretien. Il tendit sa main à sa partenaire afin qu’elle le suive, mais le maître de maison lui indiqua avec autant de politesse que possible :

« Voyons, laissez votre dame profiter du repas en paix. Elle n’a pas à subir nos messes basses. Nous avons juste à discuter d’une affaire mineure, entre hommes. Très chère, c’était un plaisir de manger à votre table. Et si le ciel me sourit, peut être m’accorderez vous une danse avant que votre bandit de mari ne vous dérobe de nouveau à mes yeux.
- Et tu n’as pas à t’inquiéter, ajouter Cordelia en attrapant Scipio par le bras. Je veillerai à ce que rien ne lui arrive. »

Le Turien se laissa emporter, sans avoir le loisir de lâcher quelques mots rassurants à sa cavalière. Il ne savait pas exactement comment cela serait possible, mais il espérait que tout se passerait bien. Rapidement, l’Asari le pressa à travers un mince couloir aux murs recouverts de tableaux, parfois plus vieux qu’elle, puis dans une salle, le fameux petit salon de Don Besora. L’ambiance y était tout à fait différente. Loin de l’effervescence du grand hall, ici, quelques hommes et leurs dames embrumaient le plafond de leur cigares tapageurs, un verre de brandy à la main. On parlait à voix basse, et, en règle général, on parlait peu. C’était la seconde fois que Scipio entrait dans le petit salon, et il savait que l’on n’y traitait que d’affaires d’argent. Le grand hall était là pour les festivités et les mondanités, ce boudoir pour signer les contrats. Don Besora devait être confiant dans les propositions qu’il allait faire. Il invita Scipio à s’asseoir dans un large fauteuil, en face du sien, séparés uniquement par une table basse et ronde sur lequel ils avaient déjà tous les trois livrés quelques rondes de poker. Cordelia s’installa sur l’accoudoir qui, il est vrai, était largement assez large pour accueillir une femme dotée de sa silhouette.

« Vous m’avez donc dit avoir réfléchi à mon offre, Scipio ?
- Tout à fait. J’ai lu chacune de vos propositions et me suis renseigné sur les producteurs terriens que vous m’avez indiqué. J’ai évalué les prix et les revenus possibles pour un restaurant catalan ainsi que sur Bekenstein, comme vous me l’aviez conseillé, et je suis arrivé à des résultats similaires aux vôtres.
- Et n’étaient-ils pas particulièrement intéressant ? »

Il sentit une fraîcheur étonnante sur sa nuque, et se rendit compte que l’Asari avait passé un bras léger autour de lui. Avait-elle toujours eu la peau si froide ? S’était-il habitué à une présence plus chaude ?

« Si, reprit Scipio une fois le malaise dépassé. En effet, ce sont des chiffres très parlant. J’ai également fait mener une étude de marché auprès de quelques contacts et les habitants des régions que vous m’avez conseillé ne semblent pas prêt à accueillir mon genre de commerce. Si on regarde le nombre de clients potentiels, on trouve en effet des foyers de peuplement, parfois particulièrement fortunés, très juteux… Mais rien n’assure que ces clients vont…
- Enfin, Scipio, vous savez bien que vous aurez ma bénédiction si vous vous installez en ces endroits. Une fois ce fait établi, il s’agira de toute la publicité dont vous avez besoin.
- Je n’en doute pas une seule seconde. Mais est-ce vraiment sage de souhaiter s’investir sur des territoires qui me sont hostiles ? Vous ne saurez me contredire, Emmanuel, m’ayant vous même conseillé de ne ferrer le cheval de bataille que lorsque la guerre vous semble gagnée.
- Tout à fait. Mais quel mal voyez vous dans le soutien d’un allié ? Je ne saisis pas votre désir de faire cavalier solitaire, pour reprendre votre image, alors même que vous installez de très dangereux investissements sur des lieux comme Tuchanka. Vous n’avez jamais été du genre à ne pas relever un défi, Scipio, et je vous respecte pour ça.
- Je vous en remercie, mais l’explication n’est en fait pas si compliquée. »

Le Turien se leva du fauteuil, quittant l’étreinte de plus en plus tentaculaire de Cordelia. Se rapprochant d’un mur, il attrapa l’une des cannes qui y était exposé, la faisant délicatement quitter son support recouvert de velours. Plusieurs des invités se rapprochèrent de lui, mais un geste de Besora leur indiqua qu’ils n’avaient rien à craindre. En même temps, à qui Scipio aurait-il pu faire du mal ? Ou même vouloir du mal ?

« Lorsque l’on choisit un champ de bataille, on s’arme de la manière correspondante. Miyatoto… Myotata… hésita le Turien, brisant quelque peu l’effet qu’il cherchait à produire. Monsieur Musashi écrivait qu’il fallait employer le sabre court en intérieur, et favoriser la lance sur un champ de bataille. L’arc est l’arme de la plaine, le fusil celle du château. Il inculque que le guerrier se doit de ne pas s’attacher à outrance à ses outils. L’excès équivaut l’insuffisance. »

En détachant distinctement ses derniers mots, Scipio réalisa que ce qu’il disait faisait à peu près du sens, même s’il n’était plus certain des choses qu’il avait lu dans ce livre qui traînait au fin fond d’une des étagères d’Audrey. Il avait pris parce qu’il était petit, qu’il avait l’air de parler de guerre, et que la couverture avait un joli samurai dessus. Quand Audrey l’avait vu, elle le lui avait retiré des mains et lui en avait donné un plus intéressant, prétextant qu’elle n’avait gardé ce Traité des Cinq Roues uniquement parce qu’on le lui avait offert.

« Mais Musashi précise une chose, Emmanuel. C’est qu’il ne faut pas imiter l’autre. C’est qu’un fusilier en plaine devra se suffire de son fusil, s’il ne sait se servir d’un arc. La connaissance de l’avantage tactique d’une option ne remplace pas notre expertise dans celle ci. Par conséquent, il ne s’agit pas de connaître quelle est l’arme la plus adaptée à une situation donnée, mais bien quelle est l’arme la plus adaptée à notre situation. Ses mots exacts sont les suivants : Possédez les armes et les outils qui sont à votre portée. »

Il se rapprocha de Don Besora, qui l’écoutait en se demandant s’il cherchait à en venir à quelque chose ou juste à l’embrouiller.

« Lorsque l’on est moi, notre éventail d’arme est limité. Les outils à ma portée ne sont pas les plus nombreux, par conséquent, je dois prendre la question dans son sens inverse. Il ne m’est pas accordé de choisir mon arme, en ce cas, je dois choisir mon champ de bataille. Et ni Bekenstein, ni la péninsule ibérique ne conviendront, car comme vous l’avez avancé, je me complaît dans le défi et l’adversité. »

S’avança d’un pas vers l’hôte, il dégaina la lame dissimulée dans la canne, tel qu’il l’avait vu faire la première fois que Besora lui avait exposé ses trésors, et acheva :

« Car mes armes, ce sont l’adaptabilité et la surprise. »

Et au moment où le baron de la pègre allait lui annoncer d’un air moqueur qu’une canne épée n’était plus une surprise depuis des siècles, surtout en prenant en compte que c’était la sienne, il pivota le poignet et plaça la pointe de la rapière sous le menton de Cordelia. L’un des invités présent s’étouffa sur son cigare alors que plusieurs autres fusèrent sur Scipio pour l’attraper et le forcer à baisser son arme. Don Besora leur intima d’un geste de le lâcher une fois ceci fait, mais le Turien ne pu s’empêcher de conclure son interminable explication :

« Je ne réussirai jamais dans un environnement qui m’est favorable.
- Aviez vous pour ça besoin de menacer Cordelia, cependant ?
- Non, ça, c’était par plaisir, dit il en rendant l’arme et son fourreau à l’un des hommes de main. Coco, je t’ai toujours apprécié, tu le sais bien, mais je n’ai pas aimé la manière dont tu n’as cessé de t’adresser à Audrey. Il faudra sérieusement cesser. »

L’Asari ne laissa rien paraître du sang qui bouillonnait sous ses veines. Alors qu’elle trouvait mille manière différentes de faire souffrir Audrey, elle décocha un sourire charmeur à son interlocuteur :

« Il te suffit de le demander, tu le sais bien, Scissi.
- Bon, maintenant que vous deux vous êtes livrés en spectacle, Sempronia, donnez moi une réponse un peu fleurie. Si c’est du challenge que vous souhaitez, je peux vous proposer une offre moins intéressante. Moins… Provocante, on va dire. Je pensais simplement que vous apprécieriez un soutien inconditionnel, étant tiraillé de bien des manières sur vos autres affaires.
- Et je comprends tout à fait cette pensée, admit le Turien en reprenant sa place assise. Mais elle ne suit pas le cap que se sont imposées les Bouchées d’Ailleurs depuis leurs débuts. Mon associée et moi souhaitons en effet établir une succursale sur le territoire de l’Alliance, mais Mars semble mieux correspondre à nos ambitions. Avant ça, cependant, d’autres terrains d’opération nous tendent les bras : Convoitise, Palaven, Rannoch…
- Cela ne ferait pas plaisir à ton Audrey d’ouvrir quelque chose sur Terre ? Ou tiens, directement dans les bureaux du SSC peut être ? »

Il avait connu Coco plus subtile que ça. Peut être l’avait-il énervé… Ou peut être se fichait-elle des conséquences, étant en territoire allié.

« Mademoiselle Bayard serait de la police ? s’interrogea Don Besora. Une bien belle profession, mais je ne lui aurais pas imaginé ça.
- Non, lança précipitamment Scipio. Non, en fait, elle y a juste donné des conférences. Comme…
- Experte épidémiologiste.
- Exactement. Elle est diplômée, de… De Llowel City.
- Llowel City, vraiment ? Sur Mars ?
- Non, Llowel City les Bains. C’est en Bretagne. »

Besora se fendit d’un sourire dénué de toute sincérité, avant d’admettre :

« Vous êtes décidé, Scipio, n’est ce pas ? Quels que soient mes arguments, vous n’accepterez pas cet accord ?
- J’en suis désolé, Emmanuel, mais vous ne sauriez adresser de mots plus justes. Je vous apprécie grandement, j’ai pu observer tout le bien que vous avez fait autour de vous, mais je dois voler par mes propres moyens. La dynastie Vertax m’épaule, et je… Je sais qu’Audrey m’aidera également. »

Il sourit, persuadé par ses propres mots, et conclut :

« Voilà toutes les ailes qu’il me faut.
- Vous êtes un peu plus éloquent que la dernière fois, Scipio. Juste un tout petit peu plus. On dirait bel et bien que cette femme vous est bénéfique. Je ne peux pas vous forcer, et je n’en est pas l’envie. J’admets être chagriné que vous refusiez de me faire ce cadeau le jour du mariage de ma fille, mais les affaires sont les affaires, notre amitié n’a pas à entrer en compte. Retournez à votre chère et tendre, elle doit s’impatienter de ne pas vous savoir à ses côtés. »

D’un sobre mouvement du poignet, l’homme indiqua au cuisinier qu’il ne souhaitait pas continuer cette conversation, et le laissa s’en aller. Cordelia allait le suivre lorsqu’elle fut incitée à rester par son hôte. Scipio quitta donc la pièce seul et sous les regards pesants des invités qui venaient de voir un cuisinier de restauration rapide refuser l’offre d’Emmanuel don Besora. Quand la porte claqua derrière lui, il se prit à espérer ne pas avoir signé son arrêt de mort. Il se demanda également si Audrey le croirait lorsqu'il raconterait ce qui s'était passé, et si c'était une bonne idée de le lui raconter.


***


« Ca va, patron ?
- Je survis.
- Si vous avez besoin de partir je peux garder le bouiboui pour le reste de la journée hein. J’sers à ça t’façon.
- C’est bon, c’est bon, je sors. »

Scipio émergea des toilettes presque haletant.

« Elle cuisine si mal que ça ? »

Il essuya la transpiration qui perlait sur ses plaques crâniennes avec le torchon que lui tendait Callastre, et chercha tant bien que mal à défendre sa colocataire :

« Non, je t’ai dit, je suis pas sûr à cent pour cent que ce soit sa bouffe qui m’ait rendu malade.
- Mais…
- Mais je ne vois pas quoi d’autre.
- Si ça se trouve, c’est juste le déménagement. Ca doit te travailler.
- Comment ça ?
- Tu dis toujours qu’il ne faut pas trouver bouger les plantes, ça les met mal. Et vu que t’es à peu près aussi vif qu’un légume… »

Le Turien roula des yeux, et l’Asari se laissa aller à un petit ricanement. La chance leur avait offert très peu de clients aujourd’hui, si bien qu’ils pouvaient discuter sans aucune pression et, surtout, Scipio pouvait partir se soulager de multiples fois. Et il en avait grand besoin.

« C’est dommage, soupirait-il. Ça avait vraiment l’air fait avec amour, mais c’était… Vraiment, vraiment pas très bon.
- Pourquoi t’as tout mangé alors gros tocard ?
- Je ne voulais pas la vexer…
- Quelle tapette.
- Mais c’est difficile de dire non !
- Non.
- C’est difficile pour moi.
- Nope.
- Hein ?
- C’est difficile pour toi, à elle.
- Comment ça ?
- Nan mais vous vous êtes vus ? »

Scipio réfléchit aux mots de son employée, avant de s’expliquer :

« Tu sais, c’est juste ma colloc’ et mon amie. On est pas…
- Oui, bien sûr. C’est pour ça qu’elle te fais à manger d’ailleurs.
- Elle essaye juste d’être sympathique. On se rend vivables, quoi.
- Vous vous rendez vivables ?
- Oui ! Tu devrais apprendre ça.
- Se rendre vivable c’est donner de l’espace à l’autre, se faire discret. C’est genre… L’inverse de ce que vous faîtes ? Vous passez votre temps collés comme un Volus et sa combi.
- Pas du tout !
- Vous vous êtes encore fait une soirée film dimanche ?
- Oui, mais ça n’as rien à voir.
- Et tu lui as fait un câlin en rentrant, hier ?
- Oui, mais elle lisait le livre que je lui avais offert, c’est normal.
- Le livre super vieux transmis dans ta famille de génération en génération ?
- Tu sais très bien que je n’suis pas très famille… »

Callastra poussa un râle long et exaspéré, et se mit à énumérer :

« Vous passez votre temps dans les bras de l’autre, vous vous appelez chaton, chérie, chère et tendre, princesse et toutes ces niaiseries, vous vous faîtes des soirées films tous les dimanches, vous passez ton seul jour libre à deux fourrés chez elle…
- Mais enfin, c’est normal ça…
- Tu m’as raconté que quasiment un soir sur deux vous finissez par dormir dans le canapé l’un sur l’autre…
- Ça ne veut rien dire.
- Et que tu dors mieux quand ça arrive !
- Mais enfin…
- Quand on bossait sur Oméga, que tu dormais mal c’était la seule chose que je savais sur toi ! Quand tu te lèves tu fais attention de ne pas la réveiller et tu va l’allonger dans son lit !
- J’essaye juste d’être gentil.
- Tu te rends comptes que quand elle lit des livres, tu fais du jardinage à côté ? Vous êtes déjà un couple de vieux ! Alors que vous n’êtes même pas encore en couple ! »

Il était peut être temps de l’admettre, ça faisait en effet une jolie accumulation. Tout s’était enchaîné très vite, sans qu’ils ne se donnent trop de temps pour y réfléchir, et avec une simplicité déconcertante. Depuis qu’elle avait quitté l’UCIP, leur relation s’était accéléré. Qu’ils emménagent ensemble était peut être l’étape de trop. Mais Scipio n’arrivait pas à regretter pour autant. Il construisait une sérénité qu’il n’avait pas eu depuis si longtemps.

« Tu penses qu’elle… ?
- Ça crève les yeux, même si elle ne s’en rend pas compte. De toute façon, ajouta Callastre en écrasant sa clope sous son talon, il faut l’être pour pouvoir supporter un mec comme toi.
- J’te retourne le compliment.
- Il est grand temps que tu la sautes, qu’elle remette un peu les pieds sur terre. Aller viens patron, on a des clients, la pause est finie. »

Scipio sourit, avant de grimacer à cause des gargouillements que lançait son ventre. La jeune Asari avait toujours un peu de vulgarité pour égayer sa sagesse. Il appréciait beaucoup travailler elle, même si ça lui rappelait Oméga et les regrets qu’il y avait laissé. « Heureusement qu’elle ne sait pas que des fois, on danse dans le salon », se dit le Turien avant de grimper dans la guitoune. A ce souvenir, son visage souhaita de nouveau adresser de la joie, et se tordit de douleur.


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Audrey Bayard

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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeMar 09 Juil 2019, 12:53
Scipio était parti depuis un petit moment déjà. Mais si son absence se faisait quelque peu ressentir, elle n'était pas non plus insurmontable. Audrey avait de la compagnie. Madame de la Bruyère, Eugénie, était venue discuter avec elle. Profitant d'une pause dans le repas, nombre d'invités s'étaient déplacés pour aller discuter avec d'autres personnes que leur voisin.

La nanti semblait particulièrement intéressée par sa compatriote moins aisée et la relation qu'elle pouvait entretenir avec le cuisinier. À quel point connaissait elle le turien ? Elle avait l'air de l'apprécier. Un peu comme un filleul dont on voudrait qu'il fasse plus d'efforts pour réussir. Son discours était empli de petites critiques à l'égard du natif de Palaven, mais ces dernières semblaient bien plus motivées par une forme de bienveillance et de volonté de le voir réussir que par de la méchanceté gratuite.

Quoi qu'il en soit, cette femme restait globalement assez agréable, bien que son statut social transpire par tous ses pores. Bayard se demanda si elle trempait aussi dans des affaires louches, ou si elle n'était amie de Besora que par… "proximité financière". Les riches attirent les riches. Et le mafieux avait tout à gagner de s'entourer de gens puissants et plus droits que lui. C'était un moyen efficace et gratuit de paraître respectable.

Alors que les deux humaines échangeaient sur la politique de leur pays accompagnée d’un discret fond de Vivaldi*, le réserviste reparut à l'entrée du couloir par lequel il s'en était allé. Le visage de la châtain dû trahir sa joie de le voir revenir, car sa congénère se retourna presque immédiatement pour observer ce qui avait ainsi capté l'attention de la plus jeune. Alors qu'elle faisait de nouveau face à son interlocutrice, son visage se fendit d'un sourire.

- Monsieur Sempronia, je vous rends votre épouse. Promise. se corrigea-t-elle immédiatement. Fiancée. ajouta-t-elle comme si elle avait absolument besoin de coller une étiquette plus "officielle" sur leur relation. Mademoiselle Bayard, je compte sur vous pour le dresser. Ponctua-t-elle avec un sourire qui semblait sincère, avant de s'éloigner.

Scipio reprit sa chaise, qui était à présent orientée face à sa colocataire, et la fixa sans mot dire. Probablement attendait-il qu'elle fasse le premier pas. Ce qu'elle ne tarda pas à faire.

- Alors, comment ça s'est passé ?
- Oh, plutôt bien. Je leur ai dit, heu... Fusil, samurai, Llowel-City sur Mer... C'était très confus. Mais j'ai demandé à Coco d'arrêter ses piques déplacées et elle l'a très bien pris, ça ne devrait plus arriver.
- Vraiment ? Répondit l'humaine, très dubitative à l'idée que "Coco" puisse la laisser tranquille.
- L'important, c'est que j'ai réussi à refuser, et que monsieur Besora n'ait pas l'air de trop m'en vouloir. Je pense que ça lui est un peu resté en travers de la gorge, mais pas plus que ça.

La française se pencha un peu plus en avant, afin de pouvoir communiquer avec le cuistot sans risquer d'attirer l'attention par le contenu de leur échange.

- On ne va pas se faire briser les genoux au moins. Tu as été poli avec le parrain hein ?
- Le pa...? Oh oui, bien sûr ! J'ai lâché une référence littéraire, ça a du lui plaire. Tant qu'il me prend pour un idiot, on est bons. Je te l'ai dit, Aud. Tu ne plaisantes pas, et je ne commettrai plus d'erreurs idiotes. Ecoute... J'ai peut être énervé un peu Coco, et elle a lancé le truc du SSC. J'ai expliqué que t'avais fait l'université de Mars, ça a couvert un peu les choses je pense. Et toi, ça c'est bien passé de ton côté ? Tu... Ca va un peu mieux ?

La française s'arrêta un instant pour réfléchir. Cette petite garce n'avait donc pas pu s'empêcher de vendre la mèche… Il allait falloir la jouer fine. L'excuse de l'épidémiologiste ne tiendrait qu'un temps. Disons jusqu'à ce qu'ils fassent quelques recherches sur elle. Ce qui ne tarderait probablement pas. Surtout si l'asari s'amusait à crier sur tous les toits qu'il y avait une flic à bord.

D'un autre côté, la soirée touchait à son terme. Avec un peu plus de… "débauche", il serait sans doute possible de sauver les apparences. Il s'agissait de jouer la montre. Or, c'était l'un des domaines de prédilection de la motarde. Même si c'était habituellement dans une tout autre discipline.

Plus que trois tours. Seulement deux secondes d'avances. Plus d'arrêt au stand possible. Fais quelque chose à laquelle ils ne s'attendent pas. Quelque chose de stupide. Mais pas trop où tu vas te planter.

- Embrasse moi sur le front.

Le turien sembla surpris par cet ordre soudain. Il n'eut pour seule réaction que de cligner des yeux plusieurs fois.

Dépêche toi gros nigaud. Arrête de penser et fais simplement ce que je te dis. On n'a pas le temps de jouer là.

Finalement, il l'attrapa par l'arrière du cou et la pencha légèrement vers lui pour déposer un (tendre ?) baiser sur le haut de son visage. L'humaine ferma les yeux, de soulagement et profita simplement de l'instant. Quand il eut fini, elle reprit la parole sur son ton autoritaire.

- Bien. Il faut qu'on se montre un peu plus démonstratifs si on veut être crédibles, alors ne lésine pas sur les gestes tendres. Je suis la femme de ta vie et tu m'aimes. Montre le. Surtout quand il sera là.
- Mais Aud, je... Ca t'ira ? Dehors tu…

Non. Non non, ne fais pas ça. Une seule fois ça suffit. Pas une deuxième. Non ! Ne… Arrête !!!

Trop tard. Une fois de plus, la bouche de Scipio était en contact avec les lèvres de sa "femme". Mais cette fois-ci, il n'avait rien fait pour que ça arrive. À sa grande surprise, Audrey n'avait rien trouvé de mieux comme réponse pour mettre fin aux interminables interrogations du turien. Peut-être était-ce une façon de lui rendre la pareille pour son geste de tout à l'heure ? A moins que ce ne soit le meilleur moyen de faire taire ses inquiétudes ? Ou peut-être encore était-ce simplement ce qu'il y avait de plus crédible pour étouffer tout soupçon. Elle n'en savait trop rien. La seule chose dont elle était certaine, c'est qu'elle était en train d'embrasser son colocataire en public.

Mettant fin au baiser, la française toussa intérieurement, légèrement gênée. Aux yeux de l'assemblée, cela passerait sûrement pour l'embarras d'avoir été si démonstrative devant les autres convives. Mais le problème était ailleurs. Il était tout simplement dans ce qu'elle venait de faire. On ne l'avait pas éduquée ainsi. (Techniquement, on ne lui avait pas fourni la moindre éducation concernant la distribution de bisous cela dit) Lorsqu'on embrassait quelqu'un de la sorte, cela signifiait quelque chose. Ce n'était pas juste pour le faire taire. Ou pour se camoufler dans une foule. Il faudrait qu'ils clarifient les choses une fois partis. Elle ne voulait pas qu'il se fasse des films. Après tout, ils étaient juste amis. De très bons amis… Qui faisaient des soirées ciné tous les dimanches... Et qui s'endormaient parfois l'un contre l'autre sur le canapé...

Afin d'empêcher un malaise de s'installer, l'humaine tira bruyamment sa chaise et la plaça à côté de celle de son "époux". Elle appuya sa tête sur l'épaule osseuse du cuistot, et le laissa glisser son bras dans son dos. Il passa sa main dans ses cheveux. Comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'ils étaient seuls chez elle, et qu'elle posait sa tête sur ses genoux. Ou sur sa clavicule comme maintenant. Cela apaisa la jeune femme. Voilà qui rajouterait de la vraisemblance. N'y avait-il vraiment que ça qui comptait ? La crédibilité de leur couverture ? Ou bien… appréciait-elle réellement ces gestes de tendresse ? Au point de demander à son compagnon de le faire sous un faux prétexte ? Non, c'était ridicule ! Ça n'avait rien d'un faux prétexte ! Ils devaient à tout prix éviter d'être pris pour des indics. Mais alors pourquoi se sentait-elle si bien en ce moment ?

- Oh ! Mais sont-ils pas mignons ces deux-là. C'est qu'ils voleraient presque la vedette à nos mariés. Non, non ! Surtout ne bougez pas. Faites comme si je n'avais rien dit. Je m'en vais. Je ne voudrais pas interrompre ce moment de tendresse.

Trop tard… Mais tu le savais n'est ce pas Cordellia ? Tu savais très bien que je m'écarterais instinctivement de celui que tu appelles ton ex, que tu fantasmes être ton ex, au moment même où tu commencerais à nous parler. Grand bien te fasse. J'aurais tout le temps de me blottir de nouveau contre lui quand nous serons seuls chez nous. Et toi, tu resteras seule et bouffie de jalousie jusqu'à la fin de ta longue, très longue existence.

Audrey se redressa un peu, s'étant déjà décollée de son compagnon. Légèrement gênée, elle replaça nerveusement une mèche imaginaire, sans vraiment oser croiser le regard du turien. Qu'est ce qui lui arrivait ? Pourquoi se sentait-elle soudain si… possessive vis à vis de son colocataire. Protectrice, elle pouvait le comprendre, elle l'avait toujours été avec sa famille et ses amis. Mais jalouse et exclusive, elle ne l'était que rarement. Uniquement lorsqu'elle était…

- Messieurs dames, je vous remercie une fois encore d'avoir tous répondus présents en cette journée magnifique. Votre présence à tous m'honore, et un homme tel que moi ne pourrait rêver meilleure compagnie que la vôtre. Celle de tous ses proches. Mais cette journée ne m'est pas dédiée. Cette journée appartient à ceux qui célèbrent aujourd'hui la pureté de leur amour. Comme le veut la tradition, c'est à moi d'ouvrir le bal, mais ne t'en fais pas ma fille, je te laisserais faire toutes les autres danses de ta longue existence avec ton mari pour seul cavalier.

Le Don attrapa la main de son enfant et l'entraîna sur la piste de danse. Comme le voulait également la coutume, ils ouvrirent avec une valse. Et puis, d'autres types de musiques vinrent égayer la piste, accompagnées par d'autres danseurs. Comme promis, le père aimant laissa la main de sa fille à son mari, avant de se diriger vers le couple d'intrus. La châtain avait reposé sa tête sur l'épaule de Scipio. Elle y était bien...

- Mademoiselle Bayard. Me ferez vous l'honneur de m'accorder votre main le temps d'une danse ?
- Oh euh… je pense qu'il ne vaut mieux pas monsieur Berosa. Déclara-t-elle en se redressant un peu. Je suis une effroyable danseuse.
- Je ne puis croire une telle affirmation ma chère. Votre mari a déjà refusé mon offre, ne me faites pas l'affront de refuser en plus cette invitation.

Le ton de l'homme n'était nullement agressif. S'il avait été vexé par le turien, il ne laissait rien transparaître. Il restait aussi avenant et souriant qu'il l'avait été durant toute la soirée.

Ce n'était sans doute pas très malin de provoquer encore plus le mafieux, mais pour le coup, Audrey était réellement persuadée qu'elle commettrait un incident diplomatique bien plus grave si jamais elle venait à accepter son offre.

- Non vraiment, croyez-moi Don Berosa. Je suis une véritable calamité sur une piste de danse. Je serais capable d'assommer mon cavalier. En plus de tous les autres danseurs...


*****


Audrey se trémoussait de façon ridicule sur sa musique. Elle n'avait jamais su danser. Mais quand elle était chez elle, elle se fichait pas mal de se ridiculiser. Il n'y avait personne pour la juger. Enfin, presque personne…

Scipio tirait une tête de six pieds de longs devant un si triste spectacle. Comment était-il possible de blasphémer de la sorte ? Pouvait-on réellement appeler ça de la danse ? Cela ressemblait plus à un animal mal formé agonisant, en train de se débattre pour échapper à la noyade. D’un autre côté, la joie de vivre et la désinvolture de la jeune femme avait quelque chose de très plaisant à voir. Suffisamment pour arracher le turien à son déballage le temps d’un sourire. Un long sourire. De plus en plus étiré.

Toujours en remuant dans tous les sens, la terrienne s’approcha de son compagnon et commença à réaliser ses mouvements improbables beaucoup plus près de lui. Etait-ce une forme de parade nuptiale ? Une sorte de rituel obscur issu de sa culture ? Une tradition humaine pour accueillir un nouvel arrivant dans son habitat ?

La châtain donna un coup de hanche au cuistot, pour tenter de le tirer de la profonde perplexité dans laquelle il semblait plongé. Une fois n’est pas coutume, celui ci sembla mal comprendre le message qui lui était adressé et entreprit de se décaler pour faire de la place à la “danseuse”. Cette dernière laissa échapper un soupir avant d’attraper son bras et de le tirer vers le centre de la pièce.

- Allez viens ! On s'en fout, on déballera tes cartons plus tard ! Ce soir c'est la fête de la musique ! Profite un peu !

En théorie, la fête de la musique ne se fêtait pas chez soi. Mais elle n'était pas réellement célébrée sur la Citadelle. Ou alors dans des quartiers très humains, un peu trop éloignés de l'appartement d'Audrey. La jeune femme avait donc pris la décision de la transposer entre ses quatre murs, ayant composé une petite playlist pour l'occasion.

- C'est toi qui m'a demandé de ranger mon fourbi quand même ! rétorqua-t-il en se laissant entrainer d’un pas hésitant.
- On s’en fout je te dis. On fera ça demain.

Arrivée au milieu du salon, elle le lâcha et recommença à se trémousser de plus belle.

- Qu'est ce que... Est ce là une espèce de rituel pour ta "fête“? demanda le turien, apparamment aussi inquiet qu’amusé par la scène.
- Mais c'est pas possible. Jamais tu t'amuses ? C'est de la danse Scipio !

Elle n’était nullement vexée. Au contraire, elle était plutôt encore un peu plus égayée par l’incompréhension de son partenaire.

- Laisse toi porter par la musique un peu.
- C'est pas d'la danse ça Aud, c'est... T'as déjà vu une parade nuptiale d'ours ?
- Danse au lieu de critiquer !

La cuistot se laissa aller à un sourire.

- Tu me terrorises. Je n'accepte que sous la contrainte.

La natif de Palaven commença à bouger à son tour, tentant tant bien que mal de calquer ses mouvements sur ceux, totalement aléatoire, de sa colocataire.

- Tu vois quand tu veux.

Les musiques s’enchainèrent, l’humaine remuant absolument n’importe comment dessus et l’autre faisant tout son possible pour reproduire ses gestes. Et puis, alors qu’elle amorçait une rotation sur elle même en sautant, Audrey eut l’impression d’apercevoir du coin de l’oeil son partenaire tituber un peu et se rattraper au meuble le plus proche.

- Scipio ? Qu'est ce qui t'a... SCIPIO !

Le cuistot était au sol, sans connaissance. La châtain se précipita sur lui, en répétant plusieurs fois de suite son prénom. S'ensuivit une succession de "non" extrêmement rapproché. Et cette musique qui refusait de s’arrêter !

- MUTE ! Non non non non non, Scipio ! Ne me fais pas un truc pareil !

Il respire. C'est déjà ça. Bon, du calme Audrey. Tu as été formée pour ce genre de situation. Malaise d'un civil. Faire de l'espace, il faut qu'il puisse respirer. Vérifier... vérifier qu'il ne s'est pas blessé en tombant. Aucune commotion visible, pas de sang. Prendre son pouls... Un peu bas, mais rien d'alarmant. Je crois. Placer la victime en position latérale de sécurité. Nom de... je ne m'étais jamais rendue compte qu'il était aussi lourd ! En même temps, c'est rarement lui qui est sur moi. Bon quoi d'autre ? Serviette humide ! Il faut le rafraîchir. Bon sang Scipio, réveille toi je t'en prie !

La gendarme se précipita dans sa salle de bain pour y récupérer une serviette qu'elle humidifia abondamment. Elle revint aussi vite que possible, et posa le linge sur le front du turien. Il n'y avait plus qu'à appeler les secours. La terrienne avait prodigué les "soins" minimum à son ami, mais elle n'avait pas les compétences médicales nécessaire pour diagnostiquer ce qu'il avait exactement. Elle commença à composer le numéro, quand l'inconscient rouvrit doucement les yeux.

- SCIPIO ! s'écria-t-elle en se jetant sur lui pour le prendre dans ses bras.

Arrête ça ! Laisse le respirer, il a besoin d'air !

L'humaine se recula presque aussitôt, pour laisser un peu d'espace et de temps à son compagnon. Enfin, surtout de l'espace. Elle ne put s’empêcher de lui envoyer ce qu’elle venait de ressentir à la figure.

- Tu m'as fait une de ces peurs ! Qu'est ce qu'il s'est passé ?
- J'ai essayé de te prévenir… commença-t-il d’une voix faible. Je t'ai dit... que tu dansais vraiment très mal…
- Je suis vraiment désolé Scipio, je ne voulais pas… je ne pensais pas que…

Une minute. Qu’est ce qu’il venait de dire ?

- Hé ! Tu serais pas en train de te foutre de moi là ?
- Peut être... Un peu ?
- C’est pas drôle ! Je me suis fait un sang d’encre pauvre tâche !

Scipio entreprit de se redresser. Cela sembla laborieux, mais la française l’aida dans son entreprise, et bientôt, ils se retrouvèrent assis sur le sol l’un en face de l’autre, lui le dos appuyé contre un meuble pour le soutenir.

- T'en fais pas va, je me suis juste un peu tué au boulot aujourd'hui. Laisse moi cinq minutes et je réessaye tes "danses". il joignit le geste à la prononciation de ce dernier mot.
- Non non non. Plus de danse pour toi ce soir. Et plus de musique. Tu as besoin de repos. Prend ton temps surtout.

Toujours assise face à lui, elle hésita un moment à... oh et puis c'était complètement ridicule. Pourquoi devrait-elle lui cacher qu'il lui avait fait peur ? Il était déjà au courant de toute façon. La jeune femme prit le turien dans ses bras et le serra de toutes ses forces contre elle.

- Ne me refais jamais un truc pareil tu entends !



*On s’en fout un peu, mais tout ce passage a vraiment été écrit sur fond de Vivaldi. Ca si ça vous intéresse > https://www.youtube.com/watch?v=-utT-BD0obk



Scipio Sempronia
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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeJeu 11 Juil 2019, 18:45
Le geste d’Audrey était compréhensible et justifiable. Il fallait protéger leur couverture, mise en difficulté par Scipio. Il fallait s’assurer que ça fasse vrai, et la surprise allait forcément jouer, car l’on ne saurait imiter la surprise. Nul besoin d’essayer de paraître authentique lorsque l’on est authentique. La durée était évidemment une manière de s’exposer, afin d’être certains que les convives pour lesquels la couverture était importante aient tous le loisir de les observer. La main posée sur son profil servait à cacher le tressautement hésitant de sa mandibule.

A ceci près que la mandibule ne tressautait aucunement, car elle était apaisée. Si Audrey était clairement motivée par leur mission, les pensées de Scipio lui semblaient moins justifiables. Il se demandait si cela aurait pu arriver, loin d’ici, entassés l’un sur l’autre dans le canapé de la fliquette. S’il ne s’agissait que d’une histoire de circonstances, ou si les personnes qu’elles étaient entraient en compte. Non, bien sûr que non. Audrey était une professionnelle, pas du genre à craquer en mission. Et si les films d’espionnage avaient appris une chose au Turien, c’est que ce genre de choses arrivaient tout le temps. Au SSC, elle avait du faire ça des tas de fois. Non ?

Scipio s’en voudra longtemps, d’avoir idiotement suivi son mouvement lorsqu’elle s’était retirée, comme si ce baiser n’avait pas été déjà assez long. Il n’osait rien dire, n’osait rien faire, tétanisé par son geste. Il comprit alors l’état dans lequel avait été plongé sa partenaire, à l’extérieur. Il ne le subissait pas lui même, pas de la même manière en tout cas, mais il se sentit idiot de ne pas avoir réalisé sur le coup, en tout cas pas dans toute son étendue. Cependant, se sentir idiot était devenu une habitude cette soirée là, et il… Elle se rapprochait. Elle se rapprochait encore. Si elle l’embrassait de nouveau, qu’est ce qu’il devait faire ? Non ! C’est bon, elle s’appuyait juste sur elle. Elle avait du comprendre qu’il était un peu chamboulé, et elle venait le rassurer, comme elle le faisait toujours lorsqu’il se rongeait les doigts en s’occupant de papiers compliqués. Quand il farfouillait dans les dossiers médicaux, et qu’elle venait le prendre par la taille en lui lançant une petite pique sur à quel point il était mal organisé, ou comme il stressait pour un rien… C’était ça, bien sûr. Il se mettait martel en tête, il voyait du mal là où il n’y en avait pas. Bien entendu ! Et elle parvenait à le lui rappeler par sa simple présence. Passer ses doigts dans ses cheveux l’aidaient toujours à se détendre, après tout. Elle le connaissait vraiment bien. C’était sûrement normal pour des colocataires.

« Aud, tu…
- Oh ! Mais sont-ils pas mignons ces deux-là ? »

L’intervention de Cordelia rappela subitement à Scipio qu’ils n’étaient pas seuls. Le Don avait cessé de s’entretenir avec l’Asari. Il ne comprenait pas pourquoi les simples mots de Coco l’énervaient autant. Il l’aimait bien, pourtant, avant d’apprendre qu’elle ne traînait dans des affaires louches. Afin de sauver les apparences, il lui sourit poliment, mais n’en pensait rien. Il avait l’impression de sacrifier quelque chose avec cette femme, mais n’en était pas si gêné. Était-il devenu une mauvaise personne ?

Emmanuel quittait la table avec sa fille. Apparemment, il avait dit quelque chose, probablement sans grande importance. Les Besora se lancèrent dans une danse solennelle, sous le regard de leurs invités. C’était le premier mariage humain de Scipio, et il y découvrait là une coutume qui l’intriguait. Aurait-il le droit d’inviter Audrey à danser également ? Elle n’avait pas l’air d’y tenir pour le moment, mais était-ce seulement autorisé ? Elle… Elle avait lové sa main dans celle qui n’était pas déjà dans ses cheveux. Oui, c’était crédible. En tout cas le Turien, lui, y croyait. Mais ce silence n’était plus possible à tenir pour lui. La possibilité de se taire à deux et d’en profiter est précieuse, et il appréciait beaucoup ces opportunités avec elle. Cependant, en ce moment, il avait besoin de parler, il ne pouvait rester seul avec ses pensées. Il pensait également qu’il fallait la distraire, qu’elle même pouvait avoir été mise à mal par les événements. Il chercha donc dans la foule quelques détails desquels papoter, et dans son for intérieur la bonne humeur qu’Audrey était capable d’invoquer d’un sourire :

« Regarde Cordelia, là bas, commença un peu maladroitement Scipio. Sa robe est toute froissée au niveau des hanches. Elle a du s’énerver, je vois mal qui la prendrait par la taille avec autant de fougue ici.
- Hum... »

La réponse n’était pas très satisfaisante. Soit elle ne souhaitait pas parler de ça, soit elle ne désirait pas parler en premier lieu.

« Toi, tu refuses de te moquer ? Cette soirée doit vraiment être compliquée pour tout le monde, hein ?
- Faut croire... »

Audrey semblait avoir l’esprit ailleurs, mais les mots de Scipio n’avaient pas l’air de l’irriter. Elle avait l’air pensive, peut être était-elle en pleine réflexion. Aller, il allait se lancer à l’eau, parfois il suffisait de dire ce que l’on pensait, non ?

« Audrey, tu…
- Mademoiselle Bayard. Me ferez vous l’honneur de m’accorder votre main le temps d’une danse ? »

Le Turien ravala sa salive et son étonnement. Il n’avait pas vu venir leur hôte, et celui ci lui avait coupé la parole. Encore. Préférant prendre son mal en patience que trahir leur couverture, il écouta son… Son ami ? Il écouta Emmanuel quérir une danse, et son… Son amie ? Argh ! Ça devenait vraiment compliqué de définir toutes ces personnes qui l’entouraient ! L’un était un mafieux, l’autre une ancienne flic, mais les deux étaient proches de lui, dans leurs manières tout à fait différentes. Si ça se trouve, elle même avait sa part d’ombre, que ferait-il s’il l’apprenait également ? C’était assez de coups de couteaux comme ça de savoir que Besora et Cordelia lui mentaient depuis le début. Mais… Emmanuel avait-il seulement menti ? Jamais il ne lui avait demandé clairement « Hé Manu, est ce que c’est légal ton business ? » après tout. Et Cordelia, au final, n’était-ce pas un petit peu écrit sur son visage ? Elle qui passait son temps à bluffer ? Et s’il devenait comme eux, à force de les fréquenter ? N’était-il pas, en ce moment même, en train de préparer un mensonge pour excuser sa partenaire ?

« Non vraiment, croyez moi Don Besora, Je suis une véritable calamité sur une piste de danse. Je serais capable d’assommer mon cavalier. En plus de tous les autres danseurs…
- Emmanuel, veuillez excusez ma compagne, elle... »

Elle a des problèmes de mobilité et d’équilibre qui la rendent très incertaines de ses pas de danse, et il s’agit d’une source importante d’anxiété pour elle. S’il avait pu, Scipio aurait soupiré une minute entière. Non, il ne saurait être comme lui et Coco. Il était incapable de façonner des mensonges crédibles, et encore moins de les formuler. Il essaya la vérité :

« Grâce à ce mariage, nous vivons un moment un peu particulier, tous les deux. Et nous allions danser pour en profiter. Besora, je suis désolé de n’être qu’une déception pour vous ce soir, mais j’ai décidé de faire passer mon propre bonheur et celui d’Audrey avant les intérêts des autres. Pour une petite fois.
- Je ne peux que vous comprendre, Scipio, et si le marriage de ma fille vous met en émoi, je m'en réjouis. Profitez bien de votre soirée et, avec un peu de chance, peut être aurais-je l’honneur d’une danse un peu plus tard. »

Pour un parrain de la mafia, Don Besora était... indulgent. Aucune seconde le cuisinier ne put croire que son sourire était autre chose que sincère. Oh, il l’avait déjà vu maints et maints fois découvrir ses dents comme le requin qu’il était, mais il savait reconnaître la politesse d’un banquier de la courtoisie d’un ami. Lorsqu’il eut tourné les talons, Scipio se leva et tendit une main à Audrey, qui se mit à paniquer :

« Qu’est ce qui te prends ? Je ne sais pas danser et tu le sais.
- C’est vrai. C’est parfaitement vrai. Mais ce que tu n’as jamais su, c’est que moi, je sais danser.
- Je ne sais pas Scipio je… Je suis vraiment une calamité sur une piste de danse…
- Eh, princesse, lança-t-il en oubliant avec intention la précaution de parler moins fort, profitant qu’ils ne soient plus que deux à table. Laisse tomber la couverture deux secondes. Je veux juste danser avec toi. Et je sais très bien que tu danses comme un varren boiteux. »

Acceptant la main qui lui faisait face, elle finit par se dresser à son tour. Qu’elle ne venait qu’à reculons ne faisait aucun doute, et Scipio ne pouvait pas accepter ça. Il était pris de la plus honnête des envies, celle de passer un moment agréable avec elle.

« Aud, qu’est ce que danser ici aurait de différent de nos habitudes ?
- Je… hésitait-elle, interdite. Je ne tiens pas à ce que tu te tapes l’affiche à cause de moi…
- Par les Esprits, Aud, Labruyère a une ceinture en fourrure d’ornithorynque. Tu pourrais tomber par terre et toujours avoir plus de prestance que la moitié des péteux qui grattent le carrelage avec leurs talons aiguilles. Tu… T’es quelqu’un d’incroyable Audrey et si j’me tape l’affiche, j’aimerais bien que ce soit avec toi. »

Et voilà les mots qui parvinrent à la convaincre. Où était-ce son air si benoîtement sympathique ? Celui là même qui l’avait convaincu de s’aventurer dans une soirée cinéma, dans une collocation, dans une soirée mafieuse ? Il l’amena plus proche du centre de la salle, se mêlant aux autres couples, improvisés ou non, qui virevoltaient au rythme de quelque musique typiquement européennes.

La danse était quelque chose de naturel pour Scipio. Il avait énormément dansé lorsqu’il était jeune, dans la plus pure tradition des Varin, et comme tout ce que en quoi le Turien investissait de grandes quantités de temps, ça avait fini par ne pas être trop mal. Bon, le chant, lui, restait exécrable. A force de pratiquer ses pas, il avait acquis un sens du rythme et une souplesse impressionnante, et ne ratait que peu d’occasions de pratiquer. Parmi les peuples de Kavin-Serro, en vérité, le rôle de la danse était celui d’un acte religieux, il n’avait donc jamais pris à la légère cette pratique. Bien entendu, il ne voyait pas la moindre danse comme un blasphème en puissance, mais possédait le souhait de bien danser comme une seconde peau, une rigueur naturelle.

Il était donc, en ce point, le parfait opposé d’Audrey. Il n’avait pas tort lorsqu’il la décrivait comme un animal boiteux, mais peut être aurait-il été plus proche de la vérité en parlant d’une bestiole décédée. Elle était un rocher en pente, incapable de répartir élégamment son poids dès le moment où elle essayait de se mouvoir sur un rythme musical. Ça avait son… Charme amateur, lorsqu’ils se trémoussaient à deux dans un salon encore rempli de carton de déménagement, mais rien d’étonnant à ce qu’elle ne s’en sente pas fière face à une horde de bourgeois ragaillardis par l’alcool.

Mais Scipio la tenait et, autant qu’il en était capable, guidait ses pas maladroits. Il savait pertinemment qu’elle était agile, ce devait réellement être le fait de danser qui lui faisaient perdre ses moyens. Le hasard offrit comme première musique un air enjoué et rapide, si bien que les erreurs étaient nombreuses et envoyaient Audrey tituber à plusieurs reprises. A chaque fois, ses doutes premiers revenaient et elles retournaient se réfugier dans l’hésitation. A chaque fois, Scipio lui soufflait qu’elle y parvenait de mieux en mieux ou qu’il était impressionné. Bientôt, ses compliments devenaient plus gros et absurdes, et ils retrouvèrent leur jeu de piques et de bons mots. Ils ne communiquaient que par de courtes phrases, rapidement soufflés, les laissant parfois en suspens et sachant parfaitement que l’autre connaîtrait la fin.

Quand les musiciens leur accordèrent quelques notes plus reposées, elle paraissait avoir laissé sa torpeur de côté, et s’était détendue. Elle faisait moins attention à ses jambes, plaçait ses mains sur le corps de son partenaire comme il lui plaisait et non plus comme il le fallait, et se laissait porter par le tempo plutôt qu’être traîné par lui. Oubliant la musique, quelques grains de bienséance déplacée et la gêne des premiers instants, elle devenait à vue d’œil une bien meilleure danseuse. C’est à dire qu’elle parvenait à ne pas tituber. Quand il s’essaya à quelques pas un peu plus complexes, Scipio se rendit compte qu’il était peut être trop ambitieux, et accepta l’idée que la simplicité était de mise. Après un temps, Audrey n’hésitait plus à poser sa tête contre son torse, écoutant l’irrégularité familière des battements de cœur de Scipio, se laissant guider lentement comme une étoile de mer sur une planche en perdition, avec un peu plus de grâce. Un tout petit peu plus.

« J’espère que nous danserons encore comme ça. »

Le regard dans le vide, il n’avait pas pu s’empêcher d’ouvrir sa grande gueule, et le regrettait déjà. Elle ne répondait rien, son dos se raidissant un instant sous sa main, avant de récupérer sa délicate et agréable courbure.

« Je pense que nous allons pouvoir partir. Y-a-t-il quelque chose que tu souhaiterai faire avant que l’on ne s’éclipse ?
- Non, répondit-elle d’une petite voix. J’imagine qu’il faut que nous allions saluer tes amis avant de partir tout de même.
- Probablement… Si c’est possible d’en éviter certains, je ne suis pas contre. »

Ils se turent, réalisant bien vite que leurs mots ne pouvaient pas remplacer leur silence. Scipio mordit sa langue derrière sa joue pour s’empêcher de ruiner ce calme avec quelque idiotie. Ils restèrent là encore quelques temps, dansant lentement sans laisser la moindre occasion à quelque autre partenaire d’échanger leurs rôles. Ils devraient bien finir par se rapprocher de l’entrée et prendre la poudre d’escampette, mais il souhaitait rester. Juste là, encore un peu plus longtemps et dans ses bras. Il la serra contre lui et ils quittèrent la piste de danse. Sans trop y réfléchir, ils glissèrent jusqu’à un balcon, où le bruit de l’intérieur leur serait un peu épargné. Pourquoi n’étaient-ils pas immédiatement sorti, il n’en avait aucune idée. Reconnaissant la vue, Scipio réalisa qu’elle l’avait giflé ici même quelques heures plus tôt, et sourit. Ils se retrouvaient une nouvelle fois dans les bras de l’autre, pas tout à fait capables de déterminer pourquoi, ni vraiment comment. Il caressait ses cheveux si élégamment coiffés d’une main, et serrait sa taille de l’autre. Elle lovait sa tête dans son cou, et ils se berçaient de silence.

« J’adore ces deux là » commenta pour elle même Eugénie de Labruyère, sirotant un cocktail et, de l’intérieur, observant un jeune cuistot embrasser une nouvelle fois sa colocataire. Elle se demandait quelle était leur histoire. Comment étaient-ils arrivé ici, et quand étaient-ils tombés si clairement amoureux l’un de l’autre ?


***


Scipio observa d’un air avide la Citadelle qui se dessinait au loin. Un message résonnant dans la carlingue annonçait au passager qu’ils seraient à quai dans trois quart d’heures. En jetant un coup d’œil à toutes ses affaires, il s’imagina déjà chez lui, à les ranger machinalement, classant son enthousiasme dans un placard et oubliant le mois incroyable qu’il avait parcouru pour revenir à son quotidien banal. Rien n’était banal sur Tuchanka et Novéria. Activant ses méninges, il se mit en quête d’une activité pour finir d’égayer sa journée et, surtout, éviter de rentrer à l’appartement tout de suite. Il traversa rapidement son carnet d’adresse. Appeler Arca et Shura ? Non, la flemme, il les appréciaient beaucoup mais il y avait un coup physique à encaisser pour pouvoir les voir. Ante ? Non, quel con, il était encore sur Tuchanka, lui. Oh !

Audrey. Ça faisait longtemps. Ah, mais non, elle était dans l’Espace Frontalier, aucune chance qu’elle ne réponde… Kori ? Était-il encore en vie, au moins ? Mika ? Momo ? Il soupira, éteignant son omnitech et se laissant glisser sur sa banquette. Bon, tant pis, il pourrait toujours essayer de faire ami-ami avec un pilier de bar.

Mais si… ? Autant tenter, après tout. La sonnerie retentit plusieurs fois, et bientôt le répondeur offrit de laisser un message.

« Salut Aud. C’est Scipio. Je reviens à la Cita dans une grosse demi heure, j’accoste quai H-22. Si je ne me trompe pas, t’es encore en EF non ? Et si je me trompe, ça te dirait d’aller boire un verre ? Dans tous les cas, appelle moi ou envoie moi un mail pour donner de tes nouvelles ! Bisous. »

Satisfait d’avoir su enregistrer ce petit mot d’une traite et sans bégayer, il accepta l’idée de passer le reste de la journée seul, et laissa au temps le loisir de passer. En montagne, il ne fallait surtout pas lâcher prise. Ici, il pouvait se le permettre. Une fois à quai, il endossa donc son grand sac, en glissa un autre en bandoulière, et fila hors du vaisseau. Les pieds foulant de nouveau la Citadelle, il se sentait chez lui, amèrement. Il prit une grande bouffée d’air filtré et…

« Scipio ? »

Il ferma d’un coup sa bouche et s’accroupit à demi, comme s’il s’attendait à être emporté par le SSC pour fraude à la frontière. Puis il la vit, flic bel et bien, mais pas franchement en service.

« Audrey ! Tu as reçu mon message ! »

Scipio faisait peine à voir, un bandage ceignant son crâne sous son bonnet troué, et les doigts de la main gauche fixés ensemble afin d’éviter qu’il ne les abîme plus en les bougeant. Il tituba en s’approchant d’elle, lui adressant un signe de sa main la plus valide pour dire bonjour, mais il arborait un air radieux, si bien qu’elle ne parut pas s’en inquiéter plus que de raison.

« Qu’est ce qui t’es arrivé ?
- La douane… Foutus Humains, plaisanta le réserviste.
- T’as vu ta dégaine en même temps ? Tu pues le contrebandier a trois systèmes à la ronde, répondit Audrey en lui faisant la bise. Plus sérieusement, comment tu as fini dans cet état ?
- T’as pas reçu mon mail ? Je reviens d’une petite grimpette sur Novéria. Eeeet tada !
- Quand je fais de l’escalade, je ne finis pas dans un état aussi pitoyable personnellement. On dirait plutôt que t’as fait de la dégringolade toi.
- Attends, tu fais de l’escalade ? Et t’aurais pas pu m’en parler avant que j’y aille ?
- Depuis l’âge de 8 ans. Et tu m’as jamais demandé gros malin ! »

Le Turien retrouvait déjà ses aises sur la station. Voilà le quotidien duquel se rapprocher ne le dérangeait pas. Le duo commença quittèrent le quai et s’engagèrent dans les rues de la Citadelle, en continuant leur discussion :

« Tu marques un point. Deux même, pour la dégringolade. La fédé a refusé de comptabiliser mon temps parce que, sois disant, je serais parti avec du matériel défectueux et ils ne souhaitent pas cautionner des comportements dangereux.
- Ça me rappelle quelque chose… sembla-t-elle adresse à elle même. Mais je ne peux que leur donner raison pour le coup. Ta survie dépend de ton matos, tu ne peux pas te permettre de te lancer dans une ascension avec un équipement fait de bric et de broc. Rassure moi, c’est pas ce que t’as fait ?
- Non… Non, non, vraiment ! »

Elle semblait être plus sérieuse, sans surprise pour le Turien. C’était une militaire après tout, la sécurité avant tout !

« Franchement, j’étais bien préparé. Un peu rapidement, mais je fais toujours les choses dans les règles de l’art. J’avais presque l’impression de m’être fait saboter, au point où j’en étais. La dangereuse vie de cuisinier, hein ?
- Un de tes nombreux super ennemis aurait-il fini par découvrir ton identité secrète de nouilleman ?
- Aaah ! lança le grimpeur en dressant les bras vers le ciel artificiel d’un air dramatique. Combien de fois devrais-je vous répéter que je ne suis pas nouilleman. La BD est simplement librement inspirée de ma vie.
- Au moins une fois de plus visiblement.
- J’aimerais bien rencontrer l’auteur un jour, et savoir comment il connaît certains… Détails.
- Allons Scipio ne fait pas semblant. Tout le monde sait très bien que c’est toi, l’auteur.
- Bien sûr, parce que tu crois que je peux faire des nouilles le jour, combattre le crime la nuit et écrire des comics bas de gamme durant les pauses cafés ?
- Bien sûr, répéta l’Humaine. C’est d’ailleurs pour ça que tu as pris une assistante. Pour te remplacer pendant que tu écris tes comics bas de gamme. Inutile de te cacher plus longtemps Scip, je vois clair en toi.
- Oh ! Tu as rencontré Callastre ?
- Bah il a bien fallu, s’expliqua-t-elle. Tu pars sans prévenir à l’autre bout de la galaxie. J’aillais pas te suivre jusqu’à Tuchanka pour avoir mes nouilles.
- C’est à côté ! T’étais, genre… Hyper loin !
- Mais moi je t’ai prévenu que je partais pour un bon mois ! »

Elle avait de nouveau raison, ce qui était fâcheux. Scipio se défendit comme il put :

« Je dois te prévenir quand je pars maintenant ?
- Disons que ça aurait pu être sympa. Ca m’aurait évité de me retrouver comme une idiote devant ton Asari. Au passage, ajouta-t-elle, elle s’en sort très bien.
- Ça, c’est une bonne nouvelle. Je t’avoue que j’avais la tête éclatée à devoir enseigner la cuisine à des Krogans en me demandant si mon stand n’était pas en train d’exploser ici.
- Ça explique le bandage. Un moment j’ai cru que tu étais retombé de ton pic sur la tête. Je comprenais pas comment t’avais survécu. »

La blague n’était pas très bonne, mais le cuistot était de bonne humeur, aussi il l’accepta de bonne grâce. Ils discutèrent rapidement de leur destination, se rendant compte qu’ils erraient sans but, et se décidèrent pour un bar des secteurs que la petite soldate connaissait. Elle reprit la conversation là où ils l’avaient laissé :

« Et du coup, les Krogans sont de bons marmitons ?
- Surprenamment, non. Et c’est un peu difficile de leur faire apprendre quoi que ce soit. En revanche, ils ont un certain goût pour l’expérimentation et une fois qu’ils ont compris une recette, ils sont efficaces. Pas doués, pas bons, mais efficaces.
- Surprenamment, hein ?
- J’aurais pu le voir venir, c’est vrai. »

Leurs papotages continuèrent sur ce ton innocent, Scipio racontant la vie sur Tuchanka en évitant la demi douzaine de fois où il avait failli perdre la vie. Il avait beaucoup apprécié son séjour, tumultueux mais très instructif. Sous l’égide d’un diplomate Urdnot, il jouissait de certains privilèges, mais savait surtout que sans ceux ci, il n’aurait simplement pas survécu là bas aussi longtemps. Lorsqu’ils prirent place dans un pub d’inspiration clairement terrienne de la connaissance de la petite terrienne, qu’ils eurent commander de quoi se rincer le gosier et qu’ils se sentirent confortablement installés, le voyageur demanda, les yeux pleins d’étoiles inexplorées :

« Et toi, l’EF, c’était comment ?
- C’était… Édifiant. »

Le sourire de la fliquette avait fondu, évaporé comme de la glace dans son réchaud. C’était surprenant, mais pas plus que de raison. Elle avait été envoyée là bas dans un cadre militaire, après tout, et il n’était pas sans savoir que l’armée ne s’accompagnait pas que de bons souvenirs. Il changea immédiatement de sujet, peu enclin à chagriner son interlocutrice sans y trouver une bonne raison.

« Dans ce cas… L’escalade, donc, huit ans c’est ça ? »

Ils devisèrent sur le sujet longuement. A l’entendre, Audrey était bien plus douée que Scipio, et il s’agissait pour elle d’une vraie passion, plus proche d’une vocation que du passe-temps coup de tête du Turien. Elle lui parla longuement de ses premiers succès, du Mont Blanc qu’elle avait gravi en solitaire. Elle dut expliquer quelle était cette montagne à son camarade, et il en appris beaucoup. Il s’agissait du massif le plus imposant de son pays natal, à l’instar de l’Ankaran (le second pic de la cordillère d’Ankarus) chez lui. Seule et même pas encore majeure, elle avait réalisé ce pari fou comme une première étape, un tremplin vers tous les autres sommets qu’elles souhaitait attendre. Elle les énumérait avec ferveur, ayant appris sa petite liste par cœur. La discussion s’écoulant, le pic de Gara s’y ajouta, et Scipio lui raconta avec précision les multiples difficultés que pausaient sa surface Sud en hiver.

La jeune femme raconta comme elle avait commencé par grimper sur l’arbre de son jardin, sa première conquête. Scipio tut ses propres escapades débutantes, quand son père tentait de lui apprendre les ficelles, quelques mois avant qu’il ne devienne catatonique. Crapahuter dans les montagnes s’était alors mu en nécessité, en outil de survie face à la Moisson. Ces détails furent passés sous silence, et il préféra poser une montagne de question à Audrey, la faisant parler de toutes ses aventures avec enthousiasme. Ils comparèrent leurs exploits, admirent que Scipio relevait du petit joueur en terme de nombre, mais redorait un peu son blason pour son habitude à choisir les façades et les périodes les plus complexes. Tous deux se retrouvaient dans les ascensions en solitaire, bien que leurs raisons différaient. Ils sentaient que leur attrait pour la montagne ne se vêtait pas des même parures, mais ils laissèrent à l’autre le loisir de garder ça pour eux, comme s’ils s’étaient mis tacitement d’accord qu’exprimer ces désirs auraient terni leur éclat.

Puisque le réserviste avait encore tout son harnachement sur lui, ils n’hésitèrent pas une seconde à passer en revue plusieurs pièces de son équipement. Audrey était clairement répugnée par son manque de précautions, mais elle admettait que même un si piètre matériel n’aurait pas du lâcher comme il le décrivait. Ils se moquèrent de quelque sabotage, d’un rival invisible ne souhaitant pas que la première escalade de Gara en hiver appartienne au petit cuisinier. Ils causèrent de leurs succès, de leurs ratés, de leurs chutes et des moments de doute. Du froid, de la chaleur étouffante, du goût des chocolats qu’elle croquait pour se redonner du courage, de l’impression de pouvoir tout perdre et que l’on y gagnait tout. Les heures fusèrent sans qu’ils ne s’en rendent compte, la grimpeuse s’exprimant avec une fougue sans retenue, le grimpeur l’écoutant avidement. Il n'avait pas imaginé qu'entendre cette femme parler puisse être aussi agréable, n'ayant jamais eu d'occasion similaire. Il découvrait en elle une sympathie et une verve insoupçonnée. Elle était rayonnante lorsqu'elle parlait de grimpette, et qu'il aimait ceux qui se perdaient dans leur passion ! Quand l’après midi sembla grandement entamée et que la soirée commençait à poindre, Scipio s’exprima sans y penser :

« On devrait faire ça plus souvent. Je ne t’avais jamais vu si passionnée avant, j’ai l’impression de découvrir une nouvelle Aud !
- Pourtant c’est probablement la Aud la plus ancienne de toutes les Aud que tu as devant toi. La Aud grimpeuse. Je pourrais sans doute encore te parler d’escalade durant l’équivalent de trois vies, lança la Aud espiègle, celle qu’il avait rencontré maints et maintes fois. Mais tu mourrais probablement d’ennui en moins de trois jours.
- Tu plaisantes ! Je tiendrai au moins, heu, quelques heures de plus. Non, franchement, c’était passionnant ! J’ai encore un peu de congé, si tu restes à la Citadelle les jours qui viennent, il faut qu’on se trouve un peu de temps pour se revoir. »

Bien entendu, elle n’avait pas vraiment de raisons de quitter la station. Et bien entendu, ils prirent le temps de se décider d’une date à laquelle se retrouver. Puis d’un restaurant dans lequel manger, et d’un film à partager. D’un appartement dans lequel vivre à deux, d’un mariage où s’inviter. Scipio vous raconterait bien la joie de ces moments, mais vous n’êtes pas sans les connaître.


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Audrey Bayard

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MessageSujet: Re: Nuit de noces   Nuit de noces Icon_minitimeVen 12 Juil 2019, 13:14
Ils marchaient. Côte à côte, l'un contre l'autre. Ils marchaient. Ou plus exactement, ils traînaient. Le couple aurait sans doute pu prendre un taxi pour rentrer, mais l'humaine n'en avait pas eu envie. Lorsque Scipio avait proposé d'en appeler un, elle lui avait répondu qu'elle préférait rentrer à pied. Les amoureux s'étaient donc mis en route, lentement, profitant de chaque seconde supplémentaire où ils étaient seuls, juste tous les deux, sans personne pour venir les déranger.

Il l'avait embrassé. Et elle l'avait embrassé. Ils s'étaient embrassés. Audrey ne savait pas trop pourquoi elle avait fait ça. Mais lorsqu'il avait commencé à s'approcher d'elle, sur le balcon, elle n'avait pu s'empêcher de faire de même. De reproduire son mouvement pour que leur bouche entrent en contact. Pour que leurs sentiments s'unissent dans un soupir d'extase. Et puis, ils étaient partis. Simplement. Ne saluant que l'hôte de la soirée avant de disparaître.

La châtain ne savait plus trop où elle en était. Où ils en étaient. Il s'était produit beaucoup de choses durant cette réception et de nombreuse pensées, parfois contradictoires, se bousculaient dans son esprit. Des souvenirs, des questionnements, des doutes… Et pourtant, la jeune femme était étonnamment calme. La présence de son compagnon contre elle l'apaisait. Il avait beau être celui qui avait suscité cette tempête dans sa tête, tel l'oeil du cyclone, il était aussi la seule source de sérénité au cœur de la tornade.

Les bras du turien étaient devenus l'endroit le plus sûr au monde. Elle s'y sentait en sécurité. Aussi absurde que cela puisse paraître, ce simple membre qu'il passait dans son dos pour la serrer contre elle lui apportait plus de protection que toutes les armures de la galaxie n'aurait pu le faire. Tel un avatar de la sûreté, le cuistot lui fournissait le meilleur bouclier qui soit par sa simple présence. Il lui donnait l'impression de compter pour quelqu'un. Elle n'était plus juste Audrey, elle était la personne la plus heureuse et la plus chanceuse de la galaxie.

Une sombre pensée envahit alors l'esprit de la française. Que se passerait-il quand l'étreinte viendrait à prendre fin ? Quand ils atteindraient son appartement et rejoindraient leur lit respectif. Elle ne voulait pas y songer. Elle voulait rester dans ses bras. Elle n’osait pas imaginer dans quel état la plongerait une séparation actuellement.

Ne me dis pas que tu te sens seul le soir dans ton grand appartement vide quand je suis partie.

Tandis que cette idée s'immisçait dans son esprit, elle frémit légèrement. La jeune femme se resserra un peu plus contre son compagnon, pour bénéficier de son aura protectrice et parvint à chasser cette inquiétude. Il ne la laisserait pas seul. Il ne l’abandonnerait pas. Ils dormiraient tous deux sur le canapé, comme ils l’avaient déjà fait plus de fois qu’elle ne pouvait les compter.

Mais à quel point cela serait-il différent ? Jusqu’ici, cela n’était arrivé que par accident. Elle s’était simplement endormie sur lui, épuisée par leurs bêtises, sans vraiment le prévoir. Dans quelle mesure le fait qu’elle ait à présent envie que cela se produise changerait-il sa perception de l’instant ? Fallait-il qu’elle l’informe de ce qu’elle ressentait ? Qu’elle lui demande s’il était d’accord pour qu’il partage leur nuit ? Au risque de gâcher la magie de cet instant ? Ou bien était-il certain que le turien accepterait ?

J’ai réfléchi à ta proposition de l’autre soir. Je pense que je suis prête à prendre le risque.

Un accord tacite serait suffisant. Inutile de parasiter ce moment avec des paroles inutiles. Nul mot n’était nécessaire. Leurs gestes étaient le seul discours dont ils avaient besoin actuellement. Comme en cet instant où il l’avait entraîné sur le balcon pour la serrer contre lui et l’embrasser. Cette seconde où tout avait basculé, où le monde entier s’était arrêté. Cette minute où le toi et le moi avait laissé la place au nous.

En cette heure, le danger avait disparu en même temps que l’impératif de faire semblant. Les bêtises de Scipio ne comptaient plus. Le couple n’avait plus besoin de se cacher. Besora ne pouvait plus les atteindre. Il ne représentait plus une menace. Mais… et s'il les avait attrapé plus tôt ? S'il avait mis la main sur eux et les avait torturé pour cette insulte ? S'ils avaient été blessées, ou pire ?

Ne me refais jamais un truc pareil tu entends !

Qu'importe. Ça n'était pas arrivé. Et ça n'arriverait pas. Scipio avait commis des gaffes, mais ils s’en étaient tous deux sortis. Et si le turien ne les avait pas commises, qui sait s’ils seraient dans cette situation à présent. Elle ne lui en voulait plus. Peut-être même lui était-elle reconnaissante. Une nouvelle fois, elle resserra son étreinte autour de sa taille, se blottissant un peu plus contre le torse de son héros.

Tu sais bien que tu es mon super-héros à moi. Celui qui illumine mon cœur et réchauffe mes nuits.

Elle avait hâte d’arriver chez elle à présent. De s’endormir dans ses bras sur le canapé. De savoir qu’il passait une bonne nuit en sa compagnie. D’être bercée par sa respiration paisible et les battements irréguliers de son cœur. Réchauffée par sa présence rassurante. Protégée par ses bras autour d’elle...

Tu as beaucoup bougé cette nuit, non ? Plus que d’habitude.

Elle savait qu’il se montrerait attentionné. Il l’avait toujours été. Elle avait mis du temps à le comprendre, mais à présent, cela semblait évident...

Je suis la femme de ta vie et tu m'aimes.

Audrey s'arrêta et pivota pour faire face à son compagnon. Elle fixa ses grands yeux bleus dans les siens. Elle avait envie de l'embrasser. Et elle allait sûrement le faire. En cet instant, le bonheur semblait plus proche qu’il ne l’avait jamais été. Il n’était qu’à un baiser d’eux...



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