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 Fragments d'une vie

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MessageSujet: Fragments d'une vie   Lun 30 Nov 2015, 16:37
Intervention MJ : NonDate : achronologique Solo
Tori Jorunn
Fragments d'une vie



Lorsque je ferme les yeux, devant cet océan de sable. A côté, un petit arbre rachitique pousse entre deux saillies rocheuses. Il y a là, une grotte naturelle, à l'intérieur, un lit de camp, un petit réchaud, une malle contenant quelques effets personnels. Je me sens chez moi, sans l'être réellement. Il suffit de fermer les yeux pour que mes souvenirs me reviennent. Vivre, revivre, souffrance. Délier les blessures, les mettre à plat.

Prier. Sérénité est le nom de cet endroit. Sérénité du corps et de l'esprit. Instant où l'âme rejoint son réceptacle.



Chambre 14, Ecole d'Amonkira.

Le 14 est un peu de travers, mais il vaut mieux investir dans d'autres secteurs que la réfection des infrastructures des dortoirs. Ce geste, se retourner légèrement pour vérifier que la porte automatique coulisse, clic et se verrouille. Lui donner un coup de pied si elle ne le fait pas. Voilà, mécanisme vieillissant, un petit coup où il faut et ça fonctionne.

Elle a la fougue de la jeunesse et son arrogance. Quatorze années, déjà sept d'écolage. Elle a le sentiment de tous ces jeunes en dernière année, une profonde excitation. Elle exulte. Aujourd'hui, test de course, sa branche préférée. Elle adore la course. Les couloirs défilent, couleurs sable. Dans le vestiaire, ils sont cinq. Une petite classe, beaucoup ont choisi un diplôme standard, peu ont eu envie d'une formation aussi élitiste. Ren la regarde en coin. Défi. Les autres l'ignorent. Elle se change pour enfiler sa tenue de sport.

Noire et rouge, des couleurs agressives, des petits chaussons à la semelle minimaliste complètent le justaucorps. Ils se déplacent ensemble, en colonne pour arriver sur le terrain qui leur sert de stade. Le professeur attend sur le terrain, avec un assistant.

L'astre est presque à son zénith, il fait très chaud. Le sol au loin donne l'impression d'onduler. C'est parfait, son corps, échauffé sommairement est prêt. Cette fois, c'est elle qui jette un coup d’œil à Ren. Défi. Les chronomètres sont prêts et le départ est explosif. Sa stratégie est extrêmement simple, dans le sillage de Ren, elle se préserve pour l'arrivée et le sprint. Il court bien, il a des foulées souples.

Pas assez rapide, elle s'ennuie.

Aujourd'hui c'est un examen final, elle veut tout exploser. Elle va les ridiculiser.

Un pas devant l'autre, la respiration calculée, le prédateur file à la poursuite de sa proie. Elle tire sur chacun de ses muscles, la puissance explose en elle. Son bassin semble faire mouvoir son corps seule et elle s'envole.
Loin, haut.
Les visages des perdants vexés, épuisés l'effleurent à peine.
Elle s'est envolée.

Portée par la puissance des foulées.
Le vent sur son visage.
La jubilation de la course.

Sa poitrine s'agite pour retrouver un semblant de respiration. Elle lève les yeux sur le professeur qui l'observe. C'est un ancien Ecdysis, usuellement, c'est elle qui le regarde avec admiration. Aujourd'hui, c'est lui qui lui offre un regard étonné.

"Excellent, Tori."

Elle en rit. Heureuse, effondrée par terre. Le corps encore tremblant par l'effort. Les autres viennent la féliciter. Sauf Ren. Elle lui a vraiment mis la misère.

Clignement d'yeux.

Elle les rouvre sur le désert. Le souvenir la fait rire intérieurement. Elle se relève, époussetant sa tenue. Cela lui avait donné envie d'aller courir quelques kilomètres. Elle partit au petit trot, savourant les retrouvailles avec son corps. Elle avait toujours aimé la course, c'était un moyen d'expression fantastique. Un domaine où elle avait été naturellement douée. Cela avait ses avantages d'être une sprinteuse rapide. Toujours utile de savoir sauver ses fesses, qui plus est avec son équipement léger, c'était un avantage certain.

Pieds nus dans le sable, je cours
Les caresses du vent sur ma peau
Vitesse
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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Dim 06 Déc 2015, 23:13
Vaisseau Argoner, un cargo de classe Kowloon, sous le commandement d’un trafiquant d’arme humain travaillant principalement dans le système Terminus. Pour les besoins de son travail, il se trouvait en orbite, au niveau de la ceinture d’astéroïde du système Haskins (Nébuleuse du Titan). Une zone vraiment mal fréquentée.

Une zone triste à pleurer. Capek, la seule planète du coin, était morne et inhabitée. Elle se remémorait sa mission. Son binôme, aux commandes d'un chasseur distrayait ou détruisait les adversaires dans la zone. Elle s’infiltrait à l’intérieur du cargo, neutralisait les résistances éventuelles et s’emparait du vaisseau. Pour rejoindre un point de rencontre de leur client. Un particulier qui avait loué leur service. Les Enfants d’Amonkira y gagneraient le quart des armes volées, dont plusieurs canons anti-aérien grandement requis pour la défense de leur colonie.
Tori n’aimait pas ses missions privées. Il fallait bien plus travailler sur soit quand le but était moins louable. Voler un trafiquant, cela dit ne devrait pas être trop compliqué. Elle respira profondément pour entrer en dissociation complète. On pouvait commencer la danse.

La première phase est simple, le client leur a donné des codes d’accès qui lui permettent de pirater l’accès à une soute. La drell n’a plus qu’à se faufiler. Ils sont treize à l’intérieur selon les sources fournies. Elle était en contact avec son binôme, un fil ténu qui crachotait dans son casque.

« J’avance, pour l’instant personne, je vais frapper au secteur de repos en premier. »

« Un chasseur éliminé. »

Un mercenaire, il ne l’a pas vue. Bloquer sa respiration, un deux trois. Elle s’élance, une courbe souple, il a le temps d’écarquiller les yeux de surprises avant que les omnilames le percent. Une main sur sa bouche, le gant est sali de sang. Expirer, deux, trois. Il meurt. Fermer les yeux, une rapide prière. Elle se remet en route. La cargaison d’arme est bien là et en quantité.

C’est un soulagement, tout cela ne sera pas fait pour rien.

« Moins un. »

« Sois prudente. »

Pour sûr qu’elle l’était. Eviter les détonations au possible, le système d’alerte de l’appareil semblait rudimentaire, elle n’avait perçu aucune alarme. Elle jeta un œil à son omnitech pour le confirmer. La suite fut classique quelques temps. Conduits d’aération, les couloirs défilaient. Elle devait être rapide. Elle prit à revers encore deux hommes d’arme. « Deux. Trois » Au quatrième, elle dût tirer. Elle s’était équipée de son arme de poing pour cette mission d’infiltration. L’homme avait son arme en main, face à face. C’était au plus rapide. Ce fut elle. « Quatre ».


.. Alerte intrusion… alerte intrusion… coups de feu dans le secteur cinq… alerte…



« Mon effet de surprise est grillé. »

« Deuxième chasseur éliminé, le troisième est coriace. »

Elle se cacha derrière une gaine d’aération, dans un cul de sac menant aux toilettes. Mieux valait attendre que les renforts arrivent. Elle sortit son M-8 Avenger. L’assaut fut autrement moins élégant. L’arme à feu crachait la mort sans poésie. Il n’y eut plus de courbes délicates, d’infiltration de danseuse. Juste un carnage. Pourquoi avait-elle basculé ? Parce que dans son casque, son coéquipier réaffirmait qu’il était mal pris. Elle devait faire vite. Plus de prière ou de dentelle.

Elle arriva à la cabine de pilotage. Le co-pilote, agressif, fut cloué au mur par une balle. Un coup net, en plein front, elle ne voulait procurer aucune souffrance inutile. Le pilote leva les bras, effrayé.

« Tu bouges, tu es mort. Conduit le cargo à ces coordonnées. »


Elle ne sut jamais ce qu’il se passa. Dans son casque elle n’eut qu’un cri bref et plus rien. Son omnitech lui indiqua ensuite que son ainé avait cessé d’émettre. Le bracelet mouchard indiqua sa mort, sans plus de détails. Le troisième chasseur ne vint jamais importuner le cargo qui put rejoindre les coordonnées prévues.

Elle regagna la colonie dans un état second. Rubert la remercia pour la réussite de sa mission, il y eu une cérémonie pour le disparu. Elle fut mise à l’arrêt quelque temps. Il est toujours dur pour une Apolysis de perdre son binôme.

C’est dur pour tout le monde. Chaque perte est insupportable. Injuste.

Assise sur ce toit. Les larmes coulent. Les étoiles brillent en silence.
Elle n’aura jamais de réponse. S’est-il sacrifier pour éliminer le dernier danger, a-t-il été descendu et l’autre a pris la fuite ? Son appareil a-t-il eu un disfonctionnement grave après avoir terminé la besogne ?

Ce jour-là, elle apprit que la dissociation de l’âme avait ses faiblesses. Car, le corps meurtri conserve des cicatrices et l’âme en récolte les résonnances. Elle était triste, vraiment triste, pour la première fois depuis longtemps. Elle éprouvait ce souvenir, cette émotion froide, à chaque fois qu’elle passait devant l’un des canons anti-aérien de la colonie.



Sur le chemin de la vie, par la volonté des Dieux.
A travers les étoiles, nous nous reverrons.
Océan d’amertume



Dernière édition par Tori Jorunn le Lun 19 Sep 2016, 20:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Dim 20 Déc 2015, 19:13
Ding. Diglingig. La porte chanta à son arrivée.

"Bonjour, mère."

La drell s'assit à une table du restaurant, saluant une drell aux traits plus marqués, mais à la même teinte de peau. Il y avait indéniablement un air de famille entre elles. Tori était cependant de stature plus grande et plus sportive.

"Bonjour, ma chérie."

Elle s’affaira quelques instants derrière son comptoir, puis arriva, un verre à la main. Elle le déposa devant son enfant, comme à son habitude et s'assit en face.

"Comment te portes-tu ?"

"Bien. Mon rôle d'Ecdysis me prend tout mon temps."

"Cela fait longtemps que je ne t'ai pas vue..."

Elle pince les lèvres, la voix n'est pas réprobatrice, mais on y sentait une tension. Il y avait une distance certaine, des regards fuyants. Elles étaient là, sans l'être. Chacune gardant précieusement ses distances.

"J'ai toujours beaucoup de travail ici, mais Dori prend sa retraite et il a été convenu que je reprendrais son travail à la compta. Ca me fera un travail moins fatiguant. " Elle soupira, essuyant ses mains sur son tablier. "La fille de Drenda a beaucoup grandi, c'est presque une adulte désormais. Monsieur Pok va bien."

"J'en suis contente, il se plait toujours dans son vivarium ?"

Pok c’était son animal de compagnie, un joli reptile originaire de cette lune. Il avait des écailles multicolores. Elle l’avait sauvé enfant et depuis il résidait avec elles. Jusqu’à ce que Tori parte, elle l’avait alors laissé à la garde de sa mère. Comme Père était décédé, cela lui ferait de la compagnie.

"Oui, il y est bien."

Des clients entrèrent, attirant l'attention de sa mère. Elles se regardèrent enfin, un bref instant dans les yeux. C'était le seul moment où elles échangèrent un regard franc. Tori finit son verre et le reposa sur la table. Les deux drells se levèrent.

"Je vais te laisser travailler. Je repasserai. Portes-toi bien."

"Toi aussi ma chérie."

Elles se quittèrent sans plus de cérémonial. Depuis le jour où elle l'avait laissée dans cette école, elle était devenue presque étrangères. Une distance intolérable pour rendre supportable la réalité d'une vie de service. Elle avait donné sa fille, elle lui signifiait son reproche par la distance. Dehors, il faisait chaud. Le vent soufflait par bourrasque et soulevait des nuages de sables. Cette saison était vraiment de loin la moins agréable. Elle remonta son foulard jusque sous ses yeux. Elle devait marcher jusqu’à la cantine de l’école. La population autour d’elle vaquait à ses occupations. Elle les voyait à travers les fenêtres. Dans les rues, les seuls passants étaient pressés et disparaissait bien vite dans le brouillard de poussière.



Sur mon chemin de poussière,
Je marche.
Solitaire


A présent, elle pouvait penser à sa mère sans rancœur. Son père, bien que très absent, n'avait pas choisit de mourir. Sa mère, bien qu'aimante, n'avait pas eu le choix que de la laisser s'éloigner. Son destin était de parcourir ce chemin de souffrance. Le pardon et la paix étaient venus bien après.


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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Mar 18 Juil 2017, 22:12
Elle observa la fiole que lui remis le magasinier.

« Il faut que ta cible l’ingurgite pour que le poison soit efficace. Quelle race ? »
« Humain »
« Alors compter une goute pour dix kilogrammes. »

Dans une passade politique, il vaut souvent mieux un peu de discrétion. Leur confectionneur de poison était un jeune complètement fou, mais talentueux. Heureusement, car Tori n’avait aucune idée de la manière de confectionner ce genre de substances. Hormis pour sa propre désensibilisation, elle n’avait jamais eu trop de rapport à ce genre de chose. Elle leva la petite fiole devant ses yeux. Pas de couleur. Garanti inodore et au gout quasiment imperceptible. Artisanal et fort bien venté par son fournisseur. Elle rangea l’objet, un peu dubitative.

Pourtant, cette fiole s’était révélée efficace. La cible était âgée, un malaise cardiaque serait certainement déduis sans trop d’approfondissement. L’organisation avait étudié ses données médicales et mis le doigt sur une déficience de sa pompe. Le poison s’était donc imposé comme arme. Elle ne l’appréciait pas, mais elle avouait que de voir l’humain stoppé dans son envolée lyrique en plein milieu de cette réunion fut impressionnant. Quelques convulsions plus tard, il était mort, effondré sur ce même verre d’eau qu’il avait porté à ses lèvres.

La drelle émit une brève prière, quittant sa cachette précautionneusement. Elle attendrait en périphérie, les nouvelles de demain publierait certainement cette mort dans les faits divers. La réanimation venait d’échouer et les urgentistes secouant la tête de dépit fut la dernière image qu’elle eut sur la salle.



29 mai 2200, infirmerie

Elle cligne doucement des yeux, actionnant ses doubles paupières avec peine. La lumière l'agresse passablement et la gêne de la perfusion reliée à sa main lui rappelle rapidement où elle se trouve. Elle respire avec précaution, ses côtes lui font encore mal, malgré les soins des médecins. La médecine répare admirablement bien, à notre époque, mais il faut toujours laisser au corps le temps qu'il lui faut pour se régénérer. C'est ce qu'avait coutume de dire le chef de l'équipe médicale. Ce sermon, elle l'avait entendu tant de fois, à chacun de ses passages ici. Pourtant contrairement aux précédents fois, elle ne ressentait pas l'urgent besoin de repartir en mission.

Je vieillis, nota-t-elle distraitement.

Cette mission avait été passablement éprouvante. Elle s'en était tirée par la grâce des Dieux. Avec beaucoup de chance. Son destin lui avait fait rencontrer les bonnes personnes au bon moment, sinon, c'est son cadavre que les siens auraient eu à récupérer sur Oméga. Probablement.

Elle referma les yeux. Elle n'avait pas envie de se souvenir du nombre d'os cassés, de tendons froissés et de déchirure qu'elle avait infligé à son corps. Le traumatisme crânien lui faisant monter des relents aigres alors qu'elle s'échinait à voir au travers de la fenêtre. Résignée, elle se décida à refermer les yeux.

La nausée reflua légèrement et elle savait qu'elle n'avait pas mal à la tête uniquement grâce aux médicaments que la sonde apportait à son sang.

Il lui semblait pourtant que son corps avait mérité un peu de souffrance et qu'être choyée ainsi n'était pas nécessaire.

Chaque âme compte, chaque âme est précieuse. La sienne aussi, a priori.
Après tout, il était important qu'elle continue leur lutte.

Elle allait devoir rester alitée quelques jours encore, malheureusement.

Seule face à ses pensées.

Seule face à ses souvenirs. Pesants.


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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Lun 12 Fév 2018, 00:09

# 4 janvier 2203, 09h00
#Erha, bureau diplomatique


« Tori… »

Brim’na murmura son nom derrière elle. Sa consœur se tourna vers son aînée, visiblement surprise. Elle se leva de son bureau en voyant la mine très préoccupée de sa supérieure. Cette expression marquait ses traits et faisait ressortir son âge avancé, chose que Tori oubliait facilement tant elle était énergique. A mesure que Brim’na avançait vers elle, la drelle sentit une boule se nouer dans sa gorge. Une intuition terrible qui la fit serrer les poings. C'était quelque chose de grave.

« Ta mère... ta mère a été conduite à l’hôpital… j’ai reçu un message à l’instant, pour te prévenir. Il faut que tu y ailles… »

A l’hôpital…

« Mais je n’ai pas terminé de… »

« Je m’occuperai de ça. Je ne veux plus te voir ici, vas… »

Les bras de Brim’na passèrent délicatement autour de la guerrière qui se voûtait progressivement sous le poid de la terrible nouvelle. L'aïnée noua ses mains fines dans le dos musclés. Elle chuchota des mots réconfortants de douceur. Tori ne les entendit pas, clignant des yeux sans parvenir à rattraper le fil de ses pensées.

A l’hôpital…

Elle resta aussi comme anesthésiée dans cette navette G. La dernière fois, elle avait la main de maman dans la sienne. La dernière fois, elle n’avait que sept ans, quand papa était parti à l’hôpital. Ce n’est peut-être pas aussi grave… Elle n’y croyait pas, mère avait évoqué son état de santé affaibli il y a quelques temps. Elle n’avait pas voulu y penser. Elle n'avait pas voulu y penser. Pourquoi donc avait-elle évité d'y penser ?

A l’hôpital…

Elle pénétra dans le batiment austère d'un pas pressé, se pencha sur le comptoir et s’avança vers l’hologramme.

« Je viens voir Rejka Evira. »

- Chambre 28, deuxième étage –


La voix mécanique n'avait pas changé. L'interface était plus moderne, mais la voix était resté la même. Celle de père était la chambre 9. C'était il y a vingt-sept ans, mais elle s'en souvenait comme si c'était hier. Elle préféra monter l’escalier en quelques foulées précipitées plutôt que d’attendre dans l’ascenseur. L'attente est insupportable, elle préférait être en mouvement. La chambre, elle y fut très rapidement, l’hôpital n’était pas très grand. L'endroit était calme, elle observa brièvement la silhouette verdâtre qui était étendue sur le lit. Elle était reliée à une machinerie qui délivrait de nombreuses courbes sur son écran. Une infirmière se trouvait là et croisa son regard. Elle lui adressa un sourire poli et quitta la chambre silencieusement. Les yeux fatigués de sa mère se posèrent sur elle.

« Tori… »

A l’appel de son nom, comme s’il avait été un ordre, elle rejoignit le côté du lit et s’assit sur un tabouret. Sa mère leva une main pour effleurer son visage.

« On m’a dit que tu avais été hospitalisée. Brim’na m’a donné congé. »

« J’ai atteint le stade terminal. C’est ce qu’on dit les médecins…. »

« Déjà … ? »

Elle fut incapable de formuler plus de mots. Depuis son internat, elle n’avait plus été proche de sa mère, mais elle restait la seule famille qu’elle avait.

« Ils ont dit qu’il me restait encore quelques semaines ou mois…, mais pas sans séances de respiration… mes poumons ont déjà perdus 40 % de leur capacité. »
Elle respirait fort, un très léger sifflement se faisait parfois entendre lorsque sa cage thoracique s’abaissait.

Le silence s’installa, très pesant. Elle voyait les yeux maternels cligner, lutter pour rester éveillé.

« Je repasserais chaque jour, as-tu besoin de quelque chose ? »

« Monsieur Pok… »

« Je vais m’occuper de lui. »

Elle se leva et quitta la chambre, quelques minutes après y être entrée.


# 5 janvier 2203, 17h40
#Erha, hôpital


« Bonjour, mère. Comment te sens-tu aujourd’hui. »

« Ça va… un peu fatiguée. »

« Monsieur Pok a été un peu étonné du changement de décor, mais il a l’air de se plaire dans ma chambre. »


« C’est bien… Tori, sous le tiroir de ma commode, en bas… j’y ai caché des crédits. Prends-les, je n’en ai plus besoin… ils étaient pour toi, de toute manière. »

« D’a.. d’accord. Regarde, je t’ai amené une photographie…, c’est le holo que tu aimes tant. »


Elle posa l’objet sur la table. Un cliché pris le jour de sa naissance, où son père tenait le nourrisson qu’elle était dans ses bras, aux côtés de sa mère. Deux larmes roulèrent silencieusement sur les joues de la drelle étendue. La maladie avait creusé ses joues et rendu ses écailles ternes. Elle semblait si éteinte, malgré la lumière qui dansait toujours dans ses yeux.

« Merci » murmura-t-elle. « Tu seras toujours dans mes pensées, Tori. »

« Toi aussi. »

Elle déglutit lentement, tâchant de garder en elle l’immense sentiment de tristesse qui menaçait de déborder.


# 10 janvier 2203, 08h30
#Erha, hôpital


Le médecin la regarda avec sérieux. Il observa son datapad puis la regarda à nouveau.

« J’ai peur que son état ne se dégrade plus rapidement que nous ne le pensions. Elle est arrivée à un stade très avancé, avec des séances d’aide à la respiration, nous aurions pu ralentir la destruction cellulaire. Hm. Ses constantes sont globalement en baisse. »


« Il n’y a pas de chance que son cœur lâche en premier ? Je veux dire… elle va mourir… étouffée ? »

« Oui, c’est un schéma plutôt classique. Je suis désolé. »

« Madame Jorunn… j’aurais besoin de votre consentement écris. Lorsqu’il sera venu l’heure, acceptez-vous la venue d’un prêtre et l’arrêt des soins ? Ce qui implique… que nous l’aiderons à partir, endormie et sans douleur par les plantes. »

« Ou... bien sûr. »

Elle apposa sa signature via son omnitech au datapad tendu. Des larmes se mirent, de leur propre initiative à rouler sur ses joues. Elle les essuya d’un geste rageur, un revers de manche plutôt inefficace face au flot. Le médecin posa une main sur son épaule.

« Rejka était une membre aimée de notre communauté, elle n’avait qu’une fierté, sa fille. Tous les clients du restaurant avaient le droit à vos récits de guerre. Nous avons tous conscience des sacrifices que vous avez faits, toutes les deux. Nous ferons tout ce qui est possible pour l’aider et vous laisser… au moins le temps de vous dire au revoir correctement. Allez la rejoindre. Nous aurons le temps de parler d’administratif plus tard. »


Il sortit un mouchoir de sa poche, le lui donna et tourna les talons. Par les Trois, elle avait senti tout le respect et l’admiration qu’il avait pour elle. Tori était devenue par la force des choses une petite célébrité parmi les siens. En cet instant, il lui semblait que le vrai héro était ce médecin, qui devait chaque jour regarder l’un des siens s’éteindre sans rien pouvoir faire.

Ce jour-là, sa mère ne fit que dormir, comme beaucoup d’autres jours qui s'écoulèrent semblables et interminables. La drelle passa des heures à observer son profile et écouter sa respiration rauque.


# 13 janvier 2203, 09h30
#Erha, hôpital


Cela faisait plusieurs heures qu’elle se tenait là, avachie sur le lit. Sa mère dormait et elle laissait ses pensées errer. Comme souvent des larmes vinrent noyer son regard. Elle pleurait en silence, de peur de la réveiller. Malgré cela, une main maternelle vint les essuyer maladroitement et la fit sursauter.

« Ne..pl..eure pas, Tori. Je pars en paix. … tout… ira…bb…b.ien. »

Elle hocha de la tête misérablement et enfoui son visage dans les draps, contre la poitrine de sa mère. Cette dernière la serra dans ses bras, elle n’économisa pas ses mots pourtant douloureux. Elle parla des plaines de Rakhana, elle parla du soleil, de la chaleur, de nourriture, de tout et de rien. Jusqu’à ce que son enfant s’endorme, épuisé par les larmes versées.


# 14 janvier 2203, 05h00
#Erha, hôpital


Tori arriva en urgence à l’hôpital, appelée par une assistante pressée. Le médecin l’accueillit avec soulagement. Il ne fut pas prolixe, il lui expliqua sobrement qu’il était l’heure. Il fallait dire au revoir. Lorsqu’elle entra dans la chambre, elle comprit qu’il avait raison. Le personnel médical attendit dehors, par respect, les laissant seules une dernière fois.

Elle prit délicatement la main déjà lourde de sa mère dans les siennes et l’embrassa.

« Au revoir… on se retrouvera, par-delà les océans. » Elle voulait en être sûr, aussi parla-t-elle avec toute la conviction dont elle était capable. Sa mère n’eut pas la force de répondre, elle serra simplement sa main dans la sienne. A son regard vitreux, elle comprit qu’elle s’éloignait déjà progressivement. Elle avait simplement attendu qu’elle arrive pour s’autoriser, à enfin fermer les yeux. Un adieu à sa fille, un adieu à la douleur que les médicaments ne parvenaient à museler.

Le prêtre entra, suivit du médecin qui s’affaira près des machines tandis que l’homme d’église commença à psalmodier.

Les prières l’aidèrent à calmer ses sanglots, elle s’y rattacha. Serrant dans ses mains celle encore chaude de sa mère. Le sentiment d’injustice lui poignardait le cœur. Encore. Encore. Encore. Elle comprenait, elle savait que c’était mieux. Il valait mieux, oui, qu’elle parte maintenant. Attendre n’aurait fait qu’alourdir sa souffrance.


# 14 janvier 2203, 07h55


Le prêtre posa ses mains sur ses épaules. Il dut insister pour obtenir une réaction.

« Tori… son âme est partie. C’est fini… »


Elle refusa de la lâcher, de parler, de bouger. Il fallait lui laisser le temps, encore un peu de temps… rien qu’un instant encore à ses côtés. Pouvoir embrasser son front, ses lèvres… juste un peu de temps, elle n’avait pas pu lui dire au revoir, pas tout à fait.


# 14 janvier 2203, 08h15


Brim’na entra dans la chambre d’hôpital avec Rubert. Chacun d’eux pris le temps de saluer la morte et laisser filer une prière. Après tout, Rubert, était un vieil ami de sa mère. Hagarde et dans un état second, elle se laissa emmener. Elle n'avait plus la force de rien. Il y a longtemps, Rubert l’avait emmenée dans cette école et l’avait séparée de sa mère. Il y a longtemps, elle avait pu retourner la voir durant les vacances, … passer en coup de vent de son établissement. Cette fois-ci, il n’y aurait plus de retour… Elle voulut retourner dans la chambre, mais le bras encore vigoureux de Rubert la retint.

En sortant, la lumière agressa ses yeux trop fatigués d’avoir pleuré. Avachie entre les deux aînés, elle fut surprise de voir une petite foule l’attendre. Ses camarades de milices présents sur Ehra avait fait le déplacement. Très rapidement, elle fut envahie d’une nuée de mains, empoignades, mots de soutien, regards compatissants. Elle étouffait. Elle les aurait tous repoussé si elle ne se sentait pas si vide. Et cette présence chaude lui sembla être une chose réconfortante, sur le moment.

Brim’na ne lâcha pas sa main.

Les jours qui suivirent furent affreux.

Les mois encore pires.

Kalahira lui en soit témoin, son cœur s’était déchiré, fracassé. Même la méditation ne lui offrait aucun repos. Un vide s’était creusé. Il faudra du temps, lui avait-on dit.

Dans mes veines asséchées, ne coule qu’un torrent de tristesse
A mon âme esseulée, ne souffle qu’un vent de colère.
Abandon.



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