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 Fragments d'une vie

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MessageSujet: Fragments d'une vie   Lun 30 Nov 2015, 16:37
Intervention MJ : NonDate : achronologique Solo
Tori Jorunn
Fragments d'une vie



Lorsque je ferme les yeux, devant cet océan de sable. A côté, un petit arbre rachitique pousse entre deux saillies rocheuses. Il y a là, une grotte naturelle, à l'intérieur, un lit de camp, un petit réchaud, une malle contenant quelques effets personnels. Je me sens chez moi, sans l'être réellement. Il suffit de fermer les yeux pour que mes souvenirs me reviennent. Vivre, revivre, souffrance. Délier les blessures, les mettre à plat.

Prier. Sérénité est le nom de cet endroit. Sérénité du corps et de l'esprit. Instant où l'âme rejoint son réceptacle.



Chambre 14, Ecole d'Amonkira.

Le 14 est un peu de travers, mais il vaut mieux investir dans d'autres secteurs que la réfection des infrastructures des dortoirs. Ce geste, se retourner légèrement pour vérifier que la porte automatique coulisse, clic et se verrouille. Lui donner un coup de pied si elle ne le fait pas. Voilà, mécanisme vieillissant, un petit coup où il faut et ça fonctionne.

Elle a la fougue de la jeunesse et son arrogance. Quatorze années, déjà sept d'écolage. Elle a le sentiment de tous ces jeunes en dernière année, une profonde excitation. Elle exulte. Aujourd'hui, test de course, sa branche préférée. Elle adore la course. Les couloirs défilent, couleurs sable. Dans le vestiaire, ils sont cinq. Une petite classe, beaucoup ont choisi un diplôme standard, peu ont eu envie d'une formation aussi élitiste. Ren la regarde en coin. Défi. Les autres l'ignorent. Elle se change pour enfiler sa tenue de sport.

Noire et rouge, des couleurs agressives, des petits chaussons à la semelle minimaliste complètent le justaucorps. Ils se déplacent ensemble, en colonne pour arriver sur le terrain qui leur sert de stade. Le professeur attend sur le terrain, avec un assistant.

L'astre est presque à son zénith, il fait très chaud. Le sol au loin donne l'impression d'onduler. C'est parfait, son corps, échauffé sommairement est prêt. Cette fois, c'est elle qui jette un coup d’œil à Ren. Défi. Les chronomètres sont prêts et le départ est explosif. Sa stratégie est extrêmement simple, dans le sillage de Ren, elle se préserve pour l'arrivée et le sprint. Il court bien, il a des foulées souples.

Pas assez rapide, elle s'ennuie.

Aujourd'hui c'est un examen final, elle veut tout exploser. Elle va les ridiculiser.

Un pas devant l'autre, la respiration calculée, le prédateur file à la poursuite de sa proie. Elle tire sur chacun de ses muscles, la puissance explose en elle. Son bassin semble faire mouvoir son corps seule et elle s'envole.
Loin, haut.
Les visages des perdants vexés, épuisés l'effleurent à peine.
Elle s'est envolée.

Portée par la puissance des foulées.
Le vent sur son visage.
La jubilation de la course.

Sa poitrine s'agite pour retrouver un semblant de respiration. Elle lève les yeux sur le professeur qui l'observe. C'est un ancien Ecdysis, usuellement, c'est elle qui le regarde avec admiration. Aujourd'hui, c'est lui qui lui offre un regard étonné.

"Excellent, Tori."

Elle en rit. Heureuse, effondrée par terre. Le corps encore tremblant par l'effort. Les autres viennent la féliciter. Sauf Ren. Elle lui a vraiment mis la misère.

Clignement d'yeux.

Elle les rouvre sur le désert. Le souvenir la fait rire intérieurement. Elle se relève, époussetant sa tenue. Cela lui avait donné envie d'aller courir quelques kilomètres. Elle partit au petit trot, savourant les retrouvailles avec son corps. Elle avait toujours aimé la course, c'était un moyen d'expression fantastique. Un domaine où elle avait été naturellement douée. Cela avait ses avantages d'être une sprinteuse rapide. Toujours utile de savoir sauver ses fesses, qui plus est avec son équipement léger, c'était un avantage certain.

Pieds nus dans le sable, je cours
Les caresses du vent sur ma peau
Vitesse
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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Dim 06 Déc 2015, 23:13
Vaisseau Argoner, un cargo de classe Kowloon, sous le commandement d’un trafiquant d’arme humain travaillant principalement dans le système Terminus. Pour les besoins de son travail, il se trouvait en orbite, au niveau de la ceinture d’astéroïde du système Haskins (Nébuleuse du Titan). Une zone vraiment mal fréquentée.

Une zone triste à pleurer. Capek, la seule planète du coin, était morne et inhabitée. Elle se remémorait sa mission. Son binôme, aux commandes d'un chasseur distrayait ou détruisait les adversaires dans la zone. Elle s’infiltrait à l’intérieur du cargo, neutralisait les résistances éventuelles et s’emparait du vaisseau. Pour rejoindre un point de rencontre de leur client. Un particulier qui avait loué leur service. Les Enfants d’Amonkira y gagneraient le quart des armes volées, dont plusieurs canons anti-aérien grandement requis pour la défense de leur colonie.
Tori n’aimait pas ses missions privées. Il fallait bien plus travailler sur soit quand le but était moins louable. Voler un trafiquant, cela dit ne devrait pas être trop compliqué. Elle respira profondément pour entrer en dissociation complète. On pouvait commencer la danse.

La première phase est simple, le client leur a donné des codes d’accès qui lui permettent de pirater l’accès à une soute. La drell n’a plus qu’à se faufiler. Ils sont treize à l’intérieur selon les sources fournies. Elle était en contact avec son binôme, un fil ténu qui crachotait dans son casque.

« J’avance, pour l’instant personne, je vais frapper au secteur de repos en premier. »

« Un chasseur éliminé. »

Un mercenaire, il ne l’a pas vue. Bloquer sa respiration, un deux trois. Elle s’élance, une courbe souple, il a le temps d’écarquiller les yeux de surprises avant que les omnilames le percent. Une main sur sa bouche, le gant est sali de sang. Expirer, deux, trois. Il meurt. Fermer les yeux, une rapide prière. Elle se remet en route. La cargaison d’arme est bien là et en quantité.

C’est un soulagement, tout cela ne sera pas fait pour rien.

« Moins un. »

« Sois prudente. »

Pour sûr qu’elle l’était. Eviter les détonations au possible, le système d’alerte de l’appareil semblait rudimentaire, elle n’avait perçu aucune alarme. Elle jeta un œil à son omnitech pour le confirmer. La suite fut classique quelques temps. Conduits d’aération, les couloirs défilaient. Elle devait être rapide. Elle prit à revers encore deux hommes d’arme. « Deux. Trois » Au quatrième, elle dût tirer. Elle s’était équipée de son arme de poing pour cette mission d’infiltration. L’homme avait son arme en main, face à face. C’était au plus rapide. Ce fut elle. « Quatre ».


.. Alerte intrusion… alerte intrusion… coups de feu dans le secteur cinq… alerte…



« Mon effet de surprise est grillé. »

« Deuxième chasseur éliminé, le troisième est coriace. »

Elle se cacha derrière une gaine d’aération, dans un cul de sac menant aux toilettes. Mieux valait attendre que les renforts arrivent. Elle sortit son M-8 Avenger. L’assaut fut autrement moins élégant. L’arme à feu crachait la mort sans poésie. Il n’y eut plus de courbes délicates, d’infiltration de danseuse. Juste un carnage. Pourquoi avait-elle basculé ? Parce que dans son casque, son coéquipier réaffirmait qu’il était mal pris. Elle devait faire vite. Plus de prière ou de dentelle.

Elle arriva à la cabine de pilotage. Le co-pilote, agressif, fut cloué au mur par une balle. Un coup net, en plein front, elle ne voulait procurer aucune souffrance inutile. Le pilote leva les bras, effrayé.

« Tu bouges, tu es mort. Conduit le cargo à ces coordonnées. »


Elle ne sut jamais ce qu’il se passa. Dans son casque elle n’eut qu’un cri bref et plus rien. Son omnitech lui indiqua ensuite que son ainé avait cessé d’émettre. Le bracelet mouchard indiqua sa mort, sans plus de détails. Le troisième chasseur ne vint jamais importuner le cargo qui put rejoindre les coordonnées prévues.

Elle regagna la colonie dans un état second. Rubert la remercia pour la réussite de sa mission, il y eu une cérémonie pour le disparu. Elle fut mise à l’arrêt quelque temps. Il est toujours dur pour une Apolysis de perdre son binôme.

C’est dur pour tout le monde. Chaque perte est insupportable. Injuste.

Assise sur ce toit. Les larmes coulent. Les étoiles brillent en silence.
Elle n’aura jamais de réponse. S’est-il sacrifier pour éliminer le dernier danger, a-t-il été descendu et l’autre a pris la fuite ? Son appareil a-t-il eu un disfonctionnement grave après avoir terminé la besogne ?

Ce jour-là, elle apprit que la dissociation de l’âme avait ses faiblesses. Car, le corps meurtri conserve des cicatrices et l’âme en récolte les résonnances. Elle était triste, vraiment triste, pour la première fois depuis longtemps. Elle éprouvait ce souvenir, cette émotion froide, à chaque fois qu’elle passait devant l’un des canons anti-aérien de la colonie.



Sur le chemin de la vie, par la volonté des Dieux.
A travers les étoiles, nous nous reverrons.
Océan d’amertume



Dernière édition par Tori Jorunn le Lun 19 Sep 2016, 20:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Dim 20 Déc 2015, 19:13
Ding. Diglingig. La porte chanta à son arrivée.

"Bonjour, mère."

La drell s'assit à une table du restaurant, saluant une drell aux traits plus marqués, mais à la même teinte de peau. Il y avait indéniablement un air de famille entre elles. Tori était cependant de stature plus grande et plus sportive.

"Bonjour, ma chérie."

Elle s’affaira quelques instants derrière son comptoir, puis arriva, un verre à la main. Elle le déposa devant son enfant, comme à son habitude et s'assit en face.

"Comment te portes-tu ?"

"Bien. Mon rôle d'Ecdysis me prend tout mon temps."

"Cela fait longtemps que je ne t'ai pas vue..."

Elle pince les lèvres, la voix n'est pas réprobatrice, mais on y sentait une tension. Il y avait une distance certaine, des regards fuyants. Elles étaient là, sans l'être. Chacune gardant précieusement ses distances.

"J'ai toujours beaucoup de travail ici, mais Dori prend sa retraite et il a été convenu que je reprendrais son travail à la compta. Ca me fera un travail moins fatiguant. " Elle soupira, essuyant ses mains sur son tablier. "La fille de Drenda a beaucoup grandi, c'est presque une adulte désormais. Monsieur Pok va bien."

"J'en suis contente, il se plait toujours dans son vivarium ?"

Pok c’était son animal de compagnie, un joli reptile originaire de cette lune. Il avait des écailles multicolores. Elle l’avait sauvé enfant et depuis il résidait avec elles. Jusqu’à ce que Tori parte, elle l’avait alors laissé à la garde de sa mère. Comme Père était décédé, cela lui ferait de la compagnie.

"Oui, il y est bien."

Des clients entrèrent, attirant l'attention de sa mère. Elles se regardèrent enfin, un bref instant dans les yeux. C'était le seul moment où elles échangèrent un regard franc. Tori finit son verre et le reposa sur la table. Les deux drells se levèrent.

"Je vais te laisser travailler. Je repasserai. Portes-toi bien."

"Toi aussi ma chérie."

Elles se quittèrent sans plus de cérémonial. Depuis le jour où elle l'avait laissée dans cette école, elle était devenue presque étrangères. Une distance intolérable pour rendre supportable la réalité d'une vie de service. Elle avait donné sa fille, elle lui signifiait son reproche par la distance. Dehors, il faisait chaud. Le vent soufflait par bourrasque et soulevait des nuages de sables. Cette saison était vraiment de loin la moins agréable. Elle remonta son foulard jusque sous ses yeux. Elle devait marcher jusqu’à la cantine de l’école. La population autour d’elle vaquait à ses occupations. Elle les voyait à travers les fenêtres. Dans les rues, les seuls passants étaient pressés et disparaissait bien vite dans le brouillard de poussière.



Sur mon chemin de poussière,
Je marche.
Solitaire


A présent, elle pouvait penser à sa mère sans rancœur. Son père, bien que très absent, n'avait pas choisit de mourir. Sa mère, bien qu'aimante, n'avait pas eu le choix que de la laisser s'éloigner. Son destin était de parcourir ce chemin de souffrance. Le pardon et la paix étaient venus bien après.


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MessageSujet: Re: Fragments d'une vie   Mar 18 Juil 2017, 22:12
Elle observa la fiole que lui remis le magasinier.

« Il faut que ta cible l’ingurgite pour que le poison soit efficace. Quelle race ? »
« Humain »
« Alors compter une goute pour dix kilogrammes. »

Dans une passade politique, il vaut souvent mieux un peu de discrétion. Leur confectionneur de poison était un jeune complètement fou, mais talentueux. Heureusement, car Tori n’avait aucune idée de la manière de confectionner ce genre de substances. Hormis pour sa propre désensibilisation, elle n’avait jamais eu trop de rapport à ce genre de chose. Elle leva la petite fiole devant ses yeux. Pas de couleur. Garanti inodore et au gout quasiment imperceptible. Artisanal et fort bien venté par son fournisseur. Elle rangea l’objet, un peu dubitative.

Pourtant, cette fiole s’était révélée efficace. La cible était âgée, un malaise cardiaque serait certainement déduis sans trop d’approfondissement. L’organisation avait étudié ses données médicales et mis le doigt sur une déficience de sa pompe. Le poison s’était donc imposé comme arme. Elle ne l’appréciait pas, mais elle avouait que de voir l’humain stoppé dans son envolée lyrique en plein milieu de cette réunion fut impressionnant. Quelques convulsions plus tard, il était mort, effondré sur ce même verre d’eau qu’il avait porté à ses lèvres.

La drelle émit une brève prière, quittant sa cachette précautionneusement. Elle attendrait en périphérie, les nouvelles de demain publierait certainement cette mort dans les faits divers. La réanimation venait d’échouer et les urgentistes secouant la tête de dépit fut la dernière image qu’elle eut sur la salle.



29 mai 2200, infirmerie

Elle cligne doucement des yeux, actionnant ses doubles paupières avec peine. La lumière l'agresse passablement et la gêne de la perfusion reliée à sa main lui rappelle rapidement où elle se trouve. Elle respire avec précaution, ses côtes lui font encore mal, malgré les soins des médecins. La médecine répare admirablement bien, à notre époque, mais il faut toujours laisser au corps le temps qu'il lui faut pour se régénérer. C'est ce qu'avait coutume de dire le chef de l'équipe médicale. Ce sermon, elle l'avait entendu tant de fois, à chacun de ses passages ici. Pourtant contrairement aux précédents fois, elle ne ressentait pas l'urgent besoin de repartir en mission.

Je vieillis, nota-t-elle distraitement.

Cette mission avait été passablement éprouvante. Elle s'en était tirée par la grâce des Dieux. Avec beaucoup de chance. Son destin lui avait fait rencontrer les bonnes personnes au bon moment, sinon, c'est son cadavre que les siens auraient eu à récupérer sur Oméga. Probablement.

Elle referma les yeux. Elle n'avait pas envie de se souvenir du nombre d'os cassés, de tendons froissés et de déchirure qu'elle avait infligé à son corps. Le traumatisme crânien lui faisant monter des relents aigres alors qu'elle s'échinait à voir au travers de la fenêtre. Résignée, elle se décida à refermer les yeux.

La nausée reflua légèrement et elle savait qu'elle n'avait pas mal à la tête uniquement grâce aux médicaments que la sonde apportait à son sang.

Il lui semblait pourtant que son corps avait mérité un peu de souffrance et qu'être choyée ainsi n'était pas nécessaire.

Chaque âme compte, chaque âme est précieuse. La sienne aussi, a priori.
Après tout, il était important qu'elle continue leur lutte.

Elle allait devoir rester alitée quelques jours encore, malheureusement.

Seule face à ses pensées.

Seule face à ses souvenirs. Pesants.


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