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 Une destination de rêve

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MessageSujet: Re: Une destination de rêve   Mer 22 Juin 2016, 00:23
Une destination de rêve
Nouvelle destination enregistrée...

« Tentative de suicide. Donc, forcément, échec. »

Odra s'était détournée d'Alessa, avait passé son appel, et se concentrait désormais de nouveau sur les commandes, en faisant abstraction de l'odeur de chair brûlée. Enfin, c'était difficile, et, bien que ce fût inapproprié – même pour quelqu'un comme Hadama – cette senteur ballottait l'estomac vide du bras droit de Dashanxa. Il criait, et, du même coup, la fatigue tambourinait à ses tempes.

Fourbes !

Elle cherchait alors de bons moyens de divertir son attention, mais quand le pilotage, une fois enclenché, était automatique et ne nécessitait qu'un vague coup d’œil de temps à autre, on se retrouvait à s'ennuyer. Elle ressassait alors la conversation d'Alessa avec l'opératrice d'Astella. Des ricanements lui échappaient, sans qu'elle le voulût parfois ; ou, au contraire, elle faisait en sorte que sa comparse les entendît bien, afin de bien exacerber son agacement.

C'est là qu'Alessa eut une idée.

« Je savais Nevos moins à cheval sur les réglementations que les autres colonies asari, mais mon petit doigt me dit que rien de bon ne ressortira de cette histoire. »

Vrai. En soupirant, Odra fit pianoter ses doigts sur le rebord du clavier, lassitude feinte... ou pas. La phrase suivante l'éveilla de nouveau.

« À quel point l’état de santé de Hadama est grave ? Si elle peut se passer d’un détour à l’hôpital, je serais d’avis de conduire immédiatement cette navette sur Thessia. Avec Hadama et la cargaison de drogue estampillée Medic-X Corp, nous détenons toutes les preuves pour faire emprisonner Hadama. D’autant plus que j’ai une copie des aveux de Tani. Et elle nomme personnellement Hadama. C’est cuit pour elle. »

Un autre rire échappa à Odra, au point qu'elle se tordit sur sa chaise. Ah, le franc-parler d'Alessa et cette odeur de grillé... Un mélange indescriptible de saveurs.

« Oui, quitter Nevos dès maintenant me paraît être la meilleure option. Peut-elle survivre au voyage ? Thessia n’est qu’à un relais cosmodésique de Nevos. Ce ne serait qu’une question de quelques heures. Quatre à cinq tout au plus. »

Une idée de génie.

Odra reconstitua le discours de la chasseresse dans son esprit et considéra tout de même leurs possibilités ; finalement, ce n'était que pour mieux se convaincre que le plan d'Alessa était le meilleur. Par son rang, elle pouvait se permettre d'outrepasser la loi de Nevos, même si le geste risquait fort d'être peu apprécié ; mais si elles ne passaient pas par ce moyen, jamais Nevos n'accepterait l'évidence de la culpabilité d'Hadama, parce que ladite évidence avait été obtenue de façon illégale. Illégale ! Sur Nevos ! On aurait tout vu !

Le souci majeur résidait dans l'état de santé d'Hadama. Odra n'avait pas encore répondu à Alessa ; elle doutait.

« Je serais tout à fait prête à soutenir votre plan, Alessa. Il a tous les avantages. Mais, Hadama... Laissez-moi un instant, et surveillez les commandes, je vous prie. »

Elle se leva et retourna auprès d'une Hadama inconsciente. Son poing se serra étrangement, et elle comprit que c'était de haine ; là, la dominant de toute sa hauteur, elle pourrait en finir. Mais non ; elle expira et entreprit de fouiller la soute. Si elle ne s'était pas spécialement inquiétée plus tôt, c'est qu'elle pensait bien qu'Hadama s'en sortirait ; mais dans quel état ? Et surtout, à quelle vitesse ? C'était égoïste de la part d'Odra de penser à sa propre peau, mais elle s'y autorisait. Que ne venait-elle pas d'accomplir pour un bien plus grand ! Les touristes, l'Azur Stellaire...

Elle n'en revenait même pas de sa propre bonté.

Elle pouvait bien espérer vouloir s'en sortir, par la Déesse !

Au milieu de ce torrent de pensées, elle finit par trouver un kit de soin. Elle cria à Alessa de rester aux commandes, d'annuler leur venue à l'hôpital, et de mettre cap sur Thessia. Elles n'étaient pas à bord d'une simple navette taxi, mais d'une navette tout à fait capable d'emprunter un relais cosmodésique. Alors, autant ne pas perdre davantage de temps.

Et ainsi quittons-nous, ravies, la soi-disante destination de rêve, pour une capitale froide qui va reprendre ce titre, car source de notre salut... J'aime les paradoxes.

Le champ de force ayant été désactivé, Odra s'accroupit près d'Hadama et l'examina. L'Asari s'était pris un sacré choc électrique, et la conseillère dut surveiller un temps son rythme cardiaque. Ce n'est qu'une fois celui-ci stabilisé – plus ou moins, dans des cas pareils... - qu'elle se concentra sur les brûlures. Méchantes mais un tant soit peu résorbables grâce à du médigel. Le résultat n'était pas beau à voir – on eût dit qu'Hadama était faite d'une peau rapiécée de tissus eux-mêmes en lambeaux et tirant sur des teintes grisâtres – mais qu'importe. Elle vivait.

Odra tira la langue, attacha sa prisonnière, bien qu'elle ne risquât pas de s'éveiller avant plusieurs heures, si ce n'était plusieurs jours, et remonta dans le cockpit. Ses doigts survolèrent un instant la touche d'activation du champ de force. Mais elle ne fit rien ; si jamais Hadama se réveillait et qu'elle désirait tenter sa chance au jeu de la mort de nouveau... Non ; il ne fallait lui laisser aucune chance. Elle devait répondre de ses actes.

La vie était pire que la mort.

La navette filait vers Thessia. Alessa étant restée aux commandes, Odra avait pris sa place au poste de communication. Elle ferma les yeux un instant, se dit qu'au moins, la partie « Nevos » était terminée, et se pencha sur les terminaux. Elle avait encore quelqu'un à prévenir.

« Dashanxa ? »


*


Deux jours plus tard. Thessia.


« Le procès est en bonne voie ? C'est parfait. Je dois dire que je ne m'attendais guère à ce que cela soit... si rapide.
— C'est bien différent de Nevos, n'est-ce pas?
— Oui, Odra. Exactement. La justice asari sait avoir du bon, comme quoi... »

Dashanxa regrettait presque de ne pas avoir pu se déplacer en ce territoire qui lui était plus ou moins hostile. Mais elle n'avait pas eu le choix : elle restait une suspecte, et, tant que le procès n'aurait pas eu lieu, elle restait par conséquent sous surveillance. Ce qui était finalement, elle le reconnaissait, logique : si on la laissait partir dans l'espace pour rejoindre Thessia assister au jugement, qui dit qu'elle n'aurait pas pu en profiter pour fuir ?

La Matriarche était installée à son bureau, dans sa demeure de Nevos – au moins avait-elle pu la regagner – et conversait par Extranet avec Odra depuis l'aube. Son bras droit avait commencé par lui faire un rapport très précis – très long – de tout ce qu'il s'était passé dans les entrepôts de Médic-X Corp., et elles venaient d'embrayer sur le déroulement des jours à venir.

« Au vu de ce que vous avez récupéré, il ne devrait pas y avoir de soucis. Seule El'na Lu'os, la Théméssianne de Nevos, risque de s'interposer... » Elle balaya d'un revers de la main toute remarque qu'avait envie de sortir l'hologramme d'Odra. « Oui, elle ne connaît rien à l'affaire, mais elle voit bien le filon d'argent que sa planète perd potentiellement. Et surtout, elle voit que nous allons encore y rester... pour un bon moment. »

Et elle sourit, les mains jointes.

« J'aime l'idée qu'elle puisse me rendre une petite visite ces prochains jours. Je vais m'amuser. Etre innocent donne tant de droits! » Elle se rehaussa sur son fauteuil. « Et sinon, comment va Hadama ? … Et Elina T'Soris ? »

Dashanxa entendit un léger rire typique d'Odra et eut en cela déjà une part de la réponse. « Physiquement? Les deux ont connu mieux. Mais la première est quelque peu dévastée de voir son empire dévasté, et la seconde sera ravie d'en reprendre possession, même de nous dédommager... et de venir témoigner contre son ancienne conseillère. Elle a vu son agresseur, Dash. » Ah, le petit surnom plus que centenaire, qui introduisait toujours un moment de confidence et de fraternité! « Une Asari identifiée comme une certaine Ivella D'Vovea. La chasseresse a lancé un mandat d'arrêt contre elle. Mais chut, je ne suis pas au courant. Alessa aurait d'abord dû l'annoncer aux autorités. Ce qu'elle doit être en train de faire en ce moment. »

Dashanxa ne répondit pas et se contenta de hocher la tête. La chasseresse. Un temps, elle l'avait envisagée comme une potentielle recrue, mais derrière ses faiblesses de coeur se cachait une force qui s'était dévoilée durant la mission. Tant pis ; elle aurait été bien trop insubordonnée, mais quelque chose faisait croire à Dashanxa qu'Odra la regretterait.

Les deux amies se séparèrent là-dessus.


*


Une semaine plus tard.


Odra héla Alessa alors qu'elle la croisait dans un couloir de leur logement provisoire.

« Alessa..? Nous devons parler. » Le procès débuterait dans quelques jours, Hadama étant suffisamment remise pour affronter l'horreur de rester une journée debout. Mais... « Hadama a consigné ses aveux par écrit. Sa présence n'est même plus nécessaire au procès. J'ai parlé à Dashanxa hier et... Croyez bien que je vous estime, peut-être même davantage. Hm... Vous rendez-vous compte que le mot "amie" vient presque de franchir mes lèvres? Passons. Ca y est, nous avons échappé à Nevos, les paroles d'Hadama ont pu être recueillies, vous n'avez plus besoin d'elle. » Elle ménagea son auditrice en s'accordant elle-même une pause. Elle fit craquer les muscles de son cou. « Laissez-la-nous. Trouvez un moyen de nous laisser partir, le plus discret possible. Et, avant que vous ne demandiez pourquoi... » Elle tira Alessa vers elle pour lui chuchoter à l'oreille. « Dashanxa m'avait demandé de vous mentir, mais je serai honnête: connaissez-vous la force du désir de vengeance?»

Elle lui laissa le choix d'accepter de « rendre » Hadama à l'Azur Stellaire ou non. Le mot désir lui-même était déjà si suggestif, si puissant! Couplé à vengeance, il faisait des merveilles. Mais Odra précisa aussi que ce n'était pas une simple envie de torturer cette Asari véreuse... Enfin, si, mais pour ensuite changer son point de vue, mieux la traiter et intégrer son esprit – qui restait vif – à l'Azur. Elle devait expier d'abord.

Une fois qu'Alessa lui eut répondu, Odra se contenta d'ajouter: « Ici ou de retour sur Nevos, j'aurais de toute manière suivi le procès avec grand intérêt.»




Dernière édition par Dashanxa T'Pradma le Mar 05 Juil 2016, 23:29, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Une destination de rêve   Dim 03 Juil 2016, 18:43
Hadama avait donc préféré attenter à sa précieuse vie plutôt que d’affronter en face les conséquences de ses actes ? Elle ne semblait pourtant pas correspondre à ce genre de profil. Alessa l’aurait plutôt vue tout faire pour assurer sa survie. Quitte à marcher sur le dos des autres et à les donner en pâtures aux autorités en rejetant la faute sur eux. Pour avoir côtoyer bien des mégalomanes et mercenaires ayant érigé le mensonge et la tromperie au rang de maître, elle était bien placée pour s’attendre à ce genre de comportement de la part du cerveau à la tête de ce trafic de drogues. Et pourtant, Hadama l’avait prise au dépourvu en faisant une tentative de suicide. Une tentative qui avait échoué toutefois.

Encore, s’il n’y avait eu que ça, la chasseresse aurait sans doute laissé filer sans y penser. Néanmoins, la remarque de la défunte Tani s’était immiscée de manière insidieuse dans son esprit. Et une pensée en entraînant une autre, c’est tout naturellement qu’Alessa avait remis bout à bout les pièces du puzzle de manière instinctive. Elle trouvait illogique qu’Hadama ait tenté de suicider ? Et si les apparences étaient trompeuses pour le coup ? Et si Hadama n’avait en fait jamais tenté de se suicider ? La capitaine Tani avait bien insisté sur le fait qu’Hadama était pleine de ressources. Cela sous-entendait qu’elle était capable de se tirer de n’importe quel guêpier du moment qu’elle prenait la peine de se donner du mal. Ajoutons à cela la conversation que la chasseresse avait eu avec la chef des forces de l’ordre et le doute n’était plus permis. Il y avait bien anguille sous roche. Assez tout du moins pour qu’elle demande à sa compagne si l’état de santé de leur prisonnière lui permettrait de survivre jusqu’à ce qu’elles atteignent Thessia.

La réponse de la conseillère de Dashanxa mit un peu de temps à venir. Elle médita sur sa réponse une bonne minute avant de finalement déclarer qu’elle était prête à suivre la proposition de la chasseresse, mais avant de pouvoir trancher définitivement, elle devait au préalable vérifier l’état de santé d’Hadama. La proposition d’Alessa ne mènerait à rien si Hadama rendait l’âme durant le trajet. Mais avant qu’Odra eut quitté la passerelle, la chasseresse lui fit part de son troublant mauvais pressentiment quant au fait de demeurer sur Nevos plus longtemps que nécessaire. Puis elle se retrouva de nouveau seule.

Les yeux rivés sur le pare-brise avant, Alessa regarda les hautes tours de verre d’Astella défiler devant elle tandis que la navette filait à travers la ville illuminée. Le tableau de bord donnait une heure d’arrivée estimée à cinq minutes. Le pilote automatique était toujours réglé sur l’hôpital central. La chasseresse rongea son frein en attendant un retour de la part d’Odra. Plus elles se rapprochaient du centre-ville et plus son mauvais pressentiment devenait urgent.

*Que fait-elle en bas ?* se demanda Alessa en jetant un œil par-dessus son épaule.

Au même moment, une voix monta de l’arrière de la navette. Celle d’Odra. Celle-ci venait de lui ordonner d’oublier l’hôpital et de mettre le cap sur Thessia. En un instant, l’inquiétude d’Alessa s’évanouit et elle éprouva un vif soulagement. Ni une ni deux, elle changea de siège et pianota sur les commandes de vol de ses mains expertes. On eût dit une pianiste de renom jouant la symphonie de toute une vie l’ayant rendue célèbre. Elle annula le dernier plan de vol et en entra un nouveau. Elle saisit les coordonnées du relais cosmodésique le plus proche et la navette traça une jolie courbe au-dessus de la ville en changeant de cap en douceur et sans accroche. Quelques secondes plus tard, la chasseresse recevait un message de la tour de contrôle du spatioport d’Astella. Ils confirmèrent dans la minute ses accréditations et elle fut autorisée à faire quitter la planète à la navette et à son chargement. Et une dizaine de minutes plus tard, la navette s’arrachait à l’orbite de Nevos et poursuivait sa route dans l’immensité du vide intersidéral.

***

Thessia. Nébuleuse Athéna / Deux jours plus tard.

La porte du bureau s’ouvrit devant Alessa et la chasseresse fut invitée à entrer dans une vaste salle de réunion dont la voûte se perdait pratiquement au milieu des étoiles. L’architecture asari dans toute sa splendeur : un mélange raffiné d’esthétique épurée et de beauté saisissante. Face à la jeune femme, la baie de Sumatra et sa jetée commerciale. Entre la chasseresse et la large baie vitrée, un immense bureau aux courbes élégantes et autour duquel siégeaient trois femmes. Alessa ne les avait jamais rencontrées, mais elle les connaissait de réputation. Elle se trouvait face à la Thémessiane d’Armali, la cité où avait été conduite et emprisonnée Hadama ; la Thémessiane d’Astella, qui avait fait le voyage depuis Nevos afin de revendiquer ses droits et exiger réparation pour le manquement aux réglementations en vigueur sur sa planète ; et la responsable en chef de la milice dont dépendait Alessa. Le doute n’était pas permis. Cela ressemblait fort à un conseil de discipline ou à une cour martiale.

La lourde porte se referma dans le dos d’Alessa comme une sentence de mort.

***

Quelques heures plus tard.

La Thémessiane d’Astella quitta la pièce comme une furie. On l’entendit pester tout du long jusqu’à ce qu’elle fut suffisamment loin pour que sa voix ne porte plus jusqu’à la salle où s’était tenu le conseil. La raison de sa colère : il avait été décidé durant l’examen du dossier qu’Hadama serait traduite en justice sur Thessia et non sur Nevos malgré les protestations de la Thémessiane Lu’os. Celle-ci avait par ailleurs tenté plus d’une fois au cours de la réunion de rejeter la faute sur l’Azur Stellaire en tentant de mettre en évidence un lien pour le moins éloquent selon elle entre la coupable et la Matriarche Dashanxa. La chasseresse avait toutefois fourni un dossier pour le moins exhaustif qui démontrait par A+B que l’Azur Stellaire n’avait absolument rien à voir dans cette histoire. Les preuves réunies par la chasseresse avaient convaincu le conseil de la culpabilité d’Hadama et la supérieure d’Alessa l’avait félicitée pour la réussite de sa mission.

Le lendemain matin, l’affaire Hadama défrayait la chronique et la date du procès était arrêtée. Celui-ci se tiendrait quelques jours seulement plus tard. Autant dire que les choses étaient expédiées. Les délais étaient d’ordinaire bien plus longs que ça. De toute évidence, les Matriarches voulaient se débarrasser de cette sombre affaire au plus vite. Ce qui n’avait pas manqué de rappeler à la chasseresse la remarque de Dashanxa à propos des Thémessianes corrompues de Thessia. Mais de là à adhérer à cette théorie du complot. Non. Mais il fallait tout de même admettre que la coïncidence était pour le moins étrange. On pouvait croire en effet que quelqu’un cherchait à tourner la page un peu trop vite à son goût. Mais peut-être voyait-elle le mal partout. Elle n’avait guère eu l’occasion de se reposer depuis qu’Odra et elle avaient quitté Nevos. Maintenant que la réunion du conseil était passée, elle pourrait prendre un peu de temps pour elle histoire de rattraper tout son sommeil en retard.

***

Une semaine plus tard.

Alessa s’arrêta en entendant une voix prononcer son nom. Elle reconnut immédiatement Odra lorsque celle-ci vint à sa rencontre. Les deux femmes n’avaient pas encore eu l’occasion de vraiment se croiser en dehors des interrogatoires et des débriefings qui avaient permis de certifier la culpabilité d’Hadama. C’était peut-être bien la première fois qu’elles se retrouvaient toutes deux en dehors de toute présence d’un représentant du gouvernement ou du parquet. Alessa s’étonna de la savoir toujours sur Thessia. Elle se serait plutôt attendue à apprendre que la conseillère en chef de Dashanxa s’était volatilisée sous le couvert de la nuit sans laisser la moindre trace. Du moins, cela ne l’aurait pas étonnée. Mais Dashanxa souhaitait peut-être être tenue informée de l’issue du procès. Et qui mieux qu’Odra pour être ses yeux et ses oreilles sur la planète-mère des Asari ?

La chasseresse s’apprêtait à demander à Odra comment elle allait après toutes ces péripéties, mais la jeune femme n’eut pas le temps d’en placer une. Odra lui annonça sans détour qu’elles devaient parler. De quoi ? Hadama, bien entendu. Aux dires d’Odra, la prisonnière avait consigné ses aveux par écrit et donc sa présence au procès n’était plus nécessaire. Celle-ci ne serait qu’un prétexte pour un lynchage médiatique en bonne et due forme. Rien de plus. Aussi proposait-elle à Alessa de la laisser repartir pour Nevos avec elle afin qu’elle réponde de ses crimes auprès de Dashanxa et de l’Azur Stellaire.

Honnêtement, Alessa ne put déterminer si elle l’avait vu venir ou non. Elle était partagée. Elle se doutait que voudrait mettre la main sur Hadama, celle-ci ayant après tout tenté de lui faire porter le chapeau de son macabre trafic de drogues et de cobayes aliens. Mais Odra ayant accepté de conduire Hadama sur Thessia, la chasseresse avait fini par se faire à l’idée que la savoir derrière les barreaux et condamnée à vie serait suffisant aux yeux de l’Azur Stellaire. De toute évidence, ce n’était pas le cas. Et elle était sur le point d’en faire part à Odra lorsque celle-ci la tira vers elle et l’entraîna dans un coin un peu plus discret. Elle lui révéla alors que Dashanxa lui avait demandé de mentir à la chasseresse. Mais la conseillère de la Matriarche préférait jouer la carte de l’honnêteté et de la sincérité. N’avait-elle pas manqué de dire le mot « amie » précédemment ?

Pour appuyer sa défense, Odra demanda à Alessa si elle connaissait la force du désir de vengeance. Ce n’était hélas pas le cas encore. La vie n’avait pas encore marqué à ce point la chasseresse. Certes, elle avait perdu ses deux parents et elle n’avait pas encore su pardonner à Tarana sa duplicité. Mais pas au point de nourrir un désir de vengeance. Elle aurait à attendre encore une cinquantaine d’années avant de comprendre enfin le ressenti d’Odra, avant de comprendre ce que l’on éprouve quand on souhaite de tout son être faire payer la personne vous ayant arraché votre tendre moitié, vouloir faire souffrir la personne ayant détruit votre existence, ayant réduit à néant votre vie. Aussi, ne connaissant pas encore ce que l’on peut ressentir en son for intérieur dans ces moments-là, Alessa se cantonna à sa droiture et demeura professionnelle jusqu’au bout :

— Hélas, je crains que ce ne soit pas possible, répondit-elle à Odra en secouant la tête. Hadama n’est certes plus très utile au procès, mais elle demeure un visage que les Matriarches ne manqueront pas de traîner dans la boue afin de faire d’elle un exemple. Elle a donc toujours un rôle à jouer même si celui-ci est secondaire. Et puis je ne peux pas en mon âme et conscience cautionner une telle action. Je dois servir avant tout les Républiques et non la vindicte d’une seule Matriarche et de ses partisans. Je suis désolée. Mais ce que vous me demandez irait à l’encontre du serment que j’ai prêté en rejoignant les rangs des chasseresses. Je ne puis donc accéder à votre requête, Odra. Je suis navrée.

Si Odra lui avait fait cette demande cinquante ans plus tard, qui sait si Alessa n’aurait pas accédé à cette même demande. Mais pour l’heure, elle campa sur ses positions et émit un refus quand Odra tenta de défendre son cas sans pour autant tenter de forcer la main à Alessa. Elle finit par rendre les armes en se sachant face à un interlocuteur intransigeant. Elle souffla toutefois à Alessa qu’ici ou sur Nevos, elle aurait suivi quoi qu’il arrive le procès avec grand intérêt. Alessa hocha la tête :

— Ce procès promet de faire couler beaucoup d’encre, en effet.

Les deux femmes avaient alors échangé quelques civilités avant d’être interrompues par l’OmniTech de la chasseresse l’informant qu’elle était attendue dans le bureau de sa chef afin de lui remettre un énième rapport de mission. La paperasse était sûrement ce qu’elle détestait le plus dans son travail.

— Que diriez-vous de déjeuner ensemble demain midi ? proposa Alessa. Nous n’avons pas tellement eu l’occasion de discuter depuis le début de toute cette frénésie. N’est-ce pas ce que font deux personnes qui… (Elle marqua une pause et fit mine de chercher ses mots.) S’estiment ? acheva-t-elle finalement, un sourire aux lèvres, en faisant écho à ce que sa compagne avait dit juste avant. Décidément, le mot « amie » refuse catégoriquement de franchir nos lèvres. Cela sonnerait étrangement dans nos bouches de toute manière. Autant s’en abstenir donc. Alors va pour demain midi ?

Les deux femmes convinrent de se retrouver dans un restaurant de la baie de Sumatra pour le déjeuner et Alessa prit congé pour se rendre à son rendez-vous. Le lendemain matin, elle apprenait de la bouche de ses consœurs qu’il était arrivé quelque chose à Hadama. Apparemment, elle s’était suicidée dans sa cellule. Alessa n’en revint pas. Et quand elle demanda de plus amples explications, tout ce qu’elle put apprendre de plus, c’est que les autorités avaient disposé du corps sans perdre une seconde et qu’elle avait été incinérée dans la nuit. Il était question des retombées négatives que cela aurait pu avoir sur la milice ou ce genre de choses. Mais Alessa n’en crut pas un mot.

*Odra…*

C’est le nom qui s’imposa d’emblée à elle. Odra était derrière tout ça. Cela ne faisait aucun doute. Elle avait dû orchestrer tout cela. Peut-être même avait-elle tout préparé dans son coin avant de demander à Alessa de fermer les yeux et de lui remettre la prisonnière de son plein gré. Mais face au refus de la chasseresse, elle n’avait eu d’autre choix que de mettre son plan à exécution. Au moins avait-elle eu la décence de tenter la voie diplomatique en premier lieu, même si dans le fond elle avait dû forcément préparer son plan depuis longtemps. Elle n’aurait jamais pu orchestrer tout ceci en une seule nuit.

— Quelque chose ne va pas, Alessa ? lui demanda-t-on en la tirant de ses pensées.

Que répondre à cette question ? La loyauté de la chasseresse envers Thessia la poussait à informer de suite sa supérieure. Il était encore temps d’envoyer une équipe d’intervention à la demeure de Dashanxa pour tenter de remettre la main sur Hadama. Nul doute que la Thémessiane Lu’os se porterait volontaire pour fournir les unités d’assaut sans faire la difficile. Elle avait tant insisté pour lier Hadama à Dashanxa alors si Alessa les informait de ses soupçons à propos d’Odra et de l’Azur Stellaire, alors elle ne pourrait que sauter sur l’occasion pour donner son feu vert. Oui. Informer sa chef était la seule chose à faire. Sa loyauté et son dévouement envers les Républiques asari passaient avant ceux envers une prétendue amie.

Et pourtant…

— Non, tout va bien, répondit finalement Alessa en hochant la tête. (Elle se pinça les lèvres.) Dommage qu’Hadama ne puisse toutefois pas payer pour ses crimes, si ce n’est à titre posthume. Mais mon petit doigt me dit que la Déesse sera particulièrement vindicative à son égard. Ce qui sera amplement mérité.

Et sur ces paroles auréolées de mystère, Alessa quitta la pièce. La porte se referma dans son dos avec ce chuintement si caractéristique. Sa mission était terminée.


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MessageSujet: Re: Une destination de rêve   Mar 05 Juil 2016, 23:38
Une destination de rêve
Un trait tiré... ou pas.

Alessa avait refusé. Odra avait envisagé cette éventualité, et les arguments avancés par la chasseresse, de fait, ne l'avaient pas étonnée. Ils se justifiaient, tous. Hadama était une figure de l'affaire : elle se devait d'être présente au procès. De plus, les peuples – tous touchés, sans exception, par l'affaire des empoisonnements (ils avaient qu'à ne pas partir en vacances dans ce lieu louche qu'est Nevos!) – étaient avides d'images, et voir Hadama payer, voir sa face, possiblement, se décomposer, voir évidemment les juges l'enfoncer, tout cela offrait une perspective excitante et cathartique. Et aussi, Alessa restait au service de Thessia, elle faisait partie d'un ordre de combattantes d'élite : elle s'était autorisé beaucoup de choses durant cette mission, par nécessité, mais maintenant qu'elle était face à ce pour quoi elle se battait, elle ne pouvait plus aller par dissonances, mais par respect.

Comme moi lorsque je dois me présenter à l'Azur Stellaire.

Elle avait essayé de convaincre Alessa malgré tout ; ç'avait été un échec. Aussi avait-elle dit que le procès, elle le suivrait de toute manière. La conversation en était là.

« Ce procès promet de faire couler beaucoup d’encre, en effet. »

Odra hocha la tête, pensive. Elle avait vu la toile de l'affaire se dessiner, et certains fils apparaissaient encore, surtout maintenant qu'Alessa avait refusé de laisser Hadama aux mains de l'Azur Stellaire. Et plus qu'une apparition soudaine, ils sortaient plutôt des ombres et gagnaient petit à petit en consistance... Le souvenir des jours précédents revint à Odra, jours dédiés à la mise au point d'un plan avec Dashanxa au cas où la chasseresse refuserait leur proposition.

Mais il n'était pas encore tout à fait temps d'agir. Même, en parlant, Alessa lui rappela sans le vouloir que normalement, tout était terminé, tout était beau. « Que diriez-vous de déjeuner ensemble demain midi ? Nous n’avons pas tellement eu l’occasion de discuter depuis le début de toute cette frénésie. N’est-ce pas ce que font deux personnes qui… S’estiment ? » Son vague sourire atteignit Odra, et, chose incroyable, il fut contagieux. « Décidément, le mot « amie » refuse catégoriquement de franchir nos lèvres. Cela sonnerait étrangement dans nos bouches de toute manière. Autant s’en abstenir donc. Alors va pour demain midi ?
— Avec plaisir. Ce n'est pas tous les jours que j'ai l'occasion de discuter aimablement avec une représentante de la loi, ni même de profiter d'un bon restaurant. Je ne manquerai pas cette occasion. » Ce n'est pas la première fois que je lui mens. Elle m'en voudra, mais elle comprendra. « Et, Alessa? l'interpella-t-elle alors que la chasseresse s'en allait, convoquée par message. Merci. »

Ce mot sonnait comme autant d'adieux, aussi difficile à prononcer que le mot « amie », mais la jeune asari ne sembla pas le comprendre ; elle secoua la main et partit en trottinant rendre compte à ses supérieures. Merci pour quoi? Pour l'aide apportée dans cette histoire rocambolesque, et pour le silence qu'Odra savait qu'Alessa garderait par rapport à ce qu'elle venait de lui dire au sujet d'Hadama. Décidément, la conseillère était bien trop sentimentale.

Je regrette vraiment le restaurant. Et comment auraient réagi les Thessiennes en apprenant qu'une chasseresse déjeunait avec la majeure conseillère d'une secte?


Odra aimait rire et elle manquerait une belle occasion. Mais peut-être cela valait-il mieux. Elle retourna dans la chambre qui lui était allouée et commença des préparatifs... il était temps de se débarasser d'Hadama. La criminelle avait échappé au trépas un nombre assez hallucinant de fois en une nuit, et pourtant, il fallait l'achever, désormais. Odra, comme elle l'avait déjà dit, le ferait avec grand plaisir.


*


Même date, la nuit venue.


Odra, vêtue de son habituelle tenue noire – les uniformes de gardes de Medic-X Corp. ne lui manquaient pas, oh non – effectuait une petite balade nocturne. Dashanxa avait besoin de méditation immobile pour rassembler ses pensées, et elle, elle avait besoin de les laisser venir en marchant.

Et c'était vers les cellules qu'elle se dirigeait. Odra avait rejoint la cité d'Armali en s'esquivant de sa chambre ; au cas où elle était surveillée, et elle n'en doutait pas, elle avait quelque peu trafiqué les capteurs présents dans la pièce. Elle ne serait pas inquiétée le temps d'accomplir sa mission. Elle avait quitté les lieux, préparée mentalement à glisser dans une navette qui la mènerait à Armali, préparée ensuite à marcher dans des jardins fort bien entretenus, puis dans un complexe sécurisé, aussi appelé prison.

Il faisait nuit, mais on était en ville ; rien ne dormait jamais. Quelques lumières, quelques passants, quelques voix fatiguées ou enrouées par la fête ; Odra passait pour n'importe qui. Elle profita de la senteur fraîche des jardins pour se remémorer ce qu'elle devait faire.

Sur Nevos, Dashanxa faisait de même.

« Et si Alessa refuse de nous livrer Hadama? », avait demandé Odra sur leur canal privé. La Matriarche ne pouvait que noter que désormais, pour sa conseillère, c'était « Alessa », et non plus « N'Mara ». Cela lui avait arraché un soupir qu'elle avait voulu indéchiffrable pendant que l'autre continuait. « Doit-on simplement laisser le procès se poursuivre?
— Nous pourrions, après tout. Si tu souhaites que tous les efforts que vous avez faits pour la remener en vie sur Thessia ne soient pas vains. » La Matriarche, jusque-là, avait tourné le dos à Odra, pour observer la danse des journalistes, même de nuit, qui maintenaient un flot d'informations constant pour tous ceux qui suivaient le procès, qu'ils le voulussent ou non. Les fous! Elle s'était retournée vers l'hologramme de son amie projeté au-dessus de son bureau. « Mais...
— Mais tu sais très bien, Dashanxa, ce que je pense des "efforts" que j'ai fait. C'était pour la récupérer. Pour qu'elle paye. Si cela s'avère impossible, elle doit mourir.
— Elle doit payer. Tu as raison. » Que dire d'autre? Dashanxa avait senti la colère d'Odra vaciller, surprise par l'assentiment immédiat suscité par son idée. Pour la calmer entièrement, la Matriarche avait soufflé la même phrase une seconde fois. On ne pouvait douter que sa conseillère donnait tout pour l'organisation. C'était là sa force.

Dashanxa avait d'abord pensé pragmatique. Hadama aurait pu leur être utile. La Matriarche l'avait entrevue travailler – plus ou moins contre son gré – sur d'autres projets soi-disant médicaux nécessaires à l'Azur Stellaire, comme l'amélioration de leur vitamine, puisqu'elle avait prouvé être talentueuse dans ce domaine ; projets qui seraient poursuivis de toute façon, en observant cette drogue dangereuse. Elle l'avait entrevue, avant cela, supplier dans les geôles de l'Azur Stellaire, devant elle, devant Odra, devant tous leurs suivants lésés par cette affaire. Mais si Alessa refusait? Elle avait été un temps tentée de la laisser aux mains de la justice thessienne, cette justice qu'Hadama avait voulu leur faire tomber dessus à sa place. Ce n'aurait été que... justice, justement, qu'elle souffrît ce qu'elle avait souhaité imposer à d'autres.

Mais non. Dashanxa comprenait la rage d'Odra, et faire disparaître Hadama réglerait bien plus de problèmes que de simplement l'enfermer. Elle aurait pu leur causer des soucis dans le futur. La Matriarche allait lui faire payer le passé, et un avenir potentiel. Cette pensée l'avait intéressée, mais elle y reviendrait plus tard. Elle s'était enfoncée dans son fauteuil.

« Je ne suis pas sur place. Quelles sont tes chances, Odra?
— Attends. »

Elles avaient ensuite passé plusieurs heures à faire le schéma de la prison mentalement. Deux sous-sols, deux étages ; Hadama était dans une zone médicalisée au premier, réservée aux prisonniers blessés mais considérés comme trop dangereux pour occuper des lits dans un hôpital. L'endroit était gardé, bien sûr, mais on parlait d'un immeuble plus que d'un bloc de béton sans fenêtres. Il fallait bien maintenir la cohérence avec le reste de la beauté de Thessia. Quant à comment faire quitter ce monde à Hadama...

Dashanxa avait observé son bras droit ; c'était à elle de jouer. La Matriarche savait qu'elle n'échouerait pas.


*


Les aérations, ces grandes amies. Odra ne pouvait pas rentrer dans la prison et rendre visite à n'importe qui, surtout pas au milieu de la nuit, aussi avait-elle encore une fois fait fi de son âge et s'était glissée dans les conduits. Après cela, elle se paierait bien un séjour dans l'un des centres balnéaires de Nevos, surtout maintenant qu'il allait être établi que l'Azur Stellaire n'avait pas tué des centaines de touristes...

La cellule d'Hadama était close par une paroi de plexiglas ; heureusement, Odra était directement entrée à l'intérieur. Il y faisait sombre, mais on y distinguait – et on y entendait – les appareils médicaux, un rideau qui cachait sans doute lavabo, douche et toilettes, et surtout, un lit.

Hadama n'était pas allongée, n'était pas endormie. Elle était debout à côté du lit, masse informe de ténèbres, comme si des pensées l'avaient tirée du sommeil et continuaient de la torturer.

« Odra... » Elle l'avait reconnue. Parfait. « Vous êtes venue pour me tuer?
— Je suis venue pour parler. »

Et c'était en partie vrai. Bien sûr, trouver Hadama endormie aurait facilité les choses. Mais puisqu'elle était réveillée, elle ne pouvait pas la tuer de sang froid. Odra l'aurait bien désiré, mais elle avait aussi un venin brûlant au fond de la gorge qui ne demandait qu'à être craché.

Hadama n'avait pas perdu sa répartie, mais sa voix n'était, à cause de ses blessures, plus qu'un souffle ; elle était inoffensive, dans cet état. « C'est pour cela que vous vous introduisez dans ma chambre au milieu de la nuit? » Qu'Odra aurait aimé entr'apercevoir son visage dévasté par les brûlures! « Admettons. Je m'apprête à refuser tout ce que vous allez me proposer, dans ce cas, même l'évasion. »

Elle y avait donc pensé! Malgré elle, elle en avait rêvé! Elle avait eu l'envie de fuir, même si ce devait être avec l'Azur Stellaire, plutôt que de pourrir en prison! Odra garda ces réflexions pour elle, mais le souffle d'un rire s'échappa de son nez.

Elle s'assit sur le bord du lit. « Je sais. Vous auriez pu être utile. Mais impossible de vous extrader. Alors, quitte à choisir... » Il ne servait à rien de lui mentir. « ... Et inutile de vous dire que je bous d'impatience à l'idée de vous tuer. Vous avez fait de nous des boucs émissaires, et, en ce qui me concerne, j'ai la mort de centaines de personnes sur la conscience alors même que j'en n'en suis pas responsable.
— Vous osez proférer de telles paroles, vous, membre d'une secte plus qu'obscure?
— Ce que vous avez fait était inutile. Alors oui. Pourquoi des touristes? Pourquoi pas des organismes synthétisés alors que Médic-X Corp. en avait certainement les moyens? Pour quoi ou qui préparer cette drogue? Je ne demanderai pas "pourquoi l'Azur Stellaire?" car il est certain que beaucoup avaient intérêt à nous voir tomber. »

Odra se leva et déambula, nonchalante – du moins était-ce l'impression qu'elle souhaitait donner – dans la pièce. Elle entendit une réponse lui parvenir.

« Tests davantage concluants. » Odra s'immobilisa. C'était tout? Toute cette intrigue pour une meilleure efficacité? Quand on parlait de médecine, c'était possible. Elle nota qu'Hadama ne répondit pas aux autres questions. « Alors nous en sommes là. Après toute cette complexité, nous en revenons à de la stupide vengeance. Je dois dire que je suis déçue, vous, suivante de la Déesse, vous allez vous abaisser au niveau d'un coupe-jarret.
— Et vous, qui avez tenté le suicide, vous osez me parler d'abaissement? » Elle était sûre qu'Hadama s'était raidie. « N'essayez pas de me faire culpabiliser. D'autant que je suis quasiment certaine que la Déesse désapprouve vos actions. On en appelle toujours aux divinités pour s'en prendre à autrui, vous savez. Et si jamais elle désapprouve mes actions... Le pardon est toujours possible. Même pour vous. Bien que je souhaite que vous ne l'obteniez jamais.
— On vous accusera encore de ma mort! » Acculée par les mots, acculée dans l'espace. Hadama restait immobile.

« Vous avez déjà tenté de mettre fin à vos jours une fois, grinça Odra en s'avançant vers elle. On ne me soupçonnera de rien, on vous accusera de folie et de désespoir. » Quelle tristesse que le désespoir devînt une accusation, quand on y pensait...

Les épaules d'Hadama s'étaient affaissées. Le coup final. Hadama n'avait même pas l'espoir de se voir vengée – ah, elle qui venait de dévaluer la vengeance, comme quoi! - après sa mort. Elle n'avait plus rien. Odra l'avait détruite. Elle en jubilait.

Et Hadama admit ce qu'elle n'avait pas osé admettre dans l'entrepôt, un peu plus d'une semaine plus tôt. « Vous avez gagné. »

Odra pencha la tête sur le côté et cessa de bouger. Hadama tâtonna son lit et s'y assit, droite, du mieux que son état le lui permettait.

Un semblant de dignité et d'acceptation? Cela fit plaisir à Odra. Au moins, cela signifiait qu'Hadama n'était pas qu'une machine.

« Adieu. »

Et elle recula. Hadama soupira de soulagement, mais, à ce moment, Odra bondit, omnilame dehors, saisit ses poignets et lui trancha les veines ; avant qu'elle n'obtînt le temps de souffrir, la conseillère piqua sa tempe d'un coup de coude. Hadama s'effondra. Le sang commença à goutter des poignets jusque sur le carrelage.

Odra lui avait fait la faveur de ne pas lui laisser voir venir sa mort. Elle l'avait déjà fait bien assez souffrir, et ses pulsions vengeresses avaient été satisfaites en majorité en l'entendant gémir et se plaindre. Ce n'était pas la mort qui était grandiose, mais ce qui précédait. Le coup final n'était que le coup final. Hadama n'était plus.

Odra repartit comme elle était venue.


*


Le lendemain.


Tout l'Extranet thessien s'agitait à la nouvelle du décès d'Hadama. Odra, qui avait dormi du sommeil profond des apaisés – et des épuisés – fut prise dans un torrent d'informations dès son réveil. Avant même qu'elle ne fût sortie du lit, des brèves lui parvenaient via son omnitech. Et évidemment, Dashanxa était au courant elle aussi, et attendait son retour avec impatience.

Hadama était morte ; on soupçonnait l'envoyée de l'Azur Stellaire – non, elle n'avait pas quitté son lit, et puis Hadama s'était ouvert les veines. De toute manière, son corps avait été incinéré. Odra avait beaucoup compté là-dessus : que les Matriarches souhaitassent se débarrasser de l'affaire au plus vite – pour une fois qu'elle espérait quelque chose des Thessiennes! Certaines d'entre elles étaient véreuses, peut-être même de mèche avec Hadama. Voilà, il n'y avait plus rien. Cela arrangeait tout le monde. Même les familles des victimes, car Hadama avait déjà reconnu sa culpabilité par écrit. Elle avait payé.

Le procès se tiendrait tout de même, bien sûr ; Hadama serait attaquée et reconnue coupable, encore, à titre posthume. Mais Odra n'avait plus à rester.

Retour à la maison.

Mais avant...

Elle s'habilla, prit le peu d'affaires qu'elle avait, et partit en direction des quartiers attribués à Alessa. La chasseresse ne s'y trouvait pas ; son devoir l'appelait sans doute ailleurs. Odra fut déçue, et opta pour cacher un datapad dans la chambre. Personne d'autre n'y passerait, et c'était moins risqué que d'envoyer un message – elle n'avait pas de canal privé avec la chasseresse, ce qui fait que le risque que le message fût découvert était bien trop élevé.

Elle déposa donc le datapad. Il contenait les mots suivants :

Spoiler:
 

Et Odra courut jusqu'aux quais et embarqua dans une navette affrétée spécialement par Elina T'Soris, comme signe de gratitude. Ironie suprême de l'histoire.

Elle rejoignait de nouveau la destination de rêve, en sachant parfaitement que le rêve était et resterait un piège...

Mais pour le moment, l'Azur Stellaire avait de nouveau le contrôle.


Fin du RP.
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Une destination de rêve

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