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 Attrape-moi si tu peux

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MessageSujet: Attrape-moi si tu peux   Mar 17 Fév 2015, 21:52
Intervention MJ : Oui Février 2200 RP Tout Public
Ashaa Jakari ♦ Krelek Aelos
Attrape-moi si tu peux


Les événements survenus quelques semaines plus tôt sur Oméga avaient manqué signer la fin de tout pour Ashaa. Ses rêves. Ses espoirs. Sa vie. En cavale depuis presque cinq ans maintenant, elle venait à peine de découvrir ce que cela signifiait « avoir une vie et être heureuse » ; elle qui n’avait pas eu une enfance particulièrement réjouissante. Esclave vendue à des Butariens à l’âge de six ans, elle avait été contre son gré adjointe à un harem dont la mission première était de satisfaire tous les plaisirs lubriques de leur maître. Elle n’était alors qu’une enfant et on lui demandait de se comporter comme une vraie femme. Aucun enfant ne devrait jamais avoir à expérimenter ce genre d’épreuve. Jamais. Et pourtant, personne ne demanda son avis à Ashaa…

Et voilà qu’après près de vingt longues années de sévices corporelles et d’humiliation perpétuelle, elle avait finalement trouvé une raison de vivre – et non plus seulement de survivre. Un Elcor avait su lui redonner le sourire et la joie de vivre. Comme un père pour elle, il était parvenu à redonner quelques couleurs au triste tableau nuancé de gris qu’était à ce moment-là la vie de la malheureuse Drell. Mais hélas, en portant secours à cette pauvre créature et en la prenant sous son aile, il était alors loin de se douter qu’il signait son arrêt de mort. Ashaa le découvrit à ses frais un jour où elle rentrait du marché et où elle retrouva le corps sans vie de son protecteur. Son ancien maître, un dénommé Gorbak, était finalement parvenu à retrouver sa trace. Il n’avait pas oublié la défection de la jeune femme ni le fait qu’elle l’avait laissé pour mort après l’avoir poignardé dans son bain. Il cherchait à présent à se venger en remettant la main sur elle. Pour rien au monde Ashaa ne voulait retomber entre ses mains.

Le hasard avait alors placé sur sa route un certain Keedan Braha’n ; un ancien associé du défunt Elcor servant de père adoptif à la jeune femme. Intercédant en sa faveur, il l’aida à se frayer un chemin hors d’Oméga en lui permettant d’échapper de justesse aux hommes de main de Gorbak. Il s’en était fallu de peu. Sans l’intervention de Keedan, la Drell ne serait plus libre aujourd’hui et elle serait redevenue une esclave. Ou peut-être même serait-elle déjà morte à l’heure qu’il est. Gorbak et son père – l’ancien maître d’Ashaa avant ça – étaient aussi brutaux qu’ils pouvaient aimer le luxe et la dépravation. Peut-être n’aurait-elle pas fait long feu après des jours et des jours de sévices corporels censés lui faire payer sa trahison et sa défection.

Ashaa sentit un frisson courir le long de son échine à la simple pensée de ce qui aurait pu lui arriver si Keedan et ses hommes n’étaient pas intervenus. Elle leur devait la vie après tout. Cependant, elle ne pouvait se résoudre à leur accorder sa confiance. Khar’shan n’était guère le genre d’endroit propice à tisser des liens et établir des rapports de confiance avec autrui. Dans un monde où seuls la tromperie et le mensonge pouvaient faire toute la différence entre la survie et la mort, mieux valait effectivement rester en permanence sur ses gardes. C’est la raison pour laquelle Ashaa ne s’attarda pas lorsqu’enfin le DSS Damoclès s’amarra au spatioport de Nos Astra, la célèbre capitale d’Illium.

Keedan avait eu la bonté d’âme de lui accorder l’asile sur son vaisseau. Mais comme dit précédemment, Ashaa n’avait confiance en personne. Aussi préférait-elle couper les ponts avec ses sauveurs aussi vite que possible. Selon Keedan, Illium était la destination la plus à même de servir les intérêts de la jeune femme. Les Butariens étant extrêmement rares dans l’espace concilien, elle aurait plus de chances de pouvoir leur échapper en se rendant là-bas. Si elle souhaitait échapper à l’un d’entre eux ayant la main particulièrement longue, mieux valait qu’elle franchisse la frontière et trouve un abri sur une planète concilienne. À ces fins, Illium représentait sa chance de salut. Se trouvant au carrefour des principales routes commerciales du secteur, la colonie asari était également la porte donnant accès aux systèmes conciliens. Ses sauveurs étaient persuadés qu’Ashaa pourrait y trouver un transporteur lui permettant de rejoindre un abri au-delà la frontière. C’est tout ce dont elle avait besoin. Une fois le vaisseau amarré, la Drell s’était volatilisée sans laisser de traces derrière elle. Juste un mot de remerciement. Keedan et ses hommes lui avaient sauvé la vie après tout ; ça méritait au moins un merci.

— Eh ! Vous, là. (L’homme qui venait de passer à côté d’Ashaa l’interpella.) Mademoiselle. Est-ce que m’entendez ? Mademoiselle, arrêtez-vous.

Ashaa avait fait mine d’ignorer l’appel. Néanmoins, la main qui se referma comme une serre sur son épaule l’obligea à faire halte. Elle se retourna lentement vers un Turien de haute stature dont le regard vif et perçant courut sur le corps d’Ashaa en enflammant sa peau sur son passage. De toute évidence, il était du genre suspicieux. Ou alors il avait un talent inné pour sentir le malaise chez autrui. En effet, Ashaa était tendue. Elle craignait soudain le pire.

Elle avait tenté de franchir un premier barrage de contrôle sans succès. Il y avait des scanners à toutes les entrées et des agents des douanes qui vérifiaient les identités de quiconque cherchait à mettre les pieds sur Illium. Ashaa avait entendu dire à bord du Damoclès qu’Illium était une version moins trash et plus édulcorée d’Oméga. La vie ici semblait rose en apparence, mais Nos Astra n’avait franchement pas à s’enorgueillir du taux de criminalité de son pendant dantesque. Illium n’était rien de moins que la station pirate parée de ses plus beaux atours. Et justement : le contrôle systématique des identités était une des réglementions dont Oméga avait su se passer allégrement. Sur Illium cependant, c’était un mode de vie. Une influence venue de l’espace concilien. N’ayant sur elle aucun papier en bonne et due forme, Ashaa s’était rabattue sur le plan B : trouver une autre issue.

— Comment vous appelez-vous ? lui demanda le Turien d’un ton bourru en continuant de la dévisager avec suspicion. Montrez-moi vos papiers. Où sont vos papiers ?
— Ils sont juste là, répondit Ashaa en faisant mine de mettre la main dans la poche dans sa veste. Je ne vois pas où est le problème, monsieur l’agent. Je ne faisais rien de mal.
— On est jamais trop prudent de nos jours, se contenta de répondre le Turien – sans se départir de sa mauvaise humeur. (Il avait l’air de s’impatienter.) Bon… ça vient, oui ou non ?
— Je… Juste un instant, se défendit Ashaa. Où est-ce que je les ai mis. Je les avais en main il n’y même pas deux minutes de cela. Où est-ce que...
— On ne va pas y passer la journée non plus. On va régler ça au poste des douanes. Suivez-moi.
— Non ! s’exclama Ashaa. (Elle regretta aussitôt son cri.)
— C’est bien ce que je pensais, sourit le Turien. On tente de frauder, c’est ça ? Pas quand je suis de…

Ashaa frappa vite et fort. Le Turien ne finit pas sa phrase et poussa un cri de douleur en sentant le pied de la Drell venir frapper son tibia. Il balança le bras en avant pour l’attraper et l’empêcher de prendre la fuite, mais la jeune femme s’était déjà esquivée et elle s’élança dans une course folle pour tenter de semer l’agent de sécurité. Elle ne savait pas où elle allait. Elle eut juste le temps d’entendre le douanier lancer un appel à toutes les unités en patrouille dans le secteur avant de disparaître au coin d’une allée qui la mena elle ne savait où. Tout ce dont elle était sûre, c’est qu’elle devait continuer à courir.

— Là ! s’écria une autre voix d’homme. C’est elle, elle est là ! Attrapez-la !

Un Humain venait de surgir à une cinquantaine de mètres au bout du couloir. Ashaa allait se jeter droit dans ses bras. C’est alors qu’elle vit un panneau indiquant une issue de secours toute proche. Elle ne prit même pas la peine de réfléchir et se rua dans cette direction, bifurquant au dernier moment pour ne pas laisser l’occasion à l’Humain de poser les mains sur elle. Dans son dos, elle perçut les bruits de poursuite de ce dernier, auxquels vinrent s’ajouter ceux de plusieurs autres individus. Ils devaient être trois ou quatre désormais. Elle qui avait voulu la jouer discret… c’était peine perdue.

Remontant le couloir à vive allure, Ashaa finit par apercevoir au loin la porte qui représentait son salut. Un macaron rouge en barrait cependant l’accès. Elle eut beau le rouer de coups, il refusa de changer de couleur et de libérer la voie. Elle était prise au piège.

— C’est terminé, fini de jouer maintenant, ma p’tite dame, souffla le Turien énervé. Vous allez nous suivre au bureau des douanes et on va tâcher de tirer toute cette histoire au clair. C’est bien compris ?

Ashaa recula d’un pas et sentit la porte venir buter dans son dos. Le métal froid contre les parties de son corps dénudées la fit frissonner d’effroi. Qu’allait-elle bien pouvoir faire maintenant ? En réponse à cette question, il y eut un bip sonore et le macaron de la porte passa du rouge au vert avant que les deux battants ne coulissent pour libérer la voie. Le temps parut suspendre sa course quelques instants tandis que les agents de sécurité découvraient avec stupeur l’un des leurs revenant vraisemblablement d’une pause non réglementaire. Ashaa fut la première à recouvrer ses esprits.

*La voie est libre ! Mais qu’est-ce que tu attends, bon sang !*

Bousculant le malheureux qui risquait de recevoir un blâme, elle se rua à l’extérieur et sentit brûler sur sa peau la chaleur du soleil de midi. Le spatioport se trouvait tout près d’une zone commerciale à forte affluence. Ashaa repéra au loin les enseignes de commerces et perçut le brouhaha de la foule. C’est là qu’elle devait se rendre pour échapper à ses poursuivants. C’était le seul moyen de mettre fin à cette course-poursuite : en se mêlant à la foule et en disparaissant au vu et au su de tous.
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Jeu 26 Fév 2015, 20:14

    Nos Astra, Illium


    Krelek était dans son appartement, à ruminer de sombres pensées. En face de lui, un large hologramme rouge où déferlaient de nombreuses données... trop pour un seul homme ; des données qui ne devaient en aucun cas tomber en de mauvaises mains. Le Réseau d'informations du Courtier de l'Ombre s'étalait devant lui, sans qu'il ne les consulte vraiment. A vrai dire, le Drell ne savait pas vraiment quoi faire d'un tel pouvoir. Car c'était bien de cela dont il s'agissait : de pouvoir. Beaucoup disaient que c'était la source du pouvoir à l'état brut, et ils n'avaient pas tout à fait tort. Il y avait des éléments dans ces lignes d'écritures qui pouvaient compromettre les plus grandes figures de la Galaxie, faire tomber des empires et même faire éclater des guerres. Et tout cela reposait entre les mains de ce simple individu rescapé de Rakhana. D'abord enfant soldat, puis ensuite assassin au compte des Serres, avant de devenir un chasseur de prime sévissant dans les bas-fonds de Nos Astra, pour ensuite se faire un nom dans le domaine et, finalement, devenir un agent de l'ex-Courtier de l'Ombre - et même devenir son bras droit -, Krelek avait parcouru un long chemin et il était, à l'insu de tous, l'une des figures les plus puissantes de la Galaxie. Cela lui donnait le vertige ; jamais il n'avait soupçonné atteindre une telle position un jour. Il se rappelait de cette époque où il avait réussi à s'échapper de l'enfer qu'était sa planète natale avec un groupe d'amis. Ils n'aspiraient qu'à une vie normale alors. Il se rappelait comment il s'était retrouvé perdu face à l'immensité de la Galaxie, dont il ne savait rien et dont il ne connaissait pas la technologie. Qui aurait pu dire que son avenir serait autre que la mort ou celui d'une vie de misère ? Probablement personne.

    - Monsieur Aelos ?

    Non, Krelek avait défié les lois de la logique et s'était imposé au monde grâce à une volonté de vivre que peu possédaient. Alors que douze ans plus tôt il tuait des membres de sa propre espèce pour la survie, il reposait aujourd'hui sur un fauteuil de cuir raffiné, au milieu du salon d'un luxueux appartement, qui était le sien. Alors qu'aujourd'hui il faisait partie des hautes sphères de la société de Nos Astra, hier, il n'était personne. Il en tirait une certaine fierté, d'ailleurs ; qui se plaindrait d'un tel parcours ? Il avait toujours vécu dans la misère, et, à présent, il vivait confortablement, sans manquer de rien. Il lui suffisait de claquer des doigts pour obtenir quelque chose. Cependant, il ne reniait pas ses originaires, il restait un guerrier, au fond de lui, et n'oubliait pas d'où il venait ; ce serait insulter la mémoire des siens, qui s'étaient sacrifiés pour le permettre de vivre, c'était cracher sur Dalka, sa fiancée d'antan, celle qu'il aimait encore après toutes ces années et dont il ne pouvait se défaire du souvenir.

    - Monsieur Aelos ?

    La voix synthétique, s'élevant une nouvelle fois tira le Drell de ses ruminations, le ramenant à la réalité. Combien de fois est-ce que son IV domestique l'avait-elle appelé ? Depuis combien de temps était-il debout devant le Réseau ? Impossible à dire. Un rapide coup d'œil par la baie vitrée du salon lui permit de se rendre compte que le soleil était déjà en train de se coucher. Il était donc resté plongé dans ses pensées pendant au moins une heure. Il fit donc disparaître le large hologramme rouge qui lui faisait face et se tourna vers la sphère bleue qui attendait sa réaction.

    - Oui Rune ?
    - Vous avez le thé à prendre avec Dame A'Esyin, déclara l'IV, de sa voix plate et sans vie.

    Krelek grommela, se rappelant qu'il avait effectivement été invité à l'un de ces goûters avec quelques nobles Asari qui s'intéressaient au Drell et cherchait à lui arracher ses secrets. En effet, son ascension subite et ses origines obscures - qu'il gardait secrètes - attisaient la curiosité de la haute société de Nos Astra, qu'il venait d'intégrer. De plus, il était "un ami" de la Doyenne J'eeasom, qui était secrètement un contact du Courtier de l'Ombre, assassinée il y a quelques mois déjà, et dont la mort était gardée secrète. Ce détail suscitait beaucoup d'interrogations et l'ex-assassin était régulièrement questionné à propos de la Matriarche, ses compères désirant savoir les raisons de son absence. Et puis, outre son "lien" avec la maîtresse d'Illium, vivre dans une société principalement constituée d'Asari et être un jeune homme bien entretenu avait de quoi attirer l'œil. Et puis le fait d'être un Drell ajoutait à cela un exotisme non négligeable et que Krelek pouvait parfois regretter. Ainsi, il était régulièrement invité à prendre le thé avec ces riches personnes, et s'il ne s'agissait pas du goûter, il était question de soirée mondaine. Les deux ne lui plaisaient pas, mais il se forçait d'y être présent, afin d'entretenir les bonnes relations qu'il se devait d'avoir pour maintenir une certaine influence, nécessaire au bon fonctionnement du Réseau. Il trouvait ces instants particulièrement ennuyeux et, surtout, trop teintés d'hypocrisie pour qu'il se sente à l'aise. Dans cet univers, les vrais amis n'existaient - ou ils étaient très rares - et cela avait pour effet de quelque peu agacer le Drell, qui se sentait constamment coincé dans un terrain de mines, où le moindre faux pas lui risquait de souffrir des conséquences déplaisantes ; il fallait faire attention à ne pas se mettre à dos les mauvaises personnes et s'allier aux plus profitables. Mais il se rassurait en se disant que les goûters comme celui auquel il allait se rendre étaient plus à propos de lui, que de se faire des relations opportunistes. En effet, c'était des femmes qui l'invitaient, et c'était avec ces mêmes femmes qu'il allait passer une partie de son après-midi. Il savait qu'il se ferait assommer de questions et que plus d'une lui lancerait des regards aguicheurs, ou lui ferait des sous-entendus frôlant le flirt. Les Asari étaient de vraies prédatrices à ce niveau là et il devait faire attention à ne pas tomber dans leurs pièges ; elles ne désiraient que l'amadouer et lui arracher ses secrets, elles n'étaient pas réellement attirées par lui. Le fait d'être un nouveau venu assez exotique était le seul facteur qui faisait de lui le centre de leur attention. Il devait cependant en profiter pour mettre ces personnes dans sa poche et en faire des alliées ; tout cela n'était qu'un jeu de stratégie, au final. Un terrible jeu de stratégie...

    - Merci, Rune, je vais me préparer... lâcha-t-il en soupirant.

    Deux heures plus tard



    Krelek était sorti de l'immense appartement où avait eu lieu le goûter. Comme il s'y était attendu, il avait été victime de multiples questions, tout aussi gênantes les unes que les autres, et parfois relevant du malsain. Il s'était éclipsé dès qu'il en eut l'occasion, échappant ainsi aux serres de ces Asari à la curiosité mal placée. Elles n'étaient pas méchantes, mais trop insistantes. Le Drell marchait à présent le long d'une allée menant à une place, prêt du spatioport de Nos Astra, pouvant enfin respirer librement. Il aimait cette partie de la mégapole, d'où on pouvait observer les vaisseaux la quitter, ou y arriver. Qu'ils soient grands ou petits, c'était toujours un spectacle impressionnant à observer et cela le fascinait. Il avait toujours été admiratif de ces masses de métal défiant les lois de la physique pour s'élever dans les airs et rejoindre le cosmos. Le spectacle en était d'autant plus beau que le ciel tournait à l'orange de par le soleil qui se couchait. La température était toujours assez élevée, élément propre à la planète, très chaude, mais était clairement supportable pour qui en avait l'habitude. Krelek en avait doublement l'habitude : il vivait à Nos Astra depuis quelques années déjà et était natif de Rakhana, une planète aride et sèche. Il était fait pour résister à ce type de chaleur. L'air raisonnait de la vie urbaine ; on pouvait entendre le doux sifflement des navettes traversant la ville, la foule et ses milliers de voix, le chant des oiseaux. C'était une belle journée et le Drell oubliait déjà l'enfer de son goûter. Il arriva dans cette place vers laquelle il se dirigeait et ralentit le pas pour observer le ciel. Il détacha le dernier bouton de sa chemise - la haute société exigeant de belles tenues - afin de se libérer quelque peu la gorge et mit ses mains dans les poches, l'esprit ailleurs. Rien en ce moment ne pouvait briser ce moment.

    - On ne vit vraiment pas dans un monde de merveilles... murmura-t-il, ironiquement.













Dernière édition par Krelek Aelos le Sam 28 Fév 2015, 22:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Sam 28 Fév 2015, 18:38
Ashaa avait vu juste : la foule était sa seule chance de pouvoir échapper à ses poursuivants. Toutefois, elle ne s’était pas attendue à ce que ces derniers se montrent à ce point insistants. Elle s’était dit que les douaniers cesseraient les poursuites une fois le spatioport laissé loin derrière elle ; néanmoins, ils avaient continué à lui donner la chasse avec acharnement tandis qu’elle pénétrait dans les quartiers marchands bordant justement le spatioport. Ils étaient sur ses talons ; à seulement quelques mètres derrière elle. Et ils ne cessaient de gagner toujours plus de terrain sur elle.

C’était le milieu de l’après-midi et le quartier marchand était tout simplement bondé. Ashaa y vit une opportunité rêvée pour échapper à ses poursuivants ; mais encore fallait-il pour cela parvenir à mettre suffisamment de distance entre elle et eux pour qu’ils ne puissent pas remarquer sa disparition avant qu’il ne soit trop tard. Hélas, la foule amassée sur les terrasses de Nos Astra gênait sa progression ; et cela risquait au final de lui coûter sa liberté. Elle devait trouver un moyen de distraire ses poursuivants suffisamment longtemps pour se fondre dans la masse et passer incognito entre les mailles des filets que les douaniers tentaient de refermer sur elle. Mais le temps lui était compté.

— Là ! s’exclama dans son dos la voix du Turien. Ne la perdez pas de vue ! Attrapez-la !

Ashaa risqua un coup d’œil par-dessus son épaule. Le Turien et ses hommes n’étaient plus très loin. Il ne leur faudrait pas plus de quelques minutes pour lui mettre la main dessus. Elle était presque à bout de souffle et ne savait pas combien de temps encore elle pourrait continuer sur sa lancée. Preuve en est quand elle reporta son attention devant elle une demi-seconde trop tard : une Asari se trouvait sur sa route et quand bien même celle-ci s’écarta en poussant un cri scandalisé, Ashaa se prit les pieds dans le sac tanné rempli de biens tout récemment achetés que la créature éthérée avait lâché sous le coup de la surprise. Ashaa perdit l’équilibre et tomba au sol. Elle eut toutefois la lucidité de se rouler en boule et de se servir de sa vitesse acquise pour se remettre sur pieds dans la seconde. Bien lui en prit : elle découvrit en se redressant que l’Asari était à présent en train de mettre involontairement des bâtons dans les roues de ses poursuivants ; ce qui lui offrait l’opportunité dont elle avait besoin pour se mêler à la foule et disparaître.

— Mais vous avez vu ça ?! s’exclama l’Asari avec véhémence en retenant le douanier turien qui s’était lancé à la poursuivre de la fugitive drell. Elle s’est jetée sur moi comme une enragée. On aurait dit un varren souffrant de la fièvre krogane. Vous devez faire quelque chose ! Arrêtez cette folle furieuse et faites-en sorte que j’obtienne réparation pour le désagrément. Vous m’entendez ?

Mais le Turien n’avait que faire des revendications de l’Asari ; dont il se débarrassa sans ménagement en la repoussant sur le côté. Elle eut beau paraître offusquée et choquée, il ne prit même pas la peine de lui jeter le moindre regard. Ses yeux étaient déjà en train de sonder la foule à la recherche de cette proie qui était en train de lui échapper ; or c’est le genre de chose qu’il ne supporterait pas. Il refusait de voir cette satanée Drell lui glisser entre les doigts. Il en était tout simplement hors de question.

— Est-ce que vous la voyez ? demanda-t-il à l’un de ses hommes.

Mais il n’eut pas besoin d’attendre une réponse de leur part : il venait de repérer un mouvement dans la foule. Il entrevit au loin les écailles rosées de la fugitive et accrocha son regard lorsqu’elle ne put se retenir de jeter un œil par-dessus son épaule pour s’assurer que ses poursuivants avaient abandonné la chasse. Mal lui en prit : le Turien sourit de toutes ses dents et la désigna avec un cri d’alerte.

— Là ! Attrapez-la avant qu’elle ne disparaisse de nouveau.

Ses hommes et lui s’élancèrent. Ashaa se maudit de n’avoir pas su résister à la tentation. Le meilleur moyen d’attirer l’attention était justement de paraître suspect. Si elle s’était contentée de continuer en regardant droit devant elle, peut-être aurait-elle pu échapper aux douaniers sans peine. Elle venait peut-être de gâcher sa seule opportunité de prendre la poudre d’escampette. Et maintenant ?

— Écartez-vous ! héla une voix devant elle. Attention, faites place.

Deux hommes traversaient la terrasse marchande en portant à bout de bras une caisse en métal. Les badauds libéraient la voie afin de faciliter la progression des manutentionnaires. Une idée germa alors dans l’esprit de la Drell et elle se glissa derrière eux après s’être assurée d’avoir accroché une dernière fois le regard du douanier turien.

— Derrière la caisse ! Ne la perdez pas de vue. Dépêchez-vous !

Mais trop tard. Quand ils bousculèrent les deux hommes et les forcèrent à laisser tomber leur caisse au sol avec un bruit sourd, ce ne fut que pour découvrir que la Drell s’était une fois de plus volatilisée. Ils eurent beau balayer la terrasse du regard de droite à gauche, elle n’était en vue nulle part.

— On dirait bien qu’elle a réussi à se faire la malle, déclara un Humain en soupirant.
— Non ! Nous devons la trouver ! s’exclama le Turien.
— Mais…
— Pas de mais qui tienne ! Je ne laisserai pas cette vipère me glisser entre les doigts... Pas tant que je serais de garde. Jamais ! Vous m’entendez ? (Les trois hommes qui accompagnaient le chef turien se concertèrent du regard en silence avant de hocher la tête.) Vous deux, avec moi. Quant à vous, allez de ce côté. Nous ne rentrerons pas avant d’avoir mis la main sur cette clandestine.

Le groupe se sépara avant de partir dans deux directions opposées. Appuyée contre le mur de la ruelle adjacente, Ashaa se pencha en avant et posa les mains sur ses genoux en soupirant de soulagement. Elle s’en était tirée finalement. Elle avait tout le loisir de reprendre son souffle désormais. Il s’en était fallu de peu. Mais à mesure qu’elle se rendait compte de sa chance, elle prenait également conscience du problème que cela allait poser pour elle désormais. Il n’avait jamais été question pour elle de rester sur Illium. Cela n’aurait dû être qu’une escale avant d’entrer dans l’espace concilien où elle aurait été libre de s’établir sur un monde hors de portée de l’influence de Gorbak. Mais comment arriverait-elle à monter à bord d’une navette en partance pour n’importe quel monde concilien si elle n’était pas en mesure de remettre les pieds dans le spatioport ? Son petit numéro de prestidigitation risquait dans le meilleur des cas de rehausser le niveau de sécurité des postes de contrôle.

*Et merde !* se morigéna la Drell en se passant une main sur le front. *À croire qu’on m’a jeté un sort ou bien une malédiction. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire maintenant ?*

Ashaa n’eut pas le loisir de pouvoir creuser la question plus longtemps. Des bruits de pas résonnèrent à l’entrée de la rue et elle se colla de nouveau contre le mur pour disparaître complètement derrière la benne à ordure lui tenant lieu de couverture. Quand les bruits se furent estompés, elle prit conscience qu’elle avait retenu sa respiration tout ce temps. Elle s’autorisa un soupir quand elle perçut un autre bruit à l’entrée de la rue. Quelqu’un s’était arrêté à quelques mètres seulement de sa cachette. Qui ? Ses poursuivants ou un simple badaud s’étant un peu trop écarté de la route principale ? Ashaa n’avait aucun moyen de le savoir et elle retint de nouveau son souffle.

C’est à ce moment-là qu’elle eut la preuve que la malchance s’acharnait à vouloir lui mettre des bâtons dans les roues. Qui que soit l’individu se tenant à l’entrée de la ruelle, il était de toute évidence sur le départ quand Ashaa sentit une boule de fourrure se glisser entre ses jambes. Baissant les yeux, c’est avec horreur qu’elle découvrit un rat à ses pieds. Des souvenirs appartenant à une autre vie fusèrent dans son esprit tandis que sa mémoire eidétique rendait vie à ses sévices passés. Ashaa se revit quand elle n’était encore qu’une enfant, enfermée dans une cave obscure et humide. Elle était seule ; et les rats s’avérèrent la seule compagnie à laquelle elle avait droit la nuit. Elle avait commis une faute ou ne s’était pas comportée comme elle aurait dû. Sa punition était de passer la nuit dans la cave avec tous ces rats dont elle ne valait guère mieux. Pour elle c’était une victoire en soi ; une nuit de moins passée dans les bras d’un être abject aux tendances perverses immorales. Mais les rats… Ashaa avait fini par en avoir une sainte horreur et une peur bleue. Elle les revoyait la hantant la nuit et sentait leurs dents minuscules entailler sa chair tendre et délicieuse à leur goût. Crainte. Souffrance. Larmes.

Ashaa revint à elle une demi-seconde trop tard. Elle ne put réprimer la brusque montée d’adrénaline qui inonda son système. Un cri effrayé se glissa hors de ses lèvres scellées et elle s’éloigna vivement du mur pour mettre le plus de distance entre elle et le monstre à fourrure. Un bruit sur sa gauche et elle découvrit avec stupeur l’un de ses poursuivants la fixant avec des yeux ronds. Heureusement, la Drell fut la première à retrouver un semblant de lucidité : elle prit la fuite sans demander son reste.

— Ici ! s’écria l’Humain quand il eut recouvert ses esprits lui aussi. Dans la ruelle !

Il se précipita à sa poursuite, mais la Drell avait une bonne longueur d’avance sur lui. Elle émargea de la ruelle et se retrouva dans un autre quartier commerçant. Une galerie marchande à ciel ouvert dont la vue sur Nos Astra était imprenable. Un rapide coup d’œil suffit à assurer à la fugitive qu’elle venait de mettre les pieds dans un quartier huppé de la capitale asari. Il n’y avait qu’à voir les somptueuses devantures de magasin ; ou même les tenues aux couleurs chatoyantes découpées dans des tissus de toute beauté. Et tous ces bijoux. C’est le genre de détails qu’une voleuse remarquait au premier abord. Tant de bijoux précieux. Mais les bruits de pas dans son dos lui remirent vite les pieds sur terre.

Ashaa se précipita vers la foule qui flânait le long des avenues richement décorées et tenta de se mêler à tout ce beau monde. Le fait est qu’elle n’était guère dans son élément ici. Ses poursuivants auraient tôt fait de la repérer avec ses vêtements miteux et sa dégaine d’animal sauvage aux mœurs douteuses. Heureusement, alors qu’elle se faisait cette remarque en disparaissant dans la masse à l’instant même où ses poursuivants sortaient à leur tour de la ruelle, Ashaa repéra un vendeur d’étoffes ayant la tête ailleurs. Sans ralentir le pas, elle marcha droit vers son stand et attrapa un foulard soyeux doré comme le soleil au-dessus de sa tête et poursuivit sa route comme si de rien n’était. Elle enroula le voile autour de sa tête et continua à marcher en faisant de son mieux pour se faire toute petite. Mais elle sentait dans son dos que ses poursuivants ne l’avaient toujours pas lâchée. Ils n’étaient pas loin.

La foule finit par s’ouvrir devant elle et les yeux de la Drell se posèrent soudain sur un représentant de son espèce. C’est même pour ainsi dire la première chose que son regard capta à la vue de ce nouvel environnement. Des écailles dorées comme le soleil et une collerette rouge comme le sang qui surent retenir son attention. Et pour cause : ce n’est pas tous les jours qu’on croise un Drell quelque part ; et sûrement pas dans un endroit comme celui-ci – ou même dans une tenue aussi distinguée. Une idée germa alors dans son esprit et malgré la méfiance qu’elle nourrissait à l’égard des hommes, c’est vers lui qu’elle avança avec détermination avant de se glisser à son côté en passant une main autour de son bras. Elle n’avait pas d’autre choix : c’était une question de survie. Elle devait prendre sur elle.

— Faites comme si nous étions ensemble, souffla-t-elle à mi-voix en resserrant l’étoffe dorée autour de son visage tandis que les douaniers faisaient irruption dans son dos à moins de dix mètres.

Quiconque aurait observé le Drell aux écailles dorés auraient jugé que lui et sa compagne flânaient en ce début d’après-midi en faisant du lèche-vitrine devant une boutique de vêtements de luxe faisant fureur en ce moment sur Thessia. C’était le but recherché par Ashaa. Elle espérait de tout cœur que le subterfuge marcherait. Mais pour cela, encore fallait-il que l’inconnu accepte de jouer le jeu…
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Lun 02 Mar 2015, 23:27

    Place Nosavaya


    Krelek avait l'esprit ailleurs. Alors qu'il regardait les incessantes vagues de vaisseaux arriver et quitter Nos Astra, ses pensées commencèrent à s'égarer en diverses directions, souvent hasardeuses. Il ne pensait à rien de spécifique, des idées, des souvenirs, des émotions lui traversaient l'esprit librement sans qu'il ne se concentre sur quoi que ce soit de particulier. En même temps, il n'avait pas de soucis qui le concernassent réellement, si ce ne fut la responsabilité du Réseau du Courtier de l'Ombre, qui l'incombait, et l'armée de nobles Asaris qui lui courraient après pour lui arracher ses secrets. Mais ces choses n'étaient que d'infimes détails auxquels le Drell ne prêtait pas attention ; il avait vécu tellement pire ! Il était difficile de croire, lorsqu'on le voyait ainsi, dans cet accoutrement hors de prix, qu'il avait été un enfant soldat, qu'il avait vécu dans la misère la plus totale et avait le sang d'un nombre incalculable de gens sur les mains. Les apparences étaient bien trompeuses et Krelek était devenu un expert dans l'art de se camoufler. Sans le connaître, il ne semblait être qu'une riche personne, sûrement un entrepreneur ou un chef d'entreprise, peut-être même un avocat. Ses habits de marques, son pas léger et élégant, sa posture, tout laissait penser qu'il venait d'un milieu aisé et qu'il n'avait jamais connu quelque conflit que ce fut. Et pourtant, il était tout sauf cela. Sa fortune était très récente et ses manières factices, apprises par l'observation, et non l'enseignement. Son corps était couvert de cicatrices, invisibles lorsqu'il portait des vêtements, traces indélébiles des épreuves qu'il avait dû surmonter. Les plus observateurs remarqueraient son bras droit, cybernétique, mais mettraient sans doute cela sur le compte de la Grande Guerre, ou d'un effet de mode pour se démarquer, alors qu'il s'était lui-même amputé le bras pour se dégager de la carcasse d'une brute Moissonneur qui s'était effondrée sur lui. Krelek était une machine à tuer, un redoutable assassin qui n'avait connu que la mort et la survie. Quiconque le voyant à présent, n'y croirait mot. Il ne tirait aucune fierté de son parcours, si ce n'était le fait d'avoir atteint sa position actuelle ; tout ce qu'il avait fait avait été accompli dans le seul but de survivre. Dans la jungle, tout était permis, et cela avait payé, car le voilà qui siégeait au sommet de la société, vivant paisiblement sans qu'on ne le dérangeât d'une quelconque manière.

    Mais le Drell fut tiré de ses pensées vagabondes lorsque quelqu'un lui saisit le bras, alors qu'il s'était inconsciemment mis en marche dans une direction inconnue. Il sursauta et manqua de peu de plaquer l'inconnu au sol par reflexe, mais se retint à temps. En observant son interlocuteur, il put découvrir avec surprise qu'il s'agissait d'un représentant féminin de son espèce, chose rare, surtout sur Nos Astra, où les Drells ne foisonnaient pas. A vrai dire, c'était la première fois qu'il voyait une de ses consœurs depuis bien longtemps, ce qui le calma quelque peu, sans toutefois lui faire baisser sa garde. Krelek fut d'autant plus intrigué que l'inconnue lui demanda d'agir comme s'ils étaient ensemble. Il ne faisait aucun doute : elle était en fuite. Mais de quoi voulait-elle se cacher ? Ou de qui ? L'ex-assassin ne tarda pas à avoir la réponse lorsqu'il vit des hommes en tenue de douanier arriver en trombe sur la place, de toute évidence à la recherche de quelqu'un, qui devait très probablement être la Drell en cavale. Le mâle décida de jouer le jeu, sans qu'il n'ait vraiment de raison de le faire. Mais avait-il une raison de dénoncer la jeune femme ? Ce n'était pas le cas. Et puis, il avait été lui-même dans des situations de fuite, il savait ce que c'était et s'il s'agissait des douaniers, le seul crime de la cavale était d'avoir voulu entrer illégalement sur Illium. Des broutilles, en somme. Lui-même avait eu de la peine à pouvoir s'installer sur la mégapole, lorsqu'il avait quitté Omega. La pauvre méritait un peu de répit, car ce n'était pas berner la douane qui allait être le plus dur pour elle, c'était de survivre. La capitale de la colonie n'était en effet pas un havre de paix et était aussi impitoyable que la célèbre station pirate des Terminus. Entre la chaleur, les criminels et l'immensité de la ville, elle allait avoir de nombreux obstacles à surmonter, et Krelek ne l'enviait pas. Nos Astra était simplement plus belle à voir que le royaume d'Aria T'Loak ; les mêmes règles s'y appliquaient, au final, plus ou moins.

    Les gardes passèrent, cherchant la Drell, sans toutefois la trouver, car accompagnée de l'homme en costume, qui la faisait se fondre dans la masse. Il l'avait dirigée vers un stand, afin d'empêcher les douaniers de se retrouver face-à-face avec la fugitive, ce qui aurait été fâcheux pour elle. Un instant passa, puis les hommes abandonnèrent, furieux. Krelek put clairement entendre un Turien jurer par tous les noms, maudissant celle qui lui avait glissé entre les mains et frisant le racisme par instant, puis lui et son groupe disparurent. Dès cet instant, la femme reprit sa cavale, sans mot dire et sans un regard pour celui qui lui avait évité des ennuis. Le Drell se retrouva donc pantois, à nouveau seul et un peu désorienté par tout ce qu'il venait de se passer. Alors que quelques minutes plus tôt, il rêvassait, il s'était fait utiliser comme couverture par une inconnue en fuite, pour se retrouver dans une situation proche de l'initiale.

    - Eh bien, de rien... marmonna-t-il, un peu rancunier.

    Puis il regarda l'heure et décida qu'il était temps pour lui de rentrer à son appartement. Le soleil avait bien entamé sa descente et frôlait l'horizon, éclairant le ciel d'une lumière orangée et violacée propre à Illium. Il était temps de revenir à ses affaires. Il se mit donc en marche, les mains dans les poches, l'air à nouveau absent.

    Appartement de Krelek


    Krelek venait de retrouver ses quartiers et fut accueilli par son IV domestique, Rune. La sphère bleue s'empressa de faire un rapport de ses corvées, celles qu'il avait faites, et celles qu'il n'avait pas encore eu le temps d'accomplir, et le Drell l'écouta d'une oreille discrète, sans vraiment faire attention au monologue de l'hologramme. C'était un discours qu'il entendait chaque jour. Le programme déblatérait toujours le fait de s'être assuré que l'appartement était propre, d'avoir fait le tri dans les mails de son maître, d'avoir arrangé son agenda, etc. Krelek n'accordait qu'une maigre attention à son compagnon uniquement dans le but de savoir si quelque chose d'autre que la routine s'était déroulé. Mais c'était rarement le cas. Au fond, le Drell ne se plaignait pas des dialogues répétitifs de Rune, car cela lui permettait au moins d'avoir un dialogue qui n'était pas empli d'hypocrisie. Et puis, l'IV s'arrangeait toujours pour qu'un café chaud attende son propriétaire à son retour, ce qui était fort agréable, il fallait l'avouer.

    - Comment s'est passé votre sortie, monsieur Aelos ? demanda l'hologramme.
    - C'était... étrange, répondit le concerné, un peu absent.

    La sphère bleu s'enquit de savoir la raison, mais le Drell ne répondit pas, sachant pertinemment que Rune n'avait aucune émotion et ne pouvait pas faire preuve de curiosité ; il était programmé pour faire preuve de politesse. Au lieu de cela, Krelek alla chercher son café et retourna dans le salon, afin de s'étaler sur son large canapé, faisant face à la baie vitrée, qui offrait une splendide vue sur le coucher de soleil. Il porta la tasse à ses lèvres, sirota le liquide amer et resta ainsi, ruminant à nouveau de sombres pensées, son attention à nouveau prise par le Réseau. Il avait un empire en ruine à faire renaître, et ce n'était pas une affaire gagnée d'avance... Il lui fallait s'assurer que le navire ne coule pas, il fallait qu'il agisse pour redresser la situation, mais il n'avait pas la moindre idée de la manière dont s'y prendre. Il finirait par trouver, il le fallait, et il savait qu'il pouvait relever ce défi. Ce n'était pas le premier qui semblait insurmontable auquel il faisait face...












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mar 03 Mar 2015, 21:32
Ashaa se sentit profondément soulagée quand elle vit l’inconnu entrer dans son jeu. Plutôt que de se mettre à la questionner et à attirer l’attention des badauds présents sur la place, il se contenta de faire comme si tout ceci était parfaitement naturel. Après tout, cela arrive si souvent qu’une jeune femme se jette aux bras du premier venu en lui demandant de faire comme s’ils étaient ensemble tandis que déboulent dans son dos cinq hommes en uniforme cherchant de toute évidence à mettre la main sur une fugitive. C’était d’un commun… N’importe qui dans la galaxie avait dû expérimenter ce genre de situation au moins une fois dans sa vie. Non ? Qu’importe… Le Drell eut l’amabilité de faire comme si rien de tout ceci n’était intriguant et il l’entraîna même vers un stand pour mieux l’aider à se soustraire à la vue de ses poursuivants. Cette fois-ci, Ashaa se fit violence pour ne pas regarder par-dessus son épaule. Elle avait retenu la leçon de la dernière fois…

— Vous voyez quelque chose ? aboya le Turien. Elle doit forcément être dans les parages. Retrouvez-la. (Puis il se mit à jurer avec haine en ne lésinant pas sur les propos racistes.)

Ashaa soupira de soulagement en entendant les bruits de pas s’éloigner rapidement. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle risqua un coup d’œil sur le côté pour voir ses cinq poursuivants disparaître au coin de la rue. Elle était finalement parvenue à les semer ; mais pour combien de temps ? Elle l’ignorait. Le mieux pour elle était de quitter ces beaux quartiers le plus rapidement possible. Tant qu’elle resterait aussi près de la zone du spatioport, elle risquerait de recroiser la route de cet affreux Turien. Le mieux pour elle était donc de quitter le quartier quelques temps ; histoire que le douanier l’oublie et tire un trait sur elle. Elle aviserait ensuite quoi faire pour trouver une solution afin de quitter Illium.

Quand le dernier douanier eut disparu à son tour au détour d’un immeuble, Ashaa estima le moment venu pour elle de prendre la fuite dans l’autre direction. Elle se détacha du bras de son sauveur et se fondit dans la foule en quelques secondes sans même un remerciement ou un coup d’œil pour celui à qui elle devait d’être encore libre à l’heure qu’il est. Sans lui, nul doute que le Turien l’aurait ramenée au spatioport avant de l’enfermer dans une salle minuscule dépourvue de fenêtres où il aurait pris un malin plaisir à lui faire passer un interrogatoire en vue de découvrir ce qu’elle venait faire sur Illium et pourquoi elle avait tant tenu à éviter les contrôles d’identité. Ashaa était soulagée d’avoir évité ça…

Les vitrines de luxe et les tours résidentielles défilèrent de part et d’autre du champ de vision d’Ashaa sans qu’elle prenne la peine de s’arrêter pour les admirer un instant. Elle était toujours sur la défensive et quand bien même elle avait à présent ralenti l’allure, il n’en demeure pas moins qu’elle continuait d’attirer plus ou moins l’attention avec ses vêtements miteux et sa dégaine de crève-la-faim. Cependant, les gens semblaient tellement choqués de poser les yeux sur elle qu’ils s’empressaient de détourner le regard de peur de finir comme elle ; et ce faisant, ils l’oubliaient presque aussitôt après avoir posé les yeux sur elle. Ce qui n’était pas plus mal tout bien considéré. Ashaa put ainsi poursuivre son chemin à travers le quartier marchand sans faire de mauvaise rencontre. Hélas, le soleil avait depuis longtemps déjà amorcé sa descente par-delà l’horizon et le ciel avait désormais pris une teinte orangée auréolée de touches de violet. Magnifique. Le genre de vision romantique que l’on pourrait admirer des heures durant. Cependant, ce spectacle annonçait également la venue de la nuit. Or Ashaa n’avait nulle part où aller et elle ne savait pas où elle pourrait trouver un abri sûr pour la nuit.

Quand elle passa devant la vitrine d’une boutique de bijoux précieux, Ashaa s’arrêta et tourna le dos au magasin pour poser les yeux sur la statue qui avait retenu son attention dans le reflet du verre. Elle se rappelait de cette statue représentant une Asari élancée au visage tourné vers les cieux. Elle avait déjà vu cette statue quelque part… Et soudain, sa mémoire eidétique lui donna la réponse à ses questions : elle se revit passant devant cette même statue alors que le soleil doré brillait encore haut dans le ciel en cette fin d’après-midi. C’était l’endroit précis où elle avait manqué bousculer l’Asari dont le sac de courses l’avait fait trébucher et rouler au sol. Elle n’avait pas à proprement parlé pris le temps de poser les yeux sur la statue à ce moment-là, mais celle-ci avait forcément dû passer dans son champ de vision pour qu’elle la reconnaisse immédiatement d’un simple coup d’œil. Balayant du regard la zone, Ashaa confirma son impression de déjà-vu en reconnaissant effectivement les diverses vitrines et les arbres en fleur devant lesquels elle était passée en trombe plus tôt dans la journée avec ses poursuivants aux trousses. Elle était déjà venue là ! Elle n’avait fait que tourner en rond depuis des heures !

La Drell poussa un soupir à pierre fendre. Qu’allait-elle faire ? La nuit était tombée à présent et le vent qui vint caresser sa peau était plus frais que celui qu’elle avait pu savourer durant tout l’après-midi. La nuit promettait d’être fraîche et elle n’avait nulle part où aller ; elle était seule et n’avait aucun toit à se mettre sur la tête. Ashaa capta alors du coin de l’œil du mouvement au loin. Quand elle tourna la tête dans cette direction, elle repéra deux silhouettes arpentant la promenade avec le genre d’attitude qui n’augurait rien de bon : tout dans leur démarche et leur comportement indiquait qu’il s’agissait là de deux représentants de la loi. Elle se trouvait après tout dans un quartier élitiste ; nul doute que la zone était surveillée une fois la nuit tombée afin d’éviter tout débordement. Il était commun de voir ça sur Oméga ; mais si sur la station pirate les patrouilles servaient à assurer la sécurité d’un territoire contre une attaque d’un gang adverse, ici la présence des forces de l’ordre servait surtout à assurer la sécurité des résidents qui devaient probablement débourser une petite fortune pour payer ces hommes dont la mission principale était de déambuler sur les promenades avec le ciel étoilé au-dessus de leur tête pour égayer leurs heures de garde. Mieux valait ne pas rester là.

Finalement, c’est au fond d’une impasse que la Drell trouva son salut. L’arrière-cour appartenait à une boutique d’équipement électronique volus. Elle donnait sur une unique porte qui malheureusement était verrouillée de l’intérieur ; et comme Ashaa ne connaissait absolument rien au piratage, ce n’était même pas la peine de tenter de forcer le passage. Dans le meilleur des cas, elle risquerait d’alerter les forces de l’ordre en déclenchant une alarme et elle aurait alors pour sûr tout gagné. Aussi se contenta-t-elle de s’installer devant le sas circulaire présentant un petit renfoncement qui lui permettrait de ne pas sentir le vent frais qui soufflait dans l’impasse en rugissant de contentement. À croire qu’il prenait un malin plaisir à la voir frissonner sous ses assauts. Le destin était décidemment bien cruel. La seule chose de positive qu’Ashaa remarqua, ce fut que l’arrière-cour était bien silencieuse en dehors du cri du vent. Aucun rat ne viendrait perturber son sommeil agité. C’était toujours ça de pris…

***

Le lendemain matin.

Le bruit de succion caractéristique de l’ouverture d’une porte tira doucement Ashaa du sommeil. Mais c’est surtout le cri horrifié d’une minuscule créature qui l’arracha complètement aux bras de Morphée. Ouvrant les yeux en grand, Ashaa découvrit à seulement un mètre d’elle une créature toute ratatinée sur elle-même qui ne devait guère dépasser les un mètre voire un mètre vingt. Elle portait une armure intégrale ainsi qu’un casque qui dissimulait complètement les traits de son visage. Ashaa reconnut là un Volus. Elle avait été amenée à en croiser plusieurs durant son séjour sur Oméga. Aussi étrange que cela puisse paraître, ils l’avaient toujours intriguée ; avec leur armure si caractéristique et leur casque qui produisait un bruit étrange de clapet pressurisé. Celui qu’elle avait devant elle cependant, à cause du sac à ordures presque aussi grand que lui qu’il trainait, arracha un cri de surprise à la Drell lorsque les yeux de celle-ci s’habituèrent enfin à la forte luminosité ambiante pour découvrir cette petite chose la dominant de haut.

Ashaa recula précipitamment pour mettre quelques mètres supplémentaires entre le Volus et elle. Le propriétaire des lieux se mit alors à pousser des cris d’alerte qui risquaient fortement de réveiller tout le quartier et d’attirer l’attention d’indésirables : tels des représentants des forces de l’ordre. La jeune femme comprit alors qu’il valait mieux pour elle ne pas s’attarder ici plus longtemps. D’un bond, elle se remit sur ses jambes et se précipita vers la seule issue menant hors de l’impasse. Le Volus accourut à sa suite en continuant de pousser des cris. Dans sa hâte, il n’avait pas lâché le sac qu’il tenait à bout de bras et cela permit à Ashaa de mettre rapidement de la distance entre elle et lui. Ce dont elle s’était assuré d’un rapide coup d’œil par-dessus son épaule. Lorsqu’elle reporta son attention devant elle, il s’en fallut de vraiment peu pour qu’elle renverse un individu qu’elle n’avait pas vu surgir sur sa route. Un homme. Un Drell. C’est tout juste ce qu’elle eut le temps de voir tandis qu’elle poursuivait sur sa lancée sans même un regard en arrière ni un mot d’excuse à l’égard du malheureux. Elle avait pour le moment plus important à craindre : finir dans une prison de Nos Astra. Aussi continua-t-elle de courir jusqu’à ce qu’elle fut sûre et certaine d’avoir mis un maximum de distance entre elle et la petite boule de métal aux cris assourdissants. À ce moment-là seulement, Ashaa consentit à s’arrêter pour souffler.

***

Quelques heures plus tard.

Ashaa se tenait dans l’ombre d’un bâtiment se trouvant non loin de l’entrée principale du spatioport. Cela faisait un moment déjà qu’elle observait les allers et venues des touristes en transit. Ils défilaient par centaines. Mais toujours ces contrôles d’identité. Ces scanners. Ces vérifications de papiers. Elle ne voyait aucun autre moyen de mettre les pieds à l’intérieur du spatioport sans risquer d’alerter une fois encore la sécurité. Elle avait tenté de faire le tour et de retrouver l’autre entrée par laquelle elle avait réussi à prendre la fuite la veille, mais cette porte était condamnée de l’extérieur ; à moins d’en posséder les codes d’accès, qui lui faisaient défaut. Et comme elle ne connaissait absolument rien en matière de piratage, autant dire qu’elle pouvait d’ores et déjà tirer un trait sur cette idée. En somme, à moins de trouver un moyen de franchir la sécurité à l’entrée principale, autant dire qu’elle était plus ou moins condamnée à demeurer sur Illium pour le moment.

— Pourquoi la malchance s’acharne-t-elle autant sur moi ? Qu’ai-je donc fait pour mériter ça ? Suis-je maudite d’une manière ou d’une autre ?

En réponse à sa question, son estomac se mit alors à gargouiller et à faire de nouveau entendre parler de lui. Elle s’était efforcée d’ignorer ses complaintes tout au long de la journée ; mais là, les cris étaient tels qu’elle ne pouvait continuer de faire comme si elle ne se rendait compte de rien. Elle n’avait rien avalé depuis la veille au matin – quand elle était encore à bord du vaisseau de Keedan. À présent, elle était littéralement affamée. Mais elle n’avait rien à se mettre sous la dent ; et pas de crédits non plus pour acheter quoi que ce soit. Elle avait pourtant eu un peu d’argent sur elle, ce qu’elle était parvenue à sauver durant sa fuite d’Oméga ; mais le fait est que ces crédits étaient présentement dans son sac, sac qu’elle avait égaré le matin même en tentant de fuir les cris enragés du Volus mécontent d’avoir découvert sur le pas de sa porte la malheureuse Drell. Elle avait donc tout perdu. Que ce soit tous ses crédits ou même ses quelques possessions. Rien d’irremplaçables certes, mais tout de même. Et hors de question pour elle de retourner chercher ses affaires. Qui sait si la police n’était pas encore là-bas en train de prendre la déclaration du malheureux propriétaire probablement traumatisé à vie. Aussi n’avait-elle pas le choix : elle allait devoir voler quelque chose à se mettre sous la dent.

Ashaa quitta la zone du spatioport pour retourner vers la galerie marchande où pullulaient toutes sortes de boutiques allant du magasin de vêtements à celui de composants électroniques en passant par un peu de tout : alimentaire, denrées exotiques, nécessaires pour animaux de compagnie et j’en passe. Après avoir longuement observé les environs en faisant mine de flâner sans véritable but précis, Ashaa finit par jeter son dévolu sur un petit commerce qui ne payait pas de mine et dont la sécurité semblait laisser à désirer comparé aux standings des commerces limitrophes. En pénétrant à l’intérieur, Ashaa fit en sorte de paraître le plus naturel possible compte tenu de ses vêtements miteux et de son allure négligée. Elle avait l’intention d’entrer et ressortir ni vue ni connue. Enfin… cela aurait dû être ainsi.

Comme il fallait s’y attendre, elle attira immédiatement l’attention du manager galarien qui se tenait derrière le comptoir et la caisse. Comme il n’y avait personne d’autre dans la boutique que la Drell, il quitta son poste et fit mine de s’occuper de réorganiser les étals sans pour autant quitter la créature du regard. Ashaa pouvait sentir ses yeux suivre chacun de ses mouvements. Et quand elle changeait de rayonnage, il ne tardait pas à la rejoindre en feignant d’être occupé. La jeune femme joua le jeu et laissa le Galarien continuer son petit numéro ; jusqu’au moment où, penaud, il se retrouva seul dans l’allée où il avait vu la Drell disparaître pour la dernière fois. Il eut beau revenir sur ses pas : rien. Elle s’était volatilisée. Il n’en revenait pas.

— Mais… Que… ? (Il se gratta le front avant de se retourner vers l’entrée.)

Ashaa s’immobilisa sur le seuil de la porte en sentant les yeux du propriétaire de la boutique se poser sur elle. Il s’en était fallu d’une seconde à peine et elle aurait pu quitter les lieux sans que le Galarien ne se doute de quoi que ce soit. Et pourtant, la voilà prise sur le fait : dans ses bras, quelques denrées qu’elle n’avait pas les moyens de payer mais dont elle avait cruellement besoin. Elle se sentait vidée et cela n’avait rien à voir avec sa courte nuit et sa cavalcade de la veille. Elle avait juste le ventre vide et avait besoin de manger quelque chose – n’importe quoi – pour recouvrer des forces. Et des forces, elle allait en avoir besoin compte tenu de la situation précaire dans laquelle elle se trouvait désormais.

Ashaa et le Galarien échangèrent un regard étonné l’espace d’un instant. Puis ce dernier recouvra ses esprits et ouvrit la bouche pour lui intimer :

— Restez où vous êtes ! Vous n’avez pas payé ces achats. Revenez ou j’appelle la sécurité !

Ashaa fit volte-face sans attendre et se rua à l’extérieur de la boutique en manquant cette fois encore de renverser un homme qu’elle n’avait pas vu. Le choc fut suffisamment violent pour que tous deux perdent l’équilibre et qu’Ashaa bascule en avant en entraînant le malheureux qui s’était trouvé là au mauvais endroit au mauvais moment. S’il amortit en partie la chute de la jeune femme, il n’empêche que la Drell s’écorcha méchamment le coude en percutant violemment le sol. Sa tête quant à elle vint heurter le torse de celui qui avait surgi de nulle part et l’espace d’un instant, la jeune femme demeura nauséeuse. Tout était arrivé si vite. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine sous l’action d’une forte poussée d’adrénaline et sa chute lui avait fait perdre le fil de la réalité. Elle était perdue.

Passé le choc de la surprise, Ashaa releva les yeux vers l’individu qu’elle venait de jeter littéralement à terre. Un Drell. Encore un Drell ? C’était au moins le troisième qu’elle rencontrait en seulement deux jours. Et dire qu’ils étaient censés être plutôt rares dans la galaxie – du moins en dehors des frontières de leur monde d’origine. Quelle étrange coïncidence ! Mais pas aussi étrange que le fait de se rendre compte qu’il s’agissait en fait d’un Drell qu’elle avait déjà croisé. Cette couleur dorée comme le soleil et ces bajoues écarlates ; cette fière allure et ces beaux vêtements. C’était le Drell qu’elle avait croisé la veille sur la grande place et qui l’avait aidée à échapper à ses poursuivants. Encore lui ?

— Eh ! Attrapez-la ! C’est une voleuse ! s’écria la voix aux intonations précipitées du vendeur galarien.

Ashaa échangea seulement un bref regard avec le mystérieux Drell avant de tenter de se redresser et de prendre la fuite. Mais une main se referma vivement sur son avant-bras. Elle eut beau lutter pour se libérer de la prise, le Drell tint bon. Elle se retourna pour le fusiller du regard. Quelque chose dans les yeux de la créature soumise indiqua qu’elle était à présent paniquée. Elle était prise au piège. Un homme la tenait de nouveau entre ses mains ; elle ne put s’empêcher de repenser à sa vie passée sur Khar’Shan. Son souffle se fit chaotique et elle se débattit de plus belle telle une bête sauvage acculée au pied du mur et incapable de prendre la fuite. Qu’allait-il lui arriver maintenant ?
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mer 04 Mar 2015, 19:48

    Appartement de Krelek


    Krelek était debout, en train d'observer l'horizon de Nos Astra par l'énorme baie vitrée de son appartement, un verre d'alcool dans la main, l'air pensif. On lui avait dit, un peu plus tôt dans la journée, qu'il était une personne courageuse, pour vivre avec sa fortune et refuser toute association avec le peuple Drell. Le concerné méditait à présent sur ces paroles. Il avait d'abord feint la modestie, afin de ne pas se venter, ni même se dénigrer, choses qui ne lui auraient pas donné une bonne image, mais, en ce moment, il se posait plus sérieusement la question. Etait-il quelqu'un de courageux ? Mais, avant toute chose, qu'était le courage, au final ? Pouvait-on dire que l'apprentissage de la mort est celui du courage ? Pouvait-on dire qu'il fallait nécessairement faire face à la mort, au danger, pour être courageux ? Ou bien était-ce quelque chose de plus abstrait, qui s'étalait sur plus de sujets que le simple fait d'être en danger ? Le courage avait bien des définitions et on le confondait souvent avec la bravoure. Krelek ne s'estimait pas courageux parce qu'il avait affronté la mort plus d'une fois, mais parce qu'il avait su s'accepter lui-même. Il s'était rendu compte, à force de méditation, que trop peu de gens s'assumaient eux-mêmes, ou se convainquaient en ce sens, sans forcément avoir conscience de qui ils étaient. Il fallait, selon le Drell, savoir se regarder dans le miroir et se reconnaître, pour se dire courageux. Car qui sait qui il est, sait affronter tous les obstacles ; le plus grand danger auquel chacun doit faire face dans sa vie, c'est lui-même, car il n'y a personne d'autre que soi, qui puisse nous arrêter. Beaucoup de personnes se faisaient une représentation erronée d'eux-mêmes, afin de se satisfaire - ou non - et ne pas avoir à répondre à la fameuse question du "qui suis-je ?". D'autres l'ignoraient tout simplement, trop effrayés de découvrir ce que renferme leur enveloppe charnelle. S'accepter, se reconnaître, était un défi que trop peu osait relever, que trop oubliaient de s'imposer. La société actuelle était celle qui marquait la fin du courage, car la superficialité du monde lui faisait oublier qui il était, et la quête spirituelle que tous suivaient un jour au court de leur vie pour se découvrir était tombée dans l'oubli. Aujourd'hui, un chemin était tout tracé et on le suivait sans se poser de questions, parce que la société le demandait. Il n'y avait plus de recherche de soi, il n'y avait plus de personne qui pût se considérer comme courageux, seulement une bravoure factice qu'on nommait "courage" pour oublier et se satisfaire. Une illusion qu'on acceptait silencieusement, parce que cela arrangeait bien les affaires d'autrui.

    Krelek soupira et finit son verre, avant de s'en retourner au minibar et simplement le poser dessus, ayant décidé de s'en occuper plus tard. Le soleil était à son zénith et il allait être temps pour lui de se mettre en route pour l'opéra auquel il avait été invité. C'était bien la première fois qu'il allait assister à ce type de spectacle et, curieux, avait accepté l'offre, bien qu'ayant un pressentiment lui suggérant qu'il n'allait pas être aussi diverti que ce que ses hôtes laissaient entendre. Il savait qu'il s'agissait d'un type de divertissement très prisé par les classes supérieures par son côté très chic, mais, d'expérience, il savait que leurs activités étaient surfaites et, pour la plupart - mais pas toutes -, ennuyantes à souhait. De ce fait, le Drell redoutait quelque peu les heures à venir, ne sachant pas vraiment à quoi s'attendre. Il savait que les opéras humains étaient proches du théâtre classique, mais avec un penchant très prononcé pour les chants longs et impressionnants de par la performance des acteurs. Mais il s'agissait ici d'un opéra asari, et donc quelque chose qu'il ne connaissait absolument pas, si ce n'était le fait qu'il fût spectaculaire visuellement et bien différent de ses homologues humains. Avec de la chance, cela se montrerait intéressant, mais Krelek gardait un doute ; il n'était pas friand des spectacles, et encore moins de ceux prisés par la haute société. Le dernier auquel il avait assisté avait été une pièce de théâtre, dans le cadre d'une mission d'assassinat, du temps où il était encore chasseur de prime. Le peu qu'il avait vu lui avait donné l'impression que cela avait été d'un extrême ennui. Mais l'opéra était différent, et il espérait que cela fût dans le bon sens du terme.

    - J'ai préparé votre voiture, monsieur Aelos, dit alors Rune.
    - Ca ne va pas être nécessaire, j'irai à pied, répondit Krelek. Merci quand même.

    L'IV ne répondit pas et se contenta de disparaître, retournant à ses tâches ménagères. Le Drell ne désirait en effet pas faire usage de son véhicule personnel, favorisant la marche, afin de se maintenir actif. En effet, depuis qu'il avait accepté de travailler pour le Courtier de l'Ombre, en 2197, il n'était plus autant sur le terrain qu'avant, et avait l'impression de perdre petit-à-petit ses capacités physiques, de s'enrouiller. Pour pallier au problème, il effectuait des séances de fitness et marchait le plus souvent possible. Mais cela ne lui suffisait pas, car n'étant pas aussi intensif que certaines missions. Et puis, il y avait aussi le fait de ne pas être en danger sur un tapis roulant. Krelek avait effectivement un certain goût pour l'action, sentir l'adrénaline couler dans son sang et le doper, lorsqu'il était dans une situation difficile. Il était beaucoup plus excitant de se garder en forme en se faufilant dans des conduits d'aération, en faisant usage de souplesse et de discrétion pour contourner des obstacles, en se battant. Utiliser des machines pour garder sa masse musculaire, c'était aussi passionnant que regarder les oiseaux chanter à travers un écran holographique. Lorsqu'on avait vécu une vie de combattant, il était difficile de s'accoutumer au calme. Le Drell acceptait bien entendu sa situation, et était même heureux d'enfin vivre confortablement, mais, parfois, les champs de bataille lui manquaient, aussi paradoxal cela pût paraître ; il était en effet connu de tous qu'il n'était pas un pire endroit que celui des fusillades. Mais lorsqu'on ne connaissait que ça, il n'était pas facile de s'accoutumer à un autre mode de vie. S'adapter n'était pas aussi facile qu'on pouvait le croire. Il arrivait même à Krelek de parfois rêver qu'il était à nouveau un assassin, combattant pour accomplir son objectif et survivre. Il ne prenait pas plaisir à tuer, il n'était pas assez atteint psychologiquement pour cela, mais c'était un univers qu'il connaissait, où il n'y avait pas de place pour l'hypocrisie et le repos, un monde où l'action était constante et intense, captivante ; ce n'était pas pour rien que l'on disait que combattre était un art.

    Krelek eut tôt fait de rejoindre les rues-passerelles de la mégapole, qui permettaient de circuler entre ses gigantesques gratte-ciels à pied, sans toutefois avoir besoin de rejoindre le niveau de la surface, où une chaleur étouffante régnait à cette période de la journée. Elles étaient toutefois relativement à basse altitude, permettant aux véhicules de circuler librement dans les airs. Cela avait pour seule conséquence de baigner les piétons dans une température plus élevée que sur les grandes terrasses publiques des immeubles. Le nombre de passants était également bien plus élevé qu'en altitude, du fait la proximité des passerelles de la surface. De nombreux marchés profitaient de ces espaces ouverts et fréquentés pour s'y établir et profiter d'un plus grand nombre de clients. Il y avait également plusieurs petits parcs et autres places afin de décorer le tout et ne pas simplement donner l'impression au piétons de marcher sur une route. Le Drell aimait circuler sur ces chemins, grâce à la vue qu'ils offraient, qui révélait l'imposante taille des gratte-ciels de Nos Astra. C'était également là qu'il y avait sa place favorite, donnant sur le spatioport. Circuler entre les passants était également quelque chose, propre au mâle, qui l'apaisait. Sur Rakhana, les rues étaient désertes, et ceux qui s'y aventuraient risquaient de se faire tuer. Ici, il avait une impression de vie qui lui donnait l'impression que tout allait pour le mieux.

    C'est alors qu'il fut bousculé. Il eut le temps d'observer l'auteur de l'incommodité et découvrit avec étonnement qu'il s'agît de la Drell qu'il avait vue la veille, celle qui fuyait la douane de la ville. Elle eut tôt fait de se fondre dans la masse de passants et disparaître. Krelek vérifia ses poches pour s'assurer qu'elle ne l'avait pas volé, puis, constatant que ce n'était pas le cas, haussa les épaules et se remit en marche en direction de l'opéra...


    Deux heures plus tard


    Krelek sortit enfin de l'opéra, soulagé d'enfin fuir cet enfer qu'on avait osé prétendre être divertissant. Certes, les effets spéciaux et les visuels s'étaient montrés spectaculaires, mais la prestation en soit avait été d'un ennui tel que le Drell n'en avait jamais connu. Il avait passé deux heures à observer des formes holographiques danser dans les airs, à un rythme très lent, le tout sur une musique minimaliste faite de chœurs qui donnait l'impression que les choristes étaient sur le point de se suicider. Le tout avait sans conteste été d'une grâce et d'une élégance admirable, mais observer cela pendant autant de temps, le tout en étant confiné dans une petite chambre donnant sur une large salle circulaire, n'avait pas été une partie de plaisir. Les opéras n'étaient pas faits pour Krelek, et il n'allait pas l'oublier. De plus, il n'avait même pas pu profiter de l'occasion pour nouer de nouveaux liens utiles au Réseau, car le spectacle s'étant fait dans un silence presque religieux. Une perte de temps qu'il regrettait amèrement. Ses hôtes avaient voulu le ramener chez eux pour un repas - en retard - avec d'autres "amis", mais le Drell avait préféré s'éclipser en prétextant avoir déjà quelque chose de prévu, ce qui, il fallait s'en douter, n'était qu'un pauvre mensonge qui avait sans doute manqué de conviction pour être crédible.

    Krelek marchait à présent en direction de son appartement, flânant du côté des places de marchés, laissant son esprit vagabonder. En même temps, il réfléchissait à une manière d'activer le Réseau, sans éveiller d'anciens ennemis oubliés ; cela avait coûté cher au dernier Courtier de l'Ombre. Ce dernier n'avait pas été suffisamment discret avec ses actions et en avait payé le pris fort de sa propre vie et d'une part de son réseau d'informations, qui était à présent amputé d'une grande partie de sa force, pour de multiples raisons que le Drell préférait oublier pour le moment. Il fallait se concentrer sur la renaissance du Réseau, plutôt que s'attarder sur les causes de sa chute, et l'ex-chasseur de prime était très actif de ce côté là. Ce qui le rassurait était que l'empire se portait mieux qu'il y a six mois, période pendant laquelle Krelek pensait qu'il s'ancrait déjà dans le passé. Mais sa situation était encore précaire et son avenir était encore incertain. "Après la tempête, le soleil", disait-on. Le Drell l'espérait vraiment, où il allait devoir se reconvertir pour s'assurer de ne pas chuter avec le Réseau.

    C'est alors que quelqu'un le percuta de plein fouet. Le choc fut suffisamment puissant pour que les deux individus tombassent et, par ce fameux réflexe qui faisait s'élancer une personne sur un stylo sur le point de tomber, comme s'il s'agissait de l'objet le plus précieux au monde, Krelek rattrapa celui qui lui avait foncé dessus, qui se raccrocha à lui. A terre, il put constater, à son plus grand étonnement, qu'il s'agissait de la même Drell qui l'avait bousculé deux heures plus tôt, celle-là même qui l'avait utilisé comme couverture pour s'échapper des griffes des douaniers. Deux fois, il s'agissait peut-être d'une coïncidence. Mais trois fois, il ne voulut pas le croire. Fâché, il se releva et, constatant que la femme tenta d'à nouveau s'éclipser, il lui agrippa le bras, l'empêchant de fuir.

    - Pas cette fois, ma grande, grinça-t-il.

    Un Galarien déboula alors, sortant du magasin qui se situait juste à côté. L'air furieux, il pointa la Drell d'un air inquisiteur.

    - Cette peste m'a volé ! s'exclama-t-il. Elle m'a volé ! J'appelle la police, c'en est trop ! Y'en a marre de ces vermines des bas-fonds qui viennent nous voler !

    Peu désireux de voir les forces de l'ordre débarquer, Krelek décida de calmer l'amphibien et activa son Omni-tech, sans lâcher la femme, qui se débattait.

    - Doucement, je vais vous payer vos articles, déclara le Drell en costume. Combien je vous dois ?
    - Quoi ? Vous voulez aider cette racaille ? s'offusqua le vendeur. Mais où va le monde... Vraiment, où va-t-il... 65 crédits.

    Krelek ne chercha pas à savoir si le prix était le bon, ou si le Galarien l'avait gonflé, et effectua la transaction, avant de tirer la femme avec lui, s'éloignant du magasin, laissant la grenouille retourner à ses affaires en jurant. La Drell tentait de se libérer, mais l'ex-assassin la tenait d'une poigne de fer, littéralement. Une fois éloigné de la place, il se retourna vers celle qui retenait son attention et, d'un ton suspicieux, lui demanda, sur un ton sec et implacable :

    - Qui es-tu ? Qui t'envoie ? Et pourquoi tu me suis ?

    Le fait qu'elle l'ait heurté trois fois en à peine 24 heures avait quelque peu inquiété Krelek, qui voyait déjà les ennemis du Courtier de l'Ombre l'avoir découvert. En effet, pour lui, la femme le suivait et il comptait bien savoir pourquoi. Il n'allait pas lâcher l'affaire sans s'être assuré qu'il n'était pas en danger. Ceux qui voulaient la mort des membres du Réseau n'étaient pas des personnes à sous-estimer, et encore moins à prendre à la légère. Son ancien employeur l'avait appris de la plus dure des manières et le Drell ne comptait pas faire les mêmes erreurs. Il ne laisserait rien au hasard. Si son interlocutrice n'avait rien à voir dans ces histoires, alors la coïncidence serait des plus étranges. Elle avait d'ailleurs l'air terrifiée. Un signe qu'elle savait à qui elle avait affaire ? Ou bien l'homme en costume qui lui faisait face lui inspirait la peur ? Il aurait tôt fait de connaître la réponse.












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Ven 06 Mar 2015, 19:49
Ashaa venait de se redresser d’un bond après avoir bousculé et renversé ce mystérieux Drell qui était sorti de nulle part. Elle avait dans l’idée de prendre la fuite avant que les cris du Galarien n’alertent les forces de l’ordre ; mais rien ne se passa comme prévu. Une main se referma vivement sur son avant-bras avant qu’elle ait pu faire ne serait-ce qu’un pas. Elle n’eut aucunement besoin de poser les yeux sur les doigts enserrant son poignet pour comprendre à qui ils appartenaient. Une voix lui lança :

— Pas cette fois, ma grande.

L’adrénaline qui inondait le système de la fugitive accéléra son rythme cardiaque à mesure qu’Ashaa prenait conscience qu’elle était prise au piège. Se débattre ne servit à rien. L’homme en costume était plus fort qu’elle et il n’avait pas l’intention de la lâcher ; plus elle se débattait et plus il résistait tout en raffermissant sa prise sur elle. Elle était acculée au pied du mur et incapable de prendre la fuite. Jeter des regards angoissés dans toutes les directions ne lui fut également d’aucune utilité si ce n’est de se rendre compte que tous les regards étaient à présent braqués sur elle. Elle avait le sentiment d’être à nouveau un animal en cage jetée en pâture au plus offrant. Les yeux des badauds rivés sur elle étaient empli tantôt de dégoûts tantôt d’un désir malsain de découvrir ce que tout cela pouvait bien signifier. Certains regards se firent également lubriques. À moins que cela ne soit le fruit de son imagination ; à moins que la crainte de finir de nouveau enfermée dans une prison dorée ne lui jouât des tours.

Sa poitrine lui faisait mal. Son cœur cognait de toutes ses forces à l’intérieur de son thorax. Elle tira de nouveau sur son bras pour tenter de se dégager de la prise de son adversaire mais ce dernier fit mine de ne même pas se rendre compte de ses vaines tentatives pour lui faire faux bond. Sa poigne était de fer et Ashaa ne pourrait jamais s’en défaire sans son consentement. Il la tenait à sa merci ; comme bon nombre d’autres hommes avant lui. Des hommes dont Ashaa souhaitait n’avoir gardé aucun souvenir ; hélas sa mémoire était parfaite. Comme tous les autres Drells, elle était capable de se remémorer dans les moindres détails n’importe quel moment de sa vie passée ; une malédiction dont elle devait porter le poids sur ses épaules en sachant que jamais elle ne pourrait s’en délester et ce faisant, que jamais elle ne pourrait tirer un trait sur son sombre passé. Aussi son regard se vida-t-il tout d’un coup quand des images passées se superposèrent soudain à la réalité présente et que les visages hantant depuis des années ses pires cauchemars remplacèrent les traits fins et délicats du Drell aux écailles dorées. Il n’en fallut pas plus pour briser la Drell qui cessa brusquement de se débattre.

Tout ceci n’avait duré que l’espace de quelques secondes seulement. Le vendeur galarien se précipita hors de son échoppe sur les traces de la Drell en continuant de crier au scandale.

— Cette peste m’a volé ! s’exclama-t-il en désignant Ashaa du regard. (Celle-ci demeura de marbre, le regard vide.) Elle m’a volé ! J’appelle la police, c’en est trop ! (La Drell retint se respiration sans même s’en rendre compte.) Y’en a marre de ces vermines des bas-fonds qui viennent nous voler !

Ashaa se débattit de plus belle en recouvrant brusquement toutes ses facultés. Ses souvenirs avaient été dissipés par la voix haut perchée du Galarien. Il avait parlé de la police. Les forces de l’ordre allaient lui tomber dessus. Elle ne voulait pas finir entre leurs griffes. Non ! Elle ne voulait pas se retrouver de nouveau enfermée derrière des barreaux, au fond d’une cage. Jamais ! Plus jamais elle ne remettrait les pieds dans une cage ; plus jamais ! Elle préférait encore mourir que de redevenir esclave. Elle ne put cependant pas faire lâcher prise à son geôlier qui ne s’intéressait qu’au marchand galarien.

— Doucement, je vais vous payer vos articles, déclara le Drell en costume. Combien je vous dois ?
— Quoi ? Vous voulez aider cette racaille ? demanda le vendeur en écarquillant ses yeux globuleux et en désignant Ashaa d’un geste plus qu’équivoque. Mais où va le monde… Vraiment, où va-t-il… (Une courte pause.) Soixante-cinq crédits, ajouta-t-il au final en donnant le montant des biens volés.

Le Drell hocha la tête sans un mot et effectua le versement de la somme avant de décider de prendre congé du vendeur offusqué et des passants qui s’étaient agglutinés autour d’eux pour ne pas perdre une miette du spectacle. Il fendit la foule en entraînant la malheureuse fugitive à sa suite. Il ne l’avait toujours pas lâchée. Elle eut beau continuer de se débattre comme un animal enragé tentant le tout pour le tout pour sauver sa vie, cela n’aboutit qu’à contraindre son geôlier à resserrer plus encore sa prise autour de son poignet. Le contact de sa peau sur les écailles de la Drell était dur et froid ; presque métallique. Cela donnait une toute autre définition d’une « poigne de fer » ; sa main était-elle en fer ? Elle n’aurait su le dire. Et elle n’eut guère le loisir de méditer plus avant sur la question.

L’inconnu avait entrainé Ashaa loin de la place centrale. Si au début les passants avaient continué à les suivre du regard, ils avaient cependant fini par se désintéresser complètement d’eux une fois qu’ils se furent suffisamment éloignés. C’était exactement comme la veille : lorsqu’Ashaa avait déambulé dans les rues de Nos Astra sans véritablement attirer l’attention malgré ses vêtements miteux et sa dégaine de crève-la-faim. Les gens étaient tellement offusqués de poser les yeux sur elle qu’ils préféraient se détourner et faire comme si elle n’était pas là. À croire qu’il suffisait d’un regard pour réduire à néant des années de dur labeur afin de se construire un statut social et une notoriété digne de ce nom. Les gens étaient-ils donc aussi superficiels ici que sur Khar’Shan ? Était-ce là un genre de trait de caractère propre aux chanceux ayant réussi à faire fortune dans ce triste univers ? Sans nul doute. Ashaa savait de source sûre que les plus riches étaient dans la majeure partie des cas les plus originaux – tant en ce qui concernait les habitudes du quotidien que celles disons… d’ordre intime. L’argent avait ce pouvoir sur les malheureux cédant à son appel. Il les corrompait et en faisait des êtres méconnaissables.

Le Drell attira Ashaa en dehors de la voie piétonne. Ils se retrouvèrent seuls dans une allée déserte. Il se retourna alors vers elle et sa voix se fi aussi menaçante que suspicieuse. Un ton sec et implacable, dur et froid comme la poigne de fer de sa main. Ashaa ne put retenir un frisson d’appréhension.

— Qui es-tu ? Qui t’envoie ? Et pourquoi tu me suis ? demanda-t-il.

Ashaa demeura sans voix. Elle fixait le mystérieux Drell dans les yeux sans vraiment comprendre le sens de ses propos. Qui elle était n’avait aucune importance. Elle n’était rien. Elle n’était personne. C’était plutôt étonnant selon elle qu’il daigne trouver cette information pertinente. De même pourquoi donc aurait-elle cherché à le suivre ? Cela n’avait jamais été dans ses intentions. Elle se demandait même si ce n’était pas lui en réalité qui la suivait depuis la veille. Était-ce possible ? Cet homme l’avait-il épiée et l’avait-il suivie depuis leur rencontre sur la grande place ? L’appréhension éprouvée par Ashaa jusqu’à maintenant gagna en intensité à mesure qu’elle se posait toutes ces questions. Si bien que, demeurant muette, elle contraignit son interlocuteur à se répéter – ce qui la fit trembler de plus belle lorsqu’elle entendit le ton cassant de sa voix.

— Quoi ?! Je… Je ne vois pas de quoi vous parlez, finit-elle par lâcher en s’efforçant de reculer de son geôlier autant que possible. Je… Je ne sais pas qui vous êtes. (Elle se débattit de nouveau, tentant de recouvrer sa liberté. Il suffit d’une simple pression autour de son poignet endolori pour la contraindre au calme.) Vous me faites mal ! gémit-elle en sentant ses yeux devenir humides. Lâchez-moi ! Lâchez-moi, ordonna-t-elle en redressant le menton et en défiant du regard le Drell aux écailles dorées. Je ne sais pas qui vous êtes et je n’étais pas en train de vous suivre. (Elle plissa les yeux.) N’est-ce pas plutôt vous qui me suiviez ? Qui me dit que ce n’est pas vous qu’on a envoyé pour me retrouver ?

Cette idée venait soudain de germer dans son esprit. Mais comment aurait-ce pu être possible ? Aussi long que son bras pût être, Gorbak ne pouvait pas savoir qu’elle était ici sur Illium. Elle avait faussé compagnie à ses hommes à bord d’un vaisseau privé. Quand bien même elle ne connaissait pas grand-chose à la manière dont fonctionnait le système, elle se doutait qu’il fallait au mieux plusieurs jours – si ce n’est des semaines – pour retrouver la trace d’un unique vaisseau dans l’immensité de la galaxie. Alors que Gorbak ait envoyé ce Drell à sa poursuite était sûrement un peu tiré par les cheveux. Peut-être tout ceci n’était-il qu’une coïncidence ? Ce genre de choses existait-il dans l’univers ? Sûrement pas. Il devait forcément y avoir une explication ; et la sienne valait aussi bien que celle de ce mystérieux individu portant de beaux habits et dont le regard était pourtant aussi perçant que mortel.
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Lun 09 Mar 2015, 20:40

    Rue adjacente à la Place Nosavaya


    Ironiquement, Krelek n'était pas le genre de personne à apprécier que l'on mette son nez dans ses affaires, alors que lui le faisait bien souvent, de part sa nouvelle fonction. Il était de ceux qui restent discrets, ceux qui n'aiment pas s'étaler sur leur vie et qui aiment garder cette dernière privée. Il y avait de multiples raisons qui motivaient un tel comportement de sa part, dont celui de simplement ne pas aimer être trop remarqué. Vivre une vie d'assassin apprenait effectivement à ne pas se faire remarquer, et cela avait une influence certaine sur le comportement du sujet concerné. Lorsque son métier est de ne pas se faire remarquer, se fondre dans la masse et disparaître dans l'ombre pour accomplir sa mission, on tend à le rester même alors que l'on est en sureté. Depuis son plus jeune âge, le Drell avait appris à être le plus discret possible et ne pas se faire remarquer, quelle que fut la situation. C'était une règle d'or de la survie sur Rakhana ; la discrétion était la meilleure arme des survivants, qui se faisaient une guerre pour les dernières ressources de la planète à coup d'embuscades et pièges intelligemment placés, à coup d'attaques éclairs, aussi soudaines et imprévisibles que létales. Cet instinct de survie, très prononcé chez Krelek, l'avait poursuivi même après qu'il eût quitté Omega, où les mêmes règles s'appliquaient que sur son astre natal. Il n'avait jamais su se débarrasser de ces réflexes, même alors qu'il n'avait plus besoin de se cacher pour vivre. Et puis devenir un agent du Courtier de l'Ombre ne l'avait pas aidé, l'anonymat ayant une importance certaine, qui le forçait à ne pas être repéré, ni retracé. Il ne s'en plaignait cependant pas ; il avait toujours connu cela, c'était un mode de vie qu'il avait connu depuis toujours, et qu'aucun autre n'avait su remplacer.

    Quelle ne fut donc pas sa surprise lorsqu'il découvrit cette Drell pour la troisième fois consécutive en moins d'un jour ! Cela n'avait fait qu'éveiller tous ses reflexes et le mettre en garde comme jamais. Il n'avait pas peur, mais il était prêt à faire face à un potentiel ennemi invisible qu'il ne connaissait pas encore. Pour lui, il n'y avait pas de coïncidence possible, seulement le résultat d'actions préméditées. Il ne savait pas ce que voulait la femme, ni ce qu'était son but, mais il comptait bien le savoir, car il voyait en leurs rencontres un mauvais présage pour sa personne. Il pensait avoir réussi à tromper le monde sur son identité, il pensait que tout le monde était dupe et que personne ne se doutait de qui il était réellement, que cela concernât son passé, on son métier. Il avait dû faire une erreur, il doublerait donc de vigilance pour ne pas répéter les mêmes erreurs qui l'avaient menées à être compromis. Mais quelles étaient donc ces erreurs ? Il était persuadé n'en avoir commis aucune. Quelque chose le dépassait en cette situation et il n'aimait pas cela. Il allait devoir accomplir une purge. Il allait devoir endosser une nouvelle fois le rôle du tueur et sortir son armure et ses armes. Il allait devoir éliminer toute menace qui pût le compromettre. Cela était nécessaire, à présent. Il aurait certes pu faire usage de l'un de ses contacts pour prendre un minimum de risques, mais il n'avait confiance qu'en lui lorsqu'il en venait à ce type d'action ; il se savait être un assassin hors paire. Il possédait trois visages, trois masques : celui du riche et mystérieux Drell, celui du courtier d'information et celui de l'assassin, celui qu'il avait porté pendant la plus grande majeure partie de sa vie, celui qu'il n'avait pas endossé depuis un certain temps déjà. Il avait pris la poussière et il aurait espéré de plus avoir à faire usage de cette facette de sa personnalité, mais il semblait que le sort s'acharnât sur lui et que ses vieux démons le suivissent partout. Mais, dans tous les cas, il ferait face à l'ennemi, ne le craignant pas, ni lui, ni la mort.

    Il ne fut cependant pas au bout de ses surprises. En effet, la réponse de la Drell eut pour effet de le troubler plus qu'autre chose. De toute évidence terrifiée, celle-ci avait retourné son accusation contre lui, lui faisant porter le rôle du suiveur, et non plus celui du suivi. Sa dernière phrase indiquait très clairement qu'elle était une fugitive et qu'elle était poursuivie. A moins que cela ne fût une manigance pour lui faire baisser sa garde ? Krelek était dans le doute et ne savait que penser de ce qu'il venait de se passer. Etait-ce réellement une coïncidence d'avoir croisé l'inconnue trois fois en un jour ? Se serait-il mépris ? L'ancien assassin ne voulait prendre aucun risque et ne pas rester dans le doute, mais il ne voulait pas non plus condamner une innocente qui n'avait, finalement, rien à voir avec lui. Il se sentait gagné par la paranoïa ; les ennemis du Courtier de l'Ombre étaient pleins de ressources et de surprises, ils possédaient les moyens de s'en prendre à lui. Mais était-il face d'une de leur espionne ? Un assassin en train d'explorer son terrain de chasse et étudier sa cible ? Ou était-elle une simple Drell perdue dans une mégapole qu'elle ne connaissait de toute évidence pas ? La question était difficile à répondre et Krelek ne voulait pas donner la mauvaise réponse ; il y avait trop d'éléments en jeu. Mais il n'était pas démuni de sentiments au point de s'en prendre à une innocente. Il avait un sens de la justice certain, et cela l'interdisait de s'abandonner au hasard. Il ne lui restait qu'à grignoter des brins d'informations.

    « J'ai l'air d'être le genre à suivre des gens en haillon ? » demanda-t-il, haussant un sourcil. Il avait certes souligné la tenue de la Drell, mais pas dans une intention mauvaise ou hautaine, mais pour bien faire remarquer qu'avec sa tenue, il n'était très clairement pas un mercenaire envoyé par quelque obscure personne cherchant à mettre la main sur la femme. En réalité, il était doué en pistage et il aurait tout à fait pu être celui envoyé pour récupérer la fugitive, mais cela se serait alors passé deux années plus tôt, du temps où il n'était pas encore membre du Réseau. Son interlocutrice pouvait se vexer de sa remarque, mais, du moment que le message passait, il n'en avait que faire de son état d'âme. Non, il était question de percer à jour le mystère de ces rencontres, aussi étonnantes étaient-elles. Il ne comptait pas lâcher la Drell avant qu'elle n'ait dit quoi que ce fût.

    - Je réitère ma question : qui t'envoie ? demanda-t-il à nouveau. Je ne préférerais avoir besoin de faire usage de la force.

    Krelek n'allait bien entendu pas commencer à frapper et torturer la Drell en public ainsi. Il n'atteindrait un tel extrême qu'en cas de besoin. Il avait un outil bien plus efficace qui pouvait en dire plus que tout ce que pourrait avouer la femme par la force, sans faire couler la moindre goûte de sang. Il restait un tant soit peu civil et préférait user de subtilité, que de violence, afin d'atteindre ses objectifs. Ca, c'était le nouveau masque du mâle, celui du stratège, celui du courtier, celui du Drell en costard. Il était tellement plus facile et efficace de faire usage du réseau d'informations du Courtier de l'Ombre, que de maltraiter une femme qui était de toute évidence à bout de force, mal nourrie et mal habillée.












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mer 11 Mar 2015, 20:53
Ashaa avait le souffle court. Son cœur continuait de battre à tout rompre dans sa poitrine. À croire qu’il faisait tout son possible pour s’extraire de sa prison avant qu’il ne soit trop tard. Était-ce un genre de signe ? Cela voulait-il dire quelque chose ? L’adrénaline continuait de se répandre dans son système ; elle sentait l’hormone lui dicter de prendre la fuite. C’était un désir intense qu’elle ne pouvait réprimer. Mais elle était prise au piège ; tout comme son cœur dans sa poitrine. Elle ne pouvait se débattre tout comme elle ne pouvait pas fuir ; elle était acculée au mur et semblait condamnée.

Le Drell qui lui faisait face pensait qu’elle en avait après lui. Elle avait eu beau se défendre en lui disant qu’elle ne le connaissait pas et n’avait jamais cherché à le suivre, il n’avait pas l’air convaincu. Elle avait craint alors que ce ne soit lui qui ait été envoyé pour elle. Cela lui semblait un peu tiré par les cheveux, mais c’était là la seule explication logique. Elle semblait persuadée que cela avait un lien avec Gorbak et sa peur ne faisait qu’attiser sa psychose et lui donner raison. Il ne démentait pas les accusations que la jeune femme venait de retourner contre lui. Il ne cherchait pas à lui donner tort. Avait-elle vu juste ? Avait-il été envoyé pour elle ? Non ! Pourvu que ce ne soit pas le cas !

Ashaa sentit l’adrénaline se répandre de plus belle dans son système. Dans un sursaut, elle tenta une nouvelle fois de se libérer de l’étreinte de fer de son tortionnaire mais ce dernier tint bon. Elle n’irait nulle part sans son consentement. Plus elle insistait et plus la poigne se resserrait lentement autour de son articulation. Elle finit par lâcher un gémissement de douleur et ses yeux se remplirent de larmes. Qu’avait-elle fait pour mériter de finir en pareille situation ? Pourquoi le Drell demeurait-il silencieux ? Allait-il s’en prendre à elle avant de la livrer enfin à celui qui l’avait engagé ? Gorbak lui avait-il promis un paiement en nature ? Pourrait-il profiter de sa proie avant de devoir la lui remettre ? Ashaa sentit un frisson d’appréhension courir le long de son échine à l’évocation de cette simple possibilité. Mais ce ne fut rien en comparaison de ce qu’elle éprouva quand elle entendit finalement la voix du Drell lui dire soudain :

— J’ai l’air d’être le genre à suivre des gens en haillons ? (Il avait demandé cela en haussant un sourcil.)

Ashaa serra les dents en retenant autant que possible un nouveau frisson d’angoisse. La façon dont il la regardait lui donnait froid dans le dos. La faute à l’adrénaline qui noyait complètement son système et lui faisait redouter le pire alors qu’en réalité elle n’avait rien à craindre. Quand bien même ce Drell la tenait à sa merci, il n’avait aucunement l’intention de lui sauter à la gorge et de la faire sienne comme le faisaient tous ces hommes dans ses plus sombres cauchemars. Mais la peur l’aveuglait trop pour ne serait-ce que lui permettre d’entrevoir cette vérité. Et ce qu’elle prit pour un regard empli d’envie et de lubricité n’était finalement rien de plus qu’une banale tentative de mesurer le niveau de danger qu’elle pouvait représenter ; de déterminer si elle était ou non une menace. Elle avait souvent agi ainsi durant son séjour sur Oméga. Mais à cette époque-là, elle ne se trouvait pas dans une situation aussi précaire. Il s’était passé tellement de choses en si peu de temps – la mort de Dalyn ; la fuite d’Oméga ; l’arrivée et la poursuite sur Illium – qu’Ashaa n’avait plus du tout les idées claires. Et cette proximité avec ce Drell menaçant n’arrangeait en rien le stress de la jeune femme. Au contraire, il l’exacerbait.

Et la situation ne s’arrangea guère quand il avança le visage un peu plus près de celui de la prisonnière avant de lui glisser d’une voix étonnamment calme mais menaçante :

— Je réitère ma question : qui t’envoie ? (Il marqua une pause.) Je préférerais ne pas avoir besoin de faire usage de la force.

Ashaa sentit son corps se crisper en percevant cette menace à peine voilée. Son cœur rata un ou deux battements et ses genoux manquèrent se dérober sous elle. Si elle n’avait pas été ainsi plaquée contre le mur derrière elle, nul doute qu’elle aurait perdu l’équilibre et glissé au sol. Ses mains commencèrent à trembler plus que de raison tandis qu’une décharge électrique à l’arrière de sa nuque annonça une brusque résurgence de souvenirs douloureux.

Sentir le souffle chaud du Drell sur son visage et percevoir le son de sa voix si près de son oreille avaient conjuré dans l’esprit de la jeune femme ses vieux démons. Sa mémoire eidétique avait fait remonter à la surface des images qu’Ashaa désirait plus que tout au monde oublier à tout jamais. Ces hommes, tous ces hommes se penchant sur elle avec leurs yeux brillants de désir et de lubricité ; tous ces petits cris étouffés et ces gémissements de plaisir et ces halètements sauvages qu’elle ne pouvait ignorer ou refouler au loin ; ce ton menaçant qui lui promettait le pire des tourments si elle ne se soumettait pas de son plein gré à la domination du maître… C’était plus qu’Ashaa ne pouvait supporter ; plus qu’elle ne pouvait endurer en pareille situation. Et sous le coup d’une brusque décharge d’adrénaline, elle tira de sa manche son couteau et tenta d’en frapper son adversaire au niveau de l’abdomen.

Mais son coup ne porta pas. Le mystérieux Drell se révéla alerte et il bloqua l’attaque avant de tordre d’un mouvement du poignet la main de la jeune femme pour la contraindre à lâcher son arme. Ashaa poussa un cri de douleur et ne put résister plus d’une fraction de seconde. Son couteau tomba à terre en faisant retentir le glas de la défaite à ses oreilles. Elle était perdue.

— Lâchez-moi, gémit-elle alors en sentant les larmes se répandre sur son visage. Je… Je ne sais pas ce que vous me voulez. Je ne vous connais pas. Je ne sais rien de vous. Je vous en prie… (Sa voix se brisa avant qu’elle retrouve suffisamment de force pour ajouter.) Ne me faites pas de mal. Je vous en prie, ne me faites pas de mal. Pitié…

Ses épaules s’affaissèrent et elle arrêta brusquement de se débattre. Elle était comme brisée ; morte à l’intérieur maintenant que tout espoir de prendre la fuite avait disparu. Elle était acculée au mur et se savait condamnée. Gorbak allait remettre la main sur elle et tout ce pour quoi elle avait si chèrement combattu allait lui être de nouveau arraché : sa liberté, son innocence, sa vie. Oui… morte était bien le mot qui convenait. Quel autre espoir lui restait-il une fois qu’elle serait retombée entre les mains de son ancien tortionnaire ? Aucun. C’était terminé… Gorbak avait gagné et elle allait tout perdre.
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Dim 15 Mar 2015, 21:28

    Rue adjacente à la Place Nosavaya


    La Drell était si terrifiée que Krelek ne savait plus quoi faire. Il était pris entre le marteau et l'enclume. Mentait-elle ? Avait-elle été envoyée pour le tuer ? Ou en tout cas pour le suivre ? Ou était-elle une malheureuse qui avait simplement été victime du hasard et qui l'avait croisé trois fois de suite, sans qu'elle ne l'eût voulu ? A juger de son apparence, elle n'était pas une tueuse ; elle était trop maigre, pas assez musclée, pour cela. De plus, ses habits en haillons et sales témoignaient d'une condition peu désirable. Cela pouvait certes être un costume, mais pourquoi prendre tant de peine à se faire passer pour un pauvre, dans une cité telle que Nos Astra, où les habitants s'habillaient de manière extravagante ? Non, ça ne collait pas, elle ne simulait pas sa position financière, elle était réellement à la rue, clandestine, qui plus est, si l'on prenait en compte le fait qu'elle était pourchassée par les douaniers, lorsqu'il l'avait vue pour la première fois. La pauvre ne pouvait pas être un assassin envoyé pour l'éliminer, où alors, ses ennemis n'avaient pas un budget des plus conséquents, et donc ne représentaient pas un danger réel. Et vu la terreur qu'il inspirait à la malheureuse, elle était tout sauf une professionnelle. Sans doute avait-elle été envoyée pour le prendre en filature, l'observer et noter ses horaires, ses habitudes. Krelek refusait de croire que la jeune femme fût innocente, cela était trop improbable, il ne croyait pas au hasard. Et puis, il était courant que, pour ce genre de boulot payé de manière ridicule, l'on fasse appel à des personnes qui n'avaient rien à perdre. On leur proposait une somme misérable pour accomplir une certaine tâche, facile à remplir, mais avec un risque, et on les laissait se débrouiller, quitte à ce qu'ils périssent. La logique derrière de telles entreprises était simplement que l'on partait du principe que personne n'allait regretter ces pauvres gens. Or, cette jeune et frêle Drell correspondait tout à fait à ce profil, bien que Krelek se demandât si elle avait été engagée avant d'arriver sur Nos Astra - auquel cas elle aurait fait beaucoup d'effort pour pas grand chose, ce qui n'était pas cohérent - ou si elle avait été recrutée dans les heures suivant son arrivée. Quelque chose clochait au tableau, il y avait une fausse note à la mélodie de son raisonnement.

    C'est alors que la Drell, suite à la réitération de la question de Krelek, sortit une lame de sa manche et tenta de poignarder son interlocuteur. Le coup avait été maladroit, lent, sans aucune précision et dépourvu de réelle conviction. Il s'agissait d'une tentative motivée par le désespoir, par un instinct de survie fatigué. Il n'y avait pas eu de plan, pas d'anticipation, juste de l'auto-défense ; il s'agissait d'un acte de dernier ressort, un coup lancé en un ultime essai de s'échapper des griffes du danger que l'homme en costume semblait représenter chez la femme. Sans peine, sans avoir à faire usage de ses années d'expérience en combat au corps-à-corps, il désarma la femme et son couteau tomba au sol. Sa poigne, qui retenait sa victime au bras, se resserra encore un peu, et la Drell fondit en larme, suppliant qu'il l'épargnât et ne lui fasse pas de mal. Dépourvue de tout autre moyen de défense, dépourvue de tout espoir d'échapper les serres de son bourreau, elle sembla tomber dans une sorte d'état second, proche de l'inconscience. Ses jambes s'étaient dérobées et elle ne tenait plus debout ; ce fut Krelek qui dut la tenir pour qu'elle ne s'effondrât pas à terre. Elle était entrée dans cette situation végétative, qui était la même que celle dans laquelle plongeaient les proies des prédateurs, lorsqu'elles se savaient condamnées. On pouvait souvent observer un herbivore se laisser dévorer vivant par une meute, lorsqu'il n'avait plus la force de lutter. C'était à peu de chose près dans ce même état d'esprit que la Drell semblait être plongée, ayant abandonné toute forme de résistance et son regard s'étant vidé de toute lueur ; elle avait perdu espoir et était plongé dans une semi-inconscience.

    Krelek allongea la femme contre le mur contre lequel il l'avait retenue et, sans la quitter du regard, au cas où elle retrouvait ses esprits et tentait de s'échapper, activa son Omni-Tech, afin de prendre contact avec l'un de ses subordonnés. Le Réseau du Courtier de l'Ombre était certes très mal en point, mais sa hiérarchie et ses effectifs n'avaient pas été totalement anéantis ; il restait encore des personnes travaillant pour le compte du marchand d'informations. Ce fut le propriétaire d'un hangar privé que le Drell contacta, qui gardait souvent ce qui était récupéré par les membres du Réseau, afin de les revendre, les cacher, ou bien simplement les conserver. Le lieu en question était discret et passait totalement inaperçu, car situé dans les entrailles d'une ancienne tour, désaffectée depuis la Grande Guerre et se situant dans la banlieue de Nos Astra, dans le quartier industriel, plus précisément, loin des regards indiscrets, en somme. C'était dans cette même tour que Krelek avait rencontré le précédent Courtier de l'Ombre pour la première fois et qu'il avait rejoint ses rangs. Il s'agissait d'une planque où venaient s'abriter les membres du Réseau et qui était aménagée de manière à ce qu'on puisse y séjourner. C'était là qu'il comptait enfermer la femme, et ce jusqu'à ce qu'il déterminât si elle était un danger, ou s'il s'était trompé à son sujet. Il y avait de nombreuses pièces vides et parfaites pour tenir le rôle de cellule ; ce hangar était le lieu parfait pour retenir la concernée le temps que Krelek mène des recherches sur elle.

    Appartements de Krelek


    Cela faisait deux jours que Krelek menait des recherches assidues sur la mystérieuse Drell qu'il avait fait enfermer. Il semblait qu'elle n'était qu'un fantôme ; il n'avait strictement rien trouvé à son sujet. Il avait pourtant été jusqu'à vérifier les registres de Kahjé, pour tenter de trouver ne serait-ce qu'un nom. Mais cela s'était révélé inutile, il semblait que la jeune femme n'existait tout simplement pas. Il avait pourtant entré des critères de recherches très précis, comme la couleur des écailles, l'âge approximatif, la taille, etc. Et pourtant, malgré des heures de recherches, il n'avait tout simplement rien trouvé. Il avait bien trouvé des dossiers concernant des Drell femelles aux écailles rosées, mais aucuns ne correspondait à celui qui l'intéressait. Trop vieille, morte, disparue à un âge très jeune, rien ne matchait ses recherches. Il soupira de lassitude et désactiva l'écran holographique qu'il fixait depuis quelques heures déjà. Il s'effondra dans son sofa et, activant son Omni-Tech, contacta celui qu'il avait chargé de surveiller sa captive.

    - Alors ? Elle n'a toujours rien dit ? demanda-t-il.
    - Non, toujours rien, et ce n'est pas faute d'avoir essayé, monsieur, répondit l'intéressé.

    Krelek soupira.

    - Très bien, je vais venir voir tout ça moi-même, conclut-il.

    Le Drell avait pensé à faire torturer l'inconnue, afin de lui arracher la vérité, mais il s'était ravisé, sa morale lui ordonnant de ne pas s'abandonner à ce genre de barbarie. Il était plus intelligent de d'abord mener des recherches via le Réseau, plutôt que d'en venir tout de suite à la violence. De plus, sous la douleur, il était fréquent que le torturé dise ce que voulait entendre son bourreau, même alors qu'il ne s'agissait pas de la vérité. Non, la torture n'était jamais la bonne solution. Et puis, si la jeune femme était innocente, ce qu'elle semblait être, vu le manque total d'informations à son propos, Krelek aurait fait souffrir une personne pour rien, et sa morale l'en interdisait. Il était temps de lui faire face et avoir une ultime conversation.












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Lun 16 Mar 2015, 20:57
Quelque part dans la banlieue de Nos Astra / Deux jours plus tard…

Recroquevillée contre le mur dans le coin opposé à l’entrée de la pièce obscure dans laquelle elle avait repris connaissance voilà plusieurs heures déjà, Ashaa avait ramené ses genoux contre sa poitrine et se balançait d’avant en arrière comme pour tenter en vain de se rassurer et de se confiance. Elle ignorait où elle était. Elle était revenue à elle dans cette pièce après avoir brusquement repris conscience. Elle ne savait même pas comment elle était arrivée là. Chaque fois qu’elle fermait les yeux et s’efforçait de faire remonter à la surface son dernier fragment de mémoire, elle revoyait ce visage couvert d’écailles dorées et ce regard rouge empli de dureté et de malveillance. Les yeux rouges d’un monstre, un démon envoyé à ses trousses pour la condamner une nouvelle fois à une longue vie de servitude. Aussi Ashaa avait-elle été incapable de refermer les yeux depuis. Elle avait trop peur de revoir ces iris écarlates au détour d’un mauvais rêve. Mais même éveillée, ils continuaient de la hanter en continu.

Le bruit familier de l’ouverture de la trappe résonna à ses oreilles tandis qu’un mince rayon de lumière pénétrait soudain la pièce plongée dans la pénombre. L’instant d’après, un plateau métallique apparut de l’autre côté de l’ouverture et glissa dans sa direction en raclant le sol à l’aspect granuleux. Ashaa ne prit même pas la peine de tourner la tête dans cette direction. Elle n’avait que faire du plateau. Elle se refusait tout intérêt pour lui et n’avait de fait rien avalé depuis le début de sa détention. Bien entendu, elle était maintenant affamée et même complètement déshydratée ; mais elle préférait cela plutôt que d’entrer dans le jeu de ses ravisseurs. Avec de la chance, ses carences lui coûteraient la vie bien avant ses retrouvailles avec Gorbak ; à moins que ses geôliers ne finissent par perdre patience et décident de la contraindre à avaler sa pitance de gré ou de force. Cette seule pensée suffit à la faire frissonner une nouvelle fois. Ashaa resserra donc ses genoux contre sa poitrine.

La trappe se referma d’un mouvement sec et l’écho produit par ce son dans sa prison à peine meublée d’un lit de camp miteux et d’un vulgaire pot de chambre fit remonter à la surface le souvenir de la nuit où elle avait repris connaissance. En tenant compte du nombre de repas qu’elle avait boudés, plus ou moins deux jours s’étaient écoulés depuis cette maudite rencontre faite dans les rues de Nos Astra. Un frisson d’angoisse avait brusquement tiré la jeune femme des bras de Morphée. Quand elle avait tenté de se mettre debout, le sol avait tangué dangereusement sous ses pieds et elle était retombée sur un espèce de lit de camp qui représentait le seul mobilier présent dans la vaste pièce silencieuse. Elle avait mis un moment à comprendre qu’on lui avait probablement administré quelque chose – un somnifère peut-être. Cela expliquait sans doute pourquoi elle n’avait pas souvenir d’avoir fait le trajet jusqu’ici ni de s’être endormie sur ce lit miteux dans cette grande pièce froide. Où était-elle ?

La peur avait commencé à prendre le pas sur tout le reste. Sa prison était plongée dans la pénombre et c’est tout juste si elle percevait à quelques mètres de là le pan de mur qui lui faisait face. Pour cause : la seule lumière qui repoussait les ténèbres proches était celle du macaron rouge barrant une porte en métal hermétiquement close. Ashaa avait eu beau se jeter sur elle de toutes ses forces, tout ce qu’elle avait récolté, c’est une douleur lancinante dans l’épaule. Si elle avait pris ne serait-ce qu’une seconde pour réfléchir et observer ladite porte, elle se serait probablement rendu compte qu’il s’agissait d’une porte coulissante. Mais une fois encore : la peur avait lésé ses facultés de réflexion…

C’est là qu’elle s’était mise à tambouriner sur le battant en appelant à l’aide. Ce n’est qu’une ou deux heures plus tard qu’elle avait fini par baisser les bras. Ses poings étaient eux aussi endoloris à présent et elle ne supportait plus d’entendre l’écho de ses cris lui déchirer les tympans. Sa voix avait fini par se briser et elle s’était alors mis en tête d’explorer son environnement. Ce qui n’était guère facile avec le macaron rouge pour seule lumière. Mais ce n’est pas comme s’il y avait eu grand-chose à voir après tout. Un lit et un pot de chambre. Le strict minimum. À vrai dire, c’était même plus que ce qu’elle avait jadis eu dans une autre vie. Du temps où elle vivait sur Khar’Shan et finissait séquestrée dans la cave à cause d’une faute commise durant le service, elle n’avait le droit qu’à la compagnie des rats pour la tenir au chaud et rien pour lui permettre de soulager une envie pressante. Au moins cette fois avait-elle un lit, une couverture épaisse et de quoi… enfin peu importe. Ce qui importait réellement était le fait qu’elle était seule. C’était toujours mieux que de se retrouver à passer la nuit avec une horde de rats désireux de se faire les dents sur ses orteils ou tout autre morceau de chair tendre passant à leur portée.

Quand elle eut fini d’explorer les limites de sa nouvelle prison, un mouvement du côté de la porte avait attiré son attention. La trappe s’était ouverte et un plateau en métal avait été poussé à l’intérieur de la pièce. Ashaa s’était précipitée vers l’ouverture nimbée de lumière en exigeant de toute l’autorité dont elle était encore capable qu’on la libère sur le champ et qu’on la laisse sortir de cette pièce étouffante. Mais aucune réponse n’était venue. La trappe s’était refermée avec un claquement sec. Ashaa s’était de nouveau ruée sur la porte en tambourinant et en criant, mais cette fois-là, elle se résigna bien plus rapidement que la fois d’avant. Crier et frapper sur le battant de la porte ne servirait à rien. Personne n’avait l’intention de la délivrer et personne n’avait cure de ce qui pouvait lui arriver ici. À croire qu’elle était déjà de retour sur Khar’Shan d’une certaine manière. La nausée manqua lui retourner l’estomac. Et baissant les yeux sur le plateau à ses pieds, la Drell avait donné un violent coup de pied dedans tout en l’envoyant valser à travers la pièce et en repeignant les murs sombres de sa prison.

Les minutes étaient alors devenues des heures et les heures avaient fini par rendre Ashaa complètement folle. Comme elle refusait de fermer les yeux, elle restait là assise sur son lit, les genoux repliés contre sa poitrine. Et les yeux rivés sur la porte, elle se précipitait d’un bond vers elle chaque fois que le bruit de claquement sec signalant l’ouverture de la trappe se faisait entendre. Mais chaque fois, un nouveau plateau glissait à l’intérieur de la pièce et chaque fois son tortionnaire demeurait sourd à ses appels au secours et à ses suppliques. De rage, la Drell passait ses nerfs sur le plateau en le propulsant de toutes ses forces contre le mur le plus proche. Elle avait décidé de ne pas y toucher et de se laisser mourir de faim. C’était certainement la meilleure chose à faire. Mais l’odeur résiduelle qui embaumait la pièce à mesure que la nourriture s’accumulait le long des murs était un véritable supplice. Son estomac était à l’agonie et sa gorge si sèche qu’elle craignait de sentir ses cordes vocales se déchirer si jamais elle tentait de pousser le moindre cri. Mais cela ne fut rien en comparaison de la douleur dans sa poitrine.

Le silence de la chambre fut perturbé par un sanglot. Ashaa mit un moment à se rendre compte qu’elle était celle qui versait des larmes dans les ténèbres. Non pas qu’elle soit parvenue à oublier sa solitude, c’est juste qu’elle ne s’était pas attendue à se retrouver dans cet état. Le fait est que se retrouver seule dans une pièce obscure amenait forcément à se livrer à une quelconque introspection ; et qu’elle l’ait voulu ou non, Ashaa avait revu passer dans sa tête tous les récents événements l’ayant amenée à finir dans cette prison. Elle avait revu Oméga et la boutique de Dalyn ; le corps sans vie de l’Elcor gisant dans une impressionnante mare de sang ; les molosses de Gorbak lancés à sa poursuite dans les rues bondées de la station pirate ; son évasion de l’astéroïde et son arrivée sur Illium ; les douaniers et la rencontre avec ce mystérieux Drell qui avait marqué l’apogée de sa déchéance… Si elle était là, c’était à cause de lui. Ce démon aux écailles dorées et aux prunelles écarlates. Mais ce n’est pas lui qui avait arraché ces larmes à la Drell ; c’était le souvenir de son protecteur et ami mort à cause d’elle.

La jeune femme n’avait pas vraiment eu l’occasion de se poser durant sa fuite dans les rues d’Oméga. À ce moment-là, elle venait seulement de faire face à cette horrible réalité et pourtant celle-ci avait un petit quelque chose d’irréel. Comme si rien de tout ceci n’était vrai. Le déni. C’est ce qui lui avait sauvé la vie et poussé à se glisser entre les mailles du filet de Gorbak avant qu’il ne soit trop tard. Puis à bord du vaisseau de Keedan, l’occasion ne s’était pas présentée pour qu’elle y repense. Durant tout le trajet jusqu’à Illium, elle était demeurée sur ses gardes. Quand bien même le Drell lui était venu en aide, elle n’avait pu se résigner à lui faire confiance – à lui ou aux autres membres de son équipage. La confiance n’était décidemment pas l’une de ses qualités. Et le fait de dormir que d’une oreille en gardant sa lame en main l’avait aidée à repousser de quelques jours encore le moment où elle aurait à faire face à cette inéluctable révélation : Dalyn était mort et jamais plus elle ne le reverrait. Et tout ceci était sa faute…

Et les sanglots avaient repris de plus belle tandis que des larmes sèches avaient inondés les yeux de la malheureuse qui était trop déshydratée à présent pour pouvoir pleurer à sa guise. La poitrine serrée et le souffle court, elle était restée prostrée un long moment. Parfois, une voix s’élevait de l’autre côté de la porte pour lui demandait si elle était prête à parler et à donner le nom de celui qui l’avait envoyée à la poursuite de ce mystérieux Drell dont elle ne savait rien. Si au début Ashaa s’en était tenue à la stricte vérité – après tout elle ne savait rien de cet homme ; elle ne l’avait jamais rencontré et n’avait jamais entendu parler de lui avant de finir dans cette ruelle en tête à tête avec lui – au bout d’un moment, le silence avait fini par prendre possession des lieux et son geôlier s’était retrouvé à tenter d’arracher des réponses à une muette. Il avait de toute évidence fini par baisser les bras lui aussi. Hormis aux heures de repas, Ashaa n’avait plus entendu parler de lui depuis ce qui lui semblait être une éternité.

Et tout changea brusquement quand une vive lumière aveuglante envahit la pièce, contraignant cette pauvre créature recroquevillée dans le coin le plus sombre de la pièce à lever un bras devant ses yeux pour empêcher ses rétines de brûler au contact de cette froide lumière sortie de nulle part. Ashaa n’y était plus habituée et elle mit plusieurs secondes avant de pouvoir enfin en supporter le contact. Cela lui permit alors de poser les yeux sur la porte qui venait à l’instant de s’ouvrir complètement – et pas seulement la trappe – dans ce bruit de succion si caractéristique. Ce qu’elle découvrit alors sur le pas de la porte lui arracha un hoquet de terreur et un frisson d’angoisse. Elle se pétrifia dans son coin.

C’était lui… C’était le monstre qui l’avait enfermée dans cet endroit abandonné. Il était revenu…
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mar 17 Mar 2015, 00:10

    Véhicule privé de Krelek


    Krelek était normalement du genre à se déplacer à pied, mais, compte tenu de la distance qui le séparait de la planque où était enfermée la Drell, il valait mieux qu'il s'y rende en véhicule, à moins de s'apprêter à passer une journée à marcher. Nos Astra était une mégapole gigantesque, où toute proportions était exagérée à l'extrême, de manière presque arrogante, tel un défi lancé par les Asari au reste de la Galaxie, une sorte de manière d'inviter les autres espèces de la Galaxie à tenter de faire mieux... ou en tout cas aussi bien. Bien entendu, tout cela n'était qu'un masque ; la ville n'était pas celle qu'elle prétendait être. Elle était pourrie de l'intérieur, mais son apparence restait enchanteresse. Elle était un piège, une sirène parmi les étoiles, appelant les hommes à la rejoindre, lui promettant fortune et gloire, pour en réalité les engloutir dans sa masse et les dépouiller de leurs possessions et de leur honneur. Elle était une magnifique pomme empoisonnée, et seuls les plus riches étaient immunisés contre ses effets. Krelek en avait fait l'expérience. Lorsqu'il avait quitté Omega pour s'abandonner aux illusions de Nos Astra, il était dépourvu de tout argent, et avait dû vivre dans les bas-fonds, à côtoyer la vermine de la cité, ses habitants les moins respectables, plongés dans la misère et la violence. Puis, il avait fait fortune, et s'était libéré de sa condition misérable et peu envieuse. Il avait quitté le fond, pour rejoindre le sommet. A présent riche, il vivait confortablement et profitait des promesses de la mégapole, qui n'étaient accessibles qu'aux personnes de sa classe sociale, ce que peu savaient. Et, depuis sa position, à des centaines de mètres au dessus du sol, Krelek ne pouvait que se demander comment les gens pouvaient encore tomber dans les pièges de Nos Astra, comment ils pouvaient se laisser berner, alors qu'il n'était un secret pour personne qu'elle n'était qu'un mensonge. Les gens étaient stupides et naïfs. Il lui arrivait d'ailleurs de se demander pourquoi il y vivait encore, lui qui avait un certain sens de la justice et qui n'ignorait pas le reste du monde pour se reposer sur sa fortune. Il avait certes les moyens de profiter des bons plaisirs que la cité offrait, mais la corruption et la constante illusion qu'elle représentait pouvait être insoutenable par moment. Pourquoi ne pas migrer pour un paradis fiscal tel que Nevos, où le climat était plus agréable ? Puis le Drell se souvenait qu'il faisait partie du Réseau du Courtier de l'Ombre et que sa fortune se reposait sur des activités illégales. Il ne pouvait pas migrer dans l'Espace Concilien sans prendre le risque d'alerter les fiscs.

    Il était à présent dans sa voiture, qui se dirigeait automatiquement vers le hangar secret grâce au programme d'autopilotage. Regardant à travers la fenêtre droite du véhicule, son regard commença à vagabonder, observant l'horizon de la mégapole, sans réellement observer quoi que ce fût. Il finit par se perdre dans ses pensées, tombant dans un état légèrement second où de multiples et diverses pensées traversèrent son esprit. Il se mit à repenser à son enfance, à Rakhana, sa planète natale, celle d'où venait son espèce. Que devenaient les siens ? Que devenaient les quelques Drells survivants ? Y avait-il encore des conflits armés ? Est-ce qu'en treize ans, les derniers bastions de survie étaient tombés ? Les Drells de sang pur s'étaient-ils finalement éteints, remplacés par ceux de Kahjé, faibles et soumis ? Un jour, Krelek se le promit, il retournerait sur cet astre oublié de tous. Il ne savait pas quand exactement, mais un jour. Qu'allait-il découvrir ? Les carcasses de ses confrères ? Ou des survivants ? Que ressentirait-il ? Peine, à cause des souvenirs de sa vie passée ? Ou colère, face à la chute de sa propre culture, sa race ? Tant de questions, et aucune réponse. Il savait qu'il ne serait pas indifférent à la vue des paysages morts de Rakhana, des ruines de leurs cités, jadis belles et imposantes. Il y était né, il y avait grandi, il y avait souffert. Sa mémoire parfaite aurait tôt fait de lui faire remonter des souvenirs qu'il aurait voulu oublier. Il savait que retourner sur sa planète natale ne pouvait que résulter en une torture psychologique. Mais, malgré tout, il le désirait, ne serait-ce pour tenter de faire la paix avec lui même. Il ne s'était jamais pardonné de ne pas avoir été capable de protéger la seule personne qui eût compté à ses yeux, la seule personne qu'il eût aimée, même alors qu'il n'était qu'un adolescent. Delka... Treize années s'étaient écoulées depuis son décès, ainsi que celui de la totalité de son clan, mais il lui arrivait encore, comme en cet instant, de penser à elle. Le remord... Un poison qui ne quittait les veines de ses victimes qu'avec grande difficulté. Krelek le savait mieux que personne, et sa mémoire parfaite se targuait bien de le lui rappeler, trop régulièrement pour que cela soit agréable. On ne s'en doutait pas forcément, mais Krelek était une personne brisée à l'intérieur, et c'était bien là la raison de son manque d'empathie pour quiconque. Il était froid et distant, n'avait pas de réels amis, et parce qu'il se haïssait profondément. Il savait qui il était, et lorsqu'il se regardait dans le miroir, il ne voyait qu'un monstre dont la simple vue suffisait à le répugner.

    Ses pensées défilaient telle l'eau d'un ruisseau... Il avait pensé à nouveau à Delka, mais, au lieu de se morfondre sur son souvenir, comme cela arrivait normalement, les pensées du Drell dérivèrent et il en vint à penser à cette mystérieuse Drell qu'il gardait captive depuis deux jours, et qui se révélait être une innocente. A y penser, elle était l'une des très rares représentantes de la gente féminine de son espèce qu'il avait rencontré. Le chiffre total tenait sur les doigts d'une main. Et cette dernière venue s'ajouter au compte était la plus spéciale, étant donné qu'elle était la première que Krelek avait considérée comme une ennemie et qu'il avait fait enfermer. Il était triste de souligner ce détail. Même alors qu'il ne vivait plus sur Rakhana, il arrivait encore à se confronter à des membres de sa propre espèce. Les Drell étaient-ils voués à s'opposer ? Ne pouvaient-ils pas collaborer ? Mais, en tout cas, il s'était trompé à propos de la jeune femme et comptait bien réparer son erreur. Elle était une personne sans papier, sans argent, sans rien pour vivre. Il pouvait bien contribuer à l'établissement de sa nouvelle vie, vu qu'elle était probablement venue à Nos Astra pour ça, faire "fortune", avoir une seconde chance. C'était la moindre des choses pour l'avoir séquestrée pendant plus de quarante-huit heures. Il savait que la victime devait le haïr de tout son être, surtout dans les conditions dans lesquelles les événements s'étaient déroulés.

    Krelek revint alors à lui ; il était arrivé à destination et sa voiture s'enfonçait dans les entrailles de l'immeuble, désaffecté depuis la guerre. Le véhicule s'arrêta, en stationnaire, dans le noir complet mis à part les phares qui de part leur puissance n'éclairaient qu'en avant dans un faisceau très précis, trop pour éclairer tout l'environnement. Le Drell tapota sur l'ordinateur de bord, intégré à l'interface du tableau de conduite, et, après quelques instants, une porte coulissante en cercle s'ouvrit, sur la gauche. Il redémarra l'engin qui s'engouffra dedans, dans un autre tunnel exactement similaire à celui qu'ils venaient d'emprunter. C'est alors qu'il se déporta à droite, et les lumières dévoilèrent une petite plateforme d'atterrissage, ainsi qu'une passerelle qui donnait accès à une porte située au bout de celle-ci, sortant du tunnel. L'engin se posa sur le sol métallique et, les moteurs se turent dans un sifflement. Les portes s'ouvrirent et Krelek quitta la voiture pour se diriger vers une porte, au bout de la passerelle. Il dû entrer un mot de passe d'identification, ainsi qu'une vérification ADN, qui se fit en une fraction de seconde, puis entra finalement dans la base secrète. Il fallut traverser un couloir austère et dépourvu de toute décoration, avant d'enfin accéder à une zone plus accueillante, en l'occurrence, un hall, bien éclairé et décoré de manière minimaliste, mais élégante. Au fond, un ascenseur, mais que le Drell en costume n'allait pas emprunter. Il menait aux quartiers habitables de la planque, le hangar de stockage et, ultimement, une salle de conférence exclusive, où certains chanceux avaient, dans une époque à présent révolue, la chance de converser personnellement avec le Courtier de l'Ombre, via un hologramme. Krelek avait été le dernier à y mettre les pieds, deux années plus tôt.

    Ce fut donc une porte située sur le côté gauche du hall, qui intéressa le Drell. Celle-ci donnait accès aux bureaux désaffectés de l'immeuble, utilisés pour stocker du matériel inutile ou dépassé, ou à d'autres fins, plus sombres. La porte s'ouvrait sur un long couloir sombre, dans lequel attendait un homme, l'Agent Kole, un Humain en qui Krelek avait confiance. Il était posté devant une porte, qui fermait la cellule dans laquelle était enfermée la victime de l'ex-assassin. Ce dernier l'ouvrit et découvrit la jeune femme, par terre, tel un animal, horrifiée à sa simple vue, bien qu'éblouie. La pauvre vivait un cauchemar.

    - Emmenez-la à ma suite, ordonna Krelek à Kole.

    Puis Krelek se mit en marche vers le hall, qu'il traversa une fois retrouvé, en direction du mur opposé, où une autre porte attendait. A son ouverture, une salle de conférence se dévoila, utilisée à l'origine pour faire patienter des clients du Courtier de l'Ombre, ou les faire régler leurs affaires avec un porte-parole de ce dernier, s'il n'estimait pas une rencontre personnelle nécessaire, ce qui arrivait bien souvent. D'un geste, le Drell indiqua à Kole de faire s'assoir la jeune femme à l'un des sièges. L'Humain s'exécuta, puis s'en alla, laissant les deux reptiles seuls.

    - Je suis en devoir de vous présenter mes plus sincères excuses, pour ce qu'il s'est passé, déclara-t-il après un silence. Je sais que cela ne suffira pas à vous faire oublier ce que vous avez vécu ces deux jours, mais au moins l'aurai-je dit.

    La femme ne répondit pas, immobile, semblant tétanisée. Krelek avait pris soin de ne pas être trop proche d'elle, pour non seulement éviter de l'effrayer, mais également pour se protéger lui, au cas où elle tentait quoi que ce fût, bien que son état, déplorable, ne lui permettait sans doute pas d'accomplir quelque prouesse que ce fût.

    - Tout cela n'est qu'un regrettable malentendu, et je tiens à me racheter de mon erreur, continua l'homme costumé. Une personne... de ma profession possède de nombreux ennemis, plus que je ne le voudrais, et je ne peux prendre aucun risque, vous m'en verrez, encore une fois, désolé.

    Encore un silence. Krelek soupira, et ajouta :

    - Je remarque à votre tenue et... votre état, que vous n'êtes pas dans une situation des plus favorables. Et puis, sachant que vous étiez en train de fuir les services de la douane, lorsque nous nous sommes... "rencontrés", j'en déduis que vous n'avez pas de papiers. Je suis en position de vous en faire obtenir. Et puis, je considère cela comme étant le minimum que je puisse faire pour tenter de me racheter pour ma bêtise. Je suis également disposé à vous confier une certaine somme, qui puisse vous dédommager ; la vie à Nos Astra coûte cher. Vous n'aurez plus à dormir dans la rue. Vous aurez votre propre lit, votre propre chez vous. Qu'en pensez-vous ?

    Il croisa les bras, attendant une réaction de la part de la femme.












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mar 17 Mar 2015, 20:33
Ashaa se débattit comme une tigresse lorsque l’Humain qui prenait ses ordres auprès du Drell vint à sa rencontre avec en tête l’idée de la contraindre à se mettre debout. Elle tenta en vain de le maintenir à distance en fouettant l’air de ses poings fermés. Mais le fait est qu’elle n’était qu’une pauvre créature sans défense face à cet homme tout en muscles ; d’autant plus qu’elle était et de loin très affaiblie par sa longue période de jeun. C’est tout juste si elle parvint à demeurer en équilibre sur ses jambes quand elle fut contrainte sans douceur à quitter le coin de sa cellule. Mais cela ne l’empêcha pas de continuer à tout faire pour se libérer de l’entrave de son tortionnaire.

La Drell avait effectivement perçu le bref échange qu’il y avait eu entre le monstre aux écailles dorées et son subalterne. Cela ne lui avait pas échappé qu’il ait demandé à ce qu’elle soit emmenée dans sa suite. Elle s’y était attendue depuis ce troublant tête-à-tête dans la ruelle de la promenade. Elle savait que cet homme envoyé pour elle avait des attentes particulières ; et elle se doutait qu’il avait dû exiger un paiement en nature – du moins une partie de ce paiement. Alors pourquoi était-elle si surprise de découvrir que ses craintes étaient fondées ? Pourquoi la peur la faisait-elle frissonner d’angoisse ? Elle savait à quoi s’attendre. Elle savait ce qui l’attendait dans cette « suite » et elle savait que son geôlier saurait lui faire regretter d’être tombée dans les mailles de son filet. Alors pourquoi éprouvait-elle de la surprise ? Pensait-elle sincèrement qu’elle aurait pu se tirer de ce traquenard libre comme l’air et en n’ayant rien à craindre de ses tortionnaires ? C’était déjà en soi un miracle qu’il ne se soit rien produit avant. Cela faisait deux jours maintenant selon ses calculs qu’elle était retenue captive ici et ce monstre n’apparaissait que maintenant pour venir lui faire son affaire ? Et son subordonné ? Lui aussi aurait eu tout le loisir de se laisser à un tête-à-tête en privé avec la jeune femme et pourtant il n’avait rien fait. Cela avait-il suffi à lui faire croire qu’une issue était possible ? S’était-elle abusée elle-même sans s’en rendre compte ?

— Non ! se débattit Ashaa en sentant la poigne de fer de l’Humain se resserrer autour de son bras. (Le cri était rauque et ce fut le seul mot qu’elle parvint à articuler clairement. Sa gorge était si sèche qu’elle sentit ses muscles exprimer autant leur mécontentement qu’elle tentait en vain d’exprimer sa crainte en essayant de contraindre son ravisseur à relâcher la pression sur son bras.) Non ! (Un autre cri tout aussi inutile et pratiquement inaudible.)

Ashaa fut pratiquement tirée de force hors de la pièce lui servant de cellule. Et dire qu’il y a quelques heures de cela, elle aurait tout donné pour enfin pouvoir franchir le pas de cette porte. Maintenant que cette opportunité s’offrait à elle, elle était prête à tout donner pour rester là où elle était. Elle refusait de se rendre dans cette suite. Pour rien au monde elle ne voulait se retrouver seule à seul avec ce Drell qui allait causer sa perte. Mais elle avait beau lutter de toutes ses forces, elle ne parvint qu’à arracher un soupir exaspéré à l’Humain qui se retrouva quasiment contraint de la soulever à moitié du sol pour la forcer à avancer sur les pas du mystérieux Drell.

*Non. Pas ça ! Je ne veux pas. Laissez-moi partir ! Non ! NON !*

Ses cris étaient assourdissants, mais elle était la seule à les entendre. La terreur lui nouait les entrailles, empêchant les mots de franchir la barrière de ses lèvres. Elle était réduite à l’impuissance, vidée de ses forces et muette d’horreur face à l’inéluctable. Les murs sombres du corridor s’effacèrent alors soudain pour la laisser pénétrer dans un vaste hall. La décoration y était aussi minimaliste que celle de sa cage mais il s’en dégageait pourtant un certain charme élégant. Cette vision inattendue lui coupa un instant le souffle et elle cessa de se débattre tandis que l’Humain la poussait sans ménagement sur les traces de son employeur qui venait de pénétrer dans une autre pièce adjacente. Quelques instants plus tard, ce fut au tour d’Ashaa de mettre les pieds dans ce qui s’avéra être une salle de conférence. Une table majestueuse trônait au centre de la pièce entourée de dizaines de sièges qui semblaient aussi hors de prix qu’ils paraissaient confortables à vue d’œil. De toute évidence, Ashaa ne s’était pas attendue à ça. Quand elle avait entendu le mot « suite » elle avait pensé à une chambre ; un lieu intime où elle aurait été contrainte et forcée de se livrer à un porc l’ayant condamnée à une nouvelle vie de servitude une fois de retour auprès de son ancien maître butarien. Et pourtant…

Le Drell ne formula aucun ordre de vive voix cette fois. Il se contenta d’un simple geste et l’Humain qui tenait toujours fermement Ashaa par le bras l’invita à prendre place autour de la table ; où plutôt, il la poussa sans ménagement au fond de l’un des fauteuils avant de prendre congé. La porte coulissante se referma dans son dos avant que le macaron vert ne passe au rouge. Elle était de nouveau seule avec son hôte drell. On se serait cru revenu quelques jours en arrière, quand ils se trouvaient en tête-à-tête au fond de cette ruelle déserte. À ceci près que la situation s’était vaguement améliorée entre temps : l’homme ne dévisageait plus Ashaa avec dureté et malveillance ; et il ne la tenait plus sous sa coupe en agitant sous son nez une menace de mort si elle tentait quoi que ce soit pour prendre la fuite. Certes, elle venait de passer deux jours enfermée dans la pénombre au fin fond d’un trou paumé dont elle ne savait toujours pas la localisation, mais au vu du décorum et de l’atmosphère ambiante, elle aurait tout aussi bien pu se croire cordialement conviée à un banal entretien d’embauche. Elle demeura perplexe devant l’étrangeté de la situation. Elle ne savait que penser de tout ça…

— Je suis en devoir de vous présenter mes plus sincères excuses, pour ce qu’il s’est passé, déclara alors le mystérieux Drell en prenant finalement la parole. (Comme Ashaa l’avait pressenti quelques instants auparavant, quelque chose dans sa voix avait également changé. Il n’était plus question de menace et de questions posées avec fermeté et autorité. Son interlocuteur s’adressait à présent à elle sur un ton posé et cordial, comme s’ils tenaient une conversation des plus banales.) Je sais que cela ne suffira pas à vous faire oublier ce que vous avez vécu ces deux jours, mais au moins l’aurai-je dit.

Ashaa en demeura sans voix. Les yeux rivés sur l’homme en face d’elle, elle se demandait ce qu’il était en train de faire. Était-ce une mise en scène ? Une tentative de manipulation habilement dissimulée ? Qu’elle ait refusé de répondre aux questions de son sous-fifre l’avait-il contraint à devoir faire preuve d’imagination pour lui soutirer des informations ? N’avait-il rien écouté quand elle avait déclaré à cor et à cri ne pas le connaître et ne rien savoir de lui ? Et pourtant quelque chose dans son attitude avait le don d’attiser les craintes de la jeune femme. Quelque chose qui la mettait suffisamment mal à l’aise pour demeurer muette de terreur et complètement tétanisée. Quelque chose dans l’attitude du Drell avait changé. C’était le même homme sans vraiment être réellement lui. Devait-elle craindre le pire ?

— Tout cela n’est qu’un regrettable malentendu, ajouta le Drell en costume toujours sur le même ton cordial, et je tiens à me racheter de mon erreur. (Il marqua une courte pause avant d’enchaîner.) Une personne… de ma profession possède de nombreux ennemis, plus que je ne le voudrais, et je ne peux prendre aucun risque, vous m’en verrez, encore une fois, désolé. (C’était donc ça !)

La réaction d’Ashaa ne se fit pas attendre. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur et un frisson d’angoisse descendit le long de son échine tandis qu’elle jetait un regard paniqué en direction de la sortie. Elle ne tenta pas cependant de quitter son fauteuil ; elle n’en avait pas la force de toute manière. Ses jambes refusaient d’obéir et elle était paralysée d’effroi. Ce que cet homme venait de dire, à propos du fait de ne pouvoir se permettre de prendre le moindre risque… Qu’est-ce que cela voulait dire ? Avait-il dans l’idée de la tuer ? Comptait-il se débarrasser d’un témoin gênant ? Une preuve accablante risquant de lui porter préjudice ? Était-ce la raison pour laquelle elle était ici ? Était-elle en train de vivre ses toutes dernières minutes ? La fin était proche ?

Tandis que toutes ces questions défilaient à toute allure dans sa tête, Ashaa sentit son cœur s’emballer dans sa poitrine. Elle était loin de se douter alors qu’elle avait tout faux. Hélas, les conclusions hâtives étaient son principal défaut. Elle avait été victime de tant d’abus et avait eu à affronter tant d’épreuves qu’elle ne pouvait imaginer que le pire dès qu’elle se sentait menacée. Aussi les propos énigmatiques de son interlocuteur suffire à donner du blé à moudre au moulin paranoïaque de la jeune femme. Elle se voyait déjà morte et abandonnée dans un caniveau. Comme Zelina. Jada. Houssina. Et toutes celles qui avaient perdu les faveurs du maître avant elle. Mais la mort était-elle finalement un mal ? Ne valait-il pas mieux mourir ici et maintenant plutôt que finir de nouveau entre les mains de Gorbak ? Qu’avait-elle à perdre après tout ? Rien ! Elle n’avait plus rien à perdre si ce n’est sa liberté et sa vie. On l’avait déjà privée de tout le reste depuis bien longtemps. Peut-être était-ce mieux ainsi…

*Ne dis pas de bêtises ! La mort n’est jamais une solution. Jamais.*

Si seulement c’était aussi simple. Mais cela ne l’était jamais. Il y avait des supplices bien plus terribles que la mort et Gorbak les maitrisaient tous sans exception. Pour rien au monde elle ne voulait risquer de se retrouver face à lui. S’il ne l’abattait pas froidement comme une chienne pour avoir attenté à sa vie et pour l’avoir laissé pour mort dans son bain après l’avoir poignardé à trois reprises, alors il ferait de sa vie un véritable cauchemar qui ferait passer la douce étreinte de la mort pour une libération.

Le Drell en costume poussa alors un soupir et cela attira de nouveau l’attention d’Ashaa qui retrouva le fil de la conversation là où elle l’avait perdu.

— Je remarque à votre tenue et… votre état, que vous n’êtes pas dans une situation des plus favorables, dit-il en prenant soin de peser ses mots. (Cette… attention eut le mérite de retenir celle de la Drell. Elle ne comprenait pas pourquoi il s’adressait à elle en ces termes après avoir plus ou moins ouvertement annoncé devoir la tuer pour ne prendre aucun risque. Qu’essayait-il de faire au juste ?) Et puis, sachant que vous étiez en train de fuir les services de la douane, lorsque nous nous sommes… « rencontrés », j’en déduis que vous n’avez pas de papiers. (Sur ce point, il avait parfaitement raison. Avec des papiers en règle, rien de tout ceci ne serait arrivé car elle n’aurait pas eu à fuir devant les douaniers et sa route n’aurait probablement jamais croisé celle de cet… étrange individu.) Je suis en position de vous en faire obtenir. (Avait-elle bien entendu ?!) Et puis, je considère cela comme étant le minimum que je puisse faire pour tenter de me racheter pour ma bêtise. Je suis également disposé à vous confier une certaine somme, qui puisse vous dédommager ; la vie à Nos Astra coûte cher. Vous n’aurez plus à dormir dans la rue. Vous aurez votre propre lit, votre propre chez vous. Qu’en pensez-vous ?

N’ayant plus rien à ajouter maintenant qu’il avait fait part à la jeune femme de ses projets, il se tut et croisa les bras sur sa poitrine. De toute évidence, il attendait une réaction de sa part. Mais laquelle ? Il était parvenu à prendre Ashaa complètement au dépourvu. Elle ne savait plus que penser de tout cela. Son cœur continuait de battre à tout rompre dans sa poitrine tandis que l’adrénaline se répandait une fois de plus dans son système sous l’effet de la peur et de l’appréhension.

— Vous… (Elle se tut et se racla la gorge.) Vous n’avez pas l’intention de… de me tuer ? demanda-t-elle d’une voix rauque. (Son regard était rivé droit sur son interlocuteur qui la regardait de haut depuis son côté de la table de conférence. Elle ne pouvait déchiffrer ses pensées et son regard était un abîme sans fond qu’elle ne pouvait tout simplement pas sonder ou comprendre.) Vous disiez ne pas pouvoir vous permettre de prendre de risques, ajouta-t-elle face au silence. Je… Je ne comprends pas. Si vous n’aviez pas l’intention de me tuer alors pourquoi… pourquoi m’avoir retenue enfermée ?

Elle avait déjà obtenu la réponse à cette question. Le Drell avait admis juste avant que tout ceci n’était qu’un malentendu. N’en avait-il donc pas après elle ? N’était-il pas à la solde de Gorbak, envoyé pour elle, pour la trouver et la ramener au maître ? N’était-il pas de mèche avec ce chien qui ne valait pas mieux que son père ? Alors dans ce cas pourquoi s’en être pris à elle ? Elle ne comprenait pas. Tout ce qu’elle comprenait, c’est que le Drell avait commis une erreur et que maintenant il tentait de rectifier le tir tant qu’il le pouvait encore. Il cherchait seulement à couvrir ses arrières et à acheter son silence. C’est tout ce qu’il désirait. Il n’avait que faire de savoir ce qu’elle avait éprouvé tout au long de ces deux jours de réclusion au fond de son trou. Il n’avait que faire de savoir qu’elle était à présent mourante de faim et complètement déshydratée. Il n’avait que faire des répercussions que pourraient avoir une telle épreuve sur une âme brisée comme elle. Non. Tout ce qu’il avait à l’esprit, c’était couvrir ses traces et acheter le silence d’une malheureuse s’étant trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Cela n’avait rien à voir avec des remords ; c’était juste la manière de faire des criminels propres sur eux. En faisant mine de faire amende honorable envers leurs victimes, ils soulageaient comme ils le pouvaient leur prétendue conscience. Rien de sincère là-dedans. Rien du tout. Rien de plus que de la lâcheté.

— Je ne veux pas de votre argent, déclara Ashaa avec venin. Je n’ai que faire de vos crédits. Ou de vos papiers ou de tout ce que vous avez à offrir pour acheter mon silence. (Quand bien même elle refusait de croiser le regard de l’homme en face d’elle, Ashaa se fit violence car elle devait se montrer forte et courageuse. Peut-être y avait-il encore de l’espoir finalement.) Tout ce que je veux, c’est ma liberté. Je vous l’ai dit : je ne sais pas qui vous êtes ni ce que vous faites dans la vie ; je ne connais pas vos ennemis et je ne travaille pas pour eux. Vous n’avez rien à craindre de moi. Tout ce que je veux, c’est ma liberté. Je quitterai la planète et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. (Elle marqua une pause. Sa voix, toujours aussi rauque et sèche, tremblait indépendamment de sa volonté.) Rien de tout ceci n’aurait dû arriver ; cette planète n’était qu’une escale. (Ashaa parlait plus à elle qu’à son interlocuteur.) Comment me suis-je retrouvée là ? Ce n’était pas ce qui était prévu. Rien de tout ceci n’aurait dû se produire.

De nouveau ses yeux s’embuèrent comme quand elle était encore retenue captive. Des larmes sèches qui lui irritèrent les yeux sans pour autant humidifier ses joues. Ashaa se passa une main sur le visage, avant de relever la tête vers le Drell en face d’elle. Quand bien même elle frissonnait toujours, elle n’en laissa rien paraître sur son visage et demeura face à son interlocuteur le dos bien droit et la tête haute. Une certaine noblesse qui trahissait surtout une fierté mal acquise. Ashaa déclara alors :

— Si comme vous le prétendez vous n’avez pas l’intention de me tuer ou bien de me faire le moindre mal, alors relâchez-moi. Rendez-moi ma liberté. C’est tout ce qui m’importe. Laissez-moi partir et vous pourrez tirer un trait sur cette histoire. Ma liberté en échange de mon silence. Qu’en dites-vous ? Est-ce un marché suffisamment honnête à vos yeux ?

Ashaa soutint sans ciller le regard du mystérieux Drell. Ce n’était pas faute pourtant d’être tentée de couler un regard angoissé vers la porte toujours verrouillée. Après tout, rien n’empêchait cet homme de revenir sur sa parole et de se débarrasser d’elle d’un tir bien placé en pleine tête. Elle n’était rien à ses yeux. Qui irait pleurer la disparition d’une inconnue dont personne n’avait jamais entendu parler ? Nos Astra était une très grande mégalopole. Il ne devait pas être bien compliqué de se débarrasser du corps d’une misérable créature sans attirer l’attention des autorités. Après tout, n’avait-elle pas passé ces deux derniers jours dans une prison sans que personne n’en sache rien ? Si ce Drell voulait vraiment se débarrasser d’elle, ce n’est pas les moyens qui lui manqueraient. Ashaa espérait de tout cœur qu’il n’aurait pas à aller jusque-là. Mais pour en avoir le cœur net, encore fallait-il qu’il se décide à répondre. Acceptait-il le marché ? La liberté de la jeune femme en échange de son silence ?
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Mar 24 Mar 2015, 22:30

    Planque du Réseau


    La Drell, comme Krelek l’avait pensé, se montra surprise par le fait qu’il n’eût pas l’intention de la tuer. Elle restait dubitative quant aux explications de son interlocuteur, ne semblait pas vraiment le croire. Elle restait méfiante, et cela était tout à fait légitime. Après tout, il l’avait fait enfermer pendant deux jours entiers, après lui avoir lancé des menaces plutôt explicites. Il n’avait certes pas eu recourt à la torture, mais ce qu’il avait commis était suffisant pour apeurer la femme, qui était de toute évidence partagée entre l’envie de le croire, et celle de chercher le piège caché derrière ses belles paroles, ses excuses et ses promesses. Mais elle n’avait plus rien à craindre, car Krelek n’était pas en train de la manipuler, mais était bel et bien sincère. Il tentait pas de berner sa victime, ni de la pousser à révéler la moindre information, sachant qu’il n’y en avait pas. Il lui proposait réellement de se racheter. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle refusa sa proposition de lui venir en aide ! Il pensait qu’en lui proposant de l’argent et un foyer, elle se détendrait, qu’elle arrêterait de voir en lui le pire des démons et qu’elle s’ouvrirait un peu. Mais, au lieu de cela, et malgré la promesse d’un lit qui serait le sien, elle rejeta l’offre, sans prendre le temps de la considérer et se montrant impartiale quant à sa décision. Elle ne voulait rien qui pût venir de Krelek, elle ne voulait pas d’une quelconque somme, venant de lui, rien de ce qu’il aurait pu lui offrir, si ce n’était sa liberté. C’était la seule chose qu’elle désirait : s’en aller et ne plus jamais revoir ce Drell qui l’avait gardée captive pendant deux jours. Il était à ses yeux le mal incarné, une ordure de la pire espèce. L’idée même de recevoir la moindre aide de sa part la répugnait, et cela était évident. Il avait commis une erreur qu’il ne pouvait réparer, qu’il ne pouvait effacer et elle lui en voudrait pour l’éternité. Il n’y avait pas d’échappatoire possible de cette situation. Non seulement elle ne lui accordait pas une once de confiance et ne croyait pas en ses excuses, mais en plus elle refusait ce que toute personne de sa situation aurait accepté : un toit. Il allait sans dire que Krelek en était déconcerté, ahuri. Mais il se garda bien de faire la moindre remarque ; c’était la décision de la femme, et il devait la respecter, ou bien renforcer l’idée d’être un abominable tyran.

    Cependant, il y avait une faille à la volonté de la Drell, quelque chose que l’homme en costard se devait de souligner, non pas par vengeance, ni pour l’humilier, et encore moins pour la garder plus longtemps, mais bien parce que la concernée risquait de foncer dans un mur si elle n’était pas mise au courant de ce détail à l’apparence insignifiante, mais aux conséquences aussi lourdes que regrettables. Elle voulait quitter la planète, s’en aller le plus loin possible de lui pour ne plus jamais lui causer tort. Elle voulait disparaître de la vie de Krelek, autant qu’elle voulait le faire disparaître de la sienne. Or, comment était-elle sensée s’y prendre, sans papier, sans argent, et n’ayant rien mangé depuis plus de trois jours ? En son état actuel, elle n’était non pas prisonnière du Drell costumé, mais de Nos Astra elle-même. Elle avait su passer la frontière et fuir les griffes de la douane afin de mettre les pieds sur Illium. C’était un exploit en soi. Mais elle ne réussirait jamais à en sortir ; elle se ferait coincer par les douaniers et ne pourrait leur échapper comme elle l’avait précédemment fait ; les vaisseaux pouvaient s’arrêter pour la livrer aux autorités Asaris, elle ne pouvait pas disparaître comme elle avait disparu dans les rues de la colonie. Sans papier, sans argent, avec son air décharné et ses habits en haillon, elle ne pouvait même espérer quitter la planète, comme elle le désirait si ardemment, et Krelek se devait de souligner ce détail. Si elle ne voulait pas de son aide, elle allait malheureusement tout de même l’accepter, et ce serait une manière pour lui de se racheter malgré tout. Au fond, les deux partis étaient gagnants. L’un gagnait sa liberté, l’autre effaçait une erreur que sa morale l’obligeait à corriger.

    Le Drell décroisa ses bras et croisa les doigts des mains au niveau du bassin. Il regarda la jeune femme droit dans les yeux, non pas pour l’effrayer, mais bien pour lui montrer qu’il ne tentait pas de la piéger lorsqu’il dit :

    - Votre requête est des plus légitimes, et je conçois totalement que vous ne vouliez récupérer que votre liberté. J’allais dans tous les cas vous la rendre. Cependant, il y a… un détail qu’il me faut tout de même souligner. Vous voulez quitter Illium, et c’est votre droit le plus sacré. Je comprends bien qu’avec ce qu’il s’est passé, vous tiriez un très mauvais souvenir de votre séjour. Le problème – votre problème – est que vous ne possédez aucun papier d’identification sur vous, rien qui ne puisse prouver que vous êtes qui vous êtes, et non pas quelqu’un d’autre. Et, c’est également un autre problème, vous ne possédez pas un sou.

    Un silence s’installa, l’espace de quelques secondes seulement, le temps que la Drell réalisât où voulait en venir son interlocuteur. Puis il reprit, toujours sur le ton calme et sympathisant dont il faisait usage depuis le début de la conversation :

    - En somme, vous n’avez aucun moyen de quitter Nos Astra. C’est une raison supplémentaire pour vous d’accepter mon offre. Je ne tente pas de vous forcer, mais simplement de vous aider, car vous avez de toute évidence besoin d’aide. Je ne vous propose pas une fortune, mais une modeste somme qui vous permettra de subvenir à vos besoins pendant quelques temps. Je vous propose également des papiers en bonne et due forme. Avec cela, vous serez partie d’Illium en un rien de temps, et vous ne me reverrez plus jamais, vu que tel en est votre désir. Une liberté absolue, comme vous le voulez, cela vous semble-t-il honnête ?

    Pour Krelek, la question de la réponse à donner à une telle offre ne se posait pas. Dans la situation de la fugitive, sa proposition valait de l’or et ne pouvait se refuser, à moins d’être totalement inconscient. Il remarqua d’ailleurs un ultime détail qu’il avait omis, et ajouta, afin de conclure :

    - Il faudra quelques heures avant que vous ne puissiez avoir vos nouveaux papiers d’identification. Vous devriez manger quelque chose, vous m’avez l’air affamée.

    Spatioport de Nos Astra


    Deux heures s’étaient écoulées depuis la discussion qu’avaient eue Krelek et la fugitive. Elle avait accepté l’offre du Drell, le bon sens l’exigeant et avait à présent de nouveaux papiers d’identification. S’ils avaient été faits de manière illégale, ils étaient, grâce à la puissance du Réseau du Courtier de l’Ombre, totalement valables et étaient reconnus comme étant officiels. C’était ainsi que le mâle avait découvert le nom de sa victime : Ashaa Jakari. Elle avait été portée disparue – et éventuellement considérée comme morte – depuis son enfance. Il lui avait simplement fallu infiltrer virtuellement la base de données du registre de population de Kahjé et activer le casier de la jeune femme, rendant ses nouveaux papiers valides. Puis la notification d’activation avait été supprimée pour ne pas avertir le gouvernement et toute trace de l’infraction avait été couverte. Ainsi, la Drell était à nouveau en vie, officiellement. Un jeu d’enfant pour Krelek, le gage d’un nouveau départ pour la concernée. Ce qui était une petite action pour l’homme représentait quelque chose à la valeur inestimable aux yeux de cette Ashaa, qui pouvait enfin quitter Nos Astra sans avoir à se battre avec la douane. De plus, la petite somme que lui avait confié son « ange gardien » - si ce terme pouvait être utilisée – lui offrait l’opportunité de subvenir à ses besoins sans avoir à voler, mais pour une durée limitée. Il lui fallait trouver un moyen de gagner de l’argent en retour, mais ce n’était plus le problème de Krelek.

    Les deux Drells se trouvaient devant le Spatioport de Nos Astra, sur le point de s’engager sur des chemins différents, et ne plus jamais se revoir. Malgré une mésaventure des plus désagréables, pour les deux individus, ils se quittaient sur de meilleurs bases qu’originellement, ce qui ne pouvait que leur convenir. Ashaa n’était pas un assassin envoyé pour tuer Krelek, ou un espion venu lui voler des informations, et, lui, n’était pas un bourreau qui allait mettre fin à la vie de la jeune femme. Tout était bien qui finissait bien ? Sans doute, malgré les houlement dangereux qu’il y avait eu.

    - Bon, eh bien c’est ici que nos chemins se séparent, Ashaa, déclara Krelek à l’attention de la Drell. Je vous souhaite bonne chance pour… la suite. Et je ne peux que m’excuser encore une fois pour ce qu’il s’est passé. Adieux.

    Puis il se détourna, quittant les lieux pour retrouver son appartement et les routines de sa double vie. Il s’en allait affronter à nouveau ces aristocrates Asari.












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Jeu 26 Mar 2015, 21:12
Ashaa était à présent confortablement installée dans le luxueux habitacle de la voiture personnelle de ce mystérieux Drell à qui elle devait d’avoir passé les deux derniers jours enfermée dans une pièce où elle avait cru sa dernière heure de liberté arrivée. C’était pour le moins étrange selon elle de se trouver désormais en pareille situation. Elle avait pourtant clairement fait comprendre à son geôlier tout le bien qu’elle pensait de lui et du traitement qu’il lui avait réservé. Et contre toute attente, elle était assise à seulement quelques centimètres de lui. Seule la place centrale de la banquette arrière les séparait l’un de l’autre. Et quand bien même l’homme aux écailles dorées et aux bajoues écarlates n’empiétait pas sur les limites de son espace personnel, cette proximité n’était pas faite pour rassurer la jeune femme qui demeurait tendue et sur ses gardes depuis qu’ils avaient quitté le mystérieux repaire secret.

Les yeux tournés vers l’extérieur et la vue s’offrant à elle, Ashaa faisait tout son possible pour oublier le Drell silencieux installé non loin d’elle. Mais l’appréhension ne rendait pas les choses aussi simples. Elle ne parvenait pas à oublier complètement sa présence. Elle pouvait entendre le son calme et posé de sa respiration ; elle sentait son odeur qui emplissait l’habitacle de la voiture ; et elle percevait également de temps à autre un mouvement furtif de son côté de la banquette. Certes, c’était une nécessité. Elle n’aurait jamais pu regagner la ville par ses propres moyens, mais cette situation la mettait horriblement mal à l’aise. Que n’aurait-elle pas donné pour ne pas se trouver là en pareille compagnie ? Et cette vue à couper le souffle qui n’arrivait pas à la tirer de ses sombres pensées. Tandis qu’elle fixait ces hautes tours de verre tentant de percer les cieux, des images de son entrevue avec le Drell aux écailles dorées dans la salle de conférence de ce repaire secret lui revinrent en mémoire. À croire que la scène était en train de se rejouer juste devant ses yeux tandis qu’elle s’égarait dans ses réminiscences.

Ashaa venait d’exiger de son tortionnaire qu’il la relâche. Elle n’avait que faire de son argent et de ses papiers. Elle ne voulait rien de lui ; pas après l’épreuve qu’elle venait de traverser à cause de lui. Certes, l’offre était pourtant alléchante. Le mystérieux Drell proposait de lui offrir sur un plateau d’argent tout ce dont elle avait cruellement besoin : tout ce qui lui permettrait de commencer une nouvelle vie, que ce soit ici ou n’importe où dans la galaxie. Des crédits et des papiers en bonne et due forme ; un nouveau nom et une nouvelle identité. N’était-ce pas ce dont elle rêvait ? N’était-ce pas là le meilleur moyen de faire en sorte que Gorbak ne puisse jamais la retrouver ni lui faire le moindre mal ? Cela en avait tout l’air ; et pourtant, elle refusait. Elle refusait cette opportunité en or qui s’offrait à elle et pourquoi ? À cause de la peur et du fait qu’elle ne faisait absolument pas confiance à cet homme.

Rien de vraiment étonnant à cela. Qui n’aurait pas réagi de la même manière en pareille situation ? Un homme vous enlève dans la rue et vous retient enfermé dans une cellule durant deux jours sans vous donner la moindre explication et du jour au lendemain, il vient à vous en disant avoir commis une bien regrettable erreur qu’il souhaite rectifier afin de soulager sa conscience. C’était un peu trop simple au goût d’Ashaa ; un peu trop facile. Il y avait forcément anguille sous roche. Pour avoir vécu durant tant d’années aux côtés d’un maître du mensonge et de la duperie, elle savait que ce genre de bienveillance dissimulait toujours quelque chose ; surtout après un épisode aussi sombre que celui qu’elle venait de subir à tort selon les propres dires de l’homme en costume debout devant elle. Bartak – le père de ce chien de Gorbak – avait pour habitude d’agir de la sorte. D’abord il punissait, puis ensuite il se montrait doux et compatissant dans l’espoir que la menace d’une nouvelle correction rende ses filles plus dociles et plus avenantes. Le Drell avait-il l’intention de se comporter de la même manière ?

Cela n’avait pas l’air d’être le cas. Et à la surprise d’Ashaa, elle vit le Drell décroiser les bras et prendre une posture bien plus détendue et cordiale que précédemment. Ce n’était vraiment pas grand-chose en apparence mais aux yeux d’Ashaa cela avait une toute autre signification. Ses fonctions de Favorite lui avaient appris à observer attentivement le comportement des hommes et des femmes avec lesquels elle était amenée à interagir au nom de son maître. Et au fil des ans, elle avait développé un don certain pour repérer ces infimes variations comportementales qui en disaient long sur tout un chacun. Tous ces mouvements inconscients comme une lèvre qui se pince ou une main qui vient gratter le dos de l’autre ou même un sourcil qui se fronce ou un regard qui fuit le temps d’une brève fraction de seconde. Autant d’indices révélateurs qui trahissaient les pensées des individus se trouvant en face d’elle. Dans le cas ici présent, le changement de posture du Drell en disait long lui aussi : d’une posture défensive et hostile, les bras croisés sur la poitrine, il passait à une posture bien plus détendue et plus avenante et aussi en total accord avec l’absence de dureté ou de froideur dans cette voix qui hantait encore les souvenirs de la jeune femme. C’est la raison pour laquelle elle se détendit à son tour presque imperceptiblement. Et quand bien même son interlocuteur la fixait droit dans les yeux, elle n’éprouva cette fois aucun besoin de prendre la fuite. Elle ne lui faisait toujours pas confiance, mais elle était disposée à l’écouter.

— Votre requête, dit-il alors, calmement, est des plus légitimes, et je conçois totalement que vous ne vouliez récupérer que votre liberté. J’allais dans tous les cas vous la rendre. (Elle était prête à le croire sur parole. Rien dans sa voix ne trahissait une éventuelle tentative de mensonge et de manipulation.) Cependant, il y a… un détail qu’il me faut tout de même souligner. (Indépendamment de sa volonté, la Drell se crispa en retenant son souffle. Il y avait toujours un « mais » et celui-ci n’augurait jamais rien de bon. Serait-ce ici aussi le cas ?) Vous voulez quitter Illium, poursuivit l’homme en costume, et c’est votre droit le plus sacré. Je comprends bien qu’avec ce qu’il s’est passé, vous tiriez un très mauvais souvenir de votre séjour. (Était-ce un euphémisme ?) Le problème – votre problème – est que vous ne possédez aucun papier d’identification sur vous, rien qui puisse prouver que vous êtes qui vous êtes, et non pas quelqu’un d’autre. Et, c’est également un autre problème, vous ne possédez pas un sou.

Sur ce point, il avait parfaitement raison. Mais en quoi était-ce son problème ? Tout ce qu’elle voulait, c’était recouvrer sa liberté afin de quitter cette planète et ne plus jamais y remettre les pieds. À moins que ce soit cela le problème en fait : comment quitter Illium sans papiers pour franchir les barrages de la douane ? Était-ce là que son interlocuteur voulait en venir ? Ashaa demeura sans voix tandis que les pièces du puzzle se mettaient en place. Le Drell essayait-il vraiment de l’aider ? Mais pourquoi ?

— En somme, reprit l’homme en face d’elle de sa voix calme et compatissante, vous n’avez aucun moyen de quitter Nos Astra. C’est une raison supplémentaire pour vous d’accepter mon offre. Je ne tente pas de vous forcer, mais simplement de vous aider, car vous avez de toute évidence besoin d’aide. (Les yeux d’Ashaa se posèrent de nouveau sur ceux du Drell après s’être égarés un instant sur la table devant elle. Elle éprouvait toujours autant de mal à lire en lui, à sonder son regard sombre. Mais d’instinct elle sut qu’il ne cherchait pas à la tromper. Il avait vraiment l’air sincère.) Je ne vous propose pas une fortune, ajouta-t-il, mais une modeste somme qui vous permettra de subvenir à vos besoins pendant quelques temps. Je vous propose également des papiers en bonne et due forme. Avec cela, souffla-t-il, vous serez partie d’Illium en un rien de temps, et vous ne me reverrez plus jamais, vu que tel est votre désir. (Ashaa hocha la tête mécaniquement pour appuyer les dires de l’homme.) Une liberté absolue, comme vous le voulez, cela vous semble-t-il honnête ? (La Drell hocha de nouveau la tête en silence.)

Le mystérieux individu venait de finaliser sa vente. Malgré sa réticence et son dégoût d’accepter ainsi quoi que ce soit venant de lui, Ashaa reconnaissait que son interlocuteur avait raison sur toute la ligne. Si elle voulait quitter Illium, elle allait avoir besoin de lui ; et ce malgré le véritable enfer qu’il lui avait fait vivre ces deux derniers jours. Elle devait mettre ce cauchemar entre parenthèses et accepter l’aide de ce monstre pour pouvoir mettre autant de distance qu’elle pourrait entre eux le plus vite possible.

— J’accepte. (Ce fut le seul mot qui consentit à franchir la barrière de ses lèvres. Et le seul aussi que la jeune femme daigna prononcer depuis lors.)
— Il faudra quelques heures avant que vous ne puissiez avoir vos nouveaux papiers d’identification, dit alors le Drell en avançant vers la sortie. Vous devriez manger quelque chose, vous m’avez l’air affamée.

Ce n’était pas peu dire. En réponse à l’invitation du Drell, Ashaa sentit son estomac tirer et une plainte retentissante brisa le silence qui suivit la remarque de l’homme en costume. Ashaa baissa les yeux en sentant la honte la mettre mal à l’aise. Et environ deux heures plus tard, après avoir finalement consenti à avaler un repas digne de ce nom, la voilà qui se trouvait dans le véhicule privé de cet homme que le destin avait mis en travers de sa route à trois reprises ; cet homme qui l’avait enlevée et fait enfermée et qui maintenant s’efforçait de faire de son mieux pour racheter son erreur… Que devait-elle penser de tout ceci ? Devait-elle éprouver de la compassion et lui offrir son pardon ? Elle n’en avait pas envie. Elle avait souffert à cause de cet homme. Il lui avait fait revivre des souvenirs douloureux et bien plus sinistres encore que la pièce dans laquelle elle était demeurée recluse tout ce temps. Méritait-il qu’elle gaspille sa salive en lui offrant son pardon ? Hors de question ! Elle ne pardonnait pas aussi facilement. Pas après toutes les épreuves qu’elle avait endurées. Pardonner était trop facile. Les mots ne pouvaient pas effacer tout le mal déjà fait. Ça n’effaçait pas la douleur ou la peine. Alors qu’il vive avec, lui aussi…

Quelques instants plus tard, Ashaa et son compagnon de fortune se retrouvèrent devant les portes du spatioport. Elle était de retour à la case départ ; là où toute cette folle mésaventure avait commencé. Dans quelques minutes, elle serait enregistrée sur un vol en partance d’Illium et elle pourrait tirer une bonne fois pour toute un trait sur toute cette histoire. Même si dans son cas à elle, oublier tout cela ne serait pas aussi simple que pour n’importe qui d’autre. Avoir une mémoire parfaite pouvait se révéler plus un fardeau qu’une bénédiction. Mais elle saurait faire avec comme elle l’avait toujours fait jusqu’à maintenant. Elle n’avait pas le choix. Elle ne l’avait jamais eu.

— Bon, eh bien c’est ici que nos chemins se séparent, Ashaa, déclara le Drell en brisant le lourd silence entre eux. Je vous souhaite bonne chance pour… la suite. Et je ne peux que m’excuser encore une fois pour ce qu’il s’est passé. Adieux.

Ashaa ne répondit pas. Sa bouche s’entrouvrit pour exprimer ses remerciements à son « sauveur » mais les mots refusèrent de franchir la barrière de ses lèvres. Aussi referma-t-elle lentement la bouche tout en détournant les yeux. Le Drell l’observa en silence avant de se détourner et de quitter les lieux. Ashaa attendit quelques instants avant de relever les yeux et de le regarder s’éloigner dans la foule. Ce Drell hanterait probablement ses cauchemars pour les années à venir ; et pourtant, elle ne savait pas même son nom. Elle ne savait rien de lui, comme elle s’était évertuée à le répéter tout au long de son séjour dans cette misérable cellule. Il ne serait qu’un fantôme de plus hantant ses rêves à jamais.

Ashaa se détourna et ne fit qu’un pas avant de sentir ses entrailles se nouer et un frisson courir le long de son échine. Ses yeux s’étaient posés sur un touriste venant de sortir du spatioport qui s’était avancé dans sa direction avant de la dépasser en la frôlant de justesse. En temps normal, pareille situation ne l’aurait pas à ce point mise hors d’elle. Mais le fait est que la fraction de seconde où ses yeux croisèrent le regard de ce Butarien suffit à déclencher dans sa mémoire une réaction en chaîne qui la renvoya sur Oméga voilà plusieurs jours de cela : le jour de la mort de Dalyn et de sa fuite dans les rues étroites et étouffantes de la station pirate. Des hommes les pourchassaient, elle et les « amis » de Dalyn venus à son secours. Des traqueurs butariens dont les visages défilaient sous ses yeux sans qu’elle puisse avoir le temps de les imprimer dans son esprit : tous sauf celui de cet homme affublé d’une vilaine cicatrice sur toute la face droite de son visage. C’est justement cette même cicatrice qu’Ashaa venait de croiser à l’instant. Elle en était certaine…

Raide comme un piquet, le souffle court et les mains tremblantes, elle fit volte-face pour découvrir ce visage hostile juste devant elle, un sourire cruel aux lèvres. Elle tenta de se détourner pour prendre la fuite mais une main calleuse à la poigne de fer se referma sur son bras comme un étau. La malheureuse lâcha un cri de douleur qu’une autre main vint aussitôt étouffer afin de ne pas attirer l’attention de la population de Nos Astra qui allait et venait près d’eux sans se rendre compte de ce qui se passait. Elle tenta en vain de se débattre et ne récolta rien de plus qu’une nouvelle vague de douleur tandis que la main de son tortionnaire se resserrait plus encore sur son bras.

— Alors ma jolie, tu pensais sincèrement pouvoir nous filer entre les pattes à mes hommes et moi ? (Il y avait tant de malveillance dans cette voix qu’Ashaa sentit ses jambes sur le point de lâcher.) J’espère pour toi que tu t’es bien amusée ici, parce que la fête est terminée à présent. Il est temps de rentrer à la maison. (Il marqua une pause avant d’ajouter avec sadisme.) Papa attend sa fifille adorée. Oui. Il est tellement impatient de retrouver sa Favorite qui lui a tant manqué. En route !

Il la poussa gentiment vers les portes du spatioport. Deux autres Butariens attendaient à l’entrée et le Turien qui avait poursuivi Ashaa dans les rues de Nos Astra était avec eux. Un sourire aussi sadique que celui de l’homme qui la tenait fermement barrait ses lèvres. Il n’en fallut pas plus à la jeune femme pour deviner qu’il l’avait vendue. C’était à cause de lui que les hommes de Gorbak avaient retrouvé sa trace. C’était à cause de lui qu’ils étaient là et qu’ils la tenaient à présent à leur merci. Le rictus du Turien se renforça quand il vit l’expression haineuse d’Ashaa. Elle voulait le tuer ; elle voulait tous les tuer ; tous autant qu’ils étaient. C’est à cause d’eux que Dalyn était mort et à cause d’eux qu’elle allait retourner à sa vie de servitude où seule une mort lente et misérable l’attendait. Mais sa main se referma sur du vide quand elle tenta de dégainer sa dague. Son arme avait disparu. Elle l’avait perdue durant le face à face avec le Drell dans la ruelle deux jours auparavant et elle ne l’avait plus revue depuis. Elle était seule et désarmée. Autant dire qu’elle était perdue. Cette simple idée suffit à la pousser à se débattre de plus belle. Elle ne voulait pas retourner sur Khar’Shan. Elle ne voulait pas redevenir ce qu’elle avait été. Elle n’avait plus rien à perdre alors elle ne comptait pas leur faciliter les choses.

— Arrête de gesticuler ou bien je t’attache, souffla le chef butarien à son oreille. (Il marqua une pause avant d’ajouter avec un sourire lubrique.) Quoique tout bien considéré… que tu te débattes ou non ne changera pas grand chose. Je vais quand même t’attacher parce que c’est comme ça que j’aime passer du bon temps. La route est longue jusqu’à Khar’Shan et… faut bien qu’un homme s’occuper pendant la durée du trajet non ? Le maître m’a donné le feu vert pour profiter un peu de ta charmante compagnie le temps que je te livre à lui. Ne fais pas cette tête, tu ne seras pas déçue. Fais-moi confiance.
— Quand est-ce que le virement sera fait ? demanda le Turien une fois qu’Ashaa et son tortionnaire se furent suffisamment rapprochés.
— Il a déjà été fait, lui répondit froidement le Butarien. Du moins la moitié. Tu recevras le reste une fois que nous aurons quitté ce monde de merde. Juste au cas où tu voudrais jouer sur les deux tableaux.

Le Turien hocha la tête en peinant à dissimuler son dégoût pour le Butarien. Ne supportait-il pas d’être en présence de ces Quatre-Yeux ou ne supportait-il pas qu’on remette en question sa loyauté ? Ashaa se retenait de lui cracher au visage. C’était pathétique. Mais cela lui offrit une opportunité de prendre la fuite. Ayant lui aussi remarqué le regard sombre du Turien, le Butarien lui lâcha :

— T’as un problème avec le protocole peut-être ?
— Non, du tout. Du moment que j’ai mon…

Ashaa rejeta violemment la tête en arrière et donna un coup puissant dans le visage de son geôlier qui lui lâcha instinctivement le bras afin de porter ses mains à son visage. La violence du choc et l’effet de surprise, qui s’afficha sur le visage du Turien et des deux autres hommes de main de Gorbak, offrirent à la Drell les quelques secondes de salut qui lui permirent de se glisser entre eux avant que l’un d’eux ne tente de la retenir par le bras. Mais elle n’eut le temps de faire que quelques pas avant que le chef butarien ne se jette sur elle en la plaquant au sol. Ashaa sentit ses poumons se vider de leur air avant qu’elle ait pu pousser le moindre cri d’alerte. Mais la démonstration de force du Butarien lui avait valu de s’attirer l’attention de la foule qui le regardait à présent avec des yeux horrifiés. Ashaa perçut tout près des appels de détresse. Des gens criaient pour alerter les forces de l’ordre. Le Butarien grogna en se redressant. Il avait l’air d’avoir des envies de meurtre.

— Ça, tu vas me le payer ! (Il força Ashaa à se remettre debout et se tourna vers ses hommes.) Allez, on bouge ! Toi ! (Il désigna le Turien.) Conduis-nous à notre navette et fais en sorte qu’on ait quitté cette planète avant que les flics débarquent. Sinon tu peux faire une croix sur tes crédits. Et sur ta vie…

Le Turien hocha la tête et fit signe aux Butariens de le suivre à l’intérieur du spatioport. Ashaa eut beau se débattre comme une démone, la prise du chef était trop forte pour elle. Son geôlier n’eut aucun mal à la traîner à sa suite. Et déjà elle avait disparu à l’intérieur du spatioport. Bientôt elle serait à bord de leur satanée navette en partance pour Khar’Shan et jamais plus elle ne serait libre. Jamais…
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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Dim 05 Avr 2015, 00:23

    Face au Spatioport


    Krelek s’éloignait du Spatioport, l’esprit un peu plus léger ; il avait plus ou moins corrigé son erreur, dans une certaine mesure. Malheureusement, le mal avait été fait et il avait tout de même séquestré une innocente pendant plus de deux jours à cause de sa trop grande prudence. Il ne regrettait cependant pas sa non-prise de risque, car dans sa position, il ne pouvait pas se permettre d’en prendre ne serait-ce qu’un léger. Il était simplement regrettable d’avoir fait vivre un enfer à une personne qui n’avait somme toute rien à voir avec ses affaires et qui n’avait strictement aucune idée de son identité. Ashaa Jakari était de plus une Drell, ce qui faisait que son enfermement resterait à jamais gravé dans sa mémoire. C’était avant tout là que résidait le regret de Krelek. S’il avait été question d’une personne d’une autre ethnie, il s’en serait moins voulu ; la victime aurait fini par oublier avec le temps. Mais là, ce n’était pas le cas. La femme n’oublierait jamais ces deux journées épouvantables qu’elle avait vécues. En soit, il ne devrait pas y prêter attention, car après tout, il ne la reverrait jamais. Qu’avait-il à faire de l’état d’âme d’une inconnue ? Lui qui avait sur les mains le sang d’un grand nombre de personnes qu’il n’avait pas connues personnellement, il ne s’était jamais laissé affecté par leur destin. Mais c’était justement là que résidait la différence : les personnes qu’il avait assassinées s’étaient, soit mises en travers de son chemin, ou bien avaient été la cible d’un contrat. Il y avait toujours eu une raison à leur mort, qu’elle fût bonne ou non. Or, Ashaa Jakari n’avait rien demandé. Elle était une personne sans papier, sans argent, en fuite, qui n’avait attiré la colère meurtrière de personne, qui ne s’était pas opposé à Krelek d’une quelconque manière. Ce qui différenciait le rescapé de Rakhana des simples tueurs en série était simplement le fait qu’il ne s’en prenait pas à n’importe qui ; il ne s’en prenait jamais aux innocents, c’était sa règle d’or. D’autres, à sa place, auraient simplement abattu la Drell, afin de ne laisser aucune trace, mais Krelek n’était pas de ce genre. S’il pouvait se montrer extrêmement pragmatique, il n’en restait pas moins conciliant en certaines situations, comme celle-ci. D’aucun dirait que cela était un signe de faiblesse, le concerné voyait simplement cela comme de la pitié. De la pitié pour une personne qui n’était en rien un danger, et qui ne méritait donc pas la mort.

    - On devrait appeler la police, tu ne crois pas ?

    Un passant venait de poser ladite question à son compagnon, en dépassant rapidement Krelek, de toute évidence par désir de s’éloigner du lieu d’où ils venaient. La remarque eut le mérite d’éveiller l’attention du Drell, qui se demandait ce qui pouvait bien les pousser à vouloir à faire appel aux forces de l’ordre. Certes, dans les hauts quartiers de Nos Astra, un rien pouvait mener au débarquement des tuniques bleues, mais, en face du Spatioport, la chose en devenait un peu plus curieuse. Peut-être s’agissait-il simplement d’un sac suspicieux, abandonné devant l’entrée ? Non, ce n’aurait pas été la police qui aurait été appelée, mais la sécurité des lieux. Quelque chose ne tournait suffisamment pas rond pour que l’on s’inquiétât.

    Krelek se retourna donc, revenant sur ses pas, curieux de ce qu’il se passait. Filant à travers la foule, il découvrit alors une scène des plus étranges, mais qui l’irrita également. Devant lui, un groupe de Butariens tentaient d’enlever une femme qui n’était d’autre qu’Ashaa Jakari. La Drell se débattait de toutes ses forces et les monstres à quatre yeux la malmenaient. A côté d’eux, un Turien aux couleurs de la douane. Son visage, très ressemblant à celui de tout autre Turien éveilla un souvenir chez Krelek, qui ne tarda pas à réaliser qu’il s’agissait du douanier qui poursuivait la jeune femme. Il l’avait vendue, et la scène confirma une hypothèse de l’homme en costume : Ashaa Jakari était une fugitive. De plus, le fait que ses ravisseurs furent des Butariens soulevaient l’idée qu’elle fût une esclave. Cela pouvait expliquer son manque total d’identité et sa phobie de l’enfermement. Krelek ne pouvait tolérer ce qu’il voyait. Il n’avait aucune estime des esclavagistes et ne pouvait simplement laisser une femme à qui il avait rendu la liberté se la faire retirer sans avoir pu en profiter. Ce n’était tout simplement pas juste. Mais le problème était qu’il n’était tout simplement pas en condition de se battre ; il était dépassé en nombre et était habillé d’un costard, qui n’était tout simplement pas adapté au combat. Mais il n’était pas temps de se poser des questions. Une innocente se faisait kidnapper et il ne pouvait pas rester passif sous prétexte de porter un costume dépassant le millier de crédit en prix. Il se devait d’essayer au moins d’offrir une ouverture à la femme pour qu’elle pût s’échapper, même si cela devait résulter en la destruction de ses habits et probablement en l’obtention d’une commotion cérébrale. Les autres Courtiers de l’Ombre auraient sans doute fait profil bas, mais il n’était pas de ce genre. Il était un homme d’action, né de la guerre et de l’injustice. Il ne pouvait détourner le regard, après avoir aidé cette personne. Ses prédécesseurs restaient enfermés dans leur quartier général, mais lui sortait de chez lui ; il n’avait pas peur de s’exposer, seulement que l’on sût qu’il était.

    Krelek jeta donc sa veste à terre et se jeta dans le groupe de Butariens, visant spécialement celui qui tenait Ashaa Jakari. Lui assenant un coup au visage, la brute lâcha la femme, qui se pressa de s’éclipser sans perdre une seconde, saisissant l’opportunité qui se présentait à elle. Des jurons s’élevèrent alors que l’incompréhension s’installa ; Krelek était rapide comme l’éclair, il n’avait pas laissé le temps aux ravisseurs de le voir arrivé. Mais le voilà qui était coincé au milieu d’une meute de loup enragés. Une voix s’éleva :

    - Ceci est un outrage ! Butez-moi ce connard !

    La réponse ne se fit pas attendre. Au nombre de huit, les Butariens se jetèrent sur Krelek, qui se mit en position de défense. Il ne pouvait tous les combattre. Malgré ses années d’expérience, malgré sa maîtrise des arts martiaux, son agilité de Drell et sa force, il n’était pas de taille face à un si grand nombre d’adversaires. Il se devait de s’enfuir à la moindre occasion, ou il mourrait. Les forces de l’ordre mettraient trop de temps à intervenir, c’était le gros problème des mégapoles comme Nos Astra. Et il ne pouvait compter sur les services de sécurité du Spatioport ; le Turien était la preuve vivante de leur corruption. S’il s’en sortait, il s’appliquerait à se venger de ce dernier et lui faire payer sa traitrise. La puissance du Réseau du Courtier de l’Ombre pouvait également être utilisée en temps qu’arme, et pas seulement comme une plateforme commerciale, et les Dieux savaient bien que la vengeance était un plat que si mangeait froid. Oui, ce Turien allait payer.

    Krelek esquiva un premier coup, avant de le rendre, avec toute sa force. Il entendit un craquement ; le cartilage nasal de sa victime avait craqué. Un cri de douleur s’en suivit, alors que le Drell s’attelait à se protéger du prochain assaut. Cependant, alors qu’il bloqua l’attaque suivante, tordant violemment le poignet de son adversaire, un fourbe lui assena un coup derrière le genou, lui faisant perdre l’équilibre et le faisant tomber sur la rotule. L’ex-assassin retint un grognement de douleur et tenta de se relever, mais c’est un coup aux côtes qu’il reçut. Il était encerclé, il ne pouvait parer toutes les attaques, qui venaient de toutes les directions. Il tomba au sol, se débattant pour se relever et se prévenir d’un maximum de dégâts, mais rien ni fit. Il ne pouvait même pas faire usage d’une quelconque arme, car il n’en possédait point. Il commençait à ressentir un certain regret vis-à-vis de son intervention ; il avait toujours été trop casse-cou…












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MessageSujet: Re: Attrape-moi si tu peux   Dim 05 Avr 2015, 18:25
Lorsqu’elle sentit le Butarien lâcher prise et desserrer sa poigne de fer autour de son bras engourdi, la Drell ne perdit pas une seconde à penser au pourquoi du comment. Elle vit là une opportunité en or de prendre la fuite sans demander son reste et c’est ce qu’elle fit. Elle n’était plus retenue et était libre de ses mouvements. Elle s’éloigna rapidement de son agresseur sans même prendre le temps de jeter un œil dans sa direction. Elle ne voulait prendre aucun risque. Elle garda les yeux rivés droit devant elle et se précipita vers la double porte qui conduisait plus profondément dans le spatioport.

Elle ne réfléchissait pas. Elle n’avait qu’une chose en tête : prendre la fuite. Si elle avait pris la peine de réfléchir un instant, peut-être aurait-elle plutôt choisi de fuir en direction de la sortie. Elle aurait eu plus de chances de distancer ses éventuels poursuivants en se fondant dans la foule. Là, en prenant la fuite à l’aveugle dans le spatioport sans vraiment savoir où elle allait, elle risquait de se retrouver acculée au fond d’une impasse où elle serait une nouvelle fois prise au piège. Mais l’heure n’était pas à la réflexion. Le sang qui battait avec force dans ses tempes et derrière ses tympans était tellement assourdissant et terrifiant que cela en était débilitant. La faute à l’adrénaline qui inondait son système. Le seul et unique moyen que la nature avait trouvé pour accorder aux proies une chance de survie. La réponse naturelle de tout un chacun face à un danger mortel : la fuite.

Ashaa bouscula une jeune femme sans même prendre la peine de s’excuser ou de ne serait-ce que lui accorder le moindre regard. Elle gardait les yeux rivés sur sa destination finale : cette double porte qui l’appelait à elle de toutes ses forces. Elle n’était plus qu’à quelques mètres seulement. Le salut était là. Elle n’avait qu’à forcer encore un peu et peut-être pourrait-elle semer ses poursuivants. Une vingtaine de mètres. C’est la distance qui la séparait du salut. Une distance qu’elle n’eut cependant pas le temps de couvrir entièrement avant d’entendre une voix grave s’élever dans son dos :

— Ceci est un outrage ! Butez-moi ce connard !

L’éclat de voix venait de loin. C’est cette brusque révélation qui poussa Ashaa à s’arrêter brusquement. Faisant volte-face, elle balaya le hall du spatioport du regard et découvrit que personne n’avait cherché à lui donner la chasse. Personne n’avait tenté de l’arrêter ou de s’en prendre à elle. Ces sales chiens de mercenaires butariens n’avaient d’yeux que pour l’individu qui s’était interposé entre eux et leur proie. Les yeux d’Ashaa s’écarquillèrent de surprise en reconnaissant la teinte dorée si particulière des écailles du Drell qui venait de l’abandonner quelques minutes à peine auparavant. Il s’était débarrassé de cette veste de costume hors de prix de laquelle il avait sorti les nouveaux papiers de la jeune femme et une liasse de crédits offerts en toute générosité pour l’aider à recommencer sa vie où elle l’aurait décidé. Sa chemise blanche tranchait nettement avec la teinte écarlate de ses bajoues. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle Ashaa demeura muette de stupeur et les yeux écarquillés. Pourquoi était-il là ? Pourquoi se dressait-il seul face à ces chiens à la solde de Gorbak ? Qu’essayait-il de faire ? Ou même de prouver ? Pourquoi ne prenait-il pas la fuite alors que les Butariens se rapprochaient lentement de lui ?

Le souffle d’Ashaa se fit encore plus incertain que la seconde d’avant. Elle avait cessé de courir mais sa respiration était toujours saccadée et son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas détacher son regard du Drell encerclé par huit Butariens. Il se tenait seul face à cette meute de chiens enragés. Ashaa fit un pas dans leur direction… mais elle s’immobilisa avant d’avoir parcouru un mètre. Son regard fit la navette entre le cercle d’hommes sur le point de fondre sur leur unique adversaire et la porte dans son dos qui l’appelait de toutes ses forces. Pourquoi ne pas profiter de la diversion pour prendre la poudre d’escampette ? Le Drell retenait actuellement l’attention de tous les Butariens ainsi que celle du Turien qui l’avait vendue à Gorbak en échange d’une coquette somme. C’était une occasion rêvée pour disparaître avant qu’elle ne se rappelle à leur bon souvenir et qu’ils ne se lancent de nouveau à sa poursuite. Elle ignorait de combien de temps elle disposait avant que ces huit soldats n’aient réglé son compte au Drell téméraire. Quelques secondes ? Quelques minutes tout au plus ?

*Ne reste pas là ! Cours !* lui criait une petite voix dans sa tête. *La porte est juste-là. Saute à bord de la première navette qui vient et disparait avant qu’il ne soit trop tard. Allez !*

Et pourtant, elle demeurait immobile, les yeux fixés sur les molosses de Gorbak qui passèrent soudain à l’attaque au signal de leur chef. Le Drell parvint à esquiver le premier coup avec souplesse et rapidité avant de profiter de sa vitesse acquise pour contre-attaquer dans la foulée et arracher un cri de douleur à son adversaire. Il bloqua ensuite une seconde attaque et l’espace d’un instant, Ashaa eut la conviction qu’il pourrait s’en tirer sans mal. L’espace d’un instant, l’idée de prendre de nouveau la fuite s’imposa à elle. Le Drell avait l’air de savoir se battre. Il était en mesure de se défendre. Elle était loin de pouvoir en dire autant, elle. Inutile de perdre plus de temps. Et puis, ce n’est pas comme si elle lui devait quoi que ce soit. Quand bien même elle aurait été en mesure de pouvoir lui apporter son aide, pourquoi l’aurait-elle fait ? Qu’est-ce qui aurait bien pu la pousser à venir en aide à l’homme qui l’avait kidnappée dans la rue avant de l’enfermer dans elle ne savait quel genre de cellule… pendant près de deux jours ? Elle avait vécu un véritable enfer à cause de lui. Pourquoi s’inquiéter de son sort ? Pourquoi au juste hésiter entre le secourir et prendre la fuite en l’abandonnant à son funeste destin ? Nul doute que les Butariens le tueraient pour s’être interposé. Pourquoi donc cette pensée la mettait-elle autant mal à l’aise ? Elle savait comment fonctionnait le « jeu » et elle savait aussi que la seule règle était : gagner ou mourir. Il était de toute évidence condamné à périr alors à quoi bon rester là pour en être témoin ? Elle avait le temps de sauver sa peau. N’était-ce pas ce qui importait le plus à ses yeux ?

*Peut-être mérite-t-il la mort. Peut-être pas. Il s’en est pris injustement à toi. Mais n’a-t-il pas cherché à réparer le tort causé une fois qu’il a compris son erreur ? N’a-t-il pas essayé de te venir en aide après s’être rendu compte du mal qu’il avait pu te faire ? La mort n’est-elle pas cher payer pour n’avoir passé que deux jours enfermée dans cette cellule ? Ce n’est rien en comparaison de ce que Bartak et Gorbak t’ont fait subir et pourtant, tu es prête à le condamner à la même sentence ?*

Cette petite voix dans sa tête, ce n’était pas la sienne. C’était celle de Dalyn. Son protecteur et ami. Le seul qui avait témoigné gentillesse et tendresse à son égard. Le seul qui lui avait montré que la vie était certes violente et dangereuse – mortelle même – mais que cela n’empêchait pas les petits miracles de rendre cette sombre existence belle et agréable à supporter ; ces petits bonheurs et ces attentions du quotidien qui rendaient Oméga agréable à vivre. Il lui avait inculqué ce qu’étaient le bonheur et la joie. Il lui avait montré qu’elle aussi pouvait tirer un trait sur le passé et s’autoriser à croire au bonheur. Tout ce qu’elle devait faire, c’était affronter sa peur et combattre ses vieux démons.

Ashaa sentit un frisson courir le long de son échine. Dalyn aurait passé à tabac le Drell pour avoir ainsi enfermé sa protégée, mais il n’aurait jamais souhaité sa mort pour autant. Il avait dans le fond toujours été un homme bon et charitable – et ce quand bien même il trafiquait avec des mercenaires et s’était fait un nom dans le commerce illégal. Ashaa était donc partagée. Elle ne pouvait rien pour le Drell. Elle n’était pas une combattante. Et elle n’avait pas d’arme non plus sur elle pour se défendre. Au final, elle risquait tout simplement de finir comme lui : morte. Le mieux était probablement de prendre la fuite, de faire en sorte que le sacrifice du mystérieux Drell ne soit pas vain. C’était la chose la plus raisonnable à faire. Aussi Ashaa commença-t-elle à se détourner de l’affrontement pour tracer sa route. C’est à ce moment-là qu’elle perçut le grognement de douleur de son confrère.

Ashaa s’immobilisa de nouveau. Elle ne parvenait pas à se résoudre à laisser cet homme payer pour le crime qu’elle avait commis. Cela n’avait aucun sens et elle le savait. Elle ne lui devait rien. Il n’était rien pour elle. Elle ne connaissait même pas son nom. Et cela n’aurait pas été la première fois qu’elle aurait fait passer ses intérêts avant ceux des autres. Elle l’avait déjà fait par le passé ; bien trop souvent à son goût pour en être fière. Elle avait brisé des vies à seule fin d’assurer sa survie à elle. Quand bien même elle l’avait regretté, elle avait toujours su que c’était un mal nécessaire. Là… Les choses ne semblaient pas si différentes et pourtant…

— Assez ! (Elle manqua défaillir en percevant toute l’autorité dans sa propre voix.) Laissez cet homme tranquille. C’est moi que vous voulez. Il ne vous a rien fait. Laissez-le en paix.

Contre toute attente, les hommes à la solde de Gorbak s’immobilisèrent et cessèrent de faire pleuvoir des coups sur la tête du malheureux Drell recroquevillé sur lui-même en position défensive. Le chef se tourna lentement vers Ashaa pour la dévisager avec une expression courroucée.

— Pour qui est-ce que tu te prends à nous donner des ordres, chienne ? demanda-t-il avec froideur et malveillance. Il serait grand temps que tu apprennes où est ta place. (Il fit un pas dans la direction de la jeune femme qui ne prit conscience qu’à cet instant qu’elle était revenue sur ses pas.) Je vais prendre un malin plaisir à t’inculquer les règles de bienséance que tu sembles avoir oubliées durant ces quelques années d’exil. (Ashaa se figea d’effroi en sentant la main du Butarien se refermer autour de son cou.) Mais d’abord, ajouta-t-il en la lâchant et en reportant son attention sur le combattant Drell toujours à terre, débarrassons-nous de ton petit copain et ensuite je m’occuperai de ton cas.

Il fit signe au Turien de s’occuper d’Ashaa pendant qu’il revenait sur ses pas pour rejoindre ses hommes toujours disposés en cercle autour du combattant blessé.

— Qui a envie d’une nouvelle paire de bottes en écailles de Drell ? demanda-t-il avec un sourire cruel.

Trop occupé à rire de la plaisanterie alors qu’il venait de se saisir du bras de la jeune femme, le Turien ne fit pas attention au fait qu’Ashaa venait de poser les yeux sur l’arme de poing qu’il portait à la cuisse. Elle s’en empara et pointa le canon du pistolet sur le chef de la sécurité corrompu.

— Recule ! ordonna-t-elle en s’attirant de nouveau l’attention du chef butarien. Et vous aussi. Reculez tous. C’est un ordre !
— Ou quoi ? demanda le Butarien. Tu vas tous nous tuer peut-être ? (Ashaa acquiesça en manquant de conviction. Elle n’était hélas pas une meurtrière.) Imaginons un instant que tu parviennes à mettre tes menaces à exécution. Au mieux tu abattras un de mes hommes avant que les autres ne parviennent à te maîtriser ; tu penses vraiment que le jeu en vaut la chandelle ? Es-tu vraiment prête à prendre autant de risques pour cette mauviette ? ajouta-t-il en désignant du menton le Drell à terre.

Le bref moment pendant lequel Ashaa hésita suffit pour que le Turien se jette sur elle en tentant de lui arracher l’arme des mains. Mais la Drell était souple et agile et elle esquiva l’attaque avec grâce avant de lever le canon de l’arme qu’elle pointa sur sa propre tête.

— C’est moi que Gorbak veut, souffla-t-elle en rivant ses yeux dans ceux du Butarien qui venaient tout juste de trahir son appréhension. Et il me veut vivante. (Elle marqua une pause afin de s’assurer que le Turien n’allait pas tenter une nouvelle approche.) S’il devait m’arriver quoi que ce soit, je ne donne pas cher de la peau de ceux qu’il aura envoyés à ma recherche pour me ramener à lui. Est-ce que c’est un risque que vous êtes prêts à courir ? demanda-t-elle en reportant son attention sur les Butariens.

Seul le silence tint lieu de réponse à la jeune femme. Les secondes s’égrenèrent un moment sans que personne ne fasse la moindre remarque. Et puis le chef fit finalement signe à ses hommes de reculer et de laisser leur adversaire tranquille. La mort de l’homme qui les avait humiliés ne valait pas de prendre le risque de s’attirer les foudres de leur maître.

— C’est bon, maintenant baisse ton arme, demanda le chef butarien d’une voix calme et posée.
— Pas tant que vous n’aurez pas quitté le spatioport.
— Nous ne partirons pas sans toi. Jamais.
— C’est ce que nous verrons. (Ashaa désigna la porte au fond du hall.) Partez où je presse la détente.
— C’est du bluff ! s’exclama le Butarien. Tu ne le feras pas.
— Je n’ai plus rien à perdre si Gorbak remet la main sur moi, se contenta-t-elle de répondre et le chef savait de quoi elle parlait, aussi fut-il convaincu de la véracité des menaces de la jeune femme.
— Ne fais pas l’idiote, ma belle. Je suis sûr qu’on peut trouver un terrain d’entente.
— Quittez Illium et dites à Gorbak que c’est terminé. Ou sinon…
— La police ! s’exclama un des mercenaires à l’entrée du spatioport.

L’attention d’Ashaa fut accaparée une demi-seconde de trop et le Turien referma la main sur son bras en écrasant son poignet pour la contraindre à lâcher l’arme. Ashaa gémit en sentant un craquement et le pistolet tomba à terre. Un sourire malsain se dessina sur les lèvres du Butarien et ses yeux se mirent à briller de soulagement en sachant la Drell enfin soumise. Il avait vraiment eu peur qu’elle ne passe à l’action et ne mette ses menaces à exécution. Hélas… Ashaa avait gagné suffisamment de temps pour permettre aux forces de l’ordre de prendre d’assaut le spatioport. Déjà des coups de feu étaient échangés entre ses hommes et eux. Il avait le choix : tuer le combattant drell pour venger l’affront qui lui avait été fait ou prendre la fuite avec sa proie. Au grand soulagement d’Ashaa, il choisit la fuite.

La dernière image qu’Ashaa eut, ce fut le Drell étendu au sol qui peinait à relever la tête et à se mettre debout pour poursuivre le combat. Elle avait eu une chance de s’enfuir et pourtant elle était restée et elle avait fait de son mieux pour lui sauver la vie. Pourquoi ? La réponse ne vint pas. Elle sentit le coup sur sa nuque et l’explosion de douleur dans sa tête avant qu’un voile noir ne lui tombe devant les yeux et la plonge dans l’inconscience. C’était terminé…
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