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Tiberius Adrix

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MessageSujet: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeLun 31 Déc 2018, 14:01

► █ Date :  Décembre 2203 RP Erotique
Ravi Vertax ♦️ Tiberius Adrix
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Dur réveil que celui de l'ancien Kabalim. Comme s'il émergeait de trois années d'un long coma. Trois années où s'étaient succédé le drame d'une vie, le besoin et même la soif dévorante d'une vengeance arrosée de sang, le besoin de mourir, puis ce qu'il avait pensé être un renouveau, une unique chance de se raccrocher à autre chose pour se reconstruire. Une "chance" qui s'était elle aussi conclue dans le sang. Le sien, oui, mais surtout celui de celle avec qui il se voyait passer des jours heureux et prolifiques encore quelques mois auparavant. Ce changement brutal et meurtrier ne s'était ainsi pas fait sans laisser des traces, pour certaines indélébiles, sur le vétéran aigri et désabusé qu'il était devenu après ses années de service et dans les Terminus.

Au delà de l'impact émotionnel qu'il avait bien du mal à gérer, et des cicatrices obtenues au combat comme dans l'arène, des blessures plus fraiches se refermaient tant bien que mal...

Adossé à la tête de lit d'une chambre qui n'était pas la sienne, admirant le lever de soleil sur Cipritine depuis la baie vitrée d'un appartement qui ne lui appartenait pas, le biotique s'efforçait d'étouffer quelques complaintes d'un réveil douloureux. Son flanc gauche et une partie du bras luisaient encore d'un éclat métallique, signe que les implants cybernétiques et plaques utilisés pour traiter la blessure profonde qu'on lui avait infligé n'était pas encore tout à fait en place. La chirurgie à laquelle il avait du se résoudre dans un cabinet miteux de Port Torak, dans l'Abysse de Némée, lui avait toutefois sauvé la vie. Grièvement blessé à son arrivée dans le système, la carapace métallique enfoncée sur plusieurs centimètres par un coup d'omnilame, brûlé au deuxième degré et certains os brisés, le Turien avait dépensé ses dernières économies emmenées avec lui pour se payer les meilleurs soins possibles dans un coin aussi mal famé.

Fort heureusement, si les conditions d'hygiène furent des plus douteuses, le matériel à disposition du praticien Galarien et la cybernétique utilisée pour traiter ses blessures se révélèrent suffisants pour lui permettre de se rétablir. S'étant fait la main sur de nombreux pirates et autres pilotes de course à la mort bien amochés, le chirurgie permit à son patient d'envisager de quitter les Terminus quelques semaines après l'intervention. Hélas, si le tout se révélait compatible avec l'usage de sa biotique, un élément sur lequel Tiberius avait fortement insisté avant d'être prit en charge, il n'en restait pas moins diminué au niveau de ses capacités si spéciales pour son espèce et qui constituaient l'atout principal faisant de lui une machine à tuer si nécessaire. Il avait bien payé une firme d'Illium pour le futur remplacement de tout cet attirail par des tissus clonés, mais plusieurs mois s'écouleraient encore avant de lui permettre de seulement y songer. Sans parler du temps de convalescence...

Ses derniers comptes ouverts sur la colonie Asari, devenue la nouvelle Oméga, avaient donc fondu comme neige au soleil, le laissant dans une situation précaire. Des moments difficiles l'attendaient en cette veille de nouvelle année, et en un sens, cela l'effrayait.

Associée à la douleur, cette crainte l'empêchait de fermer l’œil, mais il ne souhaitait pas pour autant réveiller ou inquiéter la silhouette féminine de sa congénère et veille connaissance allongée à son côté. Ce n'était pas la peine de l'inquiéter pour si peu... Pas après ce qu'ils venaient chacun de traverser...

***

- « Qu'avez-vous fait durant les trois années qui ont suivi votre renoncement au service actif, Commandant? »

L'individu qui lui faisait face, agent des renseignements Turiens, avait un air au moins aussi peu commode que lui. Le dévisageant d'un air dédaigneux, signe habituel de la méfiance envers les biotiques originaires de la Crête Apienne et des colonies, l'officier lui posait la question depuis la cinquième ou sixième fois déjà. Un interrogatoire qui se prolongeait depuis plus de deux jours maintenant. Depuis qu'il avait posé le pied sur Palaven à vrai dire, mais qui ne donnait guère satisfaction à celui qui le menait.

- « Pour la cinquième fois, je traquais les meurtriers de ma femme. Ce que la Hiérarchie n'a pas pris la peine de faire... Et ne m'appelez plus Commandant... »

La réponse d'Adrix, quoique pouvant paraitre cinglante, était pourtant des plus posé. Si on espérait obtenir de lui des éléments compromettants en se contentant de lui mettre la pression, de répéter jusqu'à ce qu'il soit induit en erreur par la fatigue ou l'exaspération... ll en faudrait plus pour faire céder l'agent chevronné et formé aux techniques d'assassinats, de sabotage - et autres disciplines peu ragoutantes - qui faisaient encore partie de son quotidien jusqu'à il y a peu.

- « Vous faites toujours partie des forces de réserve de la 4ème Brigade des Cabales de Palaven, de même que votre citoyenneté au sein de la Hiérarchie est toujours d'actualité... Vous êtes donc toujours inféodé à votre grade et aux prérogatives et responsabilités qui vous incombent... Donc... Vous avouez avoir commis plusieurs meurtres sur la seule motivation d'assouvir une vengeance personnelle? Êtes-vous au fait des conséquences d'un tel aveu? »

- « Une condamnation à vie aux travaux forcés dans un pénitencier militaire des colonies extérieures, je le sais... Mais encore faudrait-il que l'on puisse me reprocher les meurtres d'éléments recherchés dans plus d'une dizaine de systèmes et ne disposant d'aucune citoyenneté auprès d'un gouvernement de l'espace concilien ou affilié à la Citadelle... »

Le Kabalim avait rétorqué cette évidence non sans un certain sourire satisfait, qui ne fut pas au goût de son interlocuteur, certes, mais qui se trouvait fort à propos. Les Terminus se trouvant bien loin de la juridiction concilienne, ses victimes n'étant pas les plus respectables spécimens de leurs espèces respectives et les témoins venant à manquer, aucun tribunal, militaire ou civil, ne prendrait la réelle décision de l'accabler et le punir pour ces meurtres. Pas même au sein de la société si martiale et codifiée que celles des Turiens. Ce à quoi il n'échapperait pas en revanche, c'est de devoir fournir aux autorités des témoins de moralité qui pourraient se montrer garants pour lui. Quelqu'un d'assez respectable et volontaire pour témoigner et assurer qu'après une période aussi nébuleuse que celle qu'il avait passé, réintégrer la Hiérarchie lui était toujours possible...

- « La majorité des contacts que vous nous avez fourni sont décédés... Nous ne sommes parvenus qu'à contacter la Spectre Vertax... » déclara ainsi l'agent au terme de 56 heures retenu par les services de renseignement.

En plus de tiquer sur le nom, qui n'était pas sur le haut de sa liste, Tiberius fut surtout troublé par l'annonce du poste auquel avait pu finir par prétendre son ancienne camarade durant la période des classes, mais aussi pendant la Grande Guerre... Bien sûr, Adrix s'était retrouvé au fait de sa mutation au sein des services de sécurité de la Citadelle, raison principale pour laquelle elle ne figurait pas en tête de liste, mais jamais il n'avait su pour son ultime promotion.

- « Spectre Vertax? Intéressant... »

Elle avait fini par réussir en un sens... Mettre ses capacités si spéciales et craintes par les siens au service de quelque chose de grand. Lui... n'avait fait que sombrer à petit feu...

HRP:
 


Dernière édition par Tiberius Adrix le Jeu 14 Fév 2019, 21:38, édité 1 fois
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Ravi Vertax

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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeDim 06 Jan 2019, 23:58
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La bouilloire siffla. Il s'agissait d'une vieille bouilloire en fer, comme celles qu'on ne trouve plus que dans des brocantes. Même pas une de ces éditions pseudo vintage moderne que les entreprises aimaient bien sortir de temps à autre, pour les nostalgiques. Non, celle-ci avait traversé la Guerre des Moissonneurs, l'Incident du Relais 314 et peut-être même la Guerre de l'Unification. Une fultitude de Trendiros se l'était passé de génération en génération, jusqu'à arriver dans les mains d'Aullius. Autant dire que pour le médecin, elle valait plus que la totalité des crédits en circulation dans la galaxie. Il assurait aussi qu'elle rendait divin même le thé le plus infâme mais il ne fallait jamais croire quelqu'un d'amoureux. Fut-ce-t-il amoureux d'un accessoire de cuisine.

Ravi regarda son ami remplir religieusement chaque tasse. Si on avait décidé de mesurer, on y aurait trouvé la même quantité d'eau dans chacune, au gramme et mililitre près. Puis, fidèle à son petit rituel, il trempa dans chacune des tasses un sachet - venu d'Esprits savent quel petit magasin se vantant de récolter les feuilles de thé à la main au fin fond d'une quelconque montagne - qu'il finit de noyer d'un coup de cuillère assassin. Enfin, il adressa à la Turienne un signe de tête qui signifiait, globalement « Tu peux commencer à la ramener proche de toi mais rappelle toi, il s'agit d'un thé blanc parfumé, donc c'est trois minutes maximum et croit moi que je te le rappelerais d'une petite toux polie si je vois que tu dépasses le temps imparti de la moindre seconde ».
Si la Spectre clamait apprécier le thé, Aullius lui se drapait du nom d'amateur. Un titre qui, à ses yeux, lui donnait bien plus d'autorité que le plus grand dirigeant du monde dans ce domaine.

- Alors ? Tu vas mieux ?

Il releva les yeux et la femme interrompit son haussement d'épaule à mi-mouvement. La question n'était pas une question : c'était le début d'un interrogatoire poussé que le professionnel de santé comptait bien mener jusqu'à son terme et peut-être que si elle était gentille, il garderait le dossier pour lui.

- ... Oui, finit-elle par répondre prudemment.

Le regard bleu continuait de la fixer. Ravi se surprit à tapoter des griffes contre la porcelaine. Elle hésitait entre s'agacer de cette inquisition mal venue- ce qui donnerait à un « je vois » de mauvaise augure - ou bien jouer le jeu et traverser cette épreuve en jurant vengeance. Elle pourrait, par exemple, le faire picoler jusqu'à la gueule de bois, la prochaine fois que le médecin subirait une nouvelle rupture amoureuse. Et lui demander, la bouche en coeur, s'il allait mieux lorsqu'il tenterait de décuver devant son verre d'eau.

- Je vais mieux ... ?, tenta-t-elle.

- Oh. Bien. Tu étais plutôt... nerveuse les dernières fois que je t'ai vu.

Il ponctua sa remarque d'une petite quinte de toux avant de boire une gorgée de thé. Machinalement, la biotique retira le sachet pour le poser sur la soucoupe prévue à cet effet. Pour peu qu'on fréquentait Aullius depuis plus de trois jours, on se surprenait à prendre des habitudes qu'on aurait jamais imaginé. Alors, pour une amitié vieille de vingt ans... A ce stade, on parlait de réflexes.
La sévérité dont faisait preuve Aullius était pourtant fausse. Ou plutôt, disons qu'elle s'arrêtait à un certain niveau. Dans le domaine médical et l'art subtil du thé, il était capable de se montrer intransigeant, mais en vérité peu de Turiens avaient un caractère aussi doux que le sien.

Il s'inquiétait pour elle. Et comme à chaque fois qu'il s'agissait de montrer qu'il s'inquiétait pour quelqu'un, il ressentait le besoin de se réfugier sous son masque professionnel.

Qu'il enchaîne les rencards foirés n'avait rien d'étonnant quand on savait cela.

Vertax soupira. Le tapotement des griffes sur la porcelaine reprit de plus belle.

- Je sais. Mais... J'ai fais mon deuil. Je veux dire, j'ai accepté que tout appartenait au passé. Machiavel, Latis, les Cabales... C'était les meilleures années de ma vie, tu sais. Mes souvenirs les plus précieux. Alors, quand on y a touché... J'ai vrillé. L'Energie noire n'a pas aidé. Elle revenait à un crachat dans la gueule.
Ça a failli me détruire.

Les mots filaient étrangement plus facilement qu'elle ne l'aurait cru. Ce n'était pas un aveux en vérité, qui s'arrachait avec une paire de pince et beaucoup de volonté. Il s'agissait d'un constat, amer et bien plus facile en somme.

- Et puis... J'ai compris que ça ne servait à rien. Cette colère, cette rancœur... Elle me retenait. M'étouffait. J'étais tellement haineuse que j'ai voulu rouvrir de vieux dossiers. Oh Esprits, j'était à deux doigts de me rendre auprès de la Kabalim principale et exiger d'avoir des infos sur la mort de Latis, tellement j'avais besoin de me défouler. Tu imagines ? Rouvrir un dossier vieux de treize ans ?
J'ai eu du mal à faire mon deuil. J'ai oublié Latis mais je n'ai jamais pardonné. Seulement, à quoi ça aurait servi ? Depuis le temps, le groupe qui l'a attaqué c'est soit fait bouffé par d'autres, soit à dû périr dans les attaques récentes.

Enfin, j'ai besoin de réponses. Mais j'ai refusé de regarder les choses en face pendant treize ans. Trop tard, je ne trouverais sans doute jamais la vérité. Je ne peux m'en prendre qu'à moi même.


Le thé était bon; elle en prit une gorgée avant de reprendre.

- De toute façon, même en tant que Spectre, biotique puissante et caractère de cochon - Aullius marqua son approbation d'un signe de tête et ignora le regard noir qu'elle lui rendit - je n'ai aucune influence sur le passé.

Alors.... Voilà.

C'est terminé. Des Cabales que j'ai connu, minus mon père, il reste toi, Druso, Nitia, Caen, Quinus, Amni, Septiim et moi.

Latis, Menir, Astat, Tiberius, Caelus, Ris, Amnum, Semper.... Les autres ne sont plus là. Et je l'accepte.


Le sourire doux qui éclaira son visage contrastait avec la nostalgie de ses yeux. Faire un deuil, c'était toujours difficile et ça prenait tant d'années... Mais quand il était fait, on ne pouvait que ressentir un sentiment de plénitude.
Pendant quelques secondes, il flotta dans la cuisine un silence qui respirait la paix et la sérénité. Une page tournée, un nouveau départ... On repartait sur des bases saines.

Trois tapes dans le dos redonnèrent au présent droit de cité. Aullius avait son visage d'agneau et le bleu de ses iris hurlait son soulagement.

- Je préfère te voir comme ça. Ravi-qui-fait-la-gueule-et-qui-se-morfond est flippante dans le mauvais sens. J'avais l'impression que tu étais un bébé Spuma qui allait crever d'une minute à l'autre,. On préfère la Ravi pleine de mordant qui n'hésite pas à se foutre de nous dès qu'on foire un truc.
Tu veux sortir ce soir ? Il y a un nouveau bar qui a ouvert en centre-ville, et c'est rare que tu sois sur Palaven. Je suis sûre que si je demande, Caen réussira à refourguer ses gosses à son mari. Druso a quartier libre ce soir, Septiim annulera sans doute sa soirée et je pense que si je parle de toi à Quinus, il trouvera une excuse pour se pointer.


C'était tentant. Les jours étaient devenus des mois depuis la dernière fois que Ravi avait vu les «Anciens» comme ils se surnommaient entre eux. Elle confirma son envie d'un signe de tête.

- Dommage que Nitia soit en mission... Et Amni n'a plus autant de disponibilité qu'autrefois. Tant pis. On boira à sa santé.
Et à ceux des disparus...

Mh ... ?

Sa mandibule cliqua au son de l'appel omnitech. Étrange. L'appel venait de sa fréquence professionnelle. Pas le canal réservé au Conseil et aux autres Spectres mais juste en dessous.

- Excuses moi un instant....
Vertax, j'écoute ?


L'hologramme du Turien lui était inconnu. Tout au plus l'omnitech indiquait qu'il provenait d'un membre de la Hiérarchie, service du renseignement ce qui la renseignait autant que de savoir qui'l portait des sous-vêtements noirs. A la réflexion, elle aurait été plus avancée si elle avait eu ce genre d'informations. C'était fou comme les petits détails permettaient d'en apprendre plus sur quelqu'un.

- Bonjour Spectre Vertax. Je suis le Lieutenant Kaerm, du Renseignement de Palaven.
Nous aurions besoin que vous passiez au service, Base principale de Cipritine.

Nous avons actuellement sous notre garde un homme qui se prétend de vos anciennes connaissances. Son identité a été vérifiée et attestée, de plus son dossier confirme qu'il a bien fréquenté votre unité par le passé.

Il s'agit du Commandant Tiberius Adrix.

Les regards des Cabales se croisèrent.

- Pardon ...?




-----------------------------------------------------------------------------------



Les bras croisés sur la poitrine, la Turienne observait l'interrogatoire qui se déroulait derrière la vitre sans tain. Un système cliché mais qui avait le gros avantage de ne pas pouvoir être piraté et nécessitait peu de matériaux.
Il s'agissait bien de Tiberius. Elle s'en était rendue compte dès les premières secondes de son observation mais avait préféré la prolonger pendant encore plusieurs minutes, dès fois qu'il s'agirait d'un imposteur qui arracherait son masque et ricanerait qu'il avait roulé tout le monde, dont des scanners de pointe que même des clones auraient eu du mal à tromper.

- C'est bien lui ... Son murmure n'avait pas échappé au Lieutenant Kaerm.

- Effectivement. Vous avez l'air de ne pas y croire. A quand remonte votre dernier contact avec le Commandant Adrix, Spectre Vertax ?

Il n'eut pas le droit au regard qu'il avait espéré capter. Impassible, la femme regardait toujours à travers la vitre.

- Deux ans et demi, trois ans... Quelque chose du genre, répondit-elle après une brève réflexion. On a continué à échanger après mon départ pour le SSC.

- Vous l'aviez revu depuis votre départ ?

- Oui. On se voyait moins pour diverses raisons- plutôt mourir que dire à un inconnu que voir Tib et Calneia ensemble réveillait trop de souvenirs douloureux.

- Vous savez où il est parti après la mort de Calneia Albatius ?


- Dites moi, Lieutenant, vous avez souvent l'habitude de mener un interrogatoire sur un Spectre ?

Etait-il allé trop loin ? En tout cas, le Turien avait finalement réussi à capter l'attention de son interlocutrice. Si son corps n'avait pas bougé de sa position initial, elle le dardait d'un regard sévère.

- Vous restez une citoyenne de la Hiérarchie. Et moi, un officier de la Hiérarchie. Je ne vous contacte pas dans le cadre d'une affaire du Conseil, mais pour un ancien Kabalim qui revient au sein de notre gouvernement après trois ans hors des radars après s'être « perdu » dans les Terminus pendant trois ans.
En temps normal, ce serait déjà assez étrange pour nous faire tiquer.
Mais vous n'êtes pas sans savoir qu'au vue des événements actuels, la prudence doit être notre objectif principal.

Palaven ne prendra pas le risque d'être infiltré.


Rien chez le Lieutenant ne frémit quand il entendit le rire amer de la Turienne.

- Et donc, vous souhaitez savoir si Tib est un espion ?
Je vais vous décevoir, Lieutenant. Il n'a pas parlé de rejoindre une secte ou un clan, n'a jamais dit qu'il haïssait la Hiérarchie ou qu'elle méritait de crever, pas plus qu'il a considéré qu'elle était coupable de la mort de Calneia.
Hélas, durant cette même période, des obligations personnelles l'ont poussé à devoir se rendre ailleurs. Une triste coïncidence, je vous l'accorde. Mais Tib n'a jamais haï la Hiérarchie.

Cet imbécile est fier. S'il voulait faire quoique ce soit, il ne le ferait pas en traître. Il afficherait son nom en lettre de feu et se monterait en le faisant.

Alors non Lieutenant. Je n'imagine pas un seul instant que le Kabalim Tiberius Adrix puisse être un espion, et je n'ai aucune information en ce sens.

Cette réponse vous convient-elle ?

- Elle devra. Vous vous portez donc garante de l'intégrité morale du Commandant - le mot Kabalim semblait lui écorcher les lèvres rien qu'à l'idée de prononcer un nom cabale - Tiberius Adrix ?
En temps normal, cela suppose l'engagement de votre responsabilité. Etant donné votre statut particulier, je préciserais donc qu'il s'agit de votre responsabilité personnelle et que votre rang de Spectre ne comptera pas dans la balance. Nous sommes d'accord ?
N'imaginez pas que j'ai quoique ce soit contre les Spectres
, continua-t-il alors qu'il rendait la même sévérité face aux yeux émeraudes. Mais votre irresponsabilité pénale me pousse à devoir faire des précisions.

Cela suppose aussi que vous restiez sur Palaven pour un temps donné. Exception faite, évidemment, des missions qui vous seront demandé durant la période. Il faudra nous signaler cependant vos départs, afin que nous puissions garder le Commandant Adrix sous surveillance.


- Pour résumer, ma garantie lui permettrait de sortir, mais la décision de sa réintégration prendra plus de temps - et les informations que j'aurais pu glaner durant la période énoncée ?

La tête du Turine s'inclina légèrement alors qu'il réfléchissait.

- C'est résumé grossièrement mais... oui.

- Je me porte garante de Tiebrius Adrix.
Maintenant, laissez le sortir. Je crois que votre interrogateur va finir par s'arracher les mandibules.




----------------------------------------------------------------------------------------



Une brise légère sifflait entre les bâtiments austère de la Base Principale de Cipritine. La nuit était sur le point de tomber ; les étoiles commençaient à pointer le bout de leur nez et le soleil finissait de battre en retraite, laissant leur place à Menae et Nanus. Les Anciens allaient bientôt se rejoindre chez Aullius. Ce dernier lui avait promis d'attendre une potentielle réponse et avait juré que, s'ils ne pouvaient pas venir à temps, il lui enverrait l'adresse exacte et garderait deux places, quoiqu'il arrive.
L'attention de Ravi fut captée par un mouvement. Derrière les grilles, entourés par deux soldats en armure, Tiberius était escorté jusqu'à l'entrée, ses quelques affaires sous le bras. Bras métallique, qui plus est. La femme l'avait remarqué, mais sous le soleil couchant, il semblait briller d'un éclat narquois. Il avait aussi quelques cicatrices de plus.

Oh, Esprits...

Les soldats le quittèrent aux portes et mis à part la présence de la vigie dans sa guérite, ils étaient les deux seuls sur le parvis de la base.
Quelle était la meilleure réaction à avoir face à une ancienne connaissance, qu'on avait plus vu depuis tant d'années ? Et qu'on avait cru mort ?

La tape sur l'épaule, malhabile et distante aurait peut-être été de circonstance. Ou bien le poing sur le coin de la mandibule. Rester debout les bras ballants était une solution de secours.
Le prendre dans ses bras était une réaction purement raviesque.

- Tib... Qu'est-ce qui t'es arrivé putain ... ?

Il y avait des tons qui à eux seuls tranchaient des glaciers.
Le sien oscillait entre la tendresse d'une gifle vengeresse et le mordant d'une accolade passionnée.
Un mouvement attira son attention. Les gardes les tenaient toujours à l'oeil, guettant leurs faits et gestes et peut-être laissant traîner une oreille, sait-on jamais. Et puis, la nuit commençait à tomber...

- Ce n'est peut-être pas le meilleur endroit pour parler... Viens. J'ai gardé l'ancien appartement, tu pourras y poser tes affaires.
Et... les Anciens ont prévu de se réunir ce soir. Je t'en dirais plus une fois partis d'ici.



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Tiberius Adrix

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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeMar 22 Jan 2019, 18:39


Un sac sur l’épaule. Un coffre où avait été consignés son armure et son armement par les services de renseignement. Quelques crédits d’un compte d’Illium qui fondraient bientôt comme neige au soleil. Voilà une liste complète, mais il faut bien l’avouer plutôt navrante, des possessions du Turien qu’on laissait sortir, sous surveillance,  après tant d’heures à répondre en boucle aux mêmes questions. Lui qu’on acclamait jadis dans les arènes des Terminus, sans vraiment connaitre son visage, certes, mais dont les capacités martiales suffirent un temps à lui assurer revenus et confort.

Aujourd’hui…

Le seul fait d’avoir reposé les pieds sur Palaven avait provoqué chez Tiberius un profond questionnement, voire malaise si l’on examinait en profondeur le problème. C’était comme s’il ne se sentait plus à sa place sur le monde qui avait vu naitre son espèce. Se réadapter à une vie « normale », le genre où l’on avait pas à sans cesse scruter derrière soi que quelqu’un s’y glisse pour vous faire la peau, lui paraissait insurmontable. Tous ces êtres qui vaquaient à leurs occupations sans se soucier du reste, à qui l’on confiait une tâche en attendant d’eux qu’elle soit faites et que l’on laissait libres de leurs agissements  pour peu que l’intérêt du groupe soit préservé… Une société où l’intérêt du groupe primait d’ailleurs sur celui de l’individu. C’était autrefois l’idéal du Kabalim Tiberius Adrix, lui que l’on méprisait pourtant de par ses dons acquis avant même la naissance.

Mais aujourd’hui… Après deux années de traque pour éliminer les responsables de la destruction de son univers, il était difficile de déterminer en quoi pouvait bien croire l’ancien Commandant. La planète mère de la Crête Apienne elle-même n’avait été sa destination que par dépit. Pas parce qu’il y connaissait encore quelqu’un, mais parce qu’il s’agissait du seul lieu où il avait encore des souvenirs qui valaient la même de se remémorer. Un sentimentalisme qui l’avait plus desservi qu’autre chose, car les quelques endroits qu’il avait entraperçu depuis qu’on l’avait extrait du spatioport n’avaient eu pour effet que de renforcer son malaise. Ou sa dépression… selon les points de vue.

Fait intéressant, on l’avait étonnement dispensé de suivre une expertise psychologique. Dès que les responsables de son interrogatoire eurent sous les yeux son dossier et échangèrent rapidement avec lui, ils en arrivèrent à la conclusion que la chose serait aussi longue et peu concluante. Du moins pour le moment. Entre son entrainement chez les Cabales et ce qu’il avait vécu ces dernières années, il avait été décidé de le garder à l’œil et de le soumettre audit examen lorsque le « sujet  serait plus à l’aise dans son environnement. Il n’apparut cependant pas comme une menace pour les autres, ce qui motiva sa remise en circulation sur recommandation de la Spectre Vertax.

Cette dernière occupait aujourd’hui les plus hautes fonctions de la sécurité concilienne, garante de la paix dans l’espace de la Citadelle, et avait pourtant trouvé le temps de se déplacer pour lui apporter son aide. Elle à qui il n’avait plus donné de nouvelles depuis des années. Elle qui se trouvait désormais plus près de lui que depuis… la fin de la guerre ? Difficile à dire tant ses propres souvenirs de cette époque étaient confus désormais. Pourtant, elle était bien là, à essayer de le faire parler et de continuer à l’aider.

Mais pour quelle(s) raison(s) ?

S’agissait-il de pitié ? D’une forme de nostalgie ? Ou même de culpabilité vis-à-vis de son ancienne existence de Cabale ? Non, c’était grotesque… Si quelqu’un devait se sentir coupable ici, c’était bien lui. De ne pas avoir donné de nouvelles, d’avoir quitté l’espace de la Hiérarchie pour se perdre dans une traque vengeresse en espérant mourir au bout du chemin. A y réfléchir, on faisait difficilement plus cliché. Mais ce fut tout de même sa seule raison de vivre pendant deux années complètes.

- « Qu’est-ce qui m’est arrivé... » répéta le Turien telle une machine, se posant semble-t-il la question à lui-même, perdu dans ses propres pensées.

Ils avançaient désormais en direction du périmètre extérieur de la base, cherchant inconsciemment à mettre le plus de distance possible entre eux et le cadre ultra dirigiste et indiscret de la sphère militaire Turienne. Seuls quelques lampadaires éclairant faiblement le chemin d’une lueur vacillante leur permirent de distinguer le chemin, bien que de temps en temps, des navettes ou chasseurs les survolaient brièvement, se livrant au manège habituel de manœuvres nocturnes.C’est dans ce genre de lieu austère qu’ils avaient passé quinze années de leur vie entre deux missions au service de la Hiérarchie Turienne. Un cadre de vie collectif et extrêmement codifié, dont ils n’étaient parvenus à s’affranchir qu’en partant au combat ou en luttant pour leur vie durant une année entière de conflit contre les Moissonneurs. En y repensant, ce que certains de leurs congénères nommaient affectueusement les « meilleures années » de leur vie lui semblaient bien vide de sens aujourd’hui.

- « J’ai fait ce qui devait être fait pour Calneia… Deux ans passés à parcourir la Travée et les Terminus dans tous les sens. Des crédits gagnés grâce à la mort d’autres personnes, et sitôt investis dans la traque. Crois-moi… Ceux qui disent que la vengeance n’apporte rien n’ont jamais essayé… Ce plaisir et cet accomplissement quand tu fais en sorte qu’ils souffrent un maximum avant de rendre l’âme… »

Une pointe de sadisme perlait à travers ses propos. De même que la paume de sa main droite se mit brièvement à luire d’un bleu caractéristique. Lui qui au combat avait toujours été partisan des mesures les plus extrêmes pour arracher la victoire n’avait pourtant jamais montré une once de sadisme en exécutant ses cibles. Pourtant, il était bien là… A croire que c’était dans le meurtre qu’il trouva, pour un temps, le réconfort nécessaire pour surmonter la mort de sa femme.

- «  J’aurai du mourir après mon dernier "meurtre". Au lieu de ça je me suis bercé d’ambition, mais surtout d’illusions grotesque pendant un an… Et me voilà. Avec des morceaux en moins, sur un monde que je ne peux même plus appeler chez moi, à ne pas savoir ce que je vais faire…  Écoute… Merci de t’être portée garante pour moi. Je ne ferais pas de vague et ne quitterais pas la ville jusqu’à la fin de leur enquête. Mais je ne suis pas vraiment d’humeur à me replonger dans le passé des Cabales ce soir. Et je ne suis pas de bonne compagnie non plus, donc… »

Regardant à droite à gauche maintenant qu’ils avaient atteint la sortie de la base, Adrix paraissait hésitant, dans ses mots comme sur la marche à suivre. Car cette fois-ci, tout ce qui aurait pu rappeler l’officier décoré et ami d’antan s’était envolé. Ravi n’avait plus devant elle qu’un Turien perdu, qui ne savait même pas de quoi demain serait fait. Le genre qui rappelait le spuma perdu livré à lui-même dans un monde qui le dépasse totalement.

Dire qu’il allait être compliqué pour lui de se réadapter était un doux euphémisme.

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Ravi Vertax

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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeJeu 24 Jan 2019, 21:47
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L'homme qui se tenait devant elle n'avait plus de Tiberius que le nom. La fierté, la hargne, l'insolence... Tout ce qui avait fait du Kabalim qui il avait été n'était qu'un lointain souvenir. Pourtant, l'ombre qui se tenait devant elle n'était pas que la triste réalité d'un souvenir tordu par la nostalgie et l'émotion.
Adrix avait été autrefois une Cabale aussi forte que têtu. Il s'était simplement perdu entre temps.

Ravi le regardait alors que son ancien camarade adoptait une allure de Spuma battu, guettant autour de lui comme s'il attendait qu'on lui saute sur le dos pour lui planter un couteau dans la jugulaire.

Si elle avait cédé aux sirènes de la vengeance... Si elle aussi elle avait tout abandonné pour partir en chasse, comme elle avait failli le faire il y a quelques mois... Serait-elle devenue ainsi ? Persuadée d'être perdue au delà de la rédemption, attendant la mort comme si elle allait venir du ciel d'une seconde à l'autre ?
A moins qu'elle n'y aurait pris goût totalement et aurait tourné le dos à tout ce en quoi elle croyait et à ses valeurs.

Avec des suppositions, on pouvait donner des ailes aux Torrastes, disait l'expression.

La Turienne posa sa main sur celle du biotique dans l'espoir de le calmer.

- Écoute… Merci de t’être portée garante pour moi. Je ne ferais pas de vague et ne quitterais pas la ville jusqu’à la fin de leur enquête. Mais je ne suis pas vraiment d’humeur à me replonger dans le passé des Cabales ce soir. Et je ne suis pas de bonne compagnie non plus, donc…

- Tib...

Sa comparse secoua la tête.

Une partie d'elle voulait le secouer, lui hurler que ça ne servait à rien de se morfondre, qu'il allait reprendre ses mandibules et arrêter de se les planquer et qu'il n'avait jamais été ce torchon qui se tenait devant elle. Elle l'aurait même giflé en lui répétant que Tiberius Adrix, le vrai, était bien meilleur que cet imposteur qui osait en prendre le nom.

Ce ne serait pas la bonne solution, lui soufflait son côté le plus raisonnable. Tout au plus aurait-elle réussi à l'enfoncer d'avantage.
Lui faire un discours pompeux et bien pensant sur la non nécessité de se venger aurait été hors de propos et ridicule.
Le laisser ici... Esprits, il avait l'air d'être prêt à se jeter du haut du premier pont qui venait.

Elle aurait toujours pu essayer de le forcer à aller voir les Anciens, ramener parmi leurs anciens compagnons un camarade qui se sentait étranger à la planète dont il foulait le sol. Histoire de renforcer le sentiment qu'il avait de ne pas avoir se place chez lui.

La Spectre voulait aider son compagnon. Mais comment ? Et d'ailleurs, pourquoi ?
Parce qu'il était un souvenir revenu d'entre les morts ? Par sens du devoir ? Par gentillesse, obligation morale ? Ou parce que quand elle le voyait là, avec ses yeux de Spuma qui vient de perdre son chemin, une partie d'elle n'y restait pas insensible ?

Non. Ou alors peut-être l'une ou l'autre des options ci-dessus. Mais pas que.

Et puis de toute façon, ce n'était pas vraiment le moment pour être concentrée sur elle même.

Ravi attrapa le poignet de l'ancien mercenaire et pressa un peu le pas.

- Viens.

Pour commencer, Tiberius avait besoin d'un sanctuaire.


------------------------------------------------------------------



On faisait pire antre de réconfort qu'un appartement datant de la reconstruction.
Certes, il avait été délaissé il y a une dizaine d'année en arrière et gardé pour sa double valeur sentimentale et pour servir occasionnellement de point de chute.
D'accord, les meubles n'étaient plus vraiment récents et malgré le robot aspirateur programmé et l'ouverture automatique des fenêtres, il flottait dans l'atmosphère une sorte d'immobilisme. Si on était croyant, on pouvait même dire que l'Esprit était un Esprit ancien, constitué de silences et d'attente.
Vrai que comparé au duplex qu'elle possédait sur la Citadelle, le logement était presque ... petit en comparaison.

Mais c'était tout de même un toit au dessus d'une tête.

Il n'était pas si mal que ça d'ailleurs. A gauche de la porte d'entrée avait été placé une sorte de petit salon, composé d'un canapé, une table basse et une télé. A droite, une cuisine ouverte était constituée d'une table, de chaises et d'un comptoir donnant sur un plan de travail. Au-delà, trois porte s'alignait, deux en face et l'une sur la droite, juste à côté du frigo. Il s'agissait respectivement de l'unique chambre, la salle de bain et un placard - salle de stockage - rangement.
Chaque pièce était sobrement décoré, tout en minimalisme, comme si la plupart des babioles qui avait jadis orné les murs et les meubles avaient été entreposés ailleurs. Seul deux ou trois objets, bien trop important à une paire d'yeux verts, avaient gardé leur place en ces lieux. Là un instrument, ici une vieille photo jaunie, là-bas une sculpture étrange.

- Bon. La salle de bain est là bas, déclara la Turienne en désignant l'endroit d'un doigt. Si jamais tu veux profiter d'une douche chaude ou d'un bain, fais toi plaisir. Je ne pense pas qu'ils t'aient laissé le luxe d'approcher plus qu'une bassine durant ton ... interrogatoire.

Il fallait que l'un des deux prennent les choses en main. Et puisque Tiberius se montrait apathique et que Ravi était généralement une boule d'énergie, le rôle lui échouait tout entier.

- J'ai de vieux vêtements qui doivent être quelque part, dans le cas où tu n'aurais rien d'autre que ce que tu portes.

Si après ça tu te sens finalement de sortir, mieux appréhender Palaven par toi même et revoir les autres, ils m'ont prévenu qu'ils resteraient jusqu'à tard. Ou tôt le matin, comme tu préfères.

Il faudra que tu manges aussi quelque chose
, continua-t-elle en l'observant d'un œil critique. Tu n'as pas l'air d'avoir vu un vrai repas depuis un moment.

C'était plus l'air fatigué qui lui faisait dire ça que la stature de son ami. Sa carrure était encore celle d'un combattant qui avait vu de nombreux combats. Ce qui rejoignait ce qu'il disait avoir vécu. Toutefois, son opération récente et son brusque retour trahissait une récente expérience mouvementée.

Elle réussirait à le faire parler d'une façon ou d'une autre. Avec de la chance, ça lui ferait même du bien.

- Hop ! Exécution.
Je vais poser les vêtements devant la porte, une fois que je trouverais quelque chose d'acceptable. Tu n'auras qu'à les prendre si tu le souhaites.






Dernière édition par Ravi Vertax le Mer 06 Fév 2019, 23:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeMar 29 Jan 2019, 18:30

Mais pourquoi est-ce qu’il lui imposait cela ? Pourquoi obéissait-il à la bienveillance et l’empathie dont faisant preuve son ancienne compagnonne d’arme ? Etait-il tellement perdu qu’il acceptait implicitement de s’en remettre totalement à elle, de lui imposer sa présence après qu’il lui ait déjà demandé un service conséquent en l’arrachant aux griffes du Renseignement ? Car il n’était ordinairement pas dans les habitudes de Tiberius Adrix de se reposer sur les autres. En trois années passées dans les Terminus, il ne l’avait fait qu’en une seule occasion, et cela lui avait valu les blessures qu’il arborait aujourd’hui. Ajoutez à cela une fierté – parfois ?-  bien mal placée, et vous aurez une idée du genre de dilemme qui triturait le cerveau déjà bien embrumé du biotique.

Bien sûr, il imaginait mal que s’en remettre à Ravi lui coûterait aussi cher que sur Oméga. Et ce même avec leur histoire commune. Mais il fallait se rendre à l’évidence : comme un animal maltraité puis secouru pour recevoir des soins, il aurait besoin de temps pour refaire confiance à nouveau…

Toujours est-il que devant l’insistance de la Spectre, il ne se sentit pas de refuser. Alors qu’ils progressaient le long du chemin qui les mena chez elle, le vétéran se surprit même à détailler avec attention celle qui se portait à son secours. A bien y regarder, la Turienne noire n’avait pas véritablement changé depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Seul son regard, d’un vert éclatant qui le fascinait toujours autant malgré les années, semblait arborer un éclat différent. Signe qu’elle avait sans doute vécu tout un tas d’expériences marquantes et plus ou moins agréables avec les années,  cette nuance ne lui retirait pourtant en rien l’aura de confiance et d’espièglerie qui émanait d’elle.

Quelque chose qui l’avait jadis séduit avant qu’ils trouvent chacun ceux avec qui ils pensaient pouvoir passer le reste de leur vie, jusqu’à les voir leur être arrachés…

Lorsqu’ils débarquèrent chez elle, c’est toujours ce même Turien un peu hagard, que l’on imaginerait mal en tant qu’ancien Kabalim dans ce piteux état, qui déambula un moment de façon hésitante. Comme si s’aventurer de la sorte chez la Spectre était une trahison envers Latis. Du moins est-ce ainsi qu’il parut le percevoir, car il n’ajouta pas un mot lorsque son amie s’affaira pour lui offrir l’occasion de se décrasser quelque peu. Se contentant de s’exécuter, quoiqu’avec cette gêne qui lui tenaillait les côtes, Adrix disparut de longues minutes en direction de la salle de bain. A bien y écouter, Ravi devrait peut-être attendre cinq bonnes minutes avant d’entendre l’eau couler. A croire qu’un véritable débat intérieur s’était de nouveau produit chez son invité avant qu’il ne se décide à réaliser la simple action de prendre une douche chez l’ancienne Cabale.

Si la tiède ondée de l’eau s’écoulant sur ses blessures ne suffit pas à remonter le moral de l’ex gladiateur,  c’est tout de même un Tiberius un peu plus vivant et au fait de ce qui l’entourait qui émergea de la salle de bain. Vêtu d’un assemblage de ses propres vêtements et de quelques-uns gentiment prêtés par Ravi, le Turien prit soin de dissimuler chacune de ses cicatrices récentes sous une étoffe. Par un seul chatoiement métallique ne pouvait être aperçu. Et on aurait bien eu du mal à supposer l’existence de ces pièces sans en connaitre l’emplacement sur la carcasse du biotique ou en ne faisant pas attention aux quelques grimaces involontaires de douleur qui se dessinaient parfois sur son visage. Au final, seule sa cicatrice au visage, celle-là même qui symbolisait la fin d’années de traque, se laissait voir.

- « Merci pour… ça… C’est bête mais… Ça doit faire des années que je n’ai pas porté des habits civils… » Commença d’un ton hésitant en rejoignant le séjour pour y retrouver son hôtesse.

Pour être honnête, l’idée qu’une partie de ce qu’il portait pouvait avoir appartenu à Latis le mettait légèrement mal à l’aise, même s’il s’efforçait de le cacher. Pas qu’il ait jamais entretenu une quelconque rancœur à l’égard de l’élu du cœur de Ravi, loin de là. Mais l’idée (saugrenue ?) que cette dernière puisse voir en lui une étincelle de celui qu’elle avait perdu, par le simple fait de voir ses affaires portées à nouveau, était vaguement déroutante.

Tentant de passer outre, Adrix finit par prendre place dans la pièce, tombant lourdement sur le canapé tout proche pour s’y asseoir, ne perdant toujours pas des yeux Ravi dès lors qu’il se trouvait en sa présence. Peut-être cherchait-il à s’assurer que la scène qu’il vivait actuellement, après des années passées loin de Palaven, se déroulait pour de vrai, et n’était pas le seul fruit de son imagination ? En revanche, lorsqu’il fut clair que la Spectre s’affairait pour lui préparer un repas, la prévenance de son invité, qu’il pensait lui-même morte sur Oméga, le poussa à aller à sa rencontre. Cherchant maladroitement à l’aider, le Turien se révéla plutôt une gêne  pendant un instant, jusqu’à ce qu’il finisse par se reprendre.
 
Néanmoins, au-delà de cette scène qui pouvait paraitre aussi touchante que ridicule selon les points de vue, c’est plutôt le fait qu’il ait dressé deux couverts qui se montra révélateur. Comme s’il consentait à discuter davantage, à se livrer, à la seule condition qu’ils partagent ce repas. Si elle voulait l’entendre, elle ne pourrait y échapper. Une vérité qu’elle sembla accepter, puisqu’ils furent bientôt attablés l’un en face de l’autre.

- « Tu sais, quand tu es partie au SSC… Je ne t’imaginais pas atteindre de telles fonctions… Nous sommes tellement… méprisés par les nôtres… C’est chouette de voir que tu as pu t’affranchir de tout ça… » Fit-il remarquer,  cherchant un semblant de sujet pour entamer leur discussion.

Un bref silence s’installa, l’ancien Kabalim portant à ses lèvres le contenu de sa fourchette avant de poursuivre. Un discret sourire se dessina même au creux de ses lèvres, son regard se portant un instant sur le contenu de son assiette puis sur Ravi, avant de poursuivre.

- « Si je peux faire quelque chose pour te remercier… »

Elle n’avait jamais été très douée en cuisine, de çà au moins il s’en souvenait. Mais ce simple repas, partagé sur un coin de table, devait bien être le seul moment de réconfort qu’on lui accordait en de nombreux mois…
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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeMer 06 Fév 2019, 23:44
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La tasse flottait au dessus de la table du salon. Blanche à la conception, elle avait prit le teint jauni de l'âge et était un peu ébréchée sur un bord. Les flots de biotique violette s'enroulaient autour de l'anse, englobaient tout entier le récipient pour qu'il reste ainsi suspendu dans les airs.
Ravi l'aimait bien. Elle avait pourtant oublié son existence, persuadée de l'avoir perdue lors de son déménagement pour la Citadelle. La Turienne avait été surprise de la retrouver sagement posée au-dessus d'une pile de T-shirt dans un carton du débarras.

Il y avait tant de souvenirs dans cette simple tasse... Elle avait été secouée quant elle avait servie de verre de secours lors des fêtes, posée avec délicatesse sur une table basse lors des moments calmes, lâchée sous la stupeur lorsqu'un officier avait sonné à la porte, avec son air grave... Elle avait aussi servit d'objet d'entraînement, lorsque la Cabale développait ses pouvoirs avec plus ou moins de réussite.
On aurait presque pu croire que la femme la faisait léviter par nostalgie. Il y avait un peu de ça mais elle servait aussi à se concentrer sur un point précis. A ignorer qu'à quelques mètres de là, derrière une porte soigneusement fermée, il y avait Tiberius.

Comme avec la tasse, la simple présence de l'homme rappelait tellement de choses... Leur idylle avait surtout été une amourette, avant que le coup de foudre fatal ne vienne y mettre un terme. La désormais Spectre lui avait brisé le cœur à ce moment-là. Les deux avaient fini par en reparler, des années après, riant même de la bêtise de leur jeunesse. Lorsqu'ils en avait parlés, ils avaient déclaré d'un commun accord qu'ils avaient tourné la page.

Pourquoi elle avait le sentiment que ça avait changé depuis ?

La tasse vacilla dans les airs alors que l'ezo, suivant le trouble de la biotique, perdit une demi seconde sa prise affirmée. La lévitation reprit comme si rien ne s'était passé.

Ce ne devait être que la nostalgie qui parlait, mêlée à la joie de retrouver Adrix après tant d'années sans nouvelles. Voilà. Elle y rajoutait une dose de sentiments anciens qui revenaient comme une madeleine de Proust mais qui étaient juste liés à ses souvenirs. Une rémanence voilà, comme quand on croyait sentir l'odeur d'un proche rien qu'en se rappelant de lui.
Et que ça lui prenne les tripes lorsqu'elle le regardait...

Il fallait reconnaître que le Turien était beau, tout simplement. Une réaction normale à une belle gueule en somme.

Ravi fit tomber la tasse dans sa paume tendue lorsque la porte s'ouvrit. Elle glissa son regard vert sur son ami. Les vêtements qu'elle avait trouvé dans le placard avaient pour eux d'être d'un style indémodable et assez discrets pour bien se mixer aux habits plus moderne du mercenaire.
Ils taillaient un chouilla trop grand pour lui mais ce n'était pas surprenant. Latis était un peu plus grand et musclé que lui, même à l'époque.

- Merci pour… ça… C’est bête mais… Ça doit faire des années que je n’ai pas porté des habits civils…

La Turienne repoussa les remerciements en secouant la tête.

- Pas la peine de me remercier. Ça fait du bien de voir que tu redonnes une seconde jeunesse à ces vêtements. D'ailleurs, tu peux les garder si tu veux. Ce n'est pas comme s'ils m'étaient utiles.

Elle observa un moment son compagnon, lisant les signes microscopiques qui trahissaient sa pensée avant de continuer en souriant.

- Si ça te rassures, ils sont neufs. Latis ne les a jamais porté. Je ne pourrais pas dire combien de fringues il a pu acheter pour les entreposer et se contenter de porter les quatre mêmes tenues.
J'en avait donné quelques unes à mon frère avant de partir sur la Citadelle
, rajouta-t-elle. Ses dents brillaient avec un éclat alors qu'elle les dévoilait un peu plus.

Le silence reprit. Appuyée sur le plan de travail, la femme observa Tib' se retrancher sur le canapé. Elle sentait son regard peser sur elle lorsqu'elle avait les yeux ailleurs et se détourner soudain quand elle cherchait à capter le sien.
Ouaip. On aurait vraiment dit un animal blessé qui se laissait toucher avant de reculer furieusement comme s'il s'attendait à recevoir un coup de fouet.

Lui redonner confiance en l'autre allait être un défi de taille. Ça tombait bien, elle était du genre à aimer le challenge.

L'un des meilleurs moyen pour apprivoiser un animal sauvage, c'était de passer par l'estomac et de le laisser approcher, petit à petit. L'homme avait déjà fait un pas mais elle était persuadée qu'elle pouvait le faire s'approcher un peu plus.

- Bon, finit-elle par lancer alors qu'elle Je suppose que tu ne me laisseras pas t'offrir le resto, alors... Je vais essayer de nous faire quelque chose.

Essayer était le mot juste. Il fallait compter sur une double difficulté : la première c'était que la cuisine de l'appartement était presque dénué de tout. D’ustensiles mais aussi de nourriture. Il y avait bien la fameuse boîte de conserve qu'on retrouvait au fond d'un placard sans se rappeler qui ou quand on l'avait acheté, et quelques restes de la veille qui se battaient dans le frigo, mais allez faire quoique ce soit avec ça. La seconde, c'est qu'elle n'aurait pas été foutue de faire un repas acceptable pour sauver quelqu'un.

Un cuisinier plus expérimenté aurait sans doute accommodé les restes, pris le contenu de la conserve pour faire un accompagnement ou une sauce, rajouté des épices et ce genre de chose pour faire un bon plat.
Ravi elle se contenta de balancer le tout dans une casserole et de l'observer, des fois qu'un miracle se produirait.

Il n'y eu rien de plus qu'un blob alors que le feu prenait.

Et c'était déjà bien.

Quelques minutes plus tard, le duo était attablé devant ce qui était une nouvelle expérience raté à la couleur brunâtre aussi peu encourageante qu'on pouvait l'imaginer. La Cabale regardait le désastre avec mortification. Elle n'était pas vraiment sûre de pouvoir apprivoiser quoique ce soit avec ce genre de plat. A vrai dire, elle était même sûre qu'elle pouvait empoisonner quelqu'un si elle le voulait, juste en lui proposant de goûter.
Au moins le Turien n'avait pas fuit; il avait même fait un pas dans sa direction. Encore un.

- Tu sais, quand tu es partie au SSC… Je ne t’imaginais pas atteindre de telles fonctions… Nous sommes tellement… méprisés par les nôtres… C’est chouette de voir que tu as pu t’affranchir de tout ça…


- Merci. J'ai vraiment eu l'impression de découvrir un autre monde lorsque je suis arrivée là bas. Les Cabales étaient tout pour moi à l'époque. Il a fallu que je m'adapte.
On dirait que j'ai réussi à prendre le pli mine de rien.


Un court silence suivit. Si elle ne dit rien, cela n'empêcha pas la Turienne de voir le sourire en coin, discret mais bien présent, alors que son invité examinait le contenu de son assiette.

- Si je peux faire quelque chose pour te remercier…

L'idée qui passa dans son esprit ne franchit pas ses lèvres. Pas après ce qu'il avait traversé, pas pour qu'il imagine que son hospitalité était intéressée. Pas pour qu'il lise quoique ce soit derrière le ton de rigolade qu'elle aurait utilisé pour se cacher.

- Accepte ce que je t'offre, finit-elle par dire après un moment de réflexion. Ne te sens pas gêné ou obligé de me rendre quoique ce soit. Je suis vraiment heureuse de te retrouver Tib...

Elle posa sa main sur la sienne. Elle ressentait l'envie de le toucher pour s'assurer qu'il était bien là. Et pour sentir la chaleur de sa peau.

- ... Et par pitié, continua-t-elle en dévoilant ses dents acérées en un sourire, ne me laisse plus jamais cuisiner.

Sa main quitta la sienne. Comme si de rien était.

- Tu veux un verre ? Je n'ai presque rien à manger, mais j'ai des bouteilles d'urgence. Et même un pack de bière au frigo. Je ne garantie pas la date de péremption ceci dit.

Elle reprit la parole une fois l'alcool et des verres posés entre eux. La Spectre se servit un verre de vin, jetant des regards en coin au mercenaire. La question qui lui brûlait les lèvres trouva un coup de pouce dans une longue gorgée.

- Dis... Tu me raconterais ce qu'il s'est passé dans les Terminus ... ?
De façon moins évasive que tout à l'heure je veux dire.




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Tiberius Adrix

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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeLun 11 Fév 2019, 02:29

Pour le prix de l’hôte du siècle, il est vrai que Ravi Vertax devrait repasser. Et pas seulement parce que le siècle en question était encore bien jeune. La qualité de la collation qu’elle proposa à son invité - réfugié ? – ne jouant pas en sa faveur, il était heureux que Tiberius ne soit en rien regardant sur la question. De toute façon, on aurait pu lui proposer quelque chose d’à peine comestible qu’il se serait jeté dessus sans faire de scandale. A croire que passer des semaines à pouvoir tout juste se sustenter dans sa fuite et passer plus de deux jours d’interrogatoire avait de quoi réprimer les avis des plus fines bouches. S’il n’était pas véritablement à devoir être compté dans cette catégorie, la faute à des années de rations de combat hyper protéinées, toujours est-il que Tiberius fit honneur au contenu de son assiette.

Il lui fallut même faire preuve d’un sacré contrôle pour ne pas apparaitre comme un animal affamé qui se jette sur son écuelle.

En y repensant, celui que l’on nommait il y a encore quelque années Commandant Adrix s’était toujours plus ou moins contenu en présence de Ravi. Là où leur première rencontre et les classes furent souvent l’occasion de faire étalage, de façon bien trop forcée pour être naturelle, de ses capacités et certains traits de caractère, il avait au fur et à mesure finit par se montrer plus sage, plus réservé à son contact. Pas qu’il se méfiait d’elle, loin de là, mais à mesure que le lien qui les unissait se mettant à changer, il avait fini par devenir plus doux, plus réfléchi. De là à dire que s’est à son contact qu’il avait commencé à se construire pour de bon… Il n’y a qu’un pas.

La seule certitude qu’il pouvait avoir, c’est qu’elle l’avait en effet fait souffrir lorsqu’ils étaient jeunes. S’il avait tout fait pour minimiser la chose à l’époque, le biotique n’avait fait que ressentir une profonde jalousie à l’encontre de Latis. Puis, l’éloignement aidant, le Cabale d’alors avait peu à peu reprit en confiance, se consacrant corps et âme au service pour s’occuper l’esprit et développer son potentiel. Il en était ressorti comme un élément prometteur, forgé par la dure réalité des combats sur Taetrus, puis l’horreur de la Grande Guerre. Mais la destruction de son monde en proie aux flammes lui avait surtout permis de rencontrer Calneia Albatius, celle avec qui il s’était juré de construire un futur.

Hélas, on sait aujourd’hui quelle tournure ce futur avait prise. Si bien que les deux adolescents d’autrefois se trouvaient de nouveau en tête à tête, dans des circonstances qu’ils n’auraient pourtant pas imaginé dix ans plus tôt. Il y avait eu de la souffrance de part et d’autres, et ce devait aujourd’hui être au tour de l’ancien Kabalim d’évoquer la sienne.

- « Tu as bien le droit de savoir…  Après tout ça. » Soupira donc le biotique, pas vraiment emballée par la perspective de rouvrir des cicatrices encore fraiches.

L’espace d’un instant, il s’était surpris à se perdre dans les prunelles émeraudes qui le fixaient. Cet éclat lui rappela les eaux turquoises de Sanves, colonie de l’espace Asari aux beautés naturelles renommées, et donc il avait toujours rêvé de visiter les grands espace aux côtés de l’élue de son cœur. Et ce, de tout temps…

Cette pensée fugitive et l’attendrissement qu’il put certainement ressentir furent – malheureusement – balayés par le souvenir encore intense du sujet qu’il se vit contraint d’aborder. Aussi, délaissant le vin pour une bière de laquelle il tira une large lampée pour se donner du courage et faire passer la brique qu’il avait consommée, Adrix finit par obtempérer. Quoique à regrets.

- « Je te l’ai dit… J’ai traqué et tué un à un les responsables de la mort de Calneia. J’ai été jusqu’à descendre dans les arènes des Terminus pour avoir le dernier. Un Krogan qui se la jouait maitre des bêtes avec ces foutus varrens… Il m’a laissé un petit souvenir. »

La main libre du Turien se mit à désigner brièvement la cicatrice qui ornait son visage. La seule balafre qu’il ne retirait jamais. Quand bien même on lui proposait de payer les frais de la prestation.

- « Ironiquement, ça m’a valu une petit notoriété et un paquet de crédits. Même si les gens acclamaient plus une armure que le type en dessous… Mais j’étais à moitié mort lorsque je l’ai achevé. J’ai failli y passer, mais on s’était apparemment entiché de moi. Cette… »

Cette fois, la réaction du biotique se fit bien plus marquée et dérangeante. Dans un élan de rage qu’il ne remarqua pas le moins du monde, la main qui tenait fermement sa bière se mit à luire d’un éclat bleu bien connu. Sous la pression, la bouteille se mit à se fissurer de façon très visible à l’œil nu, sans pour autant céder. Ce qui ne parut pas intéresser Tiberius le moins du moindre, puisqu’il continua le résumé de sa déchéance d’un ton pesant. Le rythme ralenti de ses mandibules, presque raides, en disant long sur son état de crispation. Son récit était pourtant bien amorcé, ce qui ne le motiva que d’avantage à se libérer d’un poids.

- « Une Asari. Elle m’a soigné. A payé pour moi. Et au fil des échanges, j’ai moi aussi fini par m’entiché d’elle. Elle était gladiatrice, mais disait en avoir marre de cette vie, qu’elle voulait se faire un nom, une place,  ailleurs et d’une autre façon. Je l’ai suivi sur Oméga. On a chacun fait quelques jobs pour gagner des crédits, mais quand j’ai fini par travailler pour l’un des gangs en tant que gladiateur à nouveau… Ça c’est envenimé entre nous. Jusqu’à ce jour… Ça devait être une journée avant la reprise des hostilités contre Shoran… Elle avait pris son parti et…


Elle m’a fait comprendre qu’il était temps de faire un choix… Que les choses étaient sur le point de bouger, et que je devais choisir un camp. Et quand j’ai fini par l’envoyer paitre… Ça s’est réglé à la façon d’Oméga si je puis dire… C’est comme s’il n’y avait rien eu entre nous, juste deux membres de gangs qui règlent leur compte. Et elle était douée la garce… En biotique comme pour tout le reste… J’ai fini par quasiment l’éventrer… Mais c’est de la que je tiens ça… une grenade qui m’a soufflé le flanc… »

Mettant en évidence les éléments cybernétiques qui remplaçaient ce qui était autrefois des lambeaux de chair, le Turien tomba dans un mutisme à peine moins violent que celui d’un mort. Et il aurait pu en être ainsi pour un long moment si un évènement totalement inattendu ne coupa court à toute possible prise de parole immédiate de Ravi. En effet, alors qu’il terminait sa bière, une grimace contrite sur le visage, un bruit lui étant totalement inconnu fit sursauter de façon - un peu -  trop violente le Commandant. Pris au dépourvu, et esclave de ses vieux réflexes en plus des souvenirs toujours vifs et traumatisants du combat contre son ancienne amante, Tiberius fit de nouveau parler sa biotique de façon musclée. Voire, et surtout, incontrôlée.

- « Qu’est-ce… »

Dans l’instant qui suivit, c’est la table et l’ensemble des chaises qui valdinguèrent, les deux seuls êtres douées de raison de la pièce se retrouvant… L’un sur l’autre. Lui propulsé en avant, elle en arrière, tous deux finirent dans une position qui humait le bon vieil holo de comédie romantique. Leurs visages n’étaient plus très éloignés. Ils pouvaient sentir le souffle de l’un et de l’autre…

- « Cette chose… » murmura finalement le Turien décontenancé, ses yeux se perdant dans ceux de Ravi.

La chose en question, boule de poils tigrée aux ronronnements sonores offerte en cadeau à la Spectre, se mit dès lors à décrire des cercles autour des pieds du couple. Du duo. Du duo. On ne pouvait pas véritablement les désigner par le terme « couple », n’est-ce pas ? A moins que la situation embarrassante qu’ils vivaient en direct ne contribue à contredire cette vérité ? Dans un futur plus ou moins proche…

Bas… Allez savoir…

HRP:
 
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Ravi Vertax

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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeMar 12 Fév 2019, 00:15
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- Tu as bien le droit de savoir… Après tout ça, soupira-t-il.

Il y allait à contre-coeur; il n'y avait pas besoin d'être un génie pour le voir. Tout dans sa posture rigide, ses traits fermés et son ton dur le hurlait. Mais il y allait pourtant, petit à petit en remontant le fil de ses souvenirs.
Ravi garda le silence. Elle ne voulait pas que le moindre son le fasse se refermer sur lui-même. De la même façon, elle fit en sorte de garder un air impassible autant que possible afin qu'aucun de ses gestes ne puisse être mal interpréter. Que Tib se confie ainsi, lui qui avait l'air prêt à mordre il y a à peine quelques heures... C'était encourageant. Très encourageant même. Le signe qu'il souhaitait guérir et que l'ancien Kabalim était encore là, quelque part sous ces chaires endolories et ce métal luisant de façon séduisante.

En échange de ses mots, la Spectre lui offrit son écoute. Non pas avec une curiosités avide et déplacée de celle qui cherche à glaner les secrets pour mieux les collectionner ou les disséminer par après mais bien avec l'attention d'une amie prête à partager les joies et les peines.

Le mercenaire avait besoin de se libérer d'un poids; la preuve était qu'il parlait et qu'au fur et à mesure qu'il discourait, ses mots se faisaient plus fluides et moins retenus.

De toute façon, comment aurait-elle pu l'aider si elle ne savait pas ce qui le rongeait ?

- Je te l’ai dit… J’ai traqué et tué un à un les responsables de la mort de Calneia. J’ai été jusqu’à descendre dans les arènes des Terminus pour avoir le dernier.

Le verre de vin fut rempli pour la seconde fois de la soirée. La raison aurait sans doute voulu que Vertax lève le coude sur l'alcool. Une idée intéressante, qu'elle jeta sitôt examinée. La raison et elle n'étaient pas de grandes amies la plupart du temps.

- Un Krogan qui se la jouait maitre des bêtes avec ces foutus varrens… Il m’a laissé un petit souvenir, ajouta-t-il en désignant sa cicatrice d'une griffe.

Les yeux verts s'y arrêtèrent. La blessure était nette, précise, faites dans l'intention de tuer sans réussir à y parvenir. Elle rehaussait le charme du Turien, soulignait son regard clair et ajoutant un peu plus de sévérité à ses traits. Elle soulignait aussi la détermination presque sauvage qui l'habitait, qui prenait encore parfois le contrôle de ses gestes lorsque le biotique se mettait soudainement sur le qui-vive, qui devait refaire surface lorsqu'il laissait ses instincts reprendre le dessus.

Les pensées de Ravi divaguèrent un moment alors qu'elle pensait à ce que ce combat dantesque avait dû donner. Étrangement, Tiberius apparut dans son esprit comme sans doute moins habillé qu'il n'avait dû l'être dans l'arène.

Une grande lampée l'aida à remettre ses idées au clair. De l'autre côté de la table, son compagnon ressassait des blessures encore ouvertes. La colère était présente; il n'en contrôlait plus sa biotique, la laissant s'échapper de son poing fermé comme s'il s'agissait d'un exutoire. Peut-être son observatrice aurait-elle pu trouver des traces de regrets si elle avait commencé à lancer d'innocentes questions.
Elle n'en fit rien, préservant son intimité, prête à se contenter des miettes qu'il lui laisserait ramasser.

- Une Asari. Elle m’a soigné. A payé pour moi. Et au fil des échanges, j’ai moi aussi fini par m’enticher d’elle.

Ah.

Second verre terminé, troisième remplissage. La Turienne lécha sa lèvre supérieure distraitement tandis qu'elle gardait un air de marbre. L'aiguillon de la jalousie qui venait de le piquer n'était rien. Une réaction normale et passagère, aussi fugace qu'une caresse. Et puis, de quoi être jalouse ? De rien. Au contraire, si ami avait trouvé du réconfort, elle avait de quoi être heureuse pour lui. Il avait trouvé quelqu'un pour l'aider à se remettre et à avancer.

C'était une bonne chose oui.

Définitivement même.

Elle réussirait par finir par s'en convaincre.

- Elle m’a fait comprendre qu’il était temps de faire un choix… Que les choses étaient sur le point de bouger, et que je devais choisir un camp. Et quand j’ai fini par l’envoyer paître… Ça s’est réglé à la façon d’Oméga si je puis dire…

....

Le silence conclut la fin du récit, un silence lourd et pesant comme une chape de plomb. L'un finissait de s'enfermer dans ses regrets et le souvenir de ses actes, l'autre cherchait quelque chose à dire sans finir d'enfoncer le couteau dans la plaie.

Merci de m'avoir raconté tout ça, Tib. Je sais que ça ne doit pas être facile pour toi. Je... Je suis là écoute. Je sais, c'est con à dire. Je trouve difficilement les mots à vrai dire. Mais... Esprits...
Malgré tout, tu as toujours tout fait pour t'en sortir. Tu ne t'es jamais laissé bouffé par les événements, tu as toujours su te relever !

Laisse moi panser tes plaies si tu en as besoin. Je refuse de te laisser tomber une seconde fois.

S'il te plaît. Prend le temps qu'il te faut, mais ne te laisse pas abattre.


La Cabale entrouvrit les lèvres, prête à prononcer les mots qu'elle venait de répéter dans sa tête.

- Mwrrraaaaou, fit l'envoyé de l'univers, lequel semblait bien décidé à alléger l'ambiance pesante qui régnait entre les deux amis.

Les choses s’enchaînèrent très vite : la table vola vers le salon, les chaises se renversèrent avec les verres de vin, il y eut un bruit de verre cassé sur sa gauche - et même le bruit de plusieurs verres qui se cassent ainsi que le son humide de l'alcool qui se répand sur le parquet - son corps bascula en arrière et son dos heurta de façon douloureuse le sol... Le mercenaire l'avait rejoint dans sa chute, se retenant tout juste au sol pour éviter qu'ils ne se fracassent le crâne l'un et l'autre.

Il n'y avait que quelques centimètres qui séparaient leur corps. Ce n'était même pas nécessaire de tendre la main pour toucher l'autre : un simple mouvement d'un doigt aurait suffit pour qu'elle se retrouve à caresser sa peau. Un simple un petit geste de rien du tout pour en apprécier la chaleur.
Leurs regards se croisèrent : il aurait été difficile d'en faire autrement.

- Cette chose…

- Un chat. Robot. Un cadeau. Longue histoire, fut sa réponse distraite. Elle n'avait pas lâché son regard un seul instant.

Le monde la mettait à l'épreuve. Et il lui était difficile de résister.

Doucement, comme si elle cherchait à caresser un animal sauvage, Ravi monta sa main jusqu'à toucher le visage de Tiberius. Son pouce remonta la joue, effleurant la cicatrice avec délicatesse.

- Elle te va bien tu sais...

Elle aimait ça. Le fait de le sentir si proche d'elle. Cet air gêné qu'il affichait en ce moment. Son odeur qui lui chatouillait les narines et qui l'enivrait, plus forte que celle de l'alcool renversé.
Une pointe de désir commençait à se faire sentir; le désir de le prendre dans ses bras, de l'embrasser, de profiter de sa chaleur contre elle... Mais pas que. D'anciens sentiments depuis longtemps enfouis commençaient à refaire surface, comme si le temps n'avait été qu'une parenthèse pour eux. Des cendres sous la braise...

D'un geste, elle se redressa un peu, assez pour rapprocher son visage du sien. Elle guettait les éventuels signes de refus ou de gêne, prête à s'arrêter et à rire de son idiote nostalgie enfantine. Elle n'en vit aucun. Au contraire, au fond des yeux verts, il lui semblait sentir la même envie retenue et la même hésitation qu'elle.

Ils ne s'en sortiraient jamais ainsi.

Alors elle prit les devant, posant son front contre le sien, embrassant l'homme avec délicatesse dans un premier temps, puis de façon plus passionnée. Il lui rendit le baiser. Ils auraient pu rester ainsi un moment, à s'en contenter. Mais les enfants d'hier étaient devenus adultes et se retrouvaient avec des désirs et des appétits plus affirmés.
Ses jambes enserrèrent sa taille; d'un mouvement vif, elle l'entraîna au sol, échangeant sa place avec la sienne, un sourire de défi alors qu'elle se retrouvait désormais au dessus.

- Tu m'as manqué Tib..., lui susurra-t-elle à l'oreille avant de lécher son cou.

Allongée sur lui dans une vaine tentative de le bloquer, la Turienne s'amusait. Elle laissait ses doigts filer sur le corps de Tiberius sans la moindre gêne, ne faisant demi tour que s'il se raidissait à son approche. Toutes les réactions qu'il avait étaient soigneusement observées; il fallait parfois réitérer ses expériences afin de s'assurer que c'était bien telle caresse qui le faisait frisonner, qu'il fallait qu'elle griffe tel endroit pour le faire sursauter.

Elle profitait de sa supériorité tant qu'elle l'avait : Tib ne se laisserait pas faire bien longtemps après tout...


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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeJeu 14 Fév 2019, 22:16



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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeMar 19 Fév 2019, 23:44
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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeDim 24 Fév 2019, 22:01


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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeLun 25 Fév 2019, 22:59
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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeJeu 28 Fév 2019, 18:15



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MessageSujet: Re: Retour aux sources   Retour aux sources Icon_minitimeVen 01 Mar 2019, 00:31
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La lumière matinale éclairait la pièce d'une douce lumière mordorée. Allongée sur le lit, Ravi Vertax grogna lorsqu'un rayon lui éclaira le visage. Elle roula sur le côté pour tenter d'y échapper sans succès. En l’absence de volets, la chambre était inondée par le soleil et même s'enfouir la tête sous les draps n'offraient qu'un faible filtre. Malgré le désagrément, la Turienne s'entêtait à vouloir continuer son sommeil. Elle se contorsionna pour être sur le ventre, tâtonna ici et là le matelas jusqu'à ce que ses doigts rencontrent un coussin qu'elle le tira à elle et y plongea - littéralement - tête la première. L'obscurité couvrit ses yeux mais trop tard. Le mal était déjà fait; impossible pour elle de se replonger avec délice dans les bras de Morphée, même avec la nuit devant ses yeux.
Le grommellement face à ce terrible constat vint du fond du cœur.

Le bras reprit son tâtonnement, cherchant la présence familière à ses côtés dans le possiblement vil espoir de trouver une mandibule à tirer de bon matin. Si la présence de Tiberius n'était nul part à portée de bras, la main baladeuse tomba malgré tout sur quelque chose. Au toucher, il s'agissait d'une barre en métal. Elle continua de fureter sans redresser la tête. Une longue barre en métal. Qui avait des angles et une continuité au-delà de ces derniers.
Sa main passa par dessus.
Une barre en métal qui s'avérait finalement un rectangle avec des rebords. Et sur ce rectangle, quelque chose de rond. Sphérique. Demi sphérique ? Un... bol ?

Son doigt plongea dans un liquide.

Un bol ou quelque chose de cet acabit.

Désormais aiguisée, la curiosité de la femme réussit à accomplir un exploit : lui faire ouvrir les yeux.

L'Objet Posé Non Identifié était donc un plateau. Un vieux plateau en acier, terni par le temps et griffé par endroit, sur lequel reposaient deux bols, deux assiettes et deux verres. Lesquels contenaient des petites choses, glanées ça et là dans la cuisine. La Spectre en était sûre pour la simple raison que la paire de biscuits étaient une marque drelle en version dextro, nouvelle formule avec encore plus de goût, introuvable ailleurs que sur la Citadelle.
Ses dents se dévoilèrent en un sourire et elle roula de l'autre côté en s'étirant. Au loin, le bruit de l'eau qui coulait dans la salle de bain remplissait d'écho le silence de la chambre. Pour un peu, la femme se serait crut revenue dans le passé, à une époque où le soleil de Palaven se levant sur les immeubles de verre et d'acier de Cipritine était sa vue quotidienne.

Elle enfouit une nouvelle fois son visage dans l'oreiller, fermant les yeux pour mieux entendre. Entendre le bruit de la douche qu'on coupe, celui des pas mouillés qui laissaient une petite flaque jusqu'au tapis salvateur. Le bruit des affaires qu'on repoussait du bout du pied. Celui de la porte qui s'ouvrait.
Pivotant sa tête, Ravi jeta un regard en coin à Tiberius. Lequel avait une serviette comme unique gardienne de sa pudeur. Le reste de son corps - le métal qui couvrait sa hanche et son bras et luisait grâce au soleil, les traces profondes qui marquaient son corps, les cicatrices dues aux brûlures qui se trouvaient ci et là - s'offrait au regard émeraude de sa compagne.

Ouaip, songea-t-elle alors qu'elle se redressait. Toujours beau.

- Bonjour…

Son baiser volé fut échangé par un roucoulement discret venu d'une femme satisfaite.

Installés l'un contre l’autre, ils picorèrent dans le déjeuner frugal. La Cabale grignota du bout des lèvres, ignorant la faim qui tentait de lui tordre le ventre suite au repas interrompu de la veille. Elle mangeait beaucoup, certes. Mais c'était parce qu'elle était une excellente biotique, ce qui insinuait de fortes quantités d'énergie et par conséquent de nourriture. Rien à voir avec le fait qu'elle était aussi une morfale.
Plutôt que de dévorer ce qui se trouvait devant elle et de loucher sur l'assiette de son voisin, la Turienne préféra se blottir un peu plus contre son amant, admirant les montagnes de Palaven et l'éclat d'argent du monde et de la ville. La cité se réveillait peu à peu, commençant à emplir les rues des échos de la vie.
Le silence finit par être levé par Tiberius.

- Tu sais… encore maintenant je ne sais pas ce que je cherchais en revenant sur Palaven… En fait je ne sais même pas ce que je vais faire maintenant…

Quelques propositions et encouragements tournaient dans la tête de la Spectre. Laquelle garda le silence. Il n'avait pas fini de parler.

- En revanche je sais que…

Si on lui avait dit il y a dix ans que Ravi Vertax reverrait un jour le grand Kabalim Adrix chercher ses mots et hésiter, elle aurait demandé en riant qui avait tapé dans l'oeil du Turien pour qu'il se comporter comme un jeune ado.

- Ce que j’essaye de te dire… C’est que j’ai toujours des sentiments pour toi. Plus encore que lorsqu’on était gosses… Et si tu veux bien supporter un Turien paumé, borné et en sale état…

Il ne continua pas sa phrase, laissant ses mots planer.
En fait, ce n'était pas si surprenant que ça, songea la femme. Il n'avait jamais été vraiment doué pour tout ce qui touchait à ses sentiments. Les grands discours militaires, il maîtrisait. Les défis et les bravades ? C'était le Turien qu'il fallait pour une provocation de derrière les fagots. Il était même assez imaginatif en terme d'insultes et ses blagues n'étaient pas trop mauvaises même si améliorables.

Ses yeux émeraude fixaient l'homme à côté d'elle. Ses dents se dévoilèrent, éclatantes, en un tendre sourire.

- Moi aussi, Kabalim Adrix.

Sa main se posa sur la sienne, son front contre le sien.

- Mais je suis Spectre Tib. Ce qui implique une liste longue comme le bras de risques en tout genre et d'obligations.
Si tu es prêt à composer avec, prêt à accepter que je puisse un jour revenir blessée ou pire... Si tu n'as pas peur de prendre le risque de souffrir et de ma haïr pour ce que je te ferais subir...
Alors j'adorerais avoir un Turien paumé, borné et en sale état à mes côtés. Pourvu que ce soit toi.

Quand au reste... Une fois ton statut de citoyen récupéré... Et bien, la galaxie nous tend les bras. On aura le temps de voir tout ça.


Elle l'embrassa en riant.




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