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 Souvenirs

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MessageSujet: Souvenirs   Lun 28 Mai 2018, 22:18
► █ Date : De 2180 à 2194 RP Tout public
Tibérius Adrix ♦️ Ravi Vertax
Souvenirs




Souvenirs
La poussière et les domestiques menaient une lutte acharnée dans la chambre délaissée, que seuls de nombreux souvenirs occupaient désormais. Son occupante avait quitté les lieux depuis longtemps et ses visites peu fréquentes ne les menaient pas à rester souvent y dormir. Mais son père faisait en sorte que tout soit prêt, au cas où, s'il y en avait besoin un jour, sans déranger les lieux plus que nécessaire. Seuls les draps du lit étaient changés périodiquement. Le reste était laissé à l'emprise du temps et à la conquête vaine de cette fameuse poussière, dont chaque assaut était repoussé d'un coup de plumeau adroit.

Et les souvenirs restaient en place, intouchés, comme des reliques sacrées appartenant à un autre âge. Un où tout était peut-être plus simple.

Tous ces objets précieux avaient une signification chère au coeur de Ravi Vertax. Que ce soit cette bannière de la Treizième Compagnie accrochée contre la fenêtre, les différentes coupes qui étaient posées sur une étagère, les nombreux - très nombreux - instruments qui occupaient chaque recoin de la pièce, cette peluche de Spuma posée sur le lit ...

Ou bien cette photo, posée dans son cadre d'argent sur le bureau, montrant une section de jeunes Turiens au garde-à-vous, posant fièrement alors qu'à côté d'eux un formateur au regard féroce regardait l'objectif comme s'il cherchait à le transpercer ....


-------------------------------------------------------------------


Chez les réguliers, la cérémonie d'intégration était l'occasion de célébrer le début de l'entrée dans l'âge adulte. Quinze années dédiées à servir son peuple afin de devenir un véritable citoyen de la Hiérarchie, avec les droits et les devoirs que cela impliquait, était un véritable honneur. Un devoir même pour d'autres ! C'était l'occasion de réunir les centaines de Turiens habitants Palaven qui intégraient leur grande armée et qui seraient affectés, à la fin de leur formation dans les différents services et unités en fonction de leur prédispositions. Nombres de rapports seraient envoyés; certains continueraient d'apprendre, se dirigeant vers la médecine, la technologie ou plus humblement l'artisanat. D'autres, plus adroits sur le terrain, seraient envoyés à travers la galaxie, au grés des missions qui leur tenderait les bras. Certains deviendraient des élites vers la fin de leurs années, d'autres retourneraient à la « vie civile » dès la fin de leur service. Et le cycle se reproduirait, année après année.

Mais pour les Cabales... C'était une autre histoire. Un monde à part.

La cinquantaine d'élèves réunis sur la place d'arme avait revêtu leur uniforme. Le corps droit, le regard fixe, ils attendaient les ordres à venir. Ils ne se connaissaient pas encore il y a une trentaine de minutes de cela et, à vrai dire, ils n'avaient pas encore eu l'occasion de faire connaissance. Mais ils formaient déjà des sections complètes pour la formation à venir.
Leur nombre, risible si on les comparait aux non biotiques, ne garantissait même pas qu'ils soient tous dans des sections d'assauts ou de soutien. Car même celui capable de soulever une cuillère avec difficulté, et qui souffrait de mots de tête encore des heures après cet «exploit» rejoignait le corps biotique. Combien de ceux présents finiraient à servir en cuisine, seraient pilotes, s'occuperaient de l'administration et de la paperasse là ou, pour les plus adroits avec leurs études, finiraient par devenir docteurs ou informaticiens chez eux sous prétexte que l'ézo courait dans leurs veines ? Même des siècles après la Guerre de l'Unification, le spectre des biotiques espions et assassins continuaient d'errer dans les esprits et inspirer la méfiance.

Pourtant, même s'ils généraient du dégoût chez certains, ils restaient des Turiens au service de leur planète et de la Hiérarchie, soumis au service militaire. C'était une valeure connue, à laquelle Calista s'était désespéremment accrochée alors qu'elle préparait son aînée à rejoindre ce corps inconnu. Une valeur assez sûre pour qu'elle continue d'inculquer toute la discipline et toute la droiture dont elle était capable.

Et Ravi ferait honneur à sa famille. Si être moitié Vertax la condamnait à être Cabale, être moitié Varso impliquait une excellence militaire qui restait aveugle aux séparations. C'était sans doute pour ça qu'elle faisait en sorte d'être la plus droite possible, son visage totalement neutre alors qu'elle se montrait insensible au temps qui passait.

Face aux élèves, quatre formateurs attendaient, discutant entre eux alors qu'ils faisaient défiler quelque chose sur leur datapad. Ils avaient déjà eu le droit au discours de bienvenu, à une rapide présentation des lieux et aux honneurs à présenter au Cabalim dirigeant la base militaire dans laquelle ils se trouvaient. Il ne leur restait que la répartition et les choses pourraient commencer. Certains jetaient des coups d'oeils furtifs à gauche ou à droite, jaugeant du regard leurs futurs camarades. D'autres affichaient la même fierté familiale que la jeune Vertax, gravée par des années de discipline et d'éducation transmises de génération en génération. Une poignée, enfin, semblait s'apprêter à subir avec résignation quinze années d'isolement et d'une nouvelle vie à laquelle ils n'auraient pas aspirés s'ils avaient eu le choix. Mais tous étaient prêt à mettre en oeuvre ce sens du devoir, si particulier à leur race.

Enfin, après des minutes de silence et d'attente, l'un des Turiens fit un pas en avant. Son visage balafré, laissant une partie de ses dents à découvert, marquait des années de combat et la marque de sa mandibule laissait supposer qu'elle avait dû être rattachée plus d'une fois avant d'être totalement arrachée. Il se mit à parler d'une voix grave, profonde, qui laissait entendre toute la sévérité et l'austérité dont il ferait preuve envers ses futurs élèves.

- Je suis le Lieutenant Olymion. Les recrues dont le nom sera appelé formeront la 157ième Section. A l'appel de votre nom, vous vous avancerez face à moi, en ligne de quatre.

Recrue Aebudas. Recrue Sevetion. Recrue Adrix. Recrue Belldos. Recrue Vertax ...


Les uns après les autres, les membres de la 157ième se réunirent sous le regard imperturbable du Lieutenant. Ils étaient douze en tout. Puis, une Turienne s'avança à son tour.

- Je suis la Major Itaius. Formerons la 158ième Section les recrues Sulilan... Recrue Nartis. Recrue Pholin...

Et la liste continua ainsi jusqu'à ce que le dernier adulte, un Turien à l'air plus doux que les trois autres, finisse de nommer ses propres élèves. Puis, ceci fait, chacun prit la tête de son groupe, menant leurs désormais élèves dans leurs salles respectives.
Le Lieutenant entra le premier et, les bras croisés contre sa poitrine, nonchalament appuyé contre une table, il regarda les adolescents s'installer les uns après les autres dans un silence presque religieux. Attendant que le dernier s'installe et que quelques secondes se soient écoulées, il commença à parler de sa voix rauque.

- Bienvenu à tous. Comme je vous l'ai dis auparavant, je suis le Lieutenant Olymion et je serais votre formateur. Durant cette année, vous serez formé aux connaissances et formation les plus basiques.

Son regard argent embrassa la foule et il reprit.

- Ne croyez pas que vous serez des combattants, des assassins ou des biotiques d'exception. Vous n'êtes pas ici parce que vous avez les capacités suffisante pour devenir des «dieux biotiques» mais parce que vous êtes biotiques. Il y en a qui, parmi vous, ne seront jamais foutu de réussir à faire léviter une cuillère ou pour qui «ézo» ne rimera qu'avec «Mal de crane et nausées». Cette année ensemble vous permettra de cerner vos points forts et vos points faibles avant d'être orientés vers différents métiers.

Qu'on me comprenne bien : Je n'en ai rien à foutre que vos capacités soient médiocres. J'attendrai de vous la même discipline et le même acharnement que vos collègues les plus doués. Que vous soyez destinés à servir en cuisine ou à retaper ceux qui se blessent, vous êtes Cabales, qu'importe le rôle que vous aurez à jouer !

Et des plus forts, j'attend votre aide et votre dévotion la plus totale envers ceux qui ne tiennent pas le rythme. La force n'est pas ce qui définit les nôtres ! C'est notre cohésion et notre capacité à nous entre-aider et nous compléter.


Le Turien se redressa avant de commencer à faire les cent pas dans la salle. Il s'enflamma de fierté.

- Nous sommes les Cabales ! Une famille. Peu de Turiens sont comme nous, et nous ne pouvons pas nous mêler aux autres militairement parlant. Ceux qui ne savent pas apprendront le pourquoi.
Nous ne pouvons pas compter sur les autres. Votre pilote, votre cuistot, votre médecin... Tous seront Cabales.


Nous sommes une famille ! Nous veillons les uns sur les autres.

Il sourit d'une façon acérée, ses dents que nulle peau ne recouvrait se dévoilant un peu plus.

- Et la meilleure façon de comprendre ça, c'est encore le parcours du combattant...





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MessageSujet: Re: Souvenirs   Lun 04 Juin 2018, 21:36

Ce devait être une occasion en or… Celle de repartir de zéro et de se trouver une place au sein de la glorieuse Hiérarchie Turienne. Celle de s’éloigner des regards méfiants, voire apeurés, de laisser derrière les insultes et quolibets qui fusaient dans son sillage. Celle d’enfin apprendre à maitriser un talent que les siens percevaient comme un fléau. Celle de quitter une planète pour laquelle il n’éprouvait qu’un attachement des plus limité, en totale contradiction avec l’esprit et la fierté territoriale qui animaient d’habitude son espèce.

Sans être un Turien des plus joyeux, crédule ou même fervent, le Tiberius âgé d’une quinzaine d’années vit dans son incorporation l’occasion de changer d’horizon. Au-delà du cliché du gosse s’engageant pour voir du pays et s’endurcir, l’adolescent d’alors ne souhaitait qu’une chose : respirer. Un but d’autant plus paradoxal au sein du cadre particulièrement strict et restrictif des forces armées Turiennes, à n’en point douter. Mais pour le dernier rejeton du clan Adrix, c’était là l’ultime occasion de faire autre chose que devenir un poids pour sa mère accablée par son éducation houleuse. Mais aussi une opportunité de vivre en dehors du carcan de paria qu’on lui avait toujours imposé durant son enfance. Désormais, c’est aussi en tant que membre d’un corps entouré de mystère qu’on l’assimilerait…

Appartenir à un groupe… Jamais il n’en avait réellement fait l’expérience durant sa courte existence. Y prendrait-il seulement goût? Si seulement il avait su, en passant l'enceinte du camp d'entrainement pour la première fois, ce que tout cela impliquait pour lui...

D’origine modeste, le biotique n’avait pu se raccrocher qu’à des liens familiaux des plus restreints, sa génitrice étant la seule famille qui lui restait après le départ soudain et lâche de son père. S’il en avait souffert un temps, c’est une haine envers ce dernier qui finit ironiquement de l'aider à faire son deuil et permit son développement. Hélas, il en ressortit bien évidemment une personnalité peu enjouée, parfois trop sûre d’elle et propre à chercher le conflit à la moindre provocation. Le parfait genre de trouble-fête que l’armée, et son instructeur, saurait mater.

***

Pourtant, lorsqu’on appela son nom pour faire partie de la 157ème section, Adrix ne lâcha pas un mot, par un regard à destination de ses futurs camarades. Il semblait déjà avoir pris le pli de la rigueur martiale, se montrant parfaitement impassible face au discours du Lieutenant au visage marqué par le service. A dire vrai, le sentiment de fierté de ce dernier, la ferveur et le patriotisme dans le ton et les mots, lui étaient parfaitement étrangers. Tout cela ne viendrait que bien plus tard, à mesure que les combats et ses propres cicatrices pour en témoigner défileraient dans son existence et sur sa carapace.

En attendant, sitôt qu’on les lâcha sur le parcours d’entrainement, c’est un Turien déterminé à faire voir ce dont il était capable qui s’élança.  Pouvant compter sur une constitution solide et légèrement plus imposante que la normale pour son âge, Tiberius fut de ceux qui distancèrent les plus timides dans l’effort à fournir. Haies et poutres d’équilibre furent bientôt de l’histoire ancienne, faisant place à des filets, fosses et autres obstacles de cordes bien plus fatigants et ardus à passer. Pourtant, le recrue Adrix, bien qu’essoufflée, fut le premier à se présenter devant le mur, suivit à quelques enjambées du peloton de tête.

Hélas, là où faire preuve de dextérité et de prouesses physiques était souvent mis à l’honneur dans les autres armées, il n’en était pas ainsi chez les Turiens. Le groupe primait avant toute chose, l’exploit se devant de mettre en valeur la communauté dans son ensemble. Celui qui ne cherchait qu’à attirer sur lui la lumière ne ferait que plonger d’autant plus vite. Mais cela, le jeune soldat l’apprendrait bien assez tôt, son supérieur se rappelant à son bon souvenir.

- « Bordel de merde Adrix… T’as fait le beau, t’es satisfait !? Et maintenant, hein ? T’as pas l’air con au pied de ton mur ! » hurla Olymion en faisant les cents pas, mains dans le dos, le long du parcours.

Le ton était tout sauf amical ou même synonyme d’une simple réprimande. Il s’agissait là de contrevenir à l’esprit même des Cabales. Il ne laisserait probablement pas passer cela…

- « Tu serais déjà mort sur le front, coupé de ton unité comme tu l’es ! Passe-moi cet obstacle ou bien je m’assure moi-même que tu n’oublies jamais la leçon ! »

Même s’il passait effectivement l’obstacle, le natif de Digéris allait déguster une fois l’exercice terminé, il pouvait en être certain. Question de cohésion à garantir au sein de l’unité. Olymion en ferait un exemple. La mine enragée du Turien, sublimée par l’impressionnante balafre de son visage, parlait d’elle-même. Quant à savoir comment tout cela s’articulerait… Encore fallait-il que leur souffrance s’achève pour le savoir. En attendant, c’est un spectacle des plus inhabituels –pour un premier jour d’instruction - qui accueillit les mots autoritaires de l’officier.

Tiberius comptait-il employer ses pouvoirs pour faciliter le passage du groupe, ou bien le discours de l’officier suffisait-il à réveiller chez lui une frustration capable de mettre en branle les nodules d’ézo parcourant son système nerveux ? Toujours est-il que sa biotique se manifestait avec une intensité que lui-même n’avait connu qu’en une ou deux occasions auparavant. Et toujours dans des moments où le stress rendait ses dons instables…

- « Moi c’est Tiberius… » glissa-t-il néanmoins avec un sourire carnassier et à clin d’œil appuyé à à la Turienne aux tatouages faciaux bleutés qui se trouvait non loin à le fixer.

S’il avait été dans un tout autre contexte, peut-être l’aurait-il abordé pour discuter avec elle… Une éventualité d’autant plus probable en sachant qu’elle était elle aussi une biotique, chose rare au sein de leur espèce. Mais ici, c’est une recrue prête à lui faire la courte-échelle qui luisait - littéralement - devant ses grands yeux verts si envoutants.

Sans doute que les occasions d’admirer les mensurations de la jeune Ravi ne manqueraient pas… sous l’angle de vue dont il s’apprêtait à voir la belle… Les ados et leurs hormones, vous savez…

Mais le narrateur s’égare, veuillez l’en excuser.

HRP::
 
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MessageSujet: Re: Souvenirs   Mer 06 Juin 2018, 19:17
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Le but de l'exercice était simple, le formateur ayant particulièrement mis l'accent sur ce point tout à l'heure : il fallait s'entreaider avant tout. Au faible de montrer leur volonté à ne pas s'enliser, aux forts de veiller sur eux. C'était une consigne claire, qui avait, semble-t-il, échappé à l'attention d'une recrue malgré tout. Lequel était-ce déjà ? Aebudas ou Adrix ? La jeune Ravi n'y avait pas fait attention sur le coup, sans compter que la nouvelle section n'avait toujours pas eu le temps de faire les présentations. Quoiqu'il en soit, l'étrange Turien cavalait dans le peloton de tête, gagnant petit à petit du terrain. On aurait presque imaginé qu'il volait tant il se hâtait, ignorant ceux que le passage en équilibre faisait ralentir, ou qui s'enmêlaient gauchement dans les filets. Dans son esprit, il n'y avait sans doute que lui et lui seul.
C'était totalement l'inverse de ce qu'il fallait faire. Il n'en faisait clairement qu'à sa tête.

La Turienne claqua des mandibules tout en aidant une collègue un peu plus petite qu'elle à retirer les cordes qui s'étaient enroulées autour de sa cheville après une chute dans les cordes. Comment avait-elle réussi son coup ? Esprits seuls le savaient. Qu'importe la raison, l'essentiel était de se serrer les coudes. La pratique n'était pas exclusive aux Cabales. C'était la mentalité Turienne dans sa superbe. Calida lui avait bien assez répété. Et elle ne pouvait pas dire que sa fille n'écoutait pas. L'apprentie biotique veillait sur le groupe, s'arretant, comme en ce moment, pour aider ceux qui en avaient besoin. Il fallait exceller en tout : sport et secours, savoir et pratique. Elle serait la meilleure... Ils attendaient ça d'elle. N'est-ce pas ? Quand bien même les meilleurs ne devaient pas s'illustrer par le fait qu'ils l'étaient.
Pendant ce temps, le fanfaron arrivait au pied du mur tandis qu'elle attrapait le bras de sa comparse, la forçant à se relever. Puis, sa tâche finie, elle pivota sur ses talons, fonçant vers l'obstacle suivant, laissant derrière elle le début d'interrogation qui avait pointé le nez dans son esprit.

Adrix, puisque venait de le hurler leur formateur, en prenait pour son grade. Et ce n'était que le début de ce qui serait sans doute une magistrale engueulade. A se précipiter seul, il avait fini par arriver au pied d'une épreuve infranchissable. Littéralement. Le mur était haut, notamment pour des Turiens. Même si deux recrues se faisaient la courte-échelle, l'un devrait sauter pour agriper le rebord avant de seulement commencer à se hisser. Une Cabale expérimentée aurait peut-être pu s'en sortir toute seule, usant de sa biotique pour s'élever ou se faisant auto-léviter, ou n'importe quelle solution mystérieuse - et un brin flippante - qu'ils avaient dans leur manche. Pour la 157ième, il n'y avait que la cohésion qui pouvait les aider.
Les recrues s'étaient arrêtées, s'amassant petit à petit à quelques pas du Lieutenant et de leur infortuné confrère. Ils guettaient, attendant de savoir comment les choses se passeraient, figés face à la sainte colère de leur formateur. Mais l'insolent ne se démontait pas, laissant l'ézo chaotique entourer son corps, incontrolâble et incontrôlée, sans que Olymion ne s'en inquiète plus que de raison. Si les deux devaient se battre, le gagnant était connu d'office.

Les yeux verts de Ravi se plantèrent sur son collègue. Il était... étrange. Sauvage, très et clairement trop fier et... intriguant. Les deux n'avaient visiblement pas reçu la même formation. Discipline et maîtrise de soit ne lui étaient peut-être pas étranger, mais ce n'était pas ses meilleurs amis non plus.

- « Moi c’est Tiberius… »

Avait-il senti qu'elle l'observait ? Il s'était en cas retourné pour la regarder. Quant au clin d'oeil... La Turienne regarda le mur un instant, puis Tiberius.

...

Il avait raison. L'épreuve n'était pas terminée.

Elle s'élança alors vers lui, lui sautant littéralement dessus pour prendre appui sur lui, puis sauta une seconde fois, réussissant à agriper le bord du mur de la main gauche alors que l'autre bras battait l'air à la recherche d'un équilibre. Surtout, ne pas lâcher, pensa-t-elle. Poussant d'un pied sur le béton, elle réussit à se réélever un peu, assez pour que ses doigts saissisent leur prise. Puis elle se hissa avec le reste de grâce qu'elle pu retrouver, finissant par s'asseoir à califourchon sur ce foutu mur. Du coin de l'oeil, elle cru appercevoir Olymion afficher un air satisfait, sans pouvoir pousser plus loin son observation.
Son acte fut un électrochoc pour la troupe. Les uns après les autres, les élèves formèrent des duos ou trio improvisés, l'imitant tant bien que mal.

La Turienne se pencha vers Adrix, main tendue vers lui. Il ne manqua pas de la saisir, se hissant à son tour jusqu'au sommet.

- Ravi... Vertax.


Ces quelques mots glissés n'avaient l'air de rien. Toutefois, ce n'était pas exactement le moment pour de grandes et longues présentations. L'adolescente ne s'occupait déjà plus de lui, aidant ceux en bas à traverser. Elle fut parmi les derniers à redescendre, le bras douloureux et le muscle geignant. Ses lèvres restèrent scellées malgré tout et elle reprit sa route, quoiqu'un peu moins rapide qu'avant. Le mur avait été la dernière épreuve et seule une longue bande de terre d'environ 200 mètres les séparaient de la ligne d'arrivée.
Ses compagnons étaient restés, pour la très grande majorité et uniquement pour ne pas dire la totalité, à côté, assistant la réception de leurs camarades. La soufflante que c'était pris Tiberius en avait calmé plus d'un. A commencer par l'intéressé lui même.

Ce fut donc une section plus soudée qu'au départ qui franchit conjointement la ligne d'arrivée. Il y aurait quelques courbatures pour certains le lendemain, cependant la satisfaction était dans l'idée générale de la troupe.

Le Lieutenant Olymion fit un pas. Les sourires s'effacèrent et tous reprirent une posture plus formelle. L'imposant Turien fit quelques pas lourds devant eux, prenant son temps.

- Bien.

Si la voix avait eu une représentation graphique, elle aurait été celle d'un requin. Un requin avec des dents très, très acérée.

- Je suis, dans l'ensemble, satisfait de ce que j'ai pu voir. Certains se sont particulièrement illustrés. En bien...

Son regard traina sur les jeunes rassemblés devant lui. L'espace d'un instant, il s'arrêta sur Ravi, puis reprit son chemin comme si de rien était. Et l'arrêt fut bien plus long lorsqu'il tomba sur Tiberius.

- ... Comme en mal.

Le mot était tombé comme un couperet. Ils avaient même entendu le point de la phrase tant la froideur était présente.

- Je crois l'avoir déjà dit, les Cabales sont une famille. Je n'aime pas me répéter. Vous allez apprendre très vite que je n'aime pas me répéter.

Recrue Adrix... Avancez.


Ses dents dévoilées à cause de la blessure avait un éclat meurtrier.

- Puisque vous aimez être seul, Recrue Adrix, vous allez adorer nettoyer la base ce soir. Au balais.
En attendant, on remonte en salle. Premier cours théorique dans cinq minutes.

Un avertissement pour le premier jour plus qu'une vraie punition, sans doute.


---------------------------------------------

Le crépuscule commençait à étendre ses bras sur les plaines argentées de la région. Seul dans les ombres qui s'allongeait, Tiberius était sur la place d'arme. Vertax secoua la tête. Elle n'avait sans doute pas à s'en mêler. Mais... eh. Il l'intriguait. Habituée à un environnement stricte et à la droiture de tout les instants, voir un tel compatriote avait de quoi la surprendre. Même plus jeune que maintenant, la femme avait été entouré de fils de militaires de carrière, eux même d'issus de militaires et ainsi de suite jusqu'à la création de la Hiérarchie.
Elle s'avança prudemment, arrivant dans le dos du jeune homme.

- Tu as besoin d'aide ?


Mains dans le dos, elle avait adopté une attitude d'attente, détaillant Adrix du regard.

Curieux, oui.




Dernière édition par Ravi Vertax le Mar 12 Juin 2018, 22:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Souvenirs   Dim 10 Juin 2018, 19:54

L’occasion fut parfaite. Celle d’imprimer son nom dans les esprits de ceux qui constituaient sa section pour l’année à venir. Turien fier et un peu trop direct, le Tiberius âgé de seulement quinze années avait de drôles d’idées en tête. A commencer par celle de s’illustrer en montrant bien qu’il serait le meilleur cette année. Et toutes celles qui suivraient. Bien sûr l’individualisme ne le mènerait nulle part, mais contre toute attente, le biotique était prêt à apprendre comment mettre en sourdine ce trait de caractère qui risquait d’amener à lui bien des ennuis. Cette petite entorse au code de moralité et à la façon même d’être des Cabales s’était avant tout avérée être un… test.

L’occasion parfaite de tester la réaction de leurs instructeurs sans risquer trop gros dès le premier jour. Car il le savait déjà depuis que l’âge du service approchait : il ferait carrière dans l’armée. Il était fait pour cela, il ne rêvait que de cela. Là où certains y voyaient une corvée ou un sacrifice nécessaire pour obtenir la citoyenneté et faire honneur aux leurs, lui n’aspirait qu’à s’extirper de son enfance peu enviable pour faire quelque chose de sa vie. Sa force de caractère, si elle lui coûtait aujourd’hui certains ennuis, finirait par le desservir. Il obtiendrait un commandement, il le savait. Ce n’était de toute façon que la seule voie qu’il s’imaginait emprunter.

Ces épreuves n’étaient là que pour forger l’arme qu’il aspirait à être. De bien plus effroyables suivraient dans quelques années, le changeant à jamais. Mais c’est bien ici que le futur Kabalim commençait son ascension. Là qu’il commençait à se construire pleinement.

***

Le jeune Turien aux tatouages faciaux d’un blanc d’albâtre se trouvait être songeur alors que celle dont il avait scruté avec tant d’intensité le regard l’abordait au milieu d’un cour d’entrainement absolument déserte. C’est à peine si l’on distinguait au loin les armure rutilante des quelques sentinelles de faction, dont les plaques luisaient aux derniers rayons du soleil Palavenni. Ca et là, on devinait encore les clameurs des différentes section discutant de leur premier jour de mobilisation. Sous peu, pourtant, ces quelques preuves de puissance disparaitraient dans l’obscurité alors que sonnerait le couvre-feu.

S’appliquant à ses corvées d’un air distrait, Tiberius n’accordait que peu d’attention à ce spectacle. Absorbé par ses pensées, le jeune biotique se remémorait les premiers moments de son incorporation. Evidemment, l’épisode du parcours du combattant constituait une bonne part de ses rêveries, lui arrachant même un petit sourire inexplicablement apparent. Les Esprits lui en soient témoins… Son instructeur se serait fait une joie de le lui faire ravaler il s’était trouvé en sa présence.

Au lieu de cela, c’est une voix qui allait bientôt lui paraitre familière qui l’interpella en se présentant dans son dos. Et si être pris par surprise de la sorte aurait déclenché chez le biotique de 2203 une réaction aussi brutale que fulgurante à coup de biotique, la scène qui se déroula sous le jour mourant se révéla bien plus banale.

- «  Tu as besoin d'aide ? »


La recrue ne lui accorda dans un premier temps aucun regard, comme bien trop absorbé par la tâche aussi barbante qu’instructive à laquelle il prenait part. Toutefois, ses mots trahirent sa satisfaction (joie ?) d’avoir quelqu’un d’autre à qui parler.

- « Si passer le balai te tente… » répondit-il sur le ton le plus neutre imaginable.

Mais quel pouvait bien être le sujet de discussion adapté à deux jeunes du même âge qui viennent d’entrer dans la cour des grands en prenant part à leur service obligatoire ? Au final, que la Turienne l’aide ou non n’était pas le plus crucial. Ce qu’ils pouvaient avoir à se dire sur cette journée l’était bien plus. Et qui sait ? Peut-être finirait-ils par s’apprécier ? En dépit de toutes les différences qui rendaient leur rencontre plus qu’improbable en dehors des sphères de la vie militaire.

L’adolescent rompit donc le silence ayant prit place entre eux depuis déjà quelques coups de balais, en profitant au passage pour de nouveau la contempler comme elle venait de le faire en se présentant à lui.

- « Une première journée instructive, tu ne crois pas ? Je sais désormais jusqu’où il est bon d’aller ou non… Et c’est bien la première fois que je croise autant d’êtres comme… nous. Reste à espérer que les instructeurs son à la hauteur… Je ne compte pas gâcher ce potentiel sur de simple exercices toute ma vie… » déclara-t-il d’un ton où perlaient curiosité et impatiente.

Sur ces mots, la main libre de l’adolescent se mit à luire de la même aura qui l’entourait précédemment au pied du mur. Adrix semblait s’en amuser, tournant tour à tour son regard vers son interlocutrice et la lueur qu’il dégageait. Cette petite démonstration, somme toute ridicule pour tout biotique de talent, révélait néanmoins une certaine maitrise de la part de la recrue. Il se savait être parmi les meilleurs dans ce domaine, quand bien même les exercices concernant l’utilisation de leurs pouvoirs n’étaient pas encore à l’ordre du jour.  Il avait appris de lui-même quelques petites tours alors qu’il vagabondait dans les rues de Digéris étant plus jeune. Solitaire contraint et forcé du fait de la nature de son foyer familial et ses pouvoirs, l’adolescent d’alors n’avait eu d’autre distraction que celle de « jouer » avec ses pouvoirs dans le secret le plus total. Restait encore à développer ce talent, le maitriser à la perfection et le mettre au service d’autre chose que sa seule fierté.

Car oui, sa nature fière et son arrogance seraient incontestablement ses plus grandes ennemies dans la poursuite de son objectif. Quinze années, au minimum, de service l’attendaient. Alors s’il partait sur une pente aussi abrupte tout du long… Qui sait où il se retrouverait au bout du compte. Si même il survivait à son entrainement.

Bien sûr, le lecteur averti sait qu’il parvint, plus ou moins, à réfréner sa nature la plus primaire. Quand et comment il y parvint… Voilà qui constituait toute fois une histoire à part entière.
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MessageSujet: Re: Souvenirs   Mar 12 Juin 2018, 22:19
Souvenirs
Le Turien feignait de se débrouiller très bien tout seul, acceptant la proposition avec un détachement faussé. Ravi ne dit rien dans un premier temps, se contentant de le scruter, comme on lui avait appris à faire. Il tentait de se draper de tellement de sérieux et de flegme qu'il ne se rendait pas compte qu'on pouvait facilement lire en lui. Certes, elle avait eu très tôt à étudier la façon des gens d'agir. Calida y avait tenu : on ne pouvait pas apprendre ce que les autres avaient en tête si on ne comprenait pas le but de chaque mot, de chaque mouvement, de chaque petit frémissement de la mandibule.
Tiberius n'échappait pas à la règle.
Finalement un léger gloussement, poli, délicat, tellement étouffé qu'il avait l'air de s'excuser d'avoir été lâché, retentit entre les mandibules de la femme. Pendant un court et très bref instant, elle se retrouva à sourire, dissimulant ce faux-pas derrière le dos de sa main.

Un apperçu de la future elle, que le présent chassa bien vite lorsqu'elle reprit l'attitude neutre qu'on pouvait attendre d'une fille de Générale.

- Bien.

Les dernières miettes d'amusement mourrurent avec sa voix. Le Lieutenant avait laissé au puni un ensemble de balais de diverses formes tellement vaste qu'on y retrouvait aussi des brosses et un étrange mélange des deux. L'apprentie se servit du premier qui lui tomba sous la main et se mit à sa tâche dans un silence presque religieux. Le duo passa quelques temps l'un à côté de l'autre sans rien dire, ayant pour seule musique le frottement des brins sur le sol.

- Une première journée instructive, tu ne crois pas ? ...

Tiberius relança la conversation le plus naturellement du monde. A côté de lui, son interlocutrice releva la tête et attendit d'entendre ce qu'il avait à dire. Le Turien n'avait pas hâte de faire ses preuves, non. Il n'avait pas besoin de montrer ce dont il été capable dans l'attente d'une quelconque validation. Il SAVAIT qu'il avait du potentiel. Et il le montrait bien, que ce soit dans son arrogance ou dans sa capacité à maîtriser la biotique, même à leur faible niveau.
Pour la seconde fois de la journée, il fit luire sa main d'une lueur bleuté. L'ezo lui léchait les écailles comme une flamme apprivoisée, se lovant au creux de sa paume. Les ondulations donnaient l'impression qu'il s'agissait de la respiration d'un petit animal.

C'était impressionnant, c'était vrai. D'autant plus qu'il y avait fort à parier que son collègue n'avait pas eu de maître biotique jusqu'ici.

Ravi Vertax était un ovni chez les Turiens. Les Cabales étaient peu, voir même très peu. Statistiquement, avoir des enfants exposés à l'ezo et y survivant, devenant de surcroît des biotiques était rare. Alors avoir un tel cas lorsqu'un des deux parents faisait déjà partie de cette partie très restreinte de la population devenait l'équivalent de gagner le gros lot à un loto à six bon numéros. Pour peu que gros lot signifie être vu d'un mauvais oeil et isolé par une partie de la communauté Turienne.
La plupart du temps, les futurs biotiques apprenaient sur le tas en attendant de rejoindre les rangs de l'armée, « bidouillant » comme ils le sentaient jusqu'à obtenir un quelque chose que les formateurs achèveraient de transformer en un semblant de résultat. Qu'elle ait pu apprendre de son père était une chance que beaucoup considérerait comme un avantage injuste.

Evidemment, l'intéressée ne le voyait pas de cette manière. Les souvenirs qu'elle gardait d'elle plus jeune, étant lévitée par son père en guise de jeux - Kacus étant plus tard disputé par Calida qui voyait d'un mauvais oeil tout ce qui avait trait à cet art - auraient toujours un goût particulier. Mais il n'empêchait qu'elle préférait taire cette différence.

Elle aurait pu faire léviter l'un des balais à son tour au plus haut qu'elle le pouvait - à savoir quelques centimètres - dans un moment complice, comme s'ils partageaient l'équivalent d'une confidence, chacun dévoilant ce qu'il savait faire. L'occasion d'essayer de tisser un lien avec ce Turien au caractère si particulier, de lui montrer qu'elle ne serait pas en reste et qu'elle relevait le défi.

Elle aurait pu oui.

Elle en avait envie.

Non.

Il ne fallait pas faire de vague. Ne pas trop en montrer, observer sans dévoiler, attendre d'apprendre l'autre avant d'abattre ses propres cartes, l'une après l'autre tout en étudiant attentivement les réactions.

- Les exercices ne seront qu'un début. Pour nous évaluer et nous permettre d'apprendre ensuite, petit à petit. Comme le Lieutenant le disait, nous n'aurons pas tous le même niveau.
Les choses sérieuses commenceront d'ici un an. Quand nous aurons nos affectations. Un futur chef cuisinier n'aura pas les capacités et facilités de soldats d'intervention après tout. Ou d'un Khabalim en devenir.


Le frottement du balais sur le sol décrut petit à petit jusqu'à se taire totalement. L'adolescente resta un moment immobile, le nez vers le sol. Elle serrait le manche un peu trop à la réflexion.

Elle pouvait peut-être lui faire confiance ? Essayer au moins ?

Au pire, que risquait-elle ? Qu'un camarade lui fasse clairement la gueule, qu'il devienne froid et distant... Ce genre de joyeuseté en somme.

Peut-être qu'elle pensait vraiment trop.

L'outil s'éleva un peu du sol, resta un suspens une seconde ou deux puis retomba dans les bras de sa propriétaire. Sa respiration était un peu plus rapide qu'avant. Comme si de rien était passé, elle reprit son balayage, frottant un coin de sol qui était propre depuis déjà cinq minutes.

- D'où tu viens ? Digéris, oui, ça se voit sur ton tatouage. Mais... Où exactement ?


L'obscurité continuaient de s'étendre dans la base. Dans une lutte presque éternelle contre le noir, les lampadaires s'allumèrent, repoussant la nuit pour permettre d'y voir. Le couvre-feu n'aurait pas lieu avant vingt-trois heures. Ils avaient encore le temps de s’acquitter de leur tâche un petit peu, et de discuter se faisant.


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