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 (Eden Prime) La danse des mots

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Crédits : Deimos-Remus / Ravi Vertax (retouche)

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MessageSujet: (Eden Prime) La danse des mots   (Eden Prime) La danse des mots Icon_minitimeSam 24 Juin 2017, 12:50
Intervention MJ : NonDate : février 2202 RP Tout public
Valerion De Lannist, alias L'Artisan ♦ Vittorio Orfei
La danse des mots



Depuis qu'Eden Prime avait été reconstruite, il fallait bien que Vittorio Orfei admît une chose : il se faisait chier. Evidemment, il était bien content de voir sa colonie au faîte de sa puissance, à défaut du faîte de sa beauté ; même si c'était en train de changer, la plupart des bâtiments reconstruits restaient encore des blocs de béton gris, laids et sales. Vittorio observait le paysage urbain évoluer, en faisant son travail – car il avait du travail, mais rien de bien excitant.

Donner ou refuser de donner des autorisations, venir à des évènements officiels, faire acte de présence au Parlement, surveiller les importations et les exportations... La liste était longue. Le gouverneur suivait sa routine, et il aimait avoir une routine ; mais il n'aurait pas dit non à une routine un peu plus mouvementée. Par exemple, trouver un trafic illégal dans les exportations. Vittorio était historien de formation : rester assis sur une chaise toute la journée, il en était capable, du moment qu'il lisait des informations, sinon trépidantes, du moins intéressantes. Et ces jours-ci, il restait assis sur une chaise, mais il soupirait tout le temps. Il en était presque à demander à ce que l'on fît venir des criminels devant lui pour qu'il les jugeât, assis à son bureau de bois noir. Mais on ne pouvait même pas dire qu'il y avait beaucoup de criminalité sur Eden Prime. Et puis, on l'aurait accusé de rendre la justice de façon non-démocratique, à la manière de l'ancien temps, et gna-gna.

Mais merda, il était en train de rêver. Il ne le ferait jamais, bien sûr. Foutus critiques, vous ne pouviez même pas le lâcher dans ses fantasmes ?

Il réussissait à s'ennuyer en étant constamment occupé.

Ses secrétaires souffraient de sa mauvaise humeur. Le soir, ils le regardaient partir avant d'aller boire un bon coup – un sacré coup – dans le bar au bas de la tour de bureaux. Parfois, ils se disaient qu'ils devraient l'inviter. Simplement pour l'assommer un peu à coup d'alcool. Si cela était possible. Ouais, non, mauvaise idée.


*


Vittorio vivait dans un appartement de fonction fort agréable, au dernier étage d'un immeuble en périphérie de la ville. La pièce centrale était ouverte et regroupait cuisine et salon. Ce n'était pas trop du goût de l'occupant, qui aimait avoir son intimité ; mais l'immense baie vitrée le faisait taire. La pièce était lumineuse, et offrait une vue splendide sur les terres cultivées d'Eden Prime.

Le gouverneur avait abandonné son veston et buvait un verre d'il ne savait trop quoi – un alcool alien qu'il avait acheté au hasard sur le chemin du retour – debout, devant le paysage. Ses filles étaient à l'école. Il avait encore quelques heures à tuer.

Oh putain, ça arrachait. Il n'avait bu que trois gorgées. Ce n'était pas du Ryncol, mais c'était fort. Il devrait se renseigner. Pour un ami.

Bon, d'accord, pour lui. Il ne buvait pas à l'excès, mais c'était le genre de personne à posséder une armoire à alcools, pour pallier toutes les situations d'apéritifs où les gens avaient des goûts différents. C'était une bonne chose, bien sûr, mais Vittorio n'était pas dépensier. Pas pour quelque chose qui se vidait en une soirée. Vous savez combien ça coûte, un bon whisky ? Une bonne bière butarienne ? Non, c'est pour rire, tout le monde sait que ça n'existe pas.

L'intercom sonna.

C'est une ombre rapide qui se détourna de la baie vitrée en songeant à la légende de Kanter Brau Dak, un Butarien soit disant caché dans les Systèmes Terminus, et seul fournisseur acceptable de bière butarienne. Ah, c'était pour cette raison que Vittorio aimait la diversité : qui se serait attendu à ce que la galaxie regorgeât d'histoires pareilles ?

Il appuya sur le bouton d'activation. Un numéro qu'il ne connaissait pas. « Vittorio Orfei à l'appareil. Oui ? … C'est terminé ? … Une réception ? … La semaine prochaine... à 20h ? … Bien sûr que je serai présent. ...Oui, très bien, monsieur. Non, je ne suis effectivement pas bavard. C'est vous qui l'êtes trop. Gardez votre salive pour la semaine prochaine. … Oui, au revoir. Et bon travail, monsieur Gueye. Félicitations. Au revoir, au revoir. »

Vittorio allait enfin pouvoir se changer un peu les idées.

Eden Prime abritait des ruines prothéennes. Un petit site avait été découvert trois mois plus tôt – dernière entorse faite à la vie bien réglée de politicien de Vittorio. Rien de bien important. Les ruines ne couvraient, en surface, que 5 mètres carrés ; plus intéressante était la salle en sous-sol. Mais il fallait y ouvrir un accès.

Vittorio avait fait venir un archéologue spécialisé, après s'être assuré qu'il était digne de confiance, et l'avait doté de toutes les autorisations imaginables. Il avait aussi assuré la sécurité du site. Après tout, et nous l'avons déjà mentionné, Vittorio était historien de formation, et restait historien de cœur. Les Prothéens ? Que de possibilités et de questions derrière ce nom ! Le gouverneur avait pris cette affaire avec passion. Et avec sérieux : au-delà de toute curiosité, il n'avait pas vraiment envie d'être surpris par une balise encore fonctionnelle.

L'archéologue mandé était sénégalais et se nommait Ousmane Gueye. Lui et Vittorio avait en commun un passé de baroudeurs, et, aussi fou que cela pût paraître, ils avaient fréquenté la même université, mais sans jamais se rencontrer. Vittorio avait épluché son CV : un sans faute, et passionné par les Prothéens, qui plus est. Vittorio l'avait contacté : un homme honnête, rigoureux et consciencieux. La personne idéale.

Gueye fouillait donc depuis trois mois. Vittorio lui avait demandé des comptes-rendus réguliers, et de le prévenir quand tout serait terminé. Voilà, c'était chose faite. Et évidemment, une agence de presse voulait aussi tout savoir. Là s'arrêtait le pouvoir de Vittorio, et de tout politicien, d'ailleurs. Il était remplacé par celui de l'information.

Donc, eh bien, une réception, la semaine prochaine, histoire de la transmettre avec panache, cette foutue information. Vittorio ne pouvait pas y couper. Et au fond, il ne le voulait pas. Enfin un peu d'agitation. Pour lui, en tout cas : tous les autres seraient coincés, leur verre de champagne à la main, et engoncés dans leurs costumes. Mais pour Vittorio, c'était une occasion de s'amuser ; de mettre un peu de pagaille dans ce microcosme d'une société du paraître. De s'amuser tout en faisant son travail. Après tout, brusquer un peu les gens, c'était sa manière de fonctionner. Il viserait les journalistes, s'il en croisait. Ou plutôt s'ils venaient le chercher.


*


Le jour tant attendu était arrivé. Vittorio avait mis son costume officiel, ciré lui-même ses chaussures, et fait venir une garde d'enfants pour ses filles. Puis il avait appelé un taxi et était parti.

La demeure privée d'un reporter avait été choisie pour accueillir la réception. Vittorio n'aimait pas cela ; il avait l'impression de n'avoir aucun contrôle, et surtout de devenir une marionnette.

Lorsque la demeure fut en vue, Vittorio ne put cependant s'empêcher de siffler d'un air approbateur. On se serait cru devant un manoir du XIXème. Il admira l'architecture quadrangulaire, à toit pointu, en ardoise. Il n'y avait qu'un humain pour être derrière une construction pareille. Puis l'historien fit place au politicien de gauche, qui songea à tous ceux qui avaient dû vivre dans des boîtes de tôle le temps de la reconstruction. Vittorio descendit du taxi, ballotté entre dédain et respect.

Il n'eut pas le temps de cligner des yeux qu'il fut assailli par deux journalistes. Il les bouscula d'un coup d'épaule, et en fit tomber un, après quoi il murmura une vague excuse absolument pas convaincante. Comme l'autre le suivait, il finit par cracher un : « Les réponses à vos questions sont à l'intérieur, vous savez. »

Et il entra sans rien dire de plus.


*


Vous voyez les descriptions interminables de Balzac remplies de froufrous, de dentelles, qui vont jusqu’à décrire les plis du velours des rideaux ? Eh bien c'était exactement ce que Vittorio n'avait pas envie de faire.

La grand-salle était surchargée. Il y avait des fleurs partout, des portraits aux murs, des fauteuils imprimés, un buffet – un très large buffet – au pied d'un escalier de bois lustré, une décoration de mauvais goût. Sérieusement, qui voudrait d'un crâne de varren au-dessus de sa cheminée ? Et qui voudrait d'une cheminée, en 2202 ? Qui voudrait d'une vieille armure celtique pour garder la porte de sa cuisine ? Qui voudrait de tout ça tout court ?

Vittorio avait été accueilli avec les honneurs dus à son poste. Puis il s'était mis à déambuler dans la salle, après qu'on lui a tendu une coupe de champagne. Il se disait in petto que la personne qui vivait ici était une sacrée excentrique. Il était trop fasciné par ces folies pour aller parler de lui-même aux gens. Pourtant, il aimerait bien trouver le propriétaire des lieux. Comment s'appelait-il, déjà ? Ah, oui, Stanislas Galinski. Vittorio l'imaginait déjà en train de réciter des poèmes aux convives, histoire de renforcer le cliché du solitaire enfermé dans son manoir et dans un autre temps. Enfin, il avait su récupérer le monopole de l'information sur le site de fouilles, il ne devait pas être si stupide.

« Mon frère, mon dernier appui,
Toi seul dont le secours me dure
Et qui seul trouves aujourd'hui
Mon adversité longue et dure... 
»


Oh putain non.

Vittorio observa un temps le dos surmonté de boucles blondes qui déclamait du Théophile de Viau à tort et à travers. Lui parler, pas lui parler ? Ousmane Gueye vint le tirer de son dilemme.

Il était chauve et glabre, et portait un trois pièces d'un bleu élégant. Ça le changeait du short et du t-shirt terreux qu'il portait durant la campagne de fouilles.

« Bonsoir, Monsieur Orfei...
— Bonsoir, Monsieur Gueye. Vous appréciez la soirée?
— Plus ou moins. » Il tenait une pleine poignée de petits fours. « Les gens ne comprennent pas aux trois-quarts ce que je leur explique, qu'il n'y a rien à expliquer, ou que je ne peux pas expliquer.
— Faites comme moi : lâchez l'affaire s'ils insistent. »

L'archéologue ne répondit pas, mais Vittorio savait : Gueye était trop gentil pour envoyer les gens balader. Ce n'était pas son métier, après tout. S'il devait continuer d'assister à des réceptions, il se forgerait sans doute une petite carapace. Mais il n'allait pas assister à des réceptions ad vitam æternam. Aussi allait-il souffrir quelque peu ce soir. Mais enfin, c'était le jeu. Etre une Asari diplomate ou mondaine devait être déplaisant, pensa Vittorio : mille ans d'intrigues, de faux-fuyants et de faux-semblants...

« Parlez-moi plutôt de la fin des fouilles. »

Ils se rapprochèrent du buffet et Vittorio se servit, avant d'écouter Gueye. Celui-ci dansait d'un pied sur l'autre.

« Il n'y a pas grand-chose à dire : nous sommes face à un vrai mystère. On ne sait pas à quoi servait cette salle, ni à quoi servait le monticule extérieur, même si, pour ce dernier, nous penchons pour une fonction d'apparat et de signalement. Enfin, si ça peut vous rassurer, nous n'avons rien trouvé qui ressemble à une balise ou à tout autre moyen de conserver des données.
— Mais qu'y a-t-il à l'intérieur, alors?
— Je ne saurais vous dire. Ce n'est sans doute pas d'une importance capitale pour le fonctionnement de la galaxie, mais ça reste une bulle de culture prothéenne. Vous savez, un peu comme quand on retrouve un simple bracelet sur le lieu d'un champ de bataille : c'est la bataille qui importe, mais on est content de trouver le bracelet.
— Je vois. »

Ils discutèrent ainsi quelques minutes supplémentaires, puis Gueye fut happé par une vague de flashs. Ce serait bientôt le tour de Vittorio. Et encore, il y avait peu de journalistes, car après tout, comme Gueye venait de le dire, la découverte restait mineure. Le gouverneur posa sans sourire, et partit de nouveau vers le buffet, seul, l'esprit encore plein d'histoires prothéennes.
Valerion De Lannist
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MessageSujet: Re: (Eden Prime) La danse des mots   (Eden Prime) La danse des mots Icon_minitimeLun 26 Juin 2017, 15:12
Eden Prime avait plusieurs particularités qui en faisaient l’une des colonies humaines les plus intéressantes selon l’Artisan. Elle avait été l’un des principaux foyers Prothéens et, à ce titre, regorgeaient de ruines et de reliques enfouies plus ou moins profondément sous la surface de la planète édéenne. Après tout, n’était-ce pas sur Eden Prime que les Geths et Saren avaient frappé pour la toute première fois ? N’était-ce pas l’épisode fondateur du mythe de Shepard ? Ce n’était pas pour rien que Cerberus avait essayé d’occuper la planète durant la Grande Guerre. Les opérations avaient d’ailleurs été compliquées par la résistance locale, ayant adopté un mode de guérilla particulièrement efficace contre les troupes conventionnelles de l’organisation. C’était ce qui était assez saisissant avec Eden Prime, c’était le véritable sentiment d’identité qui habitait les descendants et successeurs des premiers colons.

On retrouvait d’ailleurs cette indépendance d’esprit dans l’histoire récente de la colonie. Une insurrection armée et souhaitant faire sécession de l’Alliance avait éclaté dans la capitale quelques années plus tôt. Le gouvernement central n’avait pas apprécié et une flotte avait été dépêchée sur place. L’Artisan n’avait pas vraiment réussi à saisir ce qui c’était passé, mais l’officier commandant la flotte avait décidé de régler le problème façon Krogane : les deux plus grandes villes de la colonie, beaucoup de bombes, beaucoup de morts, deux gros cratères et sans doute beaucoup de paperasse à remplir après coup.

Et c’était sur cette planète à l’histoire chargée que venait d’arriver l’Artisan. Bien entendu, il ne laissait rien au hasard et n’était pas sur place pour faire du tourisme ou effectuer un quelconque pèlerinage. La raison était toute académique : une nouvelle découverte Prothéenne avait été effectuée sur Eden Prime. Le pouvoir local donnait une réception pour présenter les avancées des fouilles à la presse. Depuis toujours, les vestiges Prothéens étaient toujours traités avec une certaine fébrilité. Après tout, c’était à l’une de ces découvertes que l’on devait l’âge d’or spatial de la Terre, et c’était à une autre découverte que tout le monde respirait encore dans la Voie Lactée. En érudit passionné des Prothéens, le vieil homme avait décidé de se rendre directement sur place et de s’inviter à la sauterie pour essayer d’en savoir un peu plus.

Il n’avait pas été facile pour Valerion de récupérer une place. Ces cocktails étaient à places limitées et il n’avait aucune attache sur Eden Prime. Après avoir un moment caressé l’idée de s’infiltrer dans la soirée d’une façon illégale, le vieil homme avait finalement récupéré le modèle numérique de l’invitation officielle à remettre à l’entrée de la propriété. Il ne s’attendait pas à une sécurité trop importante : c’était une demeure privée pour une rencontre entre la presse et la science. Rien de très sensible. Aussitôt l’invitation imprimée, le vieil homme avait réservé un hôtel chic dans le centre de la capitale d’Eden Prime et avait pris une succession de transports de ligne depuis Noveria pour rejoindre finalement la grande colonie.

La propriété elle-même était assez belle, l’Artisan était forcé de le reconnaitre. L’imitation d’un de ces manoirs qu’on pouvait retrouver en France était assez fidèle. Ce devait avoir couté une fortune au propriétaire des lieux, par contre. Il se demandait bien qui pouvait avoir autant d’argent à dilapider dans un tel projet. Une foule de journalistes butinait dans les jardins, tel un essaim d’abeilles aux beaux jours. Le vieil homme les évita sans trop de difficultés – il était un inconnu – puis entra. Là, l’intérieur était au moins aussi grandiloquent que l’aspect extérieur de la bâtisse. Tout donnait l’impression de désuétude, comme des symboles d’une gloire ancienne. Soit tout était authentique et le manoir avait été entièrement démonté sur Terre pour être remonté pierre par pierre ici, soit tout était rudement bien imité. Le vieil homme avait rapidement parcouru les informations qu’il avait pu trouver sur le propriétaire des lieux et hôte de la réception : Stanislas Galinski. Un original, reporter pour se trouver une occupation plus que pour le retour pécuniaire. Ce dernier semblait s’être lancé dans un récital de poèmes classiques. L’Artisan évita soigneusement le personnage, n’ayant pas de temps à perdre et n’étant de toute manière pas venu pour cela.

Enfin, il repéra un personnage bien plus intéressant. Ousmane Gueye, chargé des fouilles sur le site nouvellement découvert. Le chercheur chauve, vêtu de tout un complet bleu sombre assez élégant, évoluait dans la salle, suivant un cap visiblement déjà déterminé. L’Artisan commença à se rapprocher de lui avec pour intention de l’intercepter et de le questionner plus sérieusement sur ses trouvailles. Alors qu’il était sur le point de l’aborder, Valerion s’arrêta net découvrant un visage nettement plus connu sur la route de l’archéologue sénégalais. Le gouverneur d’Eden Prime himself, Vittorio Orfei. Voilà qui était inattendu et surprenant. L’Artisan avait vu le nom du Gouverneur parmi les invités mais il s’était imaginé qu’il ne viendrait pas, au mieux qu’il s’éclipserait dès le début de la soirée. Intéressant. Le vieil aristocrate louvoya entre un groupe d’industriels et de patrons locaux visiblement ravis du champagne gratuit et se retrouva non loin des deux hommes intéressants de la soirée, au niveau du buffet. Il n’entendit pas tout, mais il était clair qu’ils parlaient des fouilles. Difficile, toutefois, de se rapprocher plus sans se faire voir. Il resta donc à distance, dégustant un petit canapé au saumon. Il aimait bien ça, le saumon.

La discussion durait déjà depuis un moment lorsque l’essaim de journalistes trouva Gueye, l’emmenant – le kidnappant presque – alors que le Gouverneur, peu commode avec la presse, ne fut pas inquiété. L’Artisan choisit d’attaquer à ce moment. Il prit comme prétexte pour se rapprocher de Vittorio Orfei une splendide bouteille de champagne ruisselante de gouttelettes fraiches, et s’en fit servir un verre.

« Difficile de leur échapper, n’est-ce pas ? Et je vous parie qu’aucun d’entre eux ne va comprendre ce qu’il va leur expliquer, ahah… »

L’Artisan accrocha le regard peu amène du Gouverneur et se déplaça légèrement pour lui faire face. Il lui tendit une main ferme.

« Professeur Meredith Ormeaux, de la Fondation Inquire. C’est un honneur de vous rencontrer, Gouverneur Orfei. »
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MessageSujet: Re: (Eden Prime) La danse des mots   (Eden Prime) La danse des mots Icon_minitimeMer 28 Juin 2017, 15:43
Le buffet, cet endroit propice à la fuite lors d'une soirée. Vittorio, un toast foie gras confiture à la main, observait Gueye se débattre avec ses mots et avec ceux des journalistes. Il avait presque envie de les interrompre de façon fracassante, de donner une excuse quelconque et absolument pas crédible, de sourire aux caméras comme un requin, et de tirer l'archéologue hors du manoir.

Oh, il l'aurait sans doute fait, si... Oui, introduire un « si », c'est introduire une excuse facile. Bref, il l'aurait sans doute fait, si d'une part ce foie gras n'avait pas manqué de tomber de son pain à chaque bouchée – Vittorio voulait rester propre – et si d'autre part un inconnu n'était pas venu l'aborder.

Les gens comme ça, quelle horreur. Ou plutôt, les réceptions de ce genre, quelle horreur. Vittorio n'aimait pas ce manège. Si quelque imbécile approchait une personne qui ne le connaissait ni de près ni de loin, ce n'était jamais innocemment. L'homme face à lui voulait quelque chose. Quelque chose de plus que de parler de la décoration – certes horrible et qui aurait pu nourrir une conversation critique sur tout une soirée. Le problème lorsqu'on était gouverneur, ou simplement lorsqu'on était invité à une soirée pareille ? Il fallait répondre. Pire, avoir l'air intéressé. Le problème lorsqu'on se retrouvait face au gouverneur Orfei ? Il ne jouait pas tout le temps le jeu.

Vittorio observa l'importun. Un vieil homme. Enfin, vieux. Il songea à son propre âge et chassa sa pensée précédente de son esprit, dans un élan magnanime, alors même que l'autre ne lui avait pas encore adressé la parole. L'arrivant se servait un verre de champagne ; Vittorio n'allait pas manquer une si belle occasion de se resservir. Il remarqua une chevalière au doigt du vieil homme. Ah ! Un putain d'aristocrate. Ou en tout cas quelqu'un qui aimait l'apparat, et assez riche pour se payer de quoi se l'offrir. Il suffisait de voir le costume, qui avait cependant le mérite de ne pas verser dans l'extravagance. Mais cela faisait déjà dix points en moins dans l'échelle d'appréciation de Vittorio pour l'homme inconnu.

Enfin – enfin ! Il parla. Assez de costumes et d'apparences, des mots, des mots.

« Difficile de leur échapper, n’est-ce pas ? Et je vous parie qu’aucun d’entre eux ne va comprendre ce qu’il va leur expliquer, ahah… »

Un silence de la part de Vittorio, mais il ne pouvait pas dire le contraire : il était intrigué.

« Professeur Meredith Ormeaux, de la Fondation Inquire. C’est un honneur de vous rencontrer, Gouverneur Orfei. »

Il y avait une main tendue face à lui. Hm, que faire. Beaucoup d'informations et de questions traversaient son esprit. Et puis, cet Ormeaux était entreprenant. Celui qui tendait la main se voulait supérieur, et non amène. Règle de base. Finalement, il se résolut à serrer la main de son interlocuteur, le visage impassible.

« Monsieur le Professeur. C'est un plaisir. »

Non.

Mais cet homme avait le même point de vue que Gueye sur les journalistes. Après tout, c'était un professeur. Vittorio était un ancien professeur. Il fallait songer à fonder un comité des « professeurs-chercheurs-aigris-par-la-presse ». Il était assuré d'avoir au moins trois membres. Ormeaux était donc dans le même cas que les deux hommes, du moins Vittorio le pensait-il, c'est-à-dire qu'il ne devait pas aimer se trouver ici. Il avait dû venir pour écouter Gueye, pas pour festoyer. Faute de mieux, il serait la personne idéale avec qui échanger relativement tranquillement. Allez, Vittorio se décida à rester dans les clous pour le moment.

« Je ne vous le fais pas dire. Je suppose que vous vouliez parler à Monsieur Gueye, mais que certains vous ont coupé dans votre élan ? » Le ton était sec et cassant, mais rien de bien inhabituel pour Vittorio Orfei. Il but une gorgée de champagne. « Sinon pourquoi venir parler à celui qui n'en sait pas plus que les autres ? »

Il étudia de nouveau Ormeaux de la tête aux pieds. « Je ne connais pas la Fondation Inquire. Vous ne devez pas être implantés sur Eden Prime. Sur quoi portez-vous vos recherches ? Les Prothéens ? »

Ou peut-être sur une demande d'autorisation qui lui permettrait de s'installer sur la colonie. Il y a des serpents partout.

Vittorio écouta sagement la réponse de Meredith Ormeaux.

Peu après, on vit Gueye monter sur les escaliers et s'installer sur le palier pour prendre la parole. On avait installé un micro et un petit drone planait à quelques mètres des yeux de l'archéologue. C'était l'heure de la communication officielle. Vittorio et son compagnon de champagne levèrent la tête et se turent.

Gueye prit un ton très professionnel, plus assuré que celui qu'il avait un peu plutôt. Sans doute parce que son discours était préparé.

« Bonsoir à tous, et merci de nous honorer de votre présence. Comme j'ai déjà pu le dire à certains d'entre vous, les fouilles qui nous rassemblent ce soir se sont révélées passionnantes, quoiqu'il soit impossible de décrire avec précision ce que mon équipe et moi-même avons trouvé.

« Le site extérieur couvre cinq mètres sur cinq, et présente une architecture prothéenne typique. Pierres taillées, polies, noires et ocres ; quatre exemplaires disposées en carré. On dirait parfois que ce ne sont pas des pierres, mais des appareils technologiques dans lesquels court encore de l'énergie.

« Une cavité se trouvait dessous, enfouie au fil des millénaires. Le niveau du sol était inférieur de dix mètres à l'époque ou cette salle était active. Les pierres extérieures devaient être visibles de loin. Nous avons pu pénétrer dans l'étrange cavité. Une salle quadrangulaire nous attendait. Il a fallu déblayer ; mais heureusement, tout à l'intérieur est en bon état. Au risque de vous décevoir, la salle est, à première vue, vide. Nous n'avons pas trouvé d'objets de communication – et tant mieux, d'une certaine manière... Aussi ignorons-nous l'utilité de cette salle. Il y a bien un petit édicule sur le mur du fond, mais il n'abrite rien, et ce qui est gravé sur ces bords n'évoque rien de connu. Et de part et d'autre, il y a deux plaques noires d'environ dix centimètres de large et cinq de long.

« Du mystère, donc, mesdames et messieurs. C'est pour cela que... »


Gueye fit une pause et chercha Vittorio des yeux.

« … Comme vous le savez, la campagne est terminée. Mais ce soir, je demande solennellement au gouverneur Orfei de renouveler l'autorisation de recherches à mon équipe et moi-même. Je conçois bien que même si nous obtenons l’autorisation écrite, le financement public ne suivra peut-être pas. C'est pour cela que je fais également appel à votre générosité à tous. »

Il y eut un silence. Quelques signes d’assentiment, et surtout, tous les regards se portèrent sur Vittorio. Bien, ce Gueye était un malin. Il l'avait coincé, il fallait le reconnaître. Vittorio pouvait difficilement l'envoyer balader en direct. Enfin, il ne l'aurait pas fait, le sujet l'intéressait trop. Mais il ne pouvait pas se permettre d'exprimer des doutes devant la caméra.

« J'approuve évidemment l'initiative, au vu de votre excellent travail, monsieur Gueye. En ce qui concerne votre financement, je ferai mon possible pour débloquer des fonds, mais je ne peux rien vous promettre. En attendant, le site reste fermé au public. »

Prenez ça, sales journalistes voyeurs.

Gueye remercia le parterre qui l'observait puis disparut on ne savait où, sans doute le temps de se remettre de ses émotions. Vittorio tourna la tête vers Meredith Ormeaux.

« Qu'en pensez-vous ? Je dois avouer que je suis curieux. Les Prothéens ne sont pas du genre à laisser des indices... Mais après tant et tant de siècles, c'est compréhensible... »

A quelques pas d'eux, près d'une fenêtre, Stanislas Galinski battait des bras. Il applaudissait, à n'en pas douter, mais il était un peu ivre. Heureusement, son drone enregistrait tout pour lui. Il n'aurait qu'à broder un article bien sympathique une fois redevenu sobre.
Valerion De Lannist
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MessageSujet: Re: (Eden Prime) La danse des mots   (Eden Prime) La danse des mots Icon_minitimeMar 04 Juil 2017, 17:44
« Monsieur le Professeur. C'est un plaisir. »

Quelle fantastique faculté que celle des politiciens de dire une chose tout en montrant très explicitement qu’ils en pensent totalement le contraire. Bien entendu, rien ne transparaissait. Officiellement, de loin, le Gouverneur était sans nul doute ravi de pouvoir échanger avec un nouvel arrivant dans la soirée. Alors qu’il saisissait finalement la main de l’Artisan, ce dernier sentit la poigne du politicien, ferme mais maitrisée. Tandis qu’ils regardaient désormais tous deux Gueye échanger avec les journalistes, le Gouverneur reprit la parole.

« Je ne vous le fais pas dire. Je suppose que vous vouliez parler à Monsieur Gueye, mais que certains vous ont coupé dans votre élan ? »

L’Artisan haussa les épaules. Il n’était pas vraiment là pour cela. La possibilité de pouvoir avoir directement accès au chantier de fouilles l’intéressait également beaucoup. Or, il se murmurait assez facilement que le dirigeant d’Eden Prime avait un intérêt tout particulier pour les Prothéens, ce qui expliquait ainsi sans doute sa présence en cette soirée. La voix du politicien était froide, directe, efficace. Elle complétait le personnage public qu’il était, convenant au rôle auquel il était destiné et en accord avec la personnalité qu’il s’était sans doute construite. Il reprit, laissant le Français dans le silence.

« Sinon pourquoi venir parler à celui qui n'en sait pas plus que les autres ? »

    Parce que tu es celui qui a de loin le plus d’influence ici, abruti.


Valerion De Lannist esquissa un sourire mystérieux au lieu de formuler sa réponse à haute voix. Pendant ce temps, Vittorio Orfei le détaillait en long et en large.

« Je ne connais pas la Fondation Inquire. Vous ne devez pas être implantés sur Eden Prime. Sur quoi portez-vous vos recherches ? Les Prothéens ? »

Ah. On arrivait aux limites de la couverture actuelle de l’Artisan. Il avait rapidement créé une histoire vague de fondation privée pour pouvoir approcher rapidement des personnalités, mais il devait désormais jongler avec son mensonge et botter rapidement en touche. Il s’agissait de se montrer convaincant.

« Non, Gouverneur, nous ne sommes pas sur Eden Prime. La Fondation est basée sur Noveria. Un groupement d’entreprise a choisi de fonder une petite structure capable de pouvoir étudier et protéger des trésors d’archéologie. Tout ce que nous étudions est soigneusement catalogué puis remis aux autorités conciliennes. Tout l’avantage de travailler pour la Science, mais les sociétés privées payent bien mieux que les instituts gouvernementaux. »

Il haussa finalement les épaules en regardant Vittorio Orfei droit dans les yeux. La carte Noveria permettait normalement de couper court aux questions tant la planète était protégée par une armée d’avocats payés par les compagnies présentes sur place.

Ils n’eurent pas le temps de discuter plus longtemps. Gueye venait de monter les escaliers pour se tenir sur le palier du manoir de leur hôte. Un micro était posé au centre tandis qu’un petit drone virevoltait autour du Sénégalais. La grand-messe du soir allait commencer sous peu. L’Artisan resta a sa place, proche du Gouverneur, et patienta que l’allocution commence.

« Bonsoir à tous, et merci de nous honorer de votre présence. Comme j'ai déjà pu le dire à certains d'entre vous, les fouilles qui nous rassemblent ce soir se sont révélées passionnantes, quoiqu'il soit impossible de décrire avec précision ce que mon équipe et moi-même avons trouvé.

Le site extérieur couvre cinq mètres sur cinq, et présente une architecture prothéenne typique. Pierres taillées, polies, noires et ocres ; quatre exemplaires disposées en carré. On dirait parfois que ce ne sont pas des pierres, mais des appareils technologiques dans lesquels court encore de l'énergie.

Une cavité se trouvait dessous, enfouie au fil des millénaires. Le niveau du sol était inférieur de dix mètres à l'époque où cette salle était active. Les pierres extérieures devaient être visibles de loin. Nous avons pu pénétrer dans l'étrange cavité. Une salle quadrangulaire nous attendait. Il a fallu déblayer ; mais heureusement, tout à l'intérieur est en bon état. Au risque de vous décevoir, la salle est, à première vue, vide. Nous n'avons pas trouvé d'objets de communication – et tant mieux, d'une certaine manière... Aussi ignorons-nous l'utilité de cette salle. Il y a bien un petit édicule sur le mur du fond, mais il n'abrite rien, et ce qui est gravé sur ces bords n'évoque rien de connu. Et de part et d'autre, il y a deux plaques noires d'environ dix centimètres de large et cinq de long.

Du mystère, donc, mesdames et messieurs. C'est pour cela que...
»

L’archéologue s’interrompit un bref instant, semblant chercher quelqu’un dans la salle. Lorsque son regard se fut posé à proximité du vieil homme, sur le Gouverneur a ses cotés en l’occurrence, il reprit :

« … Comme vous le savez, la campagne est terminée. Mais ce soir, je demande solennellement au gouverneur Orfei de renouveler l'autorisation de recherches à mon équipe et moi-même. Je conçois bien que même si nous obtenons l’autorisation écrite, le financement public ne suivra peut-être pas. C'est pour cela que je fais également appel à votre générosité à tous. »

Une chape de silence tomba sur l’assemblée. Quelques murmures parcoururent la salle. Une foule d’yeux curieux se tournèrent finalement vers le Gouverneur. Ce dernier resta un instant coi, se contentant de toiser la foule et surtout l’archéologue africain. Et finalement, quand les caméras se tournèrent vers le politicien dirigeant la colonie, il prit la parole. A ses cotes, l’Artisan regardait un point au loin, peu désireux d’attirer l’attention.

« J'approuve évidemment l'initiative, au vu de votre excellent travail, monsieur Gueye. En ce qui concerne votre financement, je ferai mon possible pour débloquer des fonds, mais je ne peux rien vous promettre. En attendant, le site reste fermé au public. »

C’était effectivement ce qu’il y avait de mieux à faire après tout. Un tel site devait rester protégé pour son propre bien. Tant que les scientifiques n’en avaient pas terminé avec, tant qu’ils n’étaient pas certains d’avoir absolument tout relevé. L’Artisan était de son avis. Le parvis était désormais vide, Gueye ayant disparu quelque part tandis que les journalistes prenaient le relai pour commenter la déclaration. Le Gouverneur tourna la tête vers le vieil homme.

« Qu'en pensez-vous ? Je dois avouer que je suis curieux. Les Prothéens ne sont pas du genre à laisser des indices... Mais après tant et tant de siècles, c'est compréhensible... »

Essayant de ne pas prêter trop attention au journaliste complètement saoul qui applaudissait tout seul dans son coin, l’aristocrate et ancien de Cerberus prit le temps de réfléchir à sa réponse. Il s’y connaissait bien, en Prothéens. Il avait là l’occasion en or dont il avait besoin pour mettre un pied dans le rouage local d’Eden Prime. Comme il l’avait fait déjà une fois auparavant, il haussa les épaules, l’air peu concerné.

« Les Prothéens étaient un peuple relativement cartésien, bien plus que nous autres, à bien des égards. Pour ce que j’ai pu en voir, en tout cas. Gouverneur, votre archéologue a raison, il ne faut pas terminer les recherches maintenant. Il y a forcément quelque chose dans cette salle qui a pour le moment échappé à la sagacité des équipes sur place. »

L’Artisan but une petite coupe de champagne, continuant à deviser tranquillement, comme s’il donnait un cours. A la différence de Vittorio Orfei, la voix du vieil homme était calme, légèrement enjouée, alors qu’il parlait des Prothéens. Il allait reprendre lorsqu’il fut interrompu par l’arrivée d’un Ousmane Gueye triomphant, le visage encore légèrement transpirant. Il avait une coupe de champagne entamée dans une main et salua une nouvelle fois Vittorio.

« Gouverneur Orfei, j’espère que vous me pardonnerez ce petit coup bas. » implora-t-il avec un sourire malicieux.

Puis, ce faisant, il se retourna vers l’Artisan, main tendue.

« Mille excuses, je vous ai coupé ? Monsieur… ? »

Le Français eut un sourire indulgent, serrant la main de l’archéologue.

« Professeur. Professeur Meredith Ormeaux, de la fondation Inquire, de Noveria. Mes félicitations pour votre allocution et vos travaux. Pensez-vous toutefois que de simples crédits supplémentaires suffiront à vous ouvrir les secrets de cette salle ? »

L’Artisan éclata d’un rire discret, poli, tout aristocratique.

« Mes excuses, je ne voulais pas douter de votre compétence. Simplement, il suffirait peut-etre de se pencher plus en profondeur sur ce que vous avez déjà sous la main. Les Prothéens appréciaient de sécuriser ce genre de crypte. Le dernier vestige de la sorte que j’ai étudié était une sorte de caveau de données. Rien de bien révolutionnaires, mais quelques chroniques de la vie quotidienne d’une planète secondaire, perdue au milieu de l’Empire. Vous devriez chercher quelque chose de similaire. »

Finalement, le ton toujours cordial et mesuré, il se retourna vers Vittorio tout en prenant une nouvelle gorgée de champagne. Il était bon, c’était toujours ça de pris.

« Veuillez m’excuser, Gouverneur, je me laisse parfois emporter par mon intérêt pour la chose scientifique. »
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MessageSujet: Re: (Eden Prime) La danse des mots   (Eden Prime) La danse des mots Icon_minitimeSam 22 Juil 2017, 19:05
Le professeur Ormeaux était bien évidemment d'accord avec Gueye – et avec Vittorio : ce site cachait encore bien des secrets, on ne pouvait laisser passer ça. Rien d'étonnant : si le vieil homme donnait sa vie aux travaux de conservation et d'études archéologiques, il était sans doute capable d'aller se vautrer dans la boue d'un site de fouilles simplement parce qu'on y avait trouvé une perle de collier. Même en ayant les quatre membres brisés. Même en ayant les yeux crevés. Même en portant son beau costume. Même en...

Ah, ces historiens. Tous des fous. Des fous passionnés, mais des fous.

Vittorio le savait bien pour en avoir été un lui-même.

« Votre réponse ne me surprend guère, professeur. »

Réponse sobre, efficace, qui ne laissait pas un instant imaginer tout ce que le gouverneur venait de penser. Il étouffa un rire – qu'il voulait sympathique, mais qui, il le savait, aurait plutôt sonné dédaigneux – en avalant une tranche de saucisson, sans laisser ses traits se détendre.

Sur ces entrefaites, Ousmane Gueye arriva, visiblement très satisfait. La salle était très éclairée, et la sueur faisait luire le crâne chauve de l'archéologue. Vittorio, sans réfléchir, saisit une serviette blanche qui reposait sur la table du buffet, et la tendit à Gueye. Celui-ci s'essuya rapidement le front, but une gorgée de champagne, présenta ses excuses pour l'interruption et pour sa ruse utilisée contre Vittorio, et se présenta à Meredith Ormeaux.

Vint évidemment la fameuse question du financement. Ah, dans des cas pareils, on ne pouvait jamais y couper. Des fonds levés, un essai en deux volumes, par le Premier Imbécile venu. Etaient-ils bien utile ? Allait-on en faire un usage approprié ? Ne pouvait-on obtenir plus ? Nos impôts vont là-dedans et non dans la reconstruction de tel immeuble ? Mais enfin, cher contribuable, il est tout aussi important d'avoir un passé auquel se référer...

Gueye sourit à Ormeaux, visiblement plus à l'aise avec quelqu'un du métier qu'avec tous ces mondains. « Avoir des crédits est un début à tout, professeur. Je ne sais pas s'ils nous suffiront à découvrir les mystères de cette salle, mais en tout cas, sans eux, je sais que nous ne saurons pas...
— C'est une évidence, intervint Vittorio. Rassurez-vous, monsieur Gueye, je ne vous blâme pas pour votre audace de tout à l'heure. Mais je ne sais vraiment pas combien l'on concédera à vous octroyer. Il faut passer par un conseil, des banques, un autre conseil, le Parlement, un autre conseil... Bref, j'en soupire d'avance, et je ne parle pas du nombre de journalistes qui vont... »

Il s'étonnait de ne pas être davantage la cible des projecteurs en ce moment, mais il comprit pourquoi: tous les objectifs étaient tournés vers Stanislas Galinski, qu'une femme soutenait par le bras. Un peu plus d'alcool et il sombrerait sans aucun doute. Difficile de sortir discrètement d'un lieu quand on en était le propriétaire. Demain, l'Extranet d'Eden Prime serait rempli, dans sa partie BuzzMeme, de titres du genre : Il veut quitter une fête et appelle un taxi, mais, bourré et défoncé, il oublie qu'il vit à cette adresse.

Vittorio n'allait pas cracher sur le peu de répit qui lui était accordé. La conversation, à côté de lui, se poursuivait, et était autrement plus intéressante.

Ormeaux se révélait être quelqu'un de fort bon à fréquenter. Il faisait part de sa propre expérience, émettait des hypothèses. Hm. Au vu de sa précédente remarque sur le prix des recherches, il était cependant possible d'affirmer qu'il voulait glisser son grain de sel dans le rouage – certes fort peu huilé – de l'administration de la planète. Bon à fréquenter, vraiment? Enfin, Vittorio n'oubliait pas que c'était le jeu de ce genre de soirées...

L'homme, à la fin de sa leçon, se tourna vers Vittorio.

« Veuillez m’excuser, Gouverneur, je me laisse parfois emporter par mon intérêt pour la chose scientifique. »

L'intéressé allait ouvrir la bouche, mais Gueye, enthousiasmé, le devança.

« Un caveau de données ! Expression sinistre, si vous me permettez, professeur, mais ce pourrait être exactement ça ! Il ne nous manquerait plus que la clé pour déchiffrer ces mystérieuses gravures... Et la vie quotidienne ! C'est bien ce qu'il y a de plus intéressant ! Nous avons eu des avertissements contre les Moissonneurs, des caissons de stase, des IA inexploitables, nous avons tout eu, sauf des éléments de leur vie quotidienne ! … mais excusez-moi, gouverneur, je vous ai coupé...
— Votre optimisme et votre enthousiasme vous honorent, monsieur Gueye, lâcha un Vittorio songeur. Vous aussi, professeur Ormeaux. »

La res scientifica, comme disait cet homme presque providentiel qui leur apportait une nouvelle piste. Vittorio aurait pu partager leur sentiment. Et il le partageait, au fond de lui. Mais...

« Comme vous l'avez souligné, Gueye, nous ne savons pas quoi chercher.
— Gouverneur, si ce n'est pas trop demander, j'aimerais avoir l'expertise du professeur Ormeaux. »

Le regard de Vittorio passa de Gueye à Ormeaux, de Ormeaux à Gueye. Eh merde, il s'en était douté.

« Non. En tout cas, pas comme ça, pas dans l'immédiat. Avec tout le respect que je vous dois, professeur Ormeaux, vous restez un inconnu. D'autre part, votre groupe est basé sur Novéria, et la galaxie entière connaît la réputation de Novéria. Il faudra que vous montriez patte blanche avant qu'Eden Prime ne vous laisse approcher de trop près de ses affaires. N'y voyez pas une attaque personnelle, je ne fais que mon travail. »

Et pourquoi pas lui faire visiter les ruines, tant qu'on y était? Non, Vittorio ne pouvait décemment pas accepter l'aide d'Ormeaux.

« Et pourquoi ne pas lui faire visiter les ruines, Gouverneur ? »

Mais.

Bon sang.

« Il ne ferait que passer. De toute manière, qu'on le veuille ou non, un jour, elles seront ouvertes au public... »

Vittorio plaça son pouce et son index sur son front, politicien incompris au milieu de fanatiques d'histoire. Il s'accorda un instant de réflexion.

« Demain. Huit heures. Trente minutes à l'intérieur. Vous viendrez seul, professeur. Par la route sud, pour éviter de croiser des curieux. Il y aura moi, Gueye, et les soldats de garde à l'extérieur. »

Pour une fois qu'il les convoquait dans ses paroles de façon positive!

« Pas de prises de vue, pas de vidéos, pas de récupération d'échantillons. Vous serez fouillé et scanné. En entrant et en sortant. Vous nous livrerez vos impressions, et vous serez tenu de nous écrire un rapport. Du moins, si vous désirez venir. »

Il avait aimé les interventions et les idées du professeur, mais, comme il l'avait dit, il restait un inconnu. Il n'aimait pas se fier ainsi à un inconnu.

« Je ne mentirai pas, professeur : je ne vous accorde cette visite que parce que j'ai une totale confiance en monsieur Gueye ici présent. Saisissez votre chance si vous le voulez, et vite, avant que je ne change d'avis. »

Il pointa de l'index le costume d'Ormeaux.

« Et si jamais, quittez ces beaux atours. »

La soirée se poursuivit longtemps après la fin de leur conversation, mais l'annonce de Gueye ayant été faite, il n'y avait plus grand intérêt à rester. Vittorio, qui étouffait dans la salle chauffée par les dizaines et dizaines de corps qui s'y mouvaient, sortit se balader dans la forêt adjacente, malgré la nuit noire. Puis il rentra chez lui.
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(Eden Prime) La danse des mots

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