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 Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents

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MessageSujet: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Dim 13 Déc 2015, 21:31
Intervention MJ : NonDate : fin-janvier 2200 RP Tout public
Kalank Dralot ♦ Tori Jorunn
Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents


Il y avait quelque chose d’émouvant dans l’atmosphère de Tuchanka. Une énergie étonnante, une mélancolie féroce. Le géophage les a placés un temps dans la catégorie des espèces en voie d’extinction. Ils en étaient sortis, eux. Ce sentiment, lui fit ressentir une tendresse pour ces géants. Elle pouvait les comprendre. Elle qui était à l’heure actuelle une rare représentante de sa race. Péricliter est une sensation raciale déplorable. La drell s’humecta les lèvres brièvement, humant encore un peu plus profondément l’air. Elle avait avisé sa hiérarchie de sa visite sur la planète Krogan. Les siens n’avaient jamais vraiment approché cette race, de plus, Tori était curieuse. Elle avait hâte de découvrir cet endroit.

Elle avait atterri dans la capitale avec un vol commercial. Les visiteurs visitant la planète à titre de curiosité étaient assez rares parmi les passagers présents. C’était sans doute dû au fait que la planète était en piteux état et peuplée d’une race effrayante de réputation. La ville ne lui plut guère. Son architecture austère et sans âme, ne la convainquit guère. C’était neuf, moche et froid. Avant d’envisager une rencontre et quelques mondanités, elle décida d’explorer un peu les lieux. Elle aimait s’imprégner du contexte avant de s’attarder sur le vif du sujet. Par ailleurs, elle avait beaucoup entendu parler des ruines des temps anciens et son intérêt se portait principalement sur leur visite. Elle était venue en touriste et comptait bien s’en tenir à son objectif. Le fait qu’elles soient réputées hautement dangereuses, au vu de sa faune, n’était pas pour lui déplaire.

Les paysages étaient magnifiques et elle appréciait grandement son petit « pèlerinage ». La planète en elle-même, aride, plaisait à la créature reptilienne. Un climat qui la mettait à l’aise et la faisait se sentir un peu plus confortable. Elle ôta d’ailleurs rapidement son masque respiratoire, le taux d’humidité étant largement acceptable. Grâce à sa discrétion innée, la drell n’eut pas grand mal à cheminer jusqu’à son but. Il faut dire qu’elle avait préventivement enfilé son attitude de « prédateur ». Autant pour les autochtones que pour le reste. La réputation de sa race et son allure guerrière aidaient à la tâche. Bien sûr, elle n’était pas une masse de plus de deux mètres tout en muscles et caracpacée. C’est sûr que niveau intimidation, c’était implacablement efficace, mais elle savait y faire. Pour se frayer un chemin, elle avait toutefois bien plus misé sur sa discrétion. Une attitude qui lui offrait un sentiment de puissance, plutôt jubilatoire.

Sa petite randonnée s’acheva à l’entrée d’un souterrain. Equipée d’une lampe portative, elle s’infiltra dans les lieux. L’atmosphère qui y régnait était saisissante. Un sentiment d’être minuscule face à ces murs couverts de mosaïques et peintures. Elle posa délicatement une main contre un mur aux étranges peintures, plissant les yeux et clignant de ses doubles paupières. Percevoir. Elle était impressionnée par la beauté des lieux. Les Krogans étaient par définitions des brutes. Elles avaient rencontré en de rares occasions et cela avait été éprouvant. Il était fascinant de constater qu’ils pouvaient faire preuve d’autant de finesse dans l’art. Elle enjamba un amas de blocs tombés au sol et se faufila dans une galerie, un peu plus profondément. Son regard se promenait sur les murs, tentant de comprendre la logique des motifs qui lui faisaient face. Elle était ravie, ce lieu était vraiment au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer.

Elle s’arrêta finalement devant un motif cyclique. Elle déposa au sol sa lampe. Méditer permettait d’ouvrir l’intégralité de ses sens à une dimension presque invisible. Ce lieu était chargé d’histoire et d’énergie ancestrale. Elle se hissa dans une petite alcôve naturelle située à presque deux mètres du sol. Ainsi assise dans la cloison rocheuse, elle se protégeait un peu en s’offrant un élément de surprise. Sa lampe éclairant un peu plus loin le mur d’en face, elle se trouvait dans une presque obscurité. Si un prédateur venait à se balader dans la zone, elle aurait, en toute logique, le temps de réagir.

Laisser-aller de l’esprit.
L’énergie circule dans le corps.
Chaleur

Chez une race et planète aussi déchirée, il était étonnant de trouver un tel havre de paix et de spiritualité. Lorsque la drell méditait, souvent, les nodules réagissaient à cet état, s’activant. Parfois, de petits arcs d’énergie pure crépitaient sur ses mains, couraient le long d’un bras, tournoyait sur son abdomen. La biotique est un cadeau divin, un présent lié à l’essence de l’être. Tori réfléchissait beaucoup à cette interrogation, à quelle essence était-elle réellement liée ? Au corps ou à l’âme ? Était-elle le pont, la racine qui les liait ? La circulation de l’énergie dans son corps, se concentrer sur ces vagues lui apportaient un sentiment de bienêtre profond. Un sentiment qu’elle affectionnait, tant il lui était nécessaire à son équilibre.

La seule chose qu’elle n’avait pas envisagé, c’est que de s’être positionnée discrètement était inutile, si son corps s’amusait à faire la luciole bleutée. Un détail qui n’eut aucune importance, jusqu’à ce qu’un bruit la fasse sursauter.

Elle n’était plus seule.

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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Dim 20 Déc 2015, 10:25

    Oh, Tuchanka! Mère des Krogans, joyaux de la Galaxie. Esprit impitoyable et fier, loin de toutes considérations! Blessée, scarifiée mais jamais détruite, toujours aussi forte et destructrice! Volonté de fer, engendresse des Dévoreurs, sans cesse en mouvement, ignorant les luttes imbéciles et qui veille, majestueuse, sur ses ouailles.

    Ah, Tuchanka... Sa Tuchanka!


    Le regard de Dralot se posa sur les rocs acérés qui composaient le paysage quasi désertique face auquel elle se tenait. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas mis les pieds sur sa planète d'origine. Plusieurs mois au bas mot. Et comme à chaque fois qu'elle y retournait, son cœur s'emplissait de fierté. Non pas envers son propre peuple, mais bien face aux décors magnifiques que lui offrait sa "Mère". Elle accordait parfois moins d'importance aux siens, pour peu qu'ils fussent mâles, qu'envers l'intégrité des montagnes et des ruines.

    Le vent du désert vint s'écraser en une brise légère sur son visage. Elle ferma les yeux, profitant de la douce saveur qu'avait un air vicié pour un Krogan. Elle ne savait pas quand elle pourrait à nouveau en profiter la prochaine fois. Autant prendre un peu d'avance et jouir de l'instant présent.
    Pour autant, elle ne regrettait pas ses errances. Au contraire même; on se rendait mieux compte de la vacuité du monde une fois libérée de toutes attaches. Et les retrouvailles n'avaient qu'un meilleur impact. A s'en éloigner ainsi, Tuchanka restait à ses yeux un joyau scintillant dans le vide galactique.
    Elle ne revenait cependant pas souvent. Plutôt lorsque son clan l'appelait ou que les évènements l'y obligeaient, mais nullement par nostalgie. Cela faisait longtemps que la Chamane avait abandonnée de tels sentiments.

    La femme finit par se détourner du désert, se laissant glisser le long de la légère pente du bâtiment dévasté qu'elle avait escaladé un peu plus tôt. A l'activité de ses compères, elle préférait largement le silence plaisant des ruines et temples des Ancêtres. Ils respiraient un calme peu commun. Encore moins commun qu'il appartenait aux Krogans, formes de vies parmi les plus bruyantes que la Galaxie ait jamais connue.
    Et même sans le sentiment de paix que les hauts murs inspiraient, ils respiraient un charme certain. Dans le désert, c'était certains pans encore presque intacts qui émergeaient, comme d'immenses dents déchirant le sable. Les statues se tenaient encore debout pour la plupart, avec seulement quelques égratignures pour d'autres, véritable symboles de la ténacité des habitants. Même s'ils n'étaient plus entretenus, on ne pouvait nier la force qui se dégageait des pierres réchauffées par le soleil.
    Plus loin, si on s'enfonçait assez au travers des dédales, ou si on arrivait à grimper et se frayer un chemin parmi les labyrinthes des édifices brisés, on pouvait apercevoir des débuts de végétation qui reprenaient doucement mais sûrement leur croissance. Des lierres magnifiques, verdoyants et s'élevant dans les cieux. Des poches d'eau naturelles se formaient aussi alors que les cascades coulaient entre les mains brisées et gisants au sol, ou à travers les trous fissurant les sculptures du passée.
    Ces havres de paix étaient difficiles à trouver pour quiconque ne connaissait pas les lieux comme sa poche. C'était un domaine de Chamane; ceci expliquait sans peine pourquoi ces lieux avaient été conservés jusqu'à présent. Trop connus, notamment des mâles, aurait eu tôt fait de les entacher à nouveau.

    Dralot commença sa longue errance entre les souvenirs silencieux du passé. Elle passa sous le regard des gardiens de pierre sans sourciller alors qu'ils la toisaient de toute leur hauteur, se glissa - difficilement au vue de la carrure impressionnante des siens - entre deux piliers tombés depuis longtemps, puis emprunta un reste d'escaliers, longeant le mur à sa gauche puisque le vide s'offrait sur sa droite. Elle traversa une immense cour couverte de poussière, puis arriva finalement à l'entrée des souterrains. En face d'elle s'offrait le reste d'une autoroute à peu près en bon état, qui pouvait mener jusqu'aux Rassemblements. Sur sa gauche, la noirceur absolue des couloirs. Ses pas la menèrent à l'orée des caves avant de l'y faire pénétrer totalement. Elle avait le temps et préférait le passer à examiner les Enseignements des Anciens, plutôt que faire des ronds-de-jambes aux doyennes du clan.

    Autrefois, ce qu'on nommait les souterrains n'avaient dû sans doute être que des corridors de bâtiments fleurissant à la surface, bien que la plupart s'enfonçait effectivement sous terre, au vue des nombreuses marches qui descendaient. Il y avait sans doute aussi eu de la lumière. Peut-être de l'électricité, au moins des torches, pour faire profiter à tous des peintures et gravures qui marquaient les murs. Tout cela remontait à une lointaine époque. Pourtant, la Krogane ne pouvait s'empêcher de s'interroger. Parfois bien que rarement, il lui arrivait de se demander si les mâles avaient pu un jour montrer des signes d'intelligences et de paix. Qu'ils aient pu être des peintres, des sculpteurs, des "historiens" comme les appelaient les autres races. Des conteurs et des orateurs. Tous ces métiers qui désormais étaient en grande partie le travail des Chamans. Cela était hautement improbable mais leur peuple, après tout, avait bien régressé suite aux guerres atomiques.
    Puis, elle chassait ses pensées en secouant la tête. C'était les mâles qui avaient initiés tout cela. Même en montrant des traces d'intellect, ils avaient toujours su rester profondément stupides.

    La faible lampe accrochée au torse de son armure n'éclairait pas beaucoup, tout juste quelques mètres devant elle et d'une intensité relative. Mais sa propriétaire n'avait pas besoin de plus. Elle connaissait chaque brique, chaque dessin, chaque sculpture qui marquaient l'endroit. Elle n'avait besoin que de voir où elle mettait les pieds, voir même de simplement deviner les formes. Elle ne savait pas si ses yeux étaient particulièrement plus sensibles que ceux d'autres espèces ou non. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'avait pas besoin de plus pour marcher sans peine dans les longs corridors.
    Parfois, elle s'arrêta pour examiner les motifs qui scarifiaient la pierre. Elle vérifiait qu'ils n'avaient pas connu de dégradation et que personne n'avait tenté de les détruire. Puis, satisfaite, elle hochait la tête avant de reprendre son cheminement.

    Cette vieille routine, encore profondément marquée dans ses habitudes, même délaissées, s'interrompit lorsque la Krogane perçut de faibles volutes bleues, loin devant elle. De la biotique, à ne pas en douter. Elle se retint de grogner. Une autre Chamane? C'était une possibilité, mais rien qu'une. Aucune créature sauvage d'ici ne savait manier l'ézo et celles qui auraient été amenées de planètes étrangères avaient plus de chance de finir bouffées qu'à se balader. Un ou une étrangère? Très peu probable. Les étrangers étaient déjà rares, qu'ils se retrouvent dans ces ruines n'était que hautement improbable. Un guerrier? Des pillards ou des destructeurs? Rien ne pouvait lui permettre de savoir, si ce n'était que d'aller voir. Alors, elle s'approcha d'un pas lourd, sans même chercher à se cacher.
    Si elle tombait sur une sœur - ou plus rare, un frère - Chamane, celle-ci ne serait pas surprise de sa venue. Si c'était quelqu'un d'autre... Il goûterait à une colère toute Krogane.

    L'inconnu finit par se révéler être une. A moitié cachée dans une alcôve se trouvait une Drelle. Les sourcils de Kalank se froncèrent. Elle ne s'était pas attendu à voir un Alien, encore moins issu d'une race à demi périclité. Biotique de surcroît qui, si elle se souvenait bien, n'était que peu commun chez eux. Elle semblait à demi inquiète mais prête à se défendre à la fois. Dans la pénombre, il lui semblait qu'elle la regardait avec méfiance. A moins que les tatouages sur son visage ne la trompent.
    En tout cas, les débuts de colère qu'avait ressentie la gardienne s'estompèrent pour laisser place à une sage politesse.

    - Ma sœur, la salua-t-elle.
    Si j'étais toi, je ferais attention. Les Chamanes n'apprécient que peu de voir des étrangers parcourir les entrailles de nos ruines sans rien dire. Il y a en ces murs des choses qui nous poussent même nous à parfois faire preuve de prudence.

    Un hurlement lointain retentit, comme si on voulait confirmer ses paroles.

    - Le sang et les corps ont la fâcheuse tendance à salir ces pièces sacrées, lança-t-elle goguenarde.

    Comme une réponse, d’autres échos de cris purent se faire entendre. Mais ils étaient encore loin. Elle continua, visiblement habituée voir amusée.

    - Des Varrens je dirais, aux cris. Mais ils sont loin. Si tu décides de continuer à méditer, retiens ta biotique. Et garde ton arme à portée de main.
    Sinon, il y a une sortie non loin. Il suffira de passer par la surface. Sublime mais difficile et dangereux de retrouver son chemin pour qui ne connaît pas les lieux.


    C'était aussi pour cela qu'on entendait rarement parler d'étrangers allant dans les ruines. Car souvent, ceux qui s'y aventuraient n'en revenaient pas, perdus sous le regard impitoyable des immenses bâtiments.

    - Au pire, évidemment, il est possible de revenir sur tes pas et repartir vers le statioport.

    Elle commença à examiner la gravure située juste à côté de la cachette de la Drelle.


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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Dim 20 Déc 2015, 19:00
Elle analysa rapidement la nouvelle venue. Pour sûr qu’elle aurait préféré tomber sur un varren plutôt qu’une krogane si celle-ci s’avérait hostile. Elle avait beau être perchée, l’incroyable créature n’avait pas même besoin de lever la tête pour la fixer droit dans les yeux. Les drells étaient plutôt fiers de leurs musculatures bien plus performantes que la majorité des races… mais face à un krogan, c’était une autre histoire. Elle expira légèrement, soulagée par le salut poli de la chamane. Elle aurait pu jouer la naïve, faire comme si elle ignorait les coutumes et les us. Bien sûr elle aurait pu s’annoncer, être baby-sittée... mais c’était incompatible avec sa démarche. Elle n’avait certainement pas l’intention de mentir ou tromper son interlocutrice. Un chemin de vérité est plus ardu, mais il mène vers des lieux magnifiques.

Après avoir écouté les avertissements, sages, de la chamane, elle s’humecta les lèvres. Son existence lui offrait un calme radical en toute situation. Elle relâcha légèrement sa musculature, estimant que le danger immédiat était passé.

« Je me nomme Tori. Tori Jorunn. » Elle ne connaissait vraiment pas les mœurs kroganes, mais se présenter lui semblait adéquat. Surtout que l’étrangère, c’était elle.

« Je suis navrée de m’être glissée ici sans permission. Cependant, ma présence ici-même, relève d’une démarche spirituelle. Ce chemin s’accomplit à son rythme propre et le mien était une méditation solitaire. »

Le leva brièvement les yeux sur le mur qu’observait la krogane.

« Il fallait que je puisse ressentir les énergies, m’imprégner des lieux en toute intimité. D’ailleurs, la biotique est une expression naturelle de cet état méditatif. » La retenir lui semblait une idée bien incongrue tant elle était partie intégrante d’elle et surtout un vecteur spirituel.

« Si vous désirez mon départ, je m’exécuterai. Pour le chemin, je saurai me débrouiller. Je n’ai pas un corps aussi impressionnant que le vôtre, mais les reptiles de ma race ont quelques capacités intéressantes dans ce genre de situation. » Elle cligna de ses doubles paupières, amusée. Pas besoin de préciser qu’elle était également entraînée à ce genre d’exercice. Et puis, elle n'avait pas terminé son exploration. Le caractère souvent esseulé de ses missions l’avait forcée à subir des entraînements éprouvants, bien pires qu’un dédale souterrain. Se retrouver seule avec elle ne l’effrayait pas. Se retrouver face à la mort non plus. Être seule faisait partie de son quotidien. L’âge l’avait peut-être rendue un peu sûre d’elle, mais se perdre ici, était le cadet de ses soucis. Il y avait toujours moyen de retrouver sa piste.

Elle sauta au sol d’un mouvement souple. Se réceptionnant avec une facilité déconcertante. La lumière eut alors meilleure prise sur la silhouette de la drelle qui se redressait. Propre à celle de son espèce, Tori est tout en finesse. Elle portait sa combinaison habituelle. Le vêtement soulignait la finesse du corps, mais aussi cet étrange mélange de force tranquille. Elle n’éprouvait aucune crainte et était heureuse de la situation présente. Cette assurance était palpable tant elle la baignait. Elle observait de ses deux iris mordorés la krogane devant elle. Si cette dernière était familière des mimiques et expressions drelle, elle put lire sur son visage une note admirative. C'était la première femelle krogane qu'elle voyait !

« Si vous désirez partager avec moi un peu de votre savoir… j’en serais ravie. On m’avait dit que votre planète était pourvue de merveille pareille, mais j’avais peine à y croire. »

« Maintenant que je l’ai vu, je suis curieuse. Je vous serai reconnaissante de m’aider. »


Elle s’inclina légèrement, joignant ses deux mains devant elle. Une manière à elle de montrer son respect et son réel intérêt.

« Notre rencontre ici, n’est certainement pas le fruit du hasard. »

Elle ne fayotait pas, de ce fait, elle en était convaincue. Cet endroit avait une dimension sacrée pour laquelle elle éprouvait un profond respect. Elle regrettait ne pas pouvoir jouir du même privilège pour sa race. Elle n’avait jamais mis un orteil sur Rakhana. Elle n’avait pu que l’observer depuis Erha, avec mélancolie. Tous les vestiges de sa race avaient été perdus avec la perte de leur monde. Elle chérissait la culture et les connaissances qui leur restaient de leur ancien monde. C’est aussi pour cela qu’elle se trouvait si émue devant un lieu pareil. Il représentait quelque chose qui manquait fondamentalement aux siens. Elle avait presque envie de pleurer. Il lui semblait en tout cas identifier le fourmillement qu'elle ressentait comme tel.

Clignement d’yeux, un souvenir traversa brièvement la mémoire de la drelle. Son formateur, Rubert, avait un jour répondu à sa mère qui participait à une visite de parent : « Tori est une petite effrontée, mais c’est pour cela que c’est une excellente élève. Si elle travaille dur, elle pourra prétendre à une belle destinée. » Sa mère avait souri, touchée, fière, mais l’avait regardée ensuite un peu interrogatrice. Est-ce que vraiment sa petite fille pourrait vraiment devenir quelqu’un de si prometteur ?

Celle qui faisait tant de bêtises s’était effacée au profit d’une drelle mature et sérieuse... la plupart du temps.
S’aventurer dans une ruine hostile, sur une planète de fou furieux, c’était assurément quelque chose de sensé à faire !




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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mer 23 Déc 2015, 00:28

    - Je me nomme Tori. Tori Jorunn.

    Dralot hocha la tête, indiquant ainsi qu'elle avait bien entendu. La question de se présenter était souvent propice à de nombreuses interrogations de la part de ses interlocuteurs. Mais elle répondait toujours la même chose. Parfois, elle l'accompagnait d'un argument, parfois non.
    C'est donc avec une voix rodée par l'habitude qu'elle finit par se nommer.

    - Appelles moi Chamane, ma sœur.

    La Drelle était... surprenante. C'était le moins qu'on pouvait dire. La Chamane ne détourna pas le regard de la fresque, continuant d'admirer les volutes qui marquait les murs. Cela ne l'empêchait pas d'être toute ouïe quant aux paroles de l'inconnue. Et il fallait avouer qu'elles étaient... inhabituelles. En tout cas, jamais la Krogane n'aurait pu penser les trouver dans la bouche d'une Alien. Il était rare qu'un étranger puisse faire mine de ne serait-ce que comprendre leur culture. Alors, y trouver la paix et même la compréhension de toutes choses... Jamais Dralot n'aurait pensé voir cela un jour. C'était une preuve de plus s'il en fallait que les femmes de toutes espèces - mis à part les Asaris, mâles d'âme - possédaient un niveau de spiritualité supérieurs à leur compères.

    - Si vous désirez mon départ, je m’exécuterai. Pour le chemin, je saurai me débrouiller. Je n’ai pas un corps aussi impressionnant que le vôtre, mais les reptiles de ma race ont quelques capacités intéressantes dans ce genre de situation.

    Kalank répondit au sourire que Tori lui adressait avec le même amusement sur les lèvres. Elle n'avait pas froid aux yeux, en plus de cela. Un Esprit de Fer dans un corps qui se voulait au moins de roc. Et elle avait sans doute raison. Même s'ils étaient presque éteints et qu'il n'était pas courant de les voir en dehors de Kahjé, la femme avait déjà eu l'occasion d'en croiser quelques-uns sur sa route. Morts ET vifs. Il était vrai que tous les membres qu'elle avait pu rencontrer partageaient les mêmes caractéristiques physiques, ainsi qu'une agilité prodigieuse.
    Si sa "Sœur" en face d'elle se targuait de pouvoir se débrouiller seule, la biotique voulait bien y croire. Son impression fut confirmée alors que l'intéressée descendait de son abri avec grâce et souplesse. Il ne s'agissait pas d'une force brute, mais d'une plus habituée à la discrétion et aux attaques sournoises.

    - Si vous désirez partager avec moi un peu de votre savoir… j’en serais ravie. On m’avait dit que votre planète était pourvue de merveille pareille, mais j’avais peine à y croire.

    Maintenant que je l’ai vu, je suis curieuse. Je vous serai reconnaissante de m’aider.


    Les yeux bleus se posèrent sur la Drelle. La Chamane ne faisait même plus mine de s'intéresser à la sculpture. Son attention toute entière était portée sur cette Braise, scintillante farouchement dans le noir, comme si elle cherchait à défier l'obscurité elle-même.

    Le rire, franc et venu du cœur, perturba le calme millénaire. Il n'était pas teinté de moquerie, loin de là. Il s'agissait d'avantage d'un amusement sincère face à tant de courage, de curiosité et, sans doute, d'un brin de folie.

    - Tu es audacieuse, Jeune Braise. Mais tu sembles aussi bien plus philosophe que bien des autres de ta race que j'ai pu croiser par le passé. A vrai dire, de mémoire, je n'ai jamais vu d'étranger s'intéresser avec tant de ferveur à nos coutumes.

    Elle lâcha un reniflement presque méprisant.

    - D'habitude, les rares mâles qui viennent et les Asaris ne voient en notre culture que des "charmants bafouillages rupestres". Ils ne prennent pas la peine de chercher à comprendre ce qu'ils voient et n'y prêtent pas plus d'intérêt que s’il s’agissait de dessins arriérés et dépourvus de significations.

    D'un geste de la main, Dralot montra les couloirs que les torches éclairaient sur quelques mètres, les peintures partiellement effacées, les statues et l'architecture globale des souterrains.

    - Contemple, Jeune Braise, ce qu'est le passé des Krogans! Les ruines d'une époque où les mâles n'étaient pas complètement abrutis par la bêtise et la soif de pouvoir. Une époque de grandeur, que leur folie a réduite au néant!

    Elle se tut un instant. Quelques secondes après qu'elle ait finit de parler, les hurlements retentirent à nouveau. Il semblait qu'ils se rapprochaient, mais en errant, cherchant à retrouver l'origine du bruit.
    La Chamane se tourna vers celle qu'elle considérait désormais comme son invitée.

    - Suis-moi.


    Elle n'attendit pas que la plus jeune approuve ou fasse mine de dire quelque chose. Déjà, elle s'était élancée dans ces galeries qu'elle avait exploré milles fois jusqu'à atteindre un large escalier, aux marches en parties détruites. Elle l'emprunta; au bout on pouvait voir la lumière du soleil scintiller de mille feux. L'expression "La lumière au bout du tunnel" semblait prendre ici tout son sens.
    La sortie donnait directement sur une cour partiellement détruite. Sur la droite, un fossé assez large offrait une vue panoramique sur le vide. De minces cascades sortaient des façades ravagées du bâtiment d'en face. Çà et là, profitant de l'ombre des temples, des lierres fins mais tenaces tentaient de se frayer un chemin jusqu'aux étages supérieurs. D'autres plantes toutes aussi rares poussaient comme elles pouvaient. Parmi les statues qui n'étaient pas tombées, leur regard portait vers l'avant.
    Des bancs taillés dans la pierre pouvaient encore être perçus mais pour beaucoup, les caillasses tombées offraient un surplomb intéressant, permettant de se surélever et offrant un meilleur aperçu du décor surréaliste dont peu de gens n'avaient qu'imaginés. On entendait d'ici le bruit du vent qui se glissait entre les piliers, donnant l'impression que les ruines chantaient leur gloire passée.
    C'est cet endroit que Dralot choisit comme siège, s'asseyant lourdement en tailleur. Elle fit signe à Tori de prendre place elle aussi.

    - Les Souterrains sont notre passé, Jeune Braise. Ils content ce que nous étions autrefois, nous rappelle notre grandeur. Ils montrent les traditions que nous autres Chamans faisons perdurer.
    C'est pour cette raison que nous abandonnons notre nom. Nous devenons les gardiens de cette Histoire; nous n'avons pas le temps de porter nos propres poids. Il nous faut nous dédier toutes entières à notre mémoire.

    Tu as sans doute vu les clans, lorsque tu es arrivé ici. Ce que sont les Krogans actuellement, la façon dont ils évoluent, dont ils vivent. Si nous n'étions pas là, ils auraient oubliés leurs racines et leur force. Nous seules nous rappelons ce qui faisait notre gloire dans les temps jadis. Et à quel point nos sœurs étaient libres, bien qu'elles commencent à la retrouver.


    Le vent siffla, de ces chants anciens dont lui seul à le secret. Elle se tut un instant pour les écouter.

    - Tu as vu notre Présent, notre Passé. Mais ceci, Jeune Braise... C'est notre avenir.

    Elle avait parlé non sans une pointe de fierté dans la voix, alors que les yeux azurs balayaient ce Paradis caché. Il s'agissait d'un espoir pour eux, que Tuchanka finisse par se remettre totalement de ses blessures et que les Krogans finissent de se relever spirituellement des cicatrices qu'ils s'étaient eux-mêmes infligés.
    Un monde fort, dirigés par des esprits plus sages mais tout aussi combattif que par le passé.

    - Que voudrais-tu savoir de nous, de notre force, Jeune Braise?


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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mer 23 Déc 2015, 18:52
Chamane, c’était un nom amusant, mais elle ne se serait permis aucune moquerie, ou bien la fonction épousait le nom ? La krogane avait l’air d’apprécier les surnoms. Dans tous les cas, il était heureux qu’elle réponde favorablement à sa demande. Cette attitude la touchait et la réconfortait. On l’avait toujours mise en garde contre cette race de rustre, mais elle avait face à elle un être éduqué et calme. Un être sage, pas une brute décérébrée.

« Fondamentalement, nous autres drells sommes portés sur les voies de l’esprit. » Répondit-elle à son allusion raciale. C’était une réflexion qui n’attendait pas de réponse et elle continua d’écouter le discours de la chamane. Elle ne se formalisa pas du ton très autoritaire et emboîta docilement le pas au mastodonte. Elle devait parfois sauter et presser le pas, où la krogan semblait à peine lever les pattes. Être au sein de la terre pour exprimer sa culture était une façon de le faire assez intime et propice. Cette planète était peuplée de monstres assez voraces. Il n’était pas étonnant qu’ils aient donc développé un tel dédale de souterrain pour s’y réfugier. Pour communier, il faut la sécurité. Ce n’est pas évident de dessiner une fresque si on se fait croquer le derrière par un varren… C’était vraiment dommage que le lieu soit devenu dangereux.

Ses sens l’alertèrent qu’elles atteignaient une sortie avant qu’elle ne distingue la lumière. Le courant d’air sur sa peau, les odeurs plus forte et sèche la frôlèrent bien avant. La lumière était agressive et elle laissa baissée l’une de ses paupières pendant quelques minutes afin d’y habituer ses yeux. Être une race des déserts était fondamentalement un avantage sur cette planète. La krogane marquant une pause, elle prit le temps d’observer le paysage qui s’offrait à elle. C’était tout simplement magnifique. Ce spectacle de dévastation et d’espoir mêlé, de violence et de paix, en faisait un lieu à l’énergie puissante. Sans parler du vide, des immenses statues et du caractère très pittoresque de tout cela.

Ce qu’elle admirait également, c’était la krogane. Elle était grosse, lourde, bien trop grande… et pourtant, elle se déplaçait facilement, avec une presque grâce. Ses mouvements lents et puissants dégageaient une paix charismatique. Elle savait où elle allait. Comment une chose si grosse pouvait-elle sembler pourtant féminine ? Les krogans étaient décidément une race bien mystérieuse. Leur physique semblait en faire des êtres lents et maladroits, mais ce n’est pas le cas.

Tori choisit un promontoire rocheux, un peu plus haut que celui de la Krogane, de manière à se trouver à sa hauteur, positionnée à côté d’elle. Pas trop proche, pas trop loin, pas trop en face, pas trop de côté, voilà ! Juste à la bonne distance. Ce détail avait son importance, car, si elle était trop proche, elle envahissait l’espace vitale de la Chamane. Être trop de côté n’était pas confortable pour discuter, être en face trop intrusif pour la méditation. Ainsi positionnée de trois quarts, elle établissait un charmant compromis. Maintenant qu’elles étaient correctement installées, elles pouvaient converser.

« Les miens ne possèdent pas la richesse culturelle de lieux comme celui-ci. Nos traditions se transmettent oralement et pour nous, ce sont des biens autrement plus précieux. L’oubli serait un désastre terrible et je comprends l’importance de votre mission pour les vôtres. Il s’agit là d’un équilibre vital. »


Elle plongea son regard mordoré dans ceux, azuré, de la chamane. Mélancolie.

« Il y a des blessures qui sont longues à guérir. Votre Terre est meurtrie, mais elle est la preuve que l’espoir est là. Je vois cette verdure, je vois cette force, je vois ce peuple. Ce que je vois, dame chamane, c’est la vie. Tout simplement la Vie. Votre peuple est en mouvement, il se débat avec des problèmes moraux, avec sa renaissance, mais il avance solidement. »


Elle marque une légère pause.

« C’est beau à voir. »

La voix se fait ensuite plus rauque et basse.

« Sur mon chemin de poussière, sans maison, j’erre. A l’horizon, nulle lumière, il fait nuit. La décadence est une épreuve qui forge un peuple ou le mène au gouffre. Si tu meurtris ta terre mère, tu te tue. Si tu ne vis pas à son rythme tu te tue. Si tu n’es pas attentif à l’Equilibre, tu te tue. »

« Dame Chamane, vous savez sans doute la destinée des miens, c’est pourquoi, votre histoire m’est tendrement familière. Je crois en vous et votre renouveau, car je crois en le nôtre. »

« La force est une équilibriste. La diversité une qualité admirable. Je m’intéresse à tout ce qui a attrait à l’autre. Que cela soit pragmatique ou spirituel. Que l’ont parle d’âme et d’art, ou tout simplement d’écologie… »

« J’ignore beaucoup de vous, je ne veux pas me baser sur des aprioris en posant des questions plates qui nous enfermeraient dans mon ignorance. Sentez-vous libre de me parler de ce qu’il vous plaira. Vous avez tout de même attiré ma curiosité sur un phénomène social, soit la condition des kroganes. N’êtes-vous pas aussi libre qu’on le pense ? »


Elle expira profondément, relevant légèrement la tête et gonflant sa collerette pourpre. Le soleil caressait sa peau, la terre la berçait dans l’onde de sa chaleur. Elle se sentait bien. Elle nourrissait son corps, son âme et son esprit d’harmonie.

Discuter avec une chamane krogane, dans un cadre pareil, pour sûr que c’était un privilège. On ne la croirait pas si elle le disait. Elle était persuadée que ce peuple pouvait apporter beaucoup aux siens. Eux aussi avait frôlé le désastre avec leur planète. Ils avaient certainement développé des solutions, des ressources qui pourraient aider les siens à retrouver leur nid.

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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Sam 26 Déc 2015, 18:25

    La voix de la Braise avait un petit quelque chose... entêtant. Elle se mêlait gracieusement au bruit de l'eau qui se frayait son chemin dans les rochers, se faisait porter comme une plume par le vent, mais avait des accents de métal acéré. Cela s'entendait lorsqu'elle évoquait les siens. Un soupçon de regret couplé à une détermination, cachés sous le ton poli qu'elle employait.
    La Krogane se surprit à apprécier l'écouter. D'habitude, les mots n'étaient que des vecteurs de pensées. Ils se contentaient de former des idées, des théories qui étaient perçus et provoquaient des échanges. Ce qui importait dans les paroles, c'était ce qui se trouvait derrière elles. Même les chants n'étaient qu'un meilleur habillage, bien plus beau à entendre que de simples propos mais servant le même but. Mais avec la Drelle, c'était autre chose. Elle chantait en parlant, et ce qu'elle disait brillait autant par son sens que la façon dont elle le disait.

    - Il y a des blessures qui sont longues à guérir. Votre Terre est meurtrie, mais elle est la preuve que l’espoir est là. Je vois cette verdure, je vois cette force, je vois ce peuple. Ce que je vois, dame chamane, c’est la vie. Tout simplement la Vie. Votre peuple est en mouvement, il se débat avec des problèmes moraux, avec sa renaissance, mais il avance solidement.

    L'intéressée se contenta de hocher la tête pour marquer son accord.

    - Tuchanka est tenace ma Sœur. Et nous sommes à son image; les maux que nous lui avons infligés sont profonds, mais elle guérit. Leur gravité ne rend la guérison que plus longue.
    Et tout comme elle, nous nous relevons du Génophage et de ce qu'il a entraîné. Mais nous ne nous arrêtons pas pour autant.
    Même si
    , finit-elle par reconnaître, une ombre de peine dans la voix, nous avons failli le faire.

    - Sur mon chemin de poussière, sans maison, j’erre. A l’horizon, nulle lumière, il fait nuit. La décadence est une épreuve qui forge un peuple ou le mène au gouffre. Si tu meurtris ta terre mère, tu te tues. Si tu ne vis pas à son rythme tu te tues. Si tu n’es pas attentif à l’Equilibre, tu te tues.

    Etait-ce un hymne? Un proverbe? Une promesse d'espoir envers leur propre Terre? Dralot n'en savait rien. Mais la voix pure et cristalline de Tori suffisait à lui faire comprendre que c'était important à ses yeux. Et elle avait raison, d'une certaine manière. Les Krogans ne percevaient pas les choses de la même façon. La décadence, par exemple, n'était rien si elle amenait à la survie. L'époque du Génophage les avait menés plus bas que terre, notamment pour les Femmes. Elles avaient souffert, vécues dans la honte, déniées toute identité jusqu'à ne devenir que de vulgaire incubatrice, dans l'espoir de combattre le fléau. Mais là où leur manière de vivre n'avait été vue que comme une punition méritée, ou un déclin, eux l'avaient vécu comme un défi. Où le plus fort l'emportait sur les plus faibles.

    Nulle décadence n'existe lorsqu'il s'agit de Tuchanka. Seulement la victoire et la brutalité, fusse-t-elle subtile ou grossière.

    Sans doute la Jeune Braise ignorait-elle tout des Krogans. C'était normal. Elle demandait à apprendre. Et la Chamane qui se trouvait devant-elle était assez "hors-norme" aux yeux des siens. Bien d'entre-eux, même des femelles, ignoraient le sens même de l'équilibre, et son importance. De même qu'ils ne connaissaient rien de l'insignifiance de leur propre vie face aux rouages de l'Univers. Ce n'était pas forcément un mal. C'était le rôle des Chamanes de savoir et guider les leurs face aux abysses de leur méconnaissance.

    - Dame Chamane, vous savez sans doute la destinée des miens, c’est pourquoi, votre histoire m’est tendrement familière. Je crois en vous et votre renouveau, car je crois en le nôtre.
    La force est une équilibriste. La diversité une qualité admirable. Je m’intéresse à tout ce qui a attrait à l’autre. Que cela soit pragmatique ou spirituel. Que l’on parle d’âme et d’art, ou tout simplement d’écologie…

    J’ignore beaucoup de vous, je ne veux pas me baser sur des aprioris en posant des questions plates qui nous enfermeraient dans mon ignorance. Sentez-vous libre de me parler de ce qu’il vous plaira. Vous avez tout de même attiré ma curiosité sur un phénomène social, soit la condition des kroganes. N’êtes-vous pas aussi libre qu’on le pense ?


    Une chose était sûre, c'était que la jeunette parlait beaucoup. Mais cela ne dérangeait pas Dralot; ce flot de palabres ne faisait que rajouter au charme candide de l'ingénue.

    - Il y aurait tant de choses à dire pour te répondre, ma Sœur, que notre Race connaîtrait à nouveau ses Âges d'or une fois que j'aurais terminé de te raconter la moitié, gloussa-t-elle. Mais je peux tenter d'aller au plus rapide et ne te raconter que l'essentiel.

    Commençons par ta question, si tu le veux bien.

    Nous autres Kroganes avons plus souffert que les mâles du Génophage. Notre race, le sais-tu sans doute, est capable d'enfanter rapidement. Mais même à l'apogée de notre gloire, notre Race connaissait un taux de fertilité bas. L'autorégulation, et une mortalité infantile importante nous permettait de ne pas gaspiller les ressources de notre Mère.
    Tuchanka a toujours été une Mère capricieuse et sauvage, enlevant les plus faibles.

    Puis, nous avons découvert la technologie, l'énergie nucléaire, et la science pour en faire des armes. La vie est devenue facile, nos ressources ont été consommées par notre nombre. Les mâles dirigeants se sont mis en tête des rêves de conquêtes et de gloire, de dominations et de folie. Et le résultat a abouti à cela.


    Elle désigna d'un geste de la main les ruines qui les entouraient. Mais elle voyait au-delà de ce simple enclot de pierre. Ses yeux portaient plus loin, vers les déserts des plaines autrefois verdoyantes, vers les bâtiments écroulés des grandes citées d'autrefois. Vers ce qui avait été une civilisation un temps assagie.

    - Nous avons régressé, mais notre race était toujours féconde. Nos enfants mourraient toujours en bas-âge pour beaucoup, mais cela était dû à la volonté de Tuchanka. Femelles et Mâles restaient des combattants égaux. La perte d'une de nos sœurs était la perte d'une guerrière, mais rien de plus.

    Puis, les Galériens sont arrivés. Ils nous ont promis d'autres mondes, nous ont emmenés sur des Terres où nos enfants ne craignaient rien. Libérés de la poigne de fer de notre Mère, nous avons commencé à croître. Nos enfants grandissent vite, sont rapidement prêts pour la guerre, comparés aux petits Ascaris ou même des autres races.
    Nous avons combattu les Rachis, avons reçu des mondes. Mais ils ne nous suffisaient pas. Avec le retour de la technologie et sans ennemis, nous avons cherché des défis, d'autres planètes. Combattus les races du Conseil pour prendre leur Terre.
    Pour punir notre audace, ignorant nos actes lors de la guerre Rachis, nous avons reçu le Génophage.


    Elle secoua la tête.

    - Nous l'avons mérité. Pour notre folie et notre entêtement évidemment. Mais il restait une punition cruelle.

    La Chamane se tut un instant, le regard fixant le sol devant elle sans le voir. Puis elle planta ses yeux bleus dans ceux sombres de sa comparse.

    - Sais-tu ce que cela fait d’être face à une montagne d’enfants mort-nés ? D’être seule dans le silence des œufs vides de vie, à espérer entendre une coquille se fendre ?
    La honte d'être stérile, incapable d'enfanter? La rage et la joie d'enfin réussir à voir un enfant naître?


    C'était une période qui était derrière elle. La Chamane n'avait gardé nulle trace de haine, de regrets ou de tristesse. La mère n'était pas ressortie de la caverne, contrairement à la gardienne.
    Mais si elle avait réussi à laisser ses fardeaux pour devenir la mémoire vivante des siens, elle savait pertinemment que toutes n'avaient pas dépassé ce stade. Même maintenant que la maladie n'était qu'un lointain souvenir et que leur fertilité leur avait été redonné.

    - Tout cela, les Kroganes ont dû vivre avec. Mais pour une naissance viable, nous avons connu des centaines ou milliers de petits cadavres.

    A partir de ce moment, mes sœurs se sont retrouvées enfermées. La moindre femelle fertile est devenue un bien que les clans désiraient ardemment. Nous avons finis par former nos propres clans, loin des mâles, permettant aux plus forts de tenter d'avoir une descendance.
    Là où les mâles étaient libre de partir, nous étions condamnées à vivre enfermées pour éviter de voir notre tribu d'origine massacrée. Nous avons été jusqu'à la fin du Génophage de simples incubatrices. C'était un rôle que toutes étaient prêtes à accomplir pour ne pas voir notre race péricliter.


    Un rire amer ponctua son discours.

    - Nous avons nous même forgées les chaînes de notre enfermement.

    Une fois le Génophage terminé, les choses ont continué à changer. Mais cette liberté retrouvée est encore jeune, ténue. Il suffit que les mâles qui nous dirigent décident de partir en guerre pour que nous souffrions à nouveau.
    Que les Galériens les castrent eux plutôt que nous! Au moins leur bêtise cesserait de se répandre.


    Elle sourit à Tori, comme si elle lui faisait une confidence.

    - Enfin, Urdnott Wrex a l'air de penser autrement que par son carré lui. C'est peut-être signe qu'ils sont capables d'intelligence après tout.

    Le silence revint un instant. Le vent avait repris son sifflement.

    - Une histoire pour une histoire, ma Sœur. Quelle est la vôtre? Nous ne connaissons de vous que ce que l'Extranet veut bien nous laisser savoir.


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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mer 30 Déc 2015, 21:34
Elle se tut, le silence reprit sa place pendant de longue minute. Il n’y avait rien à dire. Les mots de la Krogane semblaient exempts de douleur et regrets, mais ce qu’elle décrivait était terrible. Elle en aurait presque regretté d’avoir posé la question. Essentiellement pour l’intimité dont était cousue sa réponse. A son flot de question elle répondit par un hochement de tête négatif. Elle n’en avait vraiment aucune idée. Elle n’avait pas enfanté et jusqu’à présent ce besoin maternel ne l’avait pas gagnée. Elle pouvait imaginer, elle comprenait le sentiment de révolte, d’injustice la plus totale. La perte d’un nouveau-né était un fait insoutenable. La perte en masse de nouveau-nés ? Sentir sa race s’éteindre et tenter en vain d’y remédier ? Ça elle le ressentait au plus profond de son être.

Le Syndrome les privait de parents, de grands-parents… mais sauf cas exceptionnel, il ne causait pas de mort massive d’enfants. Même si on observait une propagation accrue de la maladie chez certaine partie de la population, notamment celles vivants sur les planètes Hanari trop humides. Même si le Syndrome avait frappé chez les enfants parfois… Aussi injuste cette maladie soit-elle, elle touchait les êtres adultes principalement. Perdre des enfants était un fait insoutenable. Révoltant. Elle baissa la tête, joignant ses mains devant elle et entrelaçant ses huit doigts entre eux. Elle laissa filer le silence encore, se recueillant.

« Je comprends. La survie de votre espèce vous a demandé de grands sacrifices. Les acquis sociaux sont bien plus aisés à perdre qu’à retrouver. »

Il lui semblait avoir encore beaucoup de question à poser à la Chamane. Sur Wrex et leur manière de faire, sur leur planète… Tuchanka avait l’air d’une planète très hostile en effet. Elle était plutôt différente de la sienne. Sans doute. La drelle réfléchit un instant, car tout ce qu’elle avait appris provenait des livres et des conteurs. Elle n’avait jamais pu constater par elle-même si ce qu’on disait était vrai ou non. Les questions viendraient après, la Krogane attendait son histoire et il fallait lui fournir une réponse aussi honnête et sincère que la sienne. Elle remua légèrement, se positionnant un peu mieux sur son rocher.

« Notre histoire… hm. C’est une histoire compliquée, dont je ne connais pas tous les détails. Je l’étudierai dans les années à venir avec plus d’application, mais ma vie a été trop tumultueuse pour que je sois une érudite. »
Une sorte de sourire font se retrousser les lèvres supérieures de la créature, dévoilant une rangée de crocs acérés.

« Mon peuple est né sur Rakhana. Notre mère planète. Le vent sifflant des monts aux plaines, les steppes s’étendent jusqu’aux océans. C’est une planète chaude, peu clémente. Elle est composée de déserts rocheux, de steppes arides et d’océans trop acides pour abriter la vie. Je n’y ai jamais mis les pieds, autrefois c’était une belle planète, mais aujourd’hui l’industrialisation l’a torturée. Plus chaude encore, invivable. J’espère pouvoir y aller un jour en pèlerinage. »

« Nous sommes des chasseurs, nos racines sont celles d’un peuple qui a su s’adapter aux éléments. Notre mémoire est exceptionnelle, nos corps plus denses… Rakhana nous a forgés forts. »

« Tout a été balayé. Notre industrialisation nous a coupé de nos fondamentaux. L'Equilibre a été rompu et notre planète s'est embrasée. Sans les Hanaris, nous serions éteints. »

« Beaucoup voient en le Synacte une forme d’esclavage, mais il s’agit plutôt d’une symbiose. C’est étrange, vu de l’extérieur je n’en doute pas. Chacun y a gagné. Je fais partie d’une institution indépendantiste. Pourtant, même nous, ne sommes pas dressés contre nos sauveurs. Je suis certaine que nous parviendrons à rendre à Rakhana sa beauté d’antan. Et notre sauvetage restera à jamais gravé dans nos mémoires. »

« J’ai été élevée seule par ma mère. Mon père est décédé du Syndrome jeune. C’est ce qui résume notre existence actuelle. Nous luttons contre la maladie et nous débattons pour survivre. A l’âge de sept ans, j’ai été placée en internat pour être formée et intégrer notre milice. Depuis cet âge, j’ai combattu pour notre cause.»

« Notre philosophie de vie, complète nos prédispositions naturelles de chasseurs. L’âme et le corps sont deux choses séparées, bien que liée. Le professionnalisme très réputé de nos assassins provienne de cette capacité de dissociation. Le corps n’est pas obligatoirement dirigé par l’âme, il peut l’être par une entité distincte de l’âme. Froidement efficace. »

« Mais ces philosophies sont bien plus profonde qu’un outil dissociatif. Mon peuple est un peuple d’esprit, tourné vers la religion. Que ce soit la nôtre où d’autres, il est viscéral de soigner son âme pour être complet. »

« Être considéré comme un fossile vivant par les autres races, est quelque chose de fatiguant ou très pratique. L’ironie est, qu’après notre stupidité, c’est simplement l’humidité qui nous entraîne dans un abysse sombre. Nous vivons tous avec une épée au-dessus de la tête, comme disent les humains.»


Elle saisit une poignée de sable qu’elle égraine ensuite au sol.

« Les mots sont trop frivoles pour narrer ce genre d’histoire. C’est décousu, navrée. »


Le sable s’écoule lentement, dispersé par la brise.

« Le temps s’écoule, sablier impitoyable.
Poussée par le vent, j’explore l’univers sur mon chemin de poussière. »


Elle espérait simplement, qu’à la fin, l’histoire ne se révèlerai pas être une tragédie.
Les mots étaient tintés d'une profonde tristesse. La tristesse d'un peuple.
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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Dim 10 Jan 2016, 15:28

    - Notre histoire… hm. C’est une histoire compliquée, dont je ne connais pas tous les détails. Je l’étudierai dans les années à venir avec plus d’application, mais ma vie a été trop tumultueuse pour que je sois une érudite.

    Les sourcils de la Krogane se froncèrent un instant. Elle ne comprenait pas comment la Jeune Braise pouvait ignorer son propre passé. Puis la mémoire lui revint. Il était vrai que Rakhana avait été découverte et les Drells déportés il y a deux siècles de cela. Deux siècles. Pour la Chamane, cela équivalait à repenser au début de sa jeunesse. Elle oubliait parfois que tous ne partageaient pas la longévité des siens.
    Pour Tori et son peuple, cette histoire remontait déjà à deux générations. Voir même trois. Pas plus de quatre, c'était certain. Mais cela devait être étrange de se dire que certains dans cette galaxie avaient vécus des événements, ou en avaient au moins entendus parler, et étaient toujours là. Surtout alors que pour les intéressés, c'était un récit des temps anciens.

    Si Dralot n'avait pas été sur Tuchanka à cette époque, si elle avait pu observer d'elle-même Rakhana, elle en aurait sans doute parlée à son interlocutrice. Tout ce qu'elle pouvait lui offrir, c'était le fait d'avoir entendu parler de leur sauvetage un jour, via l'Extranet. Pauvres informations en somme.
    De toute façon, la Jeune Braise semblait en savoir plus qu'elle ne l'avait admis. Silencieuse, son aînée l'écouta parler de sa voix chantante. Elle contait la saga des siens comme les Chamanes les leurs. Avec une précision dans les détails qu'ils n'avaient jamais connus et une certaine poésie. Les yeux bleus ne la quittaient pas alors que la Drelle parlait des plaines et des mers, de son passé et son présent. Un peu du Syndrome aussi. Un peu d'elle. Un peu de tout finalement. Tout ce qui en valait la peine, qui lui pesait sans doute un peu. Mais sans jamais trop dire, toujours en gardant une certaine pudeur.

    - Les mots sont trop frivoles pour narrer ce genre d’histoire. C’est décousu, navrée.

    L'intéressée secoua la tête.

    - Ne t’excuse pas ma Sœur. Tu contes l'essentiel; les émotions qui sortent de ta gorge sont suffisant à faire comprendre ce que tu ressens. Ce que les tiens ressentent sans doute.
    Je peux te comprendre sur quelques points sans doute. Voir son peuple s'éteindre doucement, sans rien pouvoir y faire... Au moins avez-vous gardé un minimum de civilisation de votre extinction.


    Elle hocha la tête doucement, comme si l'essentiel était là. La Krogane comprenait la douleur de Tori. Les deux femmes partageaient quelques points communs. Leur race surtout, avec la menace d'une quasi-extinction. Mais même au-delà de ça... La lutte de la Drelle avait pris une forme différente de ce à quoi on pouvait s'attendre. Au lieu de s'opposer au Synacte, elle l'acceptait. C'était la vie désormais, il fallait apprendre à composer avec, sans pour autant rester passive. Vraiment, elle lui faisait penser à la Chamane, lorsqu'elle était plus jeune. Un peu moins sage. Un tout petit peu plus enflammée.
    Un mélange d'acceptation et de rébellion à la fois.

    - Que votre peuple connaisse le renouveau
    , souffla-t-elle doucement, comme s'il s'agissait d'une bénédiction.

    - Le temps s’écoule, sablier impitoyable.
    Poussée par le vent, j’explore l’univers sur mon chemin de poussière.

    Le silence revint. Celui du désert et des ruines, du vent et de la faune, de la flore et de l'eau. Un silence emplit de bruit, apaisant, délicat. Qui transportait ce que l'une voulait dire à l'autre, ce qu'elle ressentait. Ou qui jouait à faire croire que. La mélancolie baignait en tout cas les lieux.
    Dralot fixait le ciel sans rien dire. Elle réfléchissait, goûtait le calme et la présence agréable de sa comparse. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas apprécié la compagnie d'une personne si éduquée et réfléchie. Elle voulait graver ce moment pour ses prochaines méditations.

    Ses yeux se perdaient toujours dans l'azure quand elle finit par parler d'une voix rocailleuse, typique des siens.

    - L'univers est vaste. Chemin aux milles passés, aux milles futurs, aux milles présents.
    Nous ne sommes que poussière dans le vent stellaire. Par lui et par nous, nous trouvons notre voie.


    Ce n'est qu'une fois ces mots prononcés qu'elle se tourna vers la femme, lui prêtant sa grande attention. Elle semblait un peu plus hésitante. Le temps d'un clignement d'œil, d'un soupire avant que le flegme stoïque ne revienne.

    - Dis-moi Jeune Braise... Comment te laisses-tu pousser par le vent?
    Seule ou ... en compagnie?



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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Lun 11 Jan 2016, 23:54
Elle était touchée par la sollicitude de la chamane et rassurée de ne pas avoir été trop ennuyante. C’était toujours délicat d’exposer les bribes de leur Histoire. Beaucoup les considéraient déjà comme une race éteinte. On ne peut pas vivre en acceptant la mort de sa race, c’est une idée révoltante. Une idée qui noue le corps de frustration. Il était vital de se projeter vers un avenir clément et positif. Il fallait qu’ils vivent. Ils avaient parcouru trop de chemin pour tomber dans l’oubli. Les Ombres ne pouvaient pas gagner. On ne peut pas accepter l’inacceptable. Elle regarda le ciel. L’azure y était beau, vraiment beau. Elle appréciait cette planète, l’air y était vraiment agréable à respirer. Dralot était sage, elle le ressentait. Elle appréciait ses réflexions et ses réponses. Vraiment, il était stupéfiant qu’une créature si grosse et violente puisse être calme et sage. L’univers avait fait les choses de manière très inattendue.

Tout à sa réflexion sur la physionomie krogane, elle captura le regard attentif qu’elle lui porta. Elle cligna des yeux, ne sachant pas comment interpréter ce soupire. Avait-elle fait quelque chose pour lui déplaire ? Tori était troublée de ne pas pouvoir interpréter correctement son langage non-verbal. Sa question était à la fois très précise et vraiment très ouverte. Elle se demandait si c’est cette dernière qui avait provoqué son soupire, quelle en était la corrélation ? La seule manière de le savoir était d’y répondre. Pourquoi avoir peur de la décevoir, après tout.

« Vous me posez deux questions qui se trouvent liées sans l’être réellement. Aussi loin que je me souvienne, j’ai été seule. Entourée, mais seule. Au final, quoiqu’il se passe, jamais personne n’a su mettre ses pas dans les miens, pas plus de quelques instants. Le temps d’un soupire et s’envole. »

« Quand j’étais Apolysis, j’avais un aîné pour me guider. Mais c’est moi qui le suivais, pas l’inverse. Il est mort, il y a une dizaine d’années. Sa voix s’est éteinte dans mon oreillette. Après, c'est un jeune qui a suivi mes pas. J'étais son guide à mon tour, il y en a eu plusieurs. Ils marchaient dans mes pas, apprenaient, mais au final, ils suivaient leur propre chemin. Toutes les voix naissent et s’éteignent. Les voix sont des vecteurs de nombreux messages. Elles peignent notre monde. »

« Pour me laisser porter, j’écoute. »
Elle pose ses deux mains sur ses oreilles, les entourant. Ses mains glissent ensuite à son front. « Ici aussi, j’écoute. » Les mains descendent doucement le long de son corps, revenant se poser sur ses jambes repliées, contre son abdomen. « De tout mon corps, de toute mon âme. Le vent chante une chanson qu’il nous appartient d’entendre ou de taire. »

« Entendre est aisé, l’univers est une symphonie. Après, il faut encore comprendre les murmures… »
Elle se penche, clignant des yeux et riant silencieusement. C’est très sobre, un éclat de joie un peu bref, la satisfaction éphémère d’une plaisanterie. Elle quitte son air complice, reprenant sa posture droite et lisse.

« J’aime le chant des déserts. Ils sont apaisants, ils me procurent le sentiment d’être à la maison. »

« Pour le reste, je voyage seule. Actuellement, je ne suis pas une unité dévolue au combat. J’ai été affectée à des tâches d’exploration et de diplomatie. Ce genre de chose. Mon travail est très varié et il se fait seul. Cela me convient, car je peux décider comme il me plait de mes destinations. »

« C’est pour cela que je me suis arrêtée ici… il y a quelque chose qui me murmurait que j’avais quelque chose à faire ou trouver sur Tuchanka. Kalahira a guidé mes pas. »
ses mains se croisent contre sa poitrine, elle souffle doctement un remerciement à sa divinité.

Clignement d’yeux. La drelle semble se perdre dans des pensées très profondes l’espace d’un instant.
    « Tu n’en a pas assez d’être seule, ma fille ? Il ne serait pas tant que tu fondes un foyer et comble tes besoins ? … »
    « Non, mère. Nous ne parlerons pas de cela. Ce n’est pas moi qui ai décidé de ma vie. » C’est toi.
    Le regard est sombre, elle ose lui reprocher son instabilité, de ne pas avoir procréé ? Alors que c’est elle qui l’a placée dans cette milice dès son enfance.
Clignement d’yeux. Elle observe un mur à moitié effondré devant elle et le vent agiter des petites volutes de poussières. Le paysage était un discours en lui-même. Elle pouvait entendre son chant profond, grave. Un chant de puissance paisible. Parfois quelques notes aiguës, un bruit d'eau... Elle n’appréciait pas ce genre de souvenir émotionnel. Sa mère avait toujours eu le talent de l’agacer au plus haut point. Pourtant, elle se sentait réellement bien. Elle était libre. Accomplie et heureuse de son chemin bohème. Je me sens bien, mais je ne suis pas complète, sinon, je ne serais pas agacée par des souvenirs aussi insignifiant. La pensée lui traversa l'esprit, elle se promit d'y méditer plus tard.

« Je suis une danseuse trop imprévisible, trop libre pour avoir un cavalier de danse. Je n’en ai pas le besoin et si mon chemin devait rejoindre un autre… je m’y adapterai. Après tout, on ne sait jamais ce que demain nous réserve. Je n’aurais jamais pu imaginer disserter avec une krogane aussi incroyable que vous ! Je vous en remercie, du fond de mon cœur. Ces instants resteront de précieux souvenirs. Ils seront ma compagnie pour toute ma vie. Nous autre… nos souvenirs, chaque chose est gravée fidèlement. »
Elle pointe son front, le tapotant légèrement. « Parfois, je déteste me souvenir de tout, mais c’est un cadeau précieux quand il s’agit de garder en moi l’image nette de ces instants. »

Elle étire ses jambes.

« Il suffit de petits riens pour éclairer une journée, un instant de vie… mon culte m’enseigne à prendre soin de mon âme, à la préserver… et ces souvenirs chaleureux feront de bonnes ancres méditatives. »

Le soleil danse sur sa peau.
A ses côtés, le souffle puissant de la créature vibre.
Chaleur.




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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Dim 24 Jan 2016, 22:32

    L'immense tête bascula sur le côté, comme si cela aidait la Chamane a mieux entendre ou réfléchir. Pas de beaucoup, juste un quart; le geste avait presque eu lieu sans qu'il ait été voulu. Les yeux azurs continuaient de rester fixés sur la Drell, épiant leurs égaux couleurs fauves. Sa question aurait pu être interprétée comme étant indiscrète. Sans doute qu'elle l'était sur bien des points. Pourtant, Tori avait choisi de lui répondre, bien au-delà de ce que la Kroganne avait voulu savoir. Cette prise de position l'étonnait quelque peu, bien qu'elle se tint coite.
    Il fallait croire qu'au moins une partie de son âme avait envie de s'ouvrir. Ses paroles raisonnaient délicieusement, énoncés avec la voix cristalline et chantante, dans le silence des ruines.

    La Jeune Braise, de son aveu, resplendissait dans l'obscurité et dans la lumière, comme si elle était seule dans ce monde. Même entourée, elle était seule. Même en ayant eu un guide et des apprentis, elle n'en avait pas été d'avantage accompagnée. C'était une façon de voir les choses avec une certaine splendeur. La réflexion de la solitude poussée à son paroxysme. Cependant, il arrivait que, perdue dans ses réflexions, la jeune femme paru nébuleuse à son aînée, perdue dans un monde et un questionnement qui allait bien au-delà de ce à quoi Dralot avait pu un jour penser.
    Une telle différence n'était pas étonnante. Deux peuples différents, deux façons d'appréhender le monde sans avoir le même regard sur ce qui se passait. Là où les Krogans combattaient, les Drells se laissaient d'avantage aller à la contemplation. Là où les choses étaient ce qu'elles étaient et devaient être combattus, voir écrasées, il y avait une plus large acceptation et presque fatalisme dans leur pensées.
    Jamais la Chamane n'avait discuté assez longtemps avec de membres du Synacte pour connaître tout cela. Cette rencontre lui permettait ainsi d'en apprendre d'avantage sur un peuple presque inconnu.

    La tête toujours penchée sur le côté, l'aînée observa sa cadette poser ses mains sur ses oreilles, son front, son abdomen, psalmodiant quelques phrases comme s'il s'agissait d'un rite dont elle seule avait le secret.

    - Entendre est aisé, l’univers est une symphonie. Après, il faut encore comprendre les murmures…

    Kalank hocha la tête face au rire qui balafra l'air et dont le fantôme resta suspendu entre elle encore longtemps après qu'il eut disparu. Ce sentiment était plus aisé à comprendre que les autres. L'harmonie de chaque chose dans un univers où ils n'étaient rien que des particules insignifiantes. Même les Moissonneurs n'auraient été qu'une part, après tout. Aucune raison de fuir le combat ou d'accepter une destinée funeste, mais le profond sentiment de savoir, qu'importe le résultat, que la seule chose qui pouvait changer était sa propre destinée. L'univers lui se fichait de qui vivait ou mourrait. Il restait présent, millénaire, immortel.

    - J’aime le chant des déserts. Ils sont apaisants, ils me procurent le sentiment d’être à la maison.

    Un nouveau hochement de tête, profond et grave, en guise de réponse. Les Chants des Anciens résonnaient dans les déserts et les ruines de Tuchanka. Les Turiens auraient sans doute rajouté qu'ils étaient accompagnés par un Esprit du Désert ou quoique ce soit de leur croyance. Les Humains de la présence de leur Divin. Les Galariens auraient donné une explication scientifique.
    Mais quoiqu'il soit, le désert, qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, marquait. Par sa présence et son vide, les cris du vent et les échos anciens qui y erraient encore. Il marquait les esprits et les forgeaient, même lors d'une simple et brève rencontre.

    En dehors de cela, continua Tori, elle était seule. Ses voyages ne connaissaient pas de compagnon, si ce n'était son sens du devoir. Lequel, apparemment, se tournait vers la diplomatie et l'exploration.

    Il y avait toujours un moment dans la vie d'une personne où on pouvait lui tendre la main et proposer un choix. Mais pas ici, ni aujourd'hui. Dralot sût qu'elle devrait retenir son geste. C'était peut-être mieux ainsi. Si le destin le voulait, alors peut-être qu'elles se rencontreraient à nouveau pour un tel instant.
    Mais pas aujourd'hui.

    - Je suis une danseuse trop imprévisible, trop libre pour avoir un cavalier de danse. Je n’en ai pas le besoin et si mon chemin devait rejoindre un autre… je m’y adapterai. Après tout, on ne sait jamais ce que demain nous réserve. Je n’aurais jamais pu imaginer disserter avec une krogane aussi incroyable que vous ! Je vous en remercie, du fond de mon cœur. Ces instants resteront de précieux souvenirs. Ils seront ma compagnie pour toute ma vie. Nous autre… nos souvenirs, chaque chose est gravée fidèlement.

    - Je sais, répondit Dralot avec un léger sourire. Votre mémoire est l'une de vos particularités, tout comme notre ténacité et notre résistance est la nôtre.

    Elle se retint d'annoncer qu'elle aussi se souviendrait de cette rencontre. Elle l'aurait dit sans doute avec un peu trop de tendresse dans la voix. Il était préférable qu'elle se taise dès lors.

    - Il suffit de petits riens pour éclairer une journée, un instant de vie… mon culte m’enseigne à prendre soin de mon âme, à la préserver… et ces souvenirs chaleureux feront de bonnes ancres méditatives.

    - C'est un bon précepte ma Sœur.

    La Kroganne inspira lentement, goûtant l'odeur de la sécheresse et de la pierre mêlées à celles des plantes et de l'eau. L'Ezo commença à l'entourer doucement, même si elle gardait les yeux ouverts. Elle se tourna vers la Jeune Braise, souriant un instant avant d'enfin fermer les paupières.
    C'était une marque de confiance et de partage. Une invitation à la méditation, l'une à côté de l'autre, pour profiter des derniers instants qu'elles passeraient encore l'une et l'autre.

    - Ecoute le chant du Désert ma Sœur... Laisse-toi porter par lui. Qu'est-ce que tu entends?

    La Krogane était sereine, pleinement dans son élément.


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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mer 03 Fév 2016, 13:23
Le corps s’alourdit, frémit, est gagné par une onde de chaleur bienveillante. Il s'abandonne, il est révélé, l'énergie circule à travers lui. L'esprit guide son état, méditation du corps, berceau réconfortant. Libérer le corps permet d'assouplir le pont, l'esprit et de relâcher l'âme en douceur. C'est une sensation bien connue de la milicienne. La dissociation opère sur le même principe, mais se fait bien plus violemment faute de temps. Méditer ainsi permet de soigner les accrocs. Se relier à son âme en toute conscience permet également de sonder son état... d’apaiser les tensions. Être tout simplement, percevoir l'extérieur et soit dans une véracité épurée. Un grain de sable dans le désert... n'être rien de plus et tout à la fois. Extrêmement habituée à la méditation, Tori y glissa avec rapidité. Au fond de son âme, elle ressentait la chaleur du désert et des silhouettes apparurent devant ses yeux clos. Image du passé ou de l'avenir, les deux à la fois, elle observait ces drells progresser sur les aspérités du terrain. Leurs corps souples et puissants se jouaient du terrain. Ils progressaient rapidement, le petit groupe s'arrêta un temps pour l'observer et s'éloigna ensuite. Malgré l'envie de les rejoindre, elle demeura. Bientôt mes frères. Un soupire, elle contient l'humidité qui perle au coin de ses yeux. Désireuse de chasser le trop-plein émotionnel, elle cligna des yeux et s'adressa à la krogane.

« Un chant mélancolique et puissant, mais actuellement… le vôtre est bien plus présent, il s’y mêle et le couvre. »

Profitant de sa méditation, elle se lève et saute. Une main douce vient frôler la joue de la krogane. Un geste très bref et si peu appuyé que cela aurait pu être un rêve, si le champ d’énergie n’avait pas crépité en réponse à cette intrusion insolente. Une caresse de papillon, la drelle s'est déjà élancée pour atterrir sur un rocher en contrebas. La mémoire tactile grave le geste dans l'esprit de l’effrontée. Le bout de ses doigts fourmille encore de l'excitation créée par le geste. Tendresse éthérée. Curiosité fanée.

« C'est de l'énergie ! »
Un salto arrière ponctue l'exclamation. La drelle semble gonflée d'énergie et se révèle être une acrobate gracieuse. Elle se baisse ensuite pour ôter ses bottes qu'elle dispose à côté d'elle. Elle ôte également sa ceinture, son harnais d'arme. La dépose se fait avec respect. Face à la krogane, elle lui sourit.

« Dame Chamane, se présente à vous, Tori Jorunn, membre des Enfants d'Amonkira, servante de la Chasseresse. »


Main jointe devant elle, elle courbe légèrement la tête, front en direction du sol, offrant le sommet de son crâne écailleux aux yeux de la krogane.

« Sur Erha, dans ma communauté, c'est ainsi qu'il est d'usage de se présenter. Une manière inspirée de notre tradition orale. C'est une marque de confiance et de … »
de quoi au juste ? Pieds nus, sans armes, c’était selon ses professeurs ainsi qu’il était fait dans certains milieux. A vrai dire, à l’heure actuelle, il était très rare de faire ainsi et encore plus improbable devant une étrangère. Une étrangère qui était en devenir d’en être plus une. Elle l’espérait. Très fort. Ça non plus elle ne l’expliquait pas, mais elle avait le sentiment d’être face à un être qui gagnait à être connu.

« J’avais envie de me présenter convenablement. »


Un léger silence. La méditation ôtait aux yeux ces filtres superflus.

« Le désert inspire la sincérité, les actes épurés. »

« La folie. »

Ma tendre compagne. Sans cette touche insensée, elle n’aurait jamais été conduite ici. Son inconscience était souvent un guide, bien que cadrée par une raison. Un raison d’adulte enseignée, mais fort utile. Chaque être était construit de contradictions et l’équilibre trouvé en fait sa force.

La drelle oscille légèrement, jouant avec un gravier entre ses orteils. Elle a bien fait d’ôter ses chaussures, elle apprécie le contact de la terre sous elle. Chaque terre est différente. Elle n’y prête cependant pas toute l’attention qu’elle devrait. La réaction de la krogane l’intrigue et elle l’étudie. Apprendre à connaître un être aussi étrange et improbable que la krogane est bien plus passionnant qu’une médiation profonde.
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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Lun 08 Fév 2016, 19:12

    - Un chant mélancolique et puissant, mais actuellement… le vôtre est bien plus présent, il s’y mêle et le couvre.

    Elle bondit sur ces mots, dansant, virevoltant, tournoyant comme si elle était portée par le vent. Elle était telle la flamme d'une bougie dans l'obscurité, signalant sa présence réconfortante. Ou peut-être comme un feu-follet, promesse de sécurité pour mieux se jouer de ceux qu'elle leurrait, s'éloignant toujours un peu plus. Peut-être pas aussi joueuse, mais toujours inaccessible, à portée de main et pourtant si loin.
    La Krogane était toujours assise à l'indienne, observant sa consœur s'approcher et tendre la main. Du bout des doigts, comme si de rien était, elle se laissa aller à une caresse volée avant de repartir en contrebas. Tout pour ne pas prendre le risque de se laisser attraper, même si aucun geste, aucune parole ne trahissait une telle envie.

    La tendresse n'était pas une chose Krogane, pas plus que les caresses. Même entre proches, la tension et la puissance restaient les maîtres. Pourtant, aussi inaccoutumée qu'elle était à ce geste, la Chamane n'avait pas frémit ou bougé. Elle était restée droite, les yeux fixés sur Tori. Seul la biotique avait réagi, crépitant légèrement quand les deux champs d'ezo s'étaient retrouvés confrontés. Un réflexe chimique plus qu'un mouvement de défiance qui s'était bien vite estompé. Mais la Drelle avait déjà commencé à filer à ce moment.
    Elle était curieuse. Effrontée peut-être, aventurière à ne pas en douter. Fascinante aussi, mais il s'agissait là d'une certitude. Et elle venait d'apprendre à son aîné à apprécier le bref instant fugace d'une caresse volée. Sa braise vibrait toujours de témérité lorsqu'elle retira ses bottes et son ceinturon, repoussa les armes à l'écart sur la roche avant de plier légèrement l'échine.

    - Dame Chamane, se présente à vous, Tori Jorunn, membre des Enfants d'Amonkira, servante de la Chasseresse.

    Toujours calme, un peu plus haut que la jeunette, Dralot pencha elle aussi sa tête pour mieux observer. Elle semblait attendre, curieuse.

    - Sur Erha, dans ma communauté, c'est ainsi qu'il est d'usage de se présenter. Une manière inspirée de notre tradition orale. C'est une marque de confiance et de …

    Elle ne termina pas sa phrase comme si la suite n'était pas importante, ou qu'elle en avait déjà trop dit. Rien n’était vraiment sûr avec ce feu-follet. Mais ça ne la déplaisait pas. On ne livrait pas tous ses secrets ni ceux de son peuple comme cela. En tant que gardienne des Traditions, la fille de Tuchanka le comprenait. Elle saluait aussi ce qui lui semblait indéniablement être une preuve de sagesse et de retenue, même dans la fête et l'excitation.
    Tori s'excusa de façon détournée, sans doute, lorsqu'elle confia du bout des lèvres n'avoir eu que l'envie de faire des présentations convenables. Un hochement de tête répondit. Elle n'avait pas besoin de faire d'excuses, mais au moins pouvait-elle savoir que sa comparse les entendait et les acceptait, si cela lui tenait tant à cœur.

    - Le désert inspire la sincérité, les actes épurés. La folie.

    Le sourire, mince au demeurant, écarta les lèvres écailleuses, dessinant une mimique à la fois mystérieuse et quelque peu enragée.
    Le désert étant inspirant, source de savoir et de folie. C'était un bon résumé pour qui n'y avait jamais vécu mais en rêvait. Mais le désert était bien plus.

    Il était celui qui séparait les forts des faibles, celui qui forgeait la témérité et la détermination. Il tuait, faisait naître, offrait des savoirs interdits, loin au cœur des ruines. Il mordait, en tout temps, en toute occasion. Il façonnait et qui vivait en son sein se solidifiaient constamment sous son impulsion.
    Malgré tout, Tori restait une femme séparée de son milieu naturel, qui regardait le sable et le goûtait pour ce qui semblait la première fois.
    Puisse le soleil la mordre et le désert la forger en une lame toujours aiguisée.

    La Krogane se leva à son tour. Doucement, avec une lenteur toute calculée avant de se laisser tomber lourdement de son promontoire. Sa réception était plus solide qu'on aurait pu le croire, à défaut d'être gracieuse. Les Krogans étaient des rocs, et non pas des plumes.
    Puis, elle se redressa, écartant les épaules pour se donner un air plus impressionnant. Sa vieille Claymore, déjà rayée et dévorée par le temps, fut jeté derrière après que la cartouche thermique fut retirée du chargeur. Ce n'est qu'une fois ceci fait qu'enfin, la Chamane parla.

    - Et je suis Chamane au nom perdu depuis des siècles, ayant renoncé jusqu'à lui pour garder la mémoire des miens.
    Je suis fille de Tuchanka, Gardienne du savoir et des ruines, Capitaine de ceux qui me suivent, mais à jamais Chamane, fille Chasseresse d'Amonkira.


    Les yeux bleus restaient fixés dans ceux fauves un moment, scrutant ce qui se trouvait au fond d'eux, comme si elle cherchait à déchiffrer des ruines lointaines et inconnues. Enfin, un sourire vint à nouveau, tendre et triomphant.
    C'était à la fin, alors que le temps allait les séparer, qu'enfin elles se présentaient.



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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mer 10 Fév 2016, 17:14
Fréquenter des kroganes est vecteur de torticolis, pour sûr. Elle l’observait, haute et massive. Elle ne sut pas trop si c’étaient les vibrations ou la surprise, mais quand la krogane se réceptionna, elle sentit une réaction naître dans ses jambes, brève. L’instinct. C’était quelque chose de profond. La Chamane n’avait rien de gracieux ou de beau au sens drell. Elle était à l’image d’une bête sauvage, dangereuse, mais il y avait devant elle un être complexe, au savoir profond, sensible et éduqué. Un regard vif et intelligent. Tori était capable d’assimiler les différences des autres races, d’accepter des formes étranges, des bleutées tentaculaires, des méduses flottantes aux singes poilus … mais le krogane était parmi toutes ces étrangetés, une étrangeté bien plus impressionnante. Ils n’avaient rien à envier aux autres, ils incarnaient une puissance indiscutable. Rien à voir avec les frêles poilues ou autres formes de vies chétives, on ne mentionnera même pas des êtres devant vivre en boite de conserve pour survivre... Il était naturel de comparer ses attributs physiques avec les races rencontrées. Jusqu’à présent, la force et l’adresse drelle lui avaient toujours semblées bien plus confortables.

Pour la première fois, elle devait admettre être profondément impressionnée par la race qu’elle découvrait. Bien sûr, chacun a ses avantages, ses défauts, ses atouts et se baser sur le physique serait un comparatif trop limité, mais… il fallait l’admettre, on inspirait bien plus la peur dans un corps de krogane. Il fallait voir la chamane se redresser pour prendre la mesure de leur importante carrure.

Elle apprécia que la chamane se présente à elle. Elle n’osa pas lui demander si elle avait un nom ou cet oubli était bien plus que symbolique. Sa curiosité était souvent déplacée et elle avait appris avec l’âge à se taire. Clignement d’yeux. « Tori, si tu m’interromps chaque minute avec une question nous n’avancerons jamais. Notes-les dans un cahier et nous en reparlerons plus tard. » Elle l’avait toujours son carnet de questions, elle les couchait et y répondait plus tard. Cette rencontre ajoutera beaucoup de lignes à ce livret.

« Dame Chamane, je ne compte pas quitter Tuchanka avant plusieurs jours, j’y ai beaucoup à découvrir et rencontrer. Sauriez-vous me conseiller, que ce soit pour un logement, des endroits, des personnes… » Elle n’appréciait pas quitter le cocon qu’elles avaient tissé. La magie de l’instant demeure, mais le mouvement en a étiolé une partie. La réalité se rappelle à elle. Parler de cela supposait qu’elles devraient se quitter.

Pourtant, elle ne pouvait pas se permettre de laisser passer la chance d’être tuyautée par une locale. C’était le meilleur moyen de découvrir ce qu’elle était venue voir. Moyen également, de rencontrer les bonnes personnes sans errance administratives hasardeuses. Elle n’avait pas osé sous-entendre qu’elle pouvait suivre la chamane. Tout du moins, un instant de plus, l’occasion de découvrir son milieu de vie, un clan… Elle aurait ce qu’on voudra bien lui offrir et elle se sentait déjà honteuse de s’imposer de la sorte. Elle n’avait décidément pas joué de bienséance au profit d’une honnêteté naturelle. Elle avait l’impression que la krogane ne s’en offusquerait pas, tant elle semblait personnifier une puissance tranquille. Inébranlable gardienne.

« Amonkira est un de nos Dieux, un guerrier sage. Ma voie est dévouée à son service. Il a deux Sœurs, Arashu et Kalahira. Si cela vous intéresse, je pourrais vous parler un peu de notre culture et de notre religion. De ce que j’en connais. Moi, j’apprécierai de découvrir un peu plus de vous, de votre peuple. J’ai le sentiment que si nous avons pu nous ouvrir sur l’extérieur, qu’il est de notre devoir d’apprendre et de tirer enseignements des autres… on s’enrichit bien plus qu’en vase clos. »

Elle se baisse pour remonter sa ceinture et renouer son harnais dorsal. Un geste habitué vérifie les sécurités de diverses armes. Elle remet à ses pieds fins ses chaussures après avoir épousseté sa voute plantaire. Elle a encore du sable partout, coincé entre les orteils, mais cette sensation de démangeaisons l’amuse. Les chaussures sont légères, plus décoratives que fonctionnelles. Elles sont souples et lui garantissent une aisance d’escalade et de démarche. Quand on a un pied solide et protégé d’écailles, pas besoin de le protéger. On doit le protéger de la modernité et de son usure. C’est pour cela qu’elle se sent si bien, loin de tout artifice, toute construction. La nature est une compagne bien plus plaisante.

La drelle relève son visage anguleux et dévoile d’un sourire large ses crocs. Elle partage la joie de la chamane et lui offre en miroir ce geste simple des lèvres. Sourire est un cadeau à partager sans modération.


Dernière édition par Tori Jorunn le Lun 19 Sep 2016, 20:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Où la philosophie relie deux êtres diamétralement différents   Mar 16 Fév 2016, 21:20

    La mémoire des Drells était sans doute à la fois une bénédiction, mais aussi un grand malheur. Chaque morceau de souvenir pouvait être vécu, encore et encore, apportant son lot de réconfort ou de tristesse pour celui ou celle qui les revoyait comme au premier jour.
    Peut-être était-ce à cause de la peur de la séparation que Tori se montrait si bavarde, presque suppliante aux yeux de la Chamane. Elle parlait de sa voix si charmante et son flot de parole suffisait à vouloir donner envie à la Krogane de rester. Mais il y avait des impératifs et des obligations dont on ne pouvait se défaire, même pour une voix aussi cristalline que l'eau sur les rochers.
    Il était rare que la femme se sente désolée pour ses actions. C'était pourtant ce qu'elle ressentait, à l'idée de son futur départ. Si elle avait pu, elle serait réellement restée avec la Jeune Braise.

    Déjà, le soleil commençait à entamer sa lente descente dans le ciel. Elles s'étaient croisées au milieu de l'après-midi, et voilà que la nuit arrivait. Le désert, à défaut de se montrer totalement plus froid, serait vite inhospitalier. Les Varrens sortiraient probablement des ruines, eux aussi, ainsi que d'autres créatures plus imposantes et dangereuses.

    Il y avait des lieux qu'on ne pouvait apprécier que dans la clarté du jour.

    - Dame Chamane, je ne compte pas quitter Tuchanka avant plusieurs jours, j’y ai beaucoup à découvrir et rencontrer. Sauriez-vous me conseiller, que ce soit pour un logement, des endroits, des personnes…

    - J'ai hélas à faire pour ma part, Jeune Braise. Mes visites à Tuchanka ne sont souvent, hélas, que des haltes passagères. J'ai quitté mon monde il y a quelques années déjà pour parcourir la galaxie. J'ai recueilli des gens, ait promis des choses à d'autres. Si mon cœur reste ici, mon devoir me mène ailleurs. J'en suis désolée.

    Elle leva la tête vers le ciel, fermant les yeux pour mieux goûter une dernière fois l'ambiance si particulière de cette vallée de calme et de verdure, perdue entre les immenses bâtiments en ruine et les statues d'antan. Pour graver dans sa mémoire la voix et la gestuelle de la Drelle aussi, il fallait bien l'avouer.
    Dralot n'avait pas la capacité mémorielle de sa compagne, mais ses années en tant que Chamane lui avaient appris à retenir ce qui était nécessaire et à se représenter ses souvenirs d'une façon visuellement correcte.

    - Viens. Je vais te mener chez les Kalank. Mes sœurs te prendront sous leur aile le temps de ton séjour. Fais tout de même attention; tous les Krogans n'ont pas à cœur les étrangers et plus d'un les voit d'un mauvais œil. Si tu désires tout de même rencontrer d'autres clans, va voir celui des Urdnot, et ceux qui font partie du Rassemblement. A défaut de t'apprécier et te révéler leurs secrets, ils seront se montrer au moins paisibles envers toi.
    Certains pourront même te guider, mais fait attention. N'acceptes pas les propositions de n'importe qui, ni d'aller n'importe où. Fais confiance aux Chamans du Rassemblement.


    La capitaine commença à descendre les marches qui les avaient menés dans ce petit coin de paradis, prête à arpenter les couloirs qu'elle connaissait par cœur pour les mener sur le bon chemin.
    Elle ne s'arrêta qu'une fois qu'elles furent à l'entrée des ruines. Sur la route, non loin de là, se trouvait le Mako que la Krogane avait emprunté pour se rendre jusque-là. Il leur permettrait un retour rapide et tranquille jusqu'au clan des Kalank.

    - Tu pourras m'écrire à cette adresse, si tu le souhaites, glissa-t-elle tout en tendant son omnitech pour transmettre ses données à celui de Tori. J'aimerais en apprendre plus sur les vôtres, ainsi que sur toi. Mais le temps me presse trop pour que je puisse en profiter pleinement.

    Elle monta dans le véhicule et s'installa au poste de conduite, non sans avoir invité la Drell à grimper à son tour.


    **********




    Sur le Straskan, la Krogane observait Tuchanka rétrécir avec la distance pour ne devenir plus qu'un point parmi tant d'autre après un moment. Elle avait déposée Tori dans le clan Kalank, où ses consœurs et confrères Chamanes avaient acceptés de veiller sur elle. Ou, en tout cas, de veiller à ce que l'étrangère puisse passer un séjour sans trop d'inconfort.

    Nos chemins se recroiseront, lui avait promis la Chamane avant de repartir vers le spatioport.

    Elle l'espérait véritablement.



    [Fin du rp]




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